‹ L'égalitéChapitre 29 sur 133 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le plan comprenait les esclaves dans la quatrième classe d'habitants.

Aristote distingue deux sources d'esclavage, l'esclavage par nature et l'esclavage par droit de la guerre, a Quand on est inférieur à ses semblables autant que le corps l'est à Tàme, la brute à l'homme — et c'est la condition de tous ceux chez qui remploi de leurs forces corporelles est le meilleur parti à espérer de leur être — on est esclave par nature ; pour eux, le mieux est de se soumettre à l'autorité d'un maître ; car il est esclave par nature^ celui qui peut se donner à un autre, et ce qui précisément le donne à un autre, c'est de ne pouvoir aller qu'à ce point de comprendre la raison quand un autre la lui montre, mais de ne la posséder pas en luimême. » (Politique, 1-27.) Plus loin il ajoute : « La nature le veut, puisqu'elle fait les corps des hommes libres différents de ceux des esclaves, donnant à ceux-ci la vigueur nécessaire pour les gros ouvrages de la Société, rendant au contraire ceux-là incapables de courber leur droite stature à ces rudes labeurs, et les destinant seulement aux fonctions de la vie civile, qui se partage entre les occupations de la guerre et celles de la paix. » {lbid...ch. VIII.)

Supériorité corporelle et infériorité intellectuelle chez l'esclave, avilissement inhérent au travail manuel, tels sont les divers arguments par lesquels Aristote justifie la main-mise de l'homme sur l'homme. Mais tant s'en faut qu'il soit certain du bien-fondé de sa proposition, qu'un peaplus loin on aperçoit le doute qui se donne carrière dans sa pensée : « On peut évidemment, continue-t-il, soutenir avec quelque raison qu'il y a des esclaves et des hommes libres par le fait de la nature, et que cette distinction subsiste toutes les fois qu'il est également juste et utile pour l'un d'obéir, pour l'autre de commander,

suivant son droit. » (Politique, 1-55.) Quelque raison

c'est une faible raison, c'est une apparence de raison ;

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quand Fauteur la trouve insuffisante, le lecteur aurait la foi robuste qui s'en déclarerait satisfait. L'esclavage établi par le droit de la guerre peut, d'après le même philosophe, être également juste, a Mais, ajoute-t-il, le principe de la guerre peut être injuste et l'on n'appellera jamais esclave celui qui ne mérite pas de l'être. » Toutes ces restrictions au principe sont graves ; elles sont même de nature à le détruire entièrement aux yeux de l'esclave lui-même. Pour tout soldat il est juste de combattre puisqu'il est juste d'obéir aux ordres de ses chefs ; s'il est fait prisonnier durant le combat, il n'en reste pas moins, à ses propres yeux, digne de la liberté, car l'accomplissement d'un devoir ne peut jamais être une cause d'indignité. Le maître doit donc désespérer d'obtenir l'adhésion de celui qu'il tient sous sa loi par le besoin de la guerre ; dès lors, son droit ne repose que sur la force, ou plutôt il n'a aucun droit. •

Platon soutient, de son côté, que l'on ne peut réduire en esclavage, par le droit de la guerre, que les barbares, c'est-à-dire les ennemis étrangers à la Grèce. Le droit dépend alors du hasard, puisqu'il dépend exclusivement du lieu de la naissance.

Quel enseignement précieux se dégage des lignes qui précèdent ! L'écrivain qui, au nom de la philosophie ou de l'intérêt social^ voudrait aujourd'hui soutenir la légitimité de l'esclavage, fût-il d'ailleurs un Platon ou un Aristote, soulèverait dans le monde un immense cri de protestation. Et cependant, nous devons ne jamais l'oublier, cette légitimité a été soutenue par ces deux hommes incomparables que nous voyons, dans l'ensemble de leur œuvre, monter jusqu'aux cimes les plus hautes de la pensée humaine et, par le seule force du génie, soûle* ver, devant nos esprits émerveillés, un coin du voile qui cache la divinité, Deus absconditus.

Sans doute, ils l'ont soutenue avec mollesse, sans conviction; mais ils n'ont pas osé condamner ouvertement

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