CHAPITRE VII
OU plusieurs membres, à l'exclusion des autres. Du reste, en Tabsence de toute dérogation, le partage se fait également, par tète.
Les règles ainsi consacrées par le droit privé, sont conformes à l'équité et à la justice; on peut donc les étendre aux Sociétés politiques. Aucune d'elles n'étant d'ailleuis en état de représenter la charte de sa constitution originelle, on doit présumer qu'elles ont été toutes fondées pour l'utilité commune de leurs divers mem. bres ; aucun individu, ni aucune catégorie d'individus ne sont autorisés à revendiquer, à l'exclusion des au* très, les droits inhérents à l'association politique. En principe tous ont les mêmes devoirs et partant les mêmes droits ; nul ne peut stipuler des avantages spéciaux, si ce n'est pour les services particuliers qu'il rend. La diversité des aptitudes s'oppose évidemment à ce que tous remplissent les mêmes rôles, mais l'égalité des droits et des devoirs n'en forme pas moins, selon toute justice, la base de l'organisation sociale. « L'Etat n'est pas autre chose qu'une association d'êtres égaux recherchant en commun une existence heureuse et facile. » (Aristote, Politique, 1-456.)
En prenant la justice comme base de ras.sociation politique, nous nous conformons aux vues du Créateur. Dieu n'a fait ni maîtres, ni esclaves, tout le monde l'admet aujourd'hui ; pourquoi tout le monde ne veut-il pas admettre que Dieu n'ait fait ni rois, ni sujets, ni nobles, ni roturiers ?
Il est impossible, suivant la remarque de Tocqueville, de comprendre que l'égalité ne finisse pas par pénétrer dans le monde politique comme ailleurs. Du domaine privé, l'égalité doit s'étendre au domaine politique. La logique veut qu'il en soit ainsi ; l'analogie est frappante. « Quiconque est apte à remplir les devoirs de la vie privée, doit l'être également à remplir les devoirs de la vie publique. Dans le gouvernement. . . la vertu privée est
identique à la vertu politique ; avec les mêmes moyens et les mômes vertus qui constituent l'homme de bien, 00 peut constituer aussi un Etat entier. . . ; d'oCi il suit que l'éducation et les mœurs qui font l'homme vertueux sont à peu près les mêmes que celles qui font le monarque ou le citoyen d'une république. » (Politique, 1-325.)
Il n'y a qu'unemorale et qu'une vertu, et pour discerner ce qui est utile de ce qui ne l'est pas, la conscience ne peut se placer qu'à un seul point de vue, celui de la justice.
La mission principale de la Société est de maintenir l'ordre et la paix, afin que chacun de ses membres puisse travailler et jouir du fruit de son travail. Tout participant doit s'abstenir des actes qui seraient de nature à entraver la mission sociale ; il lui appartient même de contribuer à l'accomplissement de cette tâche, selon ses moyens et ses facultés.
a Les clauses du contrat social, d'après Rousseau, se réduisent toutes à une seule, l'aliénation totale de chaque individu, avec tous ses droits à la communauté
chacun se donnant tout entier, tel qu'il se trouve actuellement, lui et toutes ses forces, dont les biens qu'il possède font partie. » (Contrat social, p. 33.) Nous serions ainsi en présenced'une société universelle, dans laquelle chacun mettrait en commun toute sa personne, toute sa puissance et tous ses biens sous la direction de la volonté générale. C'est aller beaucoup trop loin. « Nemo donare prœêumitiir », dit un axiome de droit. Si les libéralités pécuniaires ne se présument pas, encore moins doit-on présumer l'aliénation à titre gratuit de la liberté et de l'indépendance. L'homme raisonnable ne se détermine à la consommer qu'en cas de nécessité, et la nécessité ne va pas au delà des limites que nous avons tracées.
En vérité, le philosophe de Genève a un raisonnement bien illogique. Il regrette, nous le savons, l'état de nature dans lequel l'homme jouissait d'un bonheur sans mélange, grâce à son isolement et à son indépendance