CHAPITRE VII
absolue. Il semble qu'il doive Atre disposé à lui réserver la plus large part de ce bien précieux entre tous : il n'en est rien. Sans ménagement, il le traîne d'un extrême à l'autre. Dès que l'homme, né anti-sociable, s'approche, poussé par les hasards, de l'engrenage social, il le condamne à s'y faire broyer en entier. Pour tous, c'est l'égalité dans l'anéantissement. Ni trop, ni trop peu. Est modus in rébus. En toute chose, il est bon de mettre les moyens dont on se sert en rapport avec le but que l'on vise. Voilô ce que J.-J. Rousseau a complètement perdu de vue.
Mais il nous sied bien vraiment de discuter avec lui sur l'origine et la formation des Sociétés humaines, si Dieu a placé ces choses en dehors et au-dessus de toute discussion ! Voilà du moins ce qu'affirme une école philosophique dont MM. de Bonald et de Maistre sont en France les plus illustres représentants, a Tout pouvoir, disent-ils, émane de Dieu par la délégation du pape, et doit lui rester soumis. » Des rapports divers de dépendance et de domination s'établissent entre les hommes sans que leur volonté ait à intervenir ; ces rapports naturels reposent sur un rapport primordial : l'inégalité des conditions. L'indépendance est soudée à la fortune : plus les hommes sont riches, moins ils sont dépendants et vice versa. Le seigneur est un homme plus riche que les autres et qui, partant, commande au lieu d'obéir. L'indépendance constitue donc « un don de la nature et des circonstances, un don de la fortune, une bénédiction, une grâce de Dieu. »
C'est ainsi qu'on arrive à nous représenter Louis XIV comme un monarque de droit divin. Mais la couronne royale, nul ne l'ignore, avait été longtemps disputée entre la maison de Lorraine et la maison de Bourbon. Si le duc de Mayenne, déjà roi de Paris, avait vaincu le grandpère de Louis XJV, Henri IV, aux combats d'Arqués et d'Ivry, il fût devenu sans doute roi de droit divin à sa
place. Telle est la conclusion inévitable du raisonnement qu'on nous oppose. Raisonner ainsi, c'est faire dépendre le droit divin du sort des batailles ; c'est le ravaler au niveau de la force, ou plutôt c'est le confondre avec elle.
Plus loin de nous, en 990, quand le comte Hugues Capet convoitait le trône, il obtint habilement qu'Adalbéron, évèque de Laon,. remit entre ses mains Charles de Lorraine, descendant de Charlemagne, et héritier légitime du pouvoir ; puis il fit enfermer son compétiteur dans la « Tour Blanche o, à Orléans, et parvint à placer tranquillement sur sa tête la couronne convoitée. Quant à l'infortuné prisonnier, le chagrin ou les mauvais traitements minèrent rapidement ses jours. C'est ainsi que fut fondée la dynastie des Capétiens. S'il fallait en croire les théocrates, le droit divin, en cette circonstance, se serait associé à la ruse et à.la violence pour dépouiller l'héritier légitime au profit d'un usurpateur.
Tel seigneur s'empare par félonie d'une seigneurie voisine de la sienne. En doublant ses possessions, a-t-il donc doublé ses droits ? S'il en est ainsi, le droit divin devient complice de la félonie ou, si l'on aime mieux, la félonie devient la source d'un droit divin. C'en est vraiment trop.
S'il est une chose ici-bas qui participe du droit divin, c'est la justice ; car, par la volonté de Dieu, elle s'impose à la conscience de l'homme comme règle inflexible de toutes ses actions ; or la justice, que nous sachions du moins, n'a rien de commun avec la félonie, la ruse ou la violence.
A son tour, la méthode historique de Savigny nous avertit que l'homme ne peut pas invoquer le secours de la raison pure pour examiner et modifier les institutions politiques ; le droit n'est pas issu du caprice du législateur : « il est produit surtout par des forces intérieures et silencieuses, o
L'antiquité vaudrait titre, en quelque sorte.