CHAPITRE VU
Malheureusement le titre est obscur. « Ce n'est, nous dit Jules Simon, ni par Thistoire, ni par Tétude des faits politiques que les questions (de principe) doivent être tranchées. Les faits sont comme la cloche de Londres : chaque système les fait parler pour lui. La méthode la plus sûre est d'interroger le droit et la nature toujours d'accord avec le droit. » (Liberté politique, 339.) L'égalité politique est-elle un droit? Dieu nous a-t-il créés pour avoir des droits égaux dans la Société ? Tel est le problème qu'on doit résoudre sans se préoccuper des forces intérieures et silencieuses.
Le Play s'associe à l'école théocratique au moins pour faire l'éloge de la coutume qu'il considère comme a la puissance par excellence à laquelle il convient de s'en remettre » ; c'est ainsi qu'il est amené à faire l'éloge de la liberté anglaise fondée sur un ensemble de traditions.
•Taine rend également hommage à la coutume qu'il considère « comme une forme aveugle de la raison ». Hommage singulier de la part d'un contempteur de la raison pure ! JEcoutons-le : a Le préjugé héréditaire est une sorte de raison qui s'ignore ; il a ses titrés aussi bien que la raison elle même .. Si, dans une Société, les principaux préjugés disparaissaient tout d'un coup, l'homme privé du legs précieux que lui a transmis la sagesse des siècles, retomberait subitement à l'état sauvage et redeviendrait ce qu'il fut d'abord, je veux dire un loup inquiet, affamé, vagabond et poursuivi. » (Ancien Régime, p. 280.) Pour l'homme politique, la suppression des préjugés héréditaires (qui ne sont que des préjugés), est une affaire de temps, de prudence et de mesure; mais, pour un philosophe, il est extravagant d'investir les préjugés de droits égaux sinon supérieurs à ceux de la raison elle-même. La raison a qui s'ignore » n'est qu'une faible raison ; elle ne saurait être mise en parallèle avec la raison qui se connaît.
Taioe et Le Play ont une trop haute idée de la coutume et du préjugé pour condescendre à apprécier Tégalité politique, par exemple, à sa juste valeur. Taîne veut bien considérer la liberté, Inégalité, les droits de l'homme, comme « de nobles idées générales o ; mais aussitôt il les compare a à de sublimes et vagues images ». (Révolution, tome 2, p. 478.) Le Play refuse d'ériger l'égalité à la hauteur d'un principe. « On se met, dit-il, en contradiction avec l'expérience et la raison, quand on présente aux hommes l'égalité et la liberté comme des principes absolus dont il faudrait poursuivre à tout prix la réalisation pratique. L'égalité et la liberté ne sauraient prétendre à être élevées comme la religion, la propriété et la famille, au rang des principes primordiaux. Ce sont des préceptes d'ordre secondaire, dont la nature, variant partout avec la nature des hommes et des choses, doit être tempérée'et souvent interdite par les principes d'ordre supérieur qui recommandent au respect des peuples l'autorité et la hiérarchie »
Cette proposition repose sur une série de malentendus. Sainement comprises, l'égalité et la liberté n'afifatblissent pas les principes primordiaux mis en avant par Le Play ; loin de là, elles leur donnent une vitalité nouvelle, car elles signifient : en matière religieuse, liberté et égalité des cultes ; en matière de famille et de propriété, égalité civile ; en matière politique, respect de l'autorité chargée d'appliquer à tous les justes lois. A ce propos, Royer-CoUard a gémi éloquemment sur la perte du respect ; c'est en effet l'un des traita caracté* ristiques de notre malaise actuel. Mais les représentants du pouvoir n'ont pas toujours été à la hauteur de leur belle mission, et Berryer, qui en avait connu beaucoup, n'hésitait pas à affirmer que l'affaiblissement du respect était imputable à ceux auxquels il était dû, non moins qu'à ceux qui le devaient.
Mais si la méprise de Taine et de Le Play a consisté à