‹ L'égalitéChapitre 39 sur 133 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de longues explicatioDs à ce sujet ; chacun sait à quoi s'en tenir. « Si vous voulez que votre affaire se fasse, dit Franklin, allez-y vous-même; si vous voulez qu'elle ne se fasse pas, envoyez-y un autre. » La Fontaine, en ses fables, reproduit le môme conseil sous plusieurs formes :

« Ne Tatlends qu'à toi-même »

« Il n'est pour voir que l'œil du maitre. . , »

« Toi donc, qui que tu sois

a Tattendre aux yeux d'aulrui, quand tu dors, c'est erreur;

«' Que ai quelque affaire t'importe ;

« Ne la fais point par procureur. »

Sur un semblable sujet, tous les bons esprits se rencontrent. Aussi le législateur s'empresse-t-il de restituer au mineur l'exercice de ses droits, dès qu'il est capable de s'en charger. Toutefois, entre l'état d'incapacité et celui de capacité pleine et entière, il organise, dans l'intérêt du mineur, un état de demi-capacité. Ce sont là de sages mesures qu'en toutes choses il est bon d'imiter. Ménager les transitions est un art très utile.

Cette ingénieuse distinction entre la jouissance et l'exercice des droits civils, il convient de l'étendre aux droits politiques. Tous les membres de la Société, quel que soit leur degré de civilisation ou d'instruction, ont la jouissance des droits politiques; s'il en était autrement, nous le savons, la Société deviendrait léonine, c'est-à-dire immorale. Mais l'exercice n'en peut être confié qu'à ceux qui en sont capables et dignes. Ces derniers, quelque nom qu'on leur donne, — citoyens actifs, délégués ou mandataires — joueront alors un double rôle, puisqu'ils seront chargés à la fois de défendre leurs propres intérêts et (Dieu veuille qu'ils ne l'oublient pas !) les intérêts de leurs concitoyens. Quant aux devoirs, rien n'est changé ; ils restent égaux pour tous, aussi bien pour les citoyens actifs que pour les autres : chacun con-

tribue aux charges sociales, suivant ses facultés, de manière qu'il y ait égalité dans les efforts et les bonnes volontés, sinon dans les résultats.

Il semble que la distribution des emplois et la répartition des charges — ainsi basées sur Téquité la plus rigoureuse — n'aient dû rencontrer aucun contradicteur, soit dans le passé, soit dans le présent. Mais il n'en va pas tout à fait ainsi. Faute de bien poser les questions à résoudre, les hommes discutent la plupart du temps sans se comprendre. Savants ou philosophes voudraient donner une solution unique à des difficultés complexes; étonnez-vous, après cela, qu'ils n'aboutissent pas. Cependant les passions et les intérêts font rage pour rejeter dans l'ombre les vérités les plus éclatantes. Qu'y a-t-ilde surprenant à ce que l'humanité malgré son expérience dix, vingt, trente fois séculaire, ne puisse sortir du chaos où elle est embourbée? Quels larges sillons tracés par la souffrance sur le visage de l'esclave avant qu'on les ait remarqués! Combien de cris de détresse par lui jetés avant qu'on les ait entendus ! Que de sang par lui répandu avant qu'on ait commencé à cicatriser ses plaies !

Mais, patience! Voici enfin l'égalité civile définitivement conquise, et volontiers lès passions les moins honorables s'excusant d'en avoir si longtemps retardé la conquête. En dépit des imprudences de certains impatients et des alarmes de maints entêtés, l'égalité politique sera, elle aussi, inscrite quelque jour dans les lois de toutes les nations.

Sous ce rapport, il va de soi que les étrangers ne peuvent être mis au rang des citoyens.

Dans la Cité antique, le citoyen jouissait de tous les droits, tandis que l'étranger n'en avait aucun. « Si l'oa veut donner la définition exacte du citoyen, il faut dire que c'est l'homme qui a la religion de la Cité. L'étranger, au contraire, est celui qui n'a pas accès au culte, celui que les dieux de la Cité ne protègent pas et qui n'a

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