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CHAPITRE VIII

De régalité des droits et des charges sous la monarchie absolue.

Au point de vue qui nous occupe» le gouvernement idéal, d'après ce que nous avons dit, est celui dans lequel tous les citoyens jouissent des mêmes droits politiques, l'exercice en étant d'ailleurs confié aux mains les plus dignes et les plus capables.

On peut donc remettre le pouvoir aux mains d'un seul homme, s'il s'agit d'un mortel supérieur à tous les autres par le mérite et par des facultés heureuses qui le portent sans cesse au bien. La philosophie siégera sur le trône dans la personne d'un monarque qui assurera pour l'Etat tout entier le règne de la justice. Le détenteur du pouvoir considérera la chose publique comme la chose de tous et non comme la sienne propre; il traitera ses compatriotes non comme des sujets, mais comme des hommes ayant mis en lui toute leur confiance. Loin d'en abuser au gré de ses passions et de ses intérêts, il tiendra à s'en rendre digne par son équité. Pour lui, a plus de pouvoirs », cela signifiera non pas plus de droits, mais plus d'obligations qu'aux autres.

Les mêmes considérations qui l'auront désigné pour l'exercice de l'autorité suprême, le guideront à son tour dans le choix de ses auxiliaires. Sous ses pas

« la vertu semble même renaître,

Et l'empire n'est pas la dépouille d'un maître. »

CHAPITHE VIll. 95

SoD règne comble les vœux des Socrate et des Platon et de tous ceux qui ont cru avec eux qu'un peuple ne saurait être heureux que par le culte du devoir.

Tel, le dictateur, concentrant tous les pouvoirs entre ses mains lorsque Tennemi était aux portes de Rome, n'avait d'autre préoccupation que d'élever son dévouement à la hauteur du péril qui menaçait la République ; par son exemple, il encourageait ses concitoyens à se détacher de leurs intérêts particuliers et à diriger leurs regards vers l'image des dieux et de la patrie ; l'amour du bien public inspirait toutes ses pensées, guidait toutes ses actions ; puis, lorsqu'un suprême effort avait fait évanouir le danger commun, tranquille, il déposait le sceptre du commandement, rendant grâces au Ciel de ce qu'avec sa protection, il avait pu n'en faire usage que dans l'intérêt général.

Tel, cet Antonin surpris par la mort au cours d'une expédition en Grande-Bretagne, qui, au moment même où il rendait son àme à Dieu, confiait à ses officiers comme mot d'ordre, ce qui avait été la devise de toute sa vie : « laboremus ».

Tel, Marc-Aurèle donnant sur le trône des Césars l'exemple de toutes les vertus et parvenant à être tout à la fois le maître et le modèle du monde. Le pardon des offenses lui était familier ; on le vit donner Tordre de brûler des papiers saisis chez son plus dangereux ennemi, dans la crainte d'y trouver d'autres noms de coupables. Humain, il adoucissait les formes de la justice ; économe des deniers de ses administrés, il apportait une rigoureuse économie dans les dépenses publiques. Non content d'avoir sacrifié toutes ses journées À ses occupations multiples et au soulagement du peuple, il consacrait une partie de ses nuits à l'étude de la philosophie et, dans ses pensées, traçait pour lui-même les règles de la morale la plus austère.

Tel surtout saint Louis, pratiquant sur un trône il-

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lustre la loyauté, Téquité scrupuleuse, la grandeur d'âme; aimant Dieu de tout son cœur et agissant en con. formité de son amour ; daignant écouter lui-même les requêtes des humbles et soulager leurs misères; rehaussant la justice chère aux stoïciens par la charité chrétienne; dictant enfin, sur son lit de mort, pour celui qui devait lui succéder, des enseignements conformes aux actes de toute sa vie, qu'il lui « commanda de garder comme par testament et comme son hoir principal ». Sous de tels hommes, chacun jouit de tous ses droits puisque les détenteurs du pouvoir consacrent au bien général les subsides qu'ils reçoivent en hommes ou en argent, durant la guerre comme durant la paix.

Malheureusement, dans une monarchie absolue, ce qui fait défaut au peuple, ce sont les garanties légales du respect de ses droits. Tant vaut le roi, tant vaut le règne. Un sage comme saint Louis peut avoir pour successeur un insensé comme Charles VI ; un économe comme Henri IV peut être remplacé par un prodigue comme Louis XV ;^run gémira sur les misères du peuple, et l'autre en rira, disant : « Après nous le déluge, o

« On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père ; Le 'peu de soin, le temps, tout fait qu'on dégénère. Faute de cultiver la nature et ses dons, Oh ! combien de Césars deviendront La ridons ! » {La Fontalne, L. 8, f. 24.)

Facilement un roi fait dégénérer son pouvoir absolu en despotisme. L'égalité peut-elle alors subsister entre ses sujets? Oui, répond M. Vacherot qui s'empresse toutefois d'ajouter : a Rien de plus injuste et de plus antidémocratique que l'égalité dans la servitude. » La réponse n'est pas complètement exacte. « On pourrait à la rigueur comprendre l'égalité sans la liberté, l'égalité comme en Turquie : ce genre d'égalité n'est d'ailleurs jamais absolu, puisqu'il suppose l'existence d'un des-

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