‹ L'égalitéChapitre 43 sur 133 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pote. )> (Jules Simon, liberté politique.) Il y a plutôt inégalité générale, car, du haut en bas de Téchelle sociale, chacun se fait oppresseur, autant qu'il est en son pou* voir, tt Dans les Etats despotiques, personne n'aspire à l'égalité ; cela ne vient même pas à l'idée ; tout le monde y tend à la supériorité. Les gens des conditions les plus basses ne désirent en sortir que pour être les maîtres des autres. » (Esprit des lois, p. 39.)

L'injustice ne reste jamais impunie. Les souffrances de l'opprimé se répercutent contre l'oppresseur. Un tyran est peut-être le plus malheureux des hommes. « Quand un homme devient esclave, disait le vieil Homère, les dieux lui ôtent la moitié de son àme ; la même chose arrive quand un homme devient tyran. » (Taine, Révolution, 3-283.) Necesse est multos timeai quem multi iiment ; un tel bourreau est sans cesse torturé par le remords et par la peur.

A Dieu ne plaise qu'imitant la phraséologie révolutionnaire, nous appliquions ici le qualificatif de tyran à l'infortuné Louis XVI, ou même à ses prédécesseurs ! Sans doute le roi faisait et défaisait alors la loi à son gré, a selon son bon plaisir », puisque telle était la formule usitée dans les actes royaux. L'enregistrement des Edita était pour les Parlements une prérogative d'apparat plutôt qu'un obstacle réel aux volontés du souverain qui,' d'un signe, d'un geste, brisait les résistances. La convocation des Etats-Généraux, assez fréquente aux époques critiques comme celles de la guerre de Cent- Ans ou des guerres de religion, devint de plus en plus rare au fur et à mesure de l'avilissement des pouvoirs politiques de la noblesse ; c'est ainsi qu'aux XVII' et XVIII* siècles, la monarchie française se transforma peu à peu en une monarchie absolue.

Mais le pouvoir du roi, absolu en théorie, était tempéré, dans la pratique, par la coutume et la tradition. Le peuple, instinctivement, ne délestait pas une autorité

qu'il avait jadis contribué à affermir dans le but d'y puiser protection contre les vexations des seigneurs. Il aurait pu tolérer longtempsencore la concentration entre les mains du roi de l'exercice de ses droits politiques, si du moins ce dernier n'avait fini par lui en retirer la jouissance. Malheureusement les abus devenaient chaque jour plus révoltants ; le roi sans cesse entouré à Paris ou à Versailles d'une Cour dont les splendeurs lui cachaient la misère générale, finissait par perdre le sentiment de la justice. Convaincu que tous les hommes étaient nés pour le servir et qu'il n'avait aucuns comptes À leur rendre, il se réclamait en maintes circonstances de son droit, de son honneur et de son intérêt ; du droit, de l'honneur, de l'intérêt dû peuple, il n'était jamais question.

L'éducation d'un homme appelé ô gouverner ses semblables, devrait surtout avoir pour objet de lui faire adopter comme règle de conduite cette belle déânitîoo de la justice donnée par Cicéron : a Consians aeperpe^ tua voluntoè suum cuique tribuendi, » Là où sont les charges et les obligations, là aussi doivent être les avan-. tages: Ubi omis, ibi emolumentum esse débet. C'est la première application du principe de justice. Veut-on savoir ce qu'il en était advenu sous l'ancienne monarchie? û-un mot on peut caractériser sa politique : elle a fait de l'impôt un fardeau écrasant pour les épaules du peuple. De bonne heure, les Anglais ont compris que chacun doit y contribuer, selon ses facultés. Depuis des siècles, on ne voit plus chez eux d'autres inégalités fiscales que celles qui furent successivement introduites en faveur des classes nécessiteuses. En France, au contraire, les balances de la justice royale sont faussées du tout au tout. « Du moment, dit Tocqueville, que l'impôt avait pour objet non d'atteindre les plus capables de le payer, mais les plus incapables de s'en défendre, on devait être amené à cette conséquence monstrueuse de l'épargner

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