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CHAPITRE VHI

au riche et d'en charger le pauvre. Chaque année l'inégalité d'impôt sépai^e les classes et isole les hommes plus profondément qu'ils n'avaient été isolés jusque-là. »

La répartition des faveurs royales était faite d'une façon plus contraire encore, s'il se peut, à l'équité. « Votre Majesté sait aussi bien que moi-, écrit de Paris l'abbé de Vermont à l'impératrice Marie-Thérèse, que, d'usage immémorial, les trois quarts des places, des honneurs, des pensions, sont accordés non aux services, mais à la faveur et-au crédit. Cette faveur est originairement motivée par la naissance, les alliances et la fortune ; presque toujours elle n'a de véritable fondement que dans la protection et l'intrigue. Cette marche est si fort établie qu'elle est respectée comme une sorte de justice par ceux mêmes qui en souffrent le plus. »

11 y a aussi une forte part de vérité dans le tableau suivant des abus de l'ancien régime fait par J.-J. Rousseau, (c Tous les avantages de la Société ne sont-ils pas pour les puissants et pour les riches ? Tous les emplois ne sont-ils pas remplis par eux seuls? Et l'autorité publique n'est-elle pas toute en leur faveur? Qu'un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d'autres friponneries, n'est-il pas sûr de l'impunité ? Les coups de bâton qu'il distribue, les violences qu'il commet, les meurtres et les assassinats dont il se rend coupable^ ne sont-ce pas des affaires qu'on assoupit et dont au bout de six mois il n'est plus question ? » (Discours* sur l'économie politique, p. 326.)

. Qu'il s'agisse des impôts ou des emplois publics, des emplois publics ou des récompenses, la justice équitable dit: Ubi onua, ibi ewoliimentun ; la justice royale répond: d'un côté, l'onus; de l'autre, l'emolumentum. Tout pour les uns, rien pour les autres ; telle est la répartition des avantages sociaux. Nous avons dit plus haut que M. Taine comparait le préjugé héréditaire « à la raison aveugle, à la raison qui s'ignore ». Ce préjugé,

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nous levoyoDs à l'œuvre; par la lettre indignée de l'abbé de Vermont, nous savons à quoi il aboutit : il consacre l'iniquité sociale comme une sorte de justice. Or M. Taine cite lui-même cette lettre en approuvant ses termes. (Ancien Régime, p. 105.) Ne condamne-t-il pas du môme coup le préjugé héréditaire qu'ailleurs il voulait ériger en principe ?

Racontant dans ses Mémoires les événements auxquels il avait été mêlé durant la Fronde, le cardinal de Retz remarque « qu'on avait alors imprudemment soulevé un coin du voile qui cache la limite incertaine où les droits des rois finissent et oCi ceux des peuples commencent ». Il met ainsi en relief le péril le plus grave inhérent à la monarchie absolue : il se produit, à la longue, une telle obscurité sur les droits respectifs des gouvernants et des gouvernés que les uns et les autres peuvent, de la meilleure foi du monde, se méprendre sur leur existence.

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