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CHAPITRE IX

prendraient part, une fois par mois, à des manœuvres de régiment et, une fois par an, aux grandes manœuvres. Aprèsquelques t&tonnements, ce nouveau système, facilité par nos moyens actuels de communication, pourrait être rapidement mis en pratique. 11 en résulterait chaque année une économie considérable pour le Trésor public ; on mettrait un terme à l'affaiblissement progressif de la race française et, du même coup. Ton ferait renaître les longs espoirs et les vastes pensées pour notre chère patrie, la grande glorieuse du siècle à son aurore, mais aussi la grande vaincue du siècle à son déclin. Si les routiniers nous accusent de chercher à désorganiser Tarmée, nous leur répondrons : « aux grands maux les grands remèdes ; trouvez mieux et nous applaudirons À votre découverte. »

Il est peut-être plus difficile, sous un régime aristocratique, de répartir également les charges fiscales que les charges militaires. Le sentiment de Thonneur peut empêcher les classes dirigeantes de se soustraire àcellesci, mais elles éprouveront moins de scrupules à éviter celles-là. Dans les dernières années de l'Ancien Régime, quelques courtisans osaient dire encore que le vilain était taillable et corvéable à merci; il fut un temps, plus reculé, où beaucoup de seigneurs^ grands ou petits, pensaient de même.

On trouve encore quelques traces de cette iniquité dans le système fiscal actuel. Ainsi l'impôt qui grève les terres est basé à la fois sur leur étendue et sur leur qualité ; rien de plus juste. Au contraire l'octroi qui grève les boissons alcooliques et hygiéniques, à l'entrée des villes, n'est basé que sur leur quantité; pourquoi ne pas tenir compte des différences de qualité qui sont cependant considérables ? On affirme que cette opération serait heurtée par des difficultés insurmontables. Faut-il le croire ? N'est-il pas vraisemblable qu'on a voulu favoriser les classes riches qui boivent les vins et les co-

118 l'égauté.

gnacs d'un prix éleré, au déirimeot des classes pauvres qui se oontenteot de boissons d'une valeur moindre ?

Le régime aristocratique présente donc à la fois des avantages et des inconvénients graves : s'il assure la concentration des pouvoirs publics entre des mains généralement capables, il ouvre en même temps la porte aux abus. Les pauvres sont à la discrétion des riches qui peuvent accaparer les avantages sociaux tout en évitant une grande part des charges sociales. Là où les circonstances politiques imposent un pareil régime, on doit préférer l'aristocratie de mérite ou de savoir à l'aristocratie de naissance, et l'aristocratie de naissance à l'aristocratie de fortune ; celle-là est la pire de toutes.

 Rome, sous la République, les Censeurs recrutaient le Sénat, organe principal de la vie publique, parmi les citoyens appartenant à l'ordre équestre, qui avaient déjà rempli des fonctions publiques, c'est-à-dire parmi ceux que Le Play eût appelés a les autorités sociales ». Les sénateurs formaient ainsi une sorte de classe, une assemblée aristocratique que sa grande expérience et sa haute valeur morale rendaient justement célèbre dans la République et même dans tout l'univers. Un homme peut être distingué par sa naissance, sa fortune, même par rétendue de ses connaissances, sans avoir d'aptitude au maniement des affaires publiques, aptitude qui dépend surtout des deux qualités dont étaient doués les sénateurs romains. Dès lors, quelle témérité de s'en rapporter au hasard, au sort aveugle pour la désignation de ceux qui sont censés la posséder I

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