‹ L'égalitéChapitre 58 sur 133 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

des mandataires pour faire la loi et un chef du pouvoir exécutif pour veiller à son exécution, peut bien élire aussi les nombreux agents chargés de l'exécution elle* même. Cette dernière élection, dit-on, n'exige pas plus de discernement que les premières, et si le peuple peut élire les fonctionnaires, il le doit, car il est imprudent de s'en remettre à autrui du soin de ses propres affaires, hors le cas d'absolue nécessité.

Par la force des choses, répondrons*nous, le nombre des candidats aux fonctions de président sera toujours très faible dans un Etat démocratique; il en sera de même dans le département ou l'arrondissement pour les fonctions de sénateurs ou de députés. Les choix à faire parmi eux sont relativement faciles, car ceux qui sollicitent ces sortes de fonctions émergent toujours au-dessus de la foiile par quelque c6té.

Les autres fonctions publiques, plus nombreuses et plus modestes, en général, exigent des connaissances spéciales ; si l'électeur était obligé d'y pourvoir, il se produirait autour de lui un fourmillement au milieu duquel il aurait peine è se reconnaître. Lui-même, n'attachant d'ailleurs à Télection qu'un intérêt secondaire, montrerait peut-être de l'indifférence à s'enquérir des aptitudes des candidats. Il est donc plus sage, plus prudent de laisser au Chef de l'Etat le soin de recruter les fonctionnaires. Ce magistrat exerce son choix parmi les personnes remplissant les conditions légales ; mais, dans une dénK>cratie, le nombre des impétrants est toujours assez élevé, et il va en augmentant avec l'importance de la fonction. Le Chef de l'Etat fixera-t-il son choix par la faveur, selon son bon plaisir, ou d'après les résultats d'un concours entouré de toutes garanties? Telle est la seconde question à résoudre, et elle divise actuellement les esprits plus profondément que la première.

Le Play recommande la coutume des Anglais qui ne

repoussent pas les examens d'admission, mais qui les étendent peu au-delà du cercle des fonctions inférieures. « Pour les carrières d'un ordre plus élevé, dit-il, que les classes influentes destinent, sous tous les régimes^ à leurs enfants et à leurs clients, les Anglais voient dans l'exagération des examens une perte de temps et une source de corruption. Ils redoutent surtout ce procédé déclassement en^cequi touche la magistrature, l'armée et les autres services où l'ascendant personnel du fonctionnaire résulte en grande partie des habitudes traditionnelles de la parenté. » (Réf. soc. 3-207.)

S'il existe un lien intime entre l'autorité du fonctionnaire et les habitudes traditionnelles de la parenté, il faut admettre que l'Ancien Régime avait dit le dernier mot de la perfection en établissant l'hérédité des charges publiques. On peut s'étonner dès lors que Le Play reste à mi-chemin et s'en tienne aux coutumes anglaises. Dans celles des familles riches où il est de tradition d'inculquer aux enfants l'amour du travail, les sujets distingués ne peuvent faire défaut, car ils ont sous la main toutes les facilités désirables pour travailler utilement. On peut sans crainte les investir de piano des fonctions publiques : pour eux sans doute le concours n'est qu'une superfétation ; mais s'il ne peut leur être utile, il ne peut davantage leur nuire ; quand ils en tenteront les épreuves, le succès ne saurait leur échapper. Pourquoi dès lors les redouteraient-ils? Malheureusement il est des fils de famille qui reçoivent une éducation moins sérieuse ; il en est de mal préparés à la carrière que leurs relations ouvrent devant eux. Grâce à la facilité avec laquelle ils en franchissent le seuil, ils se persuadent volontiers que les emplois sont créés moins pour ceux qui les paient que pour ceux qui les occupent. L'institution d'un concours serait propre à dissiper leurs illusions. Le Play n'en persiste^ pas moins à la condamner sans appel. (Ré-

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