CHAPITRE X
forme sociale, 3-379.) Les motifs de sa décision sont les suivants :
1* « Ce système épuise dans de longues préparations certaines aptitudes qui seraient mieux dirigées vers les travaux utiles. » Voici notre réponse : Même en dehors des emplois publics, le savoir a son prix ; ceux qui jéchouent dans les concours, peuvent l'utiliser dans les professions libérales, l'industrie ou l'agriculture. Ce qui épuise les aptitudes, ce n'est pas le travail prolongé, c'est le péril inhérent à l'oisiveté.
2* a II exclut des capacités qui se révèlent par la pratique de la vie. » 11 est bien rare que ces capacités soient définitivement exclues par le concours. Un jeune homme peu favorisé aux examens de l'Ecole polytechnique, le sera davantage à Saint-Cyr ou au besoin à Saint- Maixenl. Il entrera dans l'armée par une porte plus modeste, mais il y entrera quand môme et, s'il est bien doué, les occasions, dans l'avenir, ne lui manqueront pa^ d'en fournir la preuve. Le mode de recrutement des officiers de l'armée de terre ou de mer donne les meilleurs résultats. Qu'on l'étende aux carrières civiles, et tous les jeunes gens sérieux en seront satisfaits.
3* a II soumet les individus et les familles à l'autorité d'examinateurs accessibles aux influences. » L'objection n'a aucune valeur ; c'est la plus faible de celles qu'on oppose à l'institution du concours. Les épreuves écrites, les plus redoutables, sont anonymes. C'est Pœuvre, et non pas l'ouvrier, qui est classée par les membres du jury. Lors des épreuves orales, il est vrai, les candidats ne peuvent être masqués, mais la partialité que l'un des juges aurait la velléité de manifester en faveur de tel ou tel, se trouverait paralysée par le contrôle des autres juges et par la présence de tous les concurrents. Bref, dans les conditions où ils ont été inaugurés chez nous, les concours présentent toutes les garanties dé-
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sirables. Si leurs résultats ne sont pas l'expression de la justice absolue, du moins s'en rapprochent*ils autant que possible ; ils suscitent le mérite par des moyens légitimes, tandis que le régime de la faveur, qu'on leur oppose, suscite trop souvent l'incapacité par des voies détournées. Supprimez les concours et aussitôt un népotisme scandaleux envahit tous les services publics.
Dans le môme ordre de critiques, nous extrayons les lignes suivantes du célèbre chapitre de Taine, relatif à l'instruction moderne : a La promiscuité des écoles, réchauffement des concours, l'appel de tous à toutes les places, l'exaltation croissante des ambitions et des convoitises, multiplient au-delà de toute mesure les déclassés- mécontents et les nomades malfaisants. » (Révolution, 3-425.) Nier l'étendue, la gravité du mal, ce serait nier l'évidence ; mais il importe de ne pas se méprendre sur les causes.
Le régime démocratique excite l'émulation qui, en elle-même, est un bien puisqu'elle est la condition du progrès. Chacun cherche à s'élever au-dessus du milieu social où la naissance l'a placé et, dans cette course au clocher, on recherche particulièrement les emplois de l'Etat. Il appartient au législateur de régler le mouvement des ambitions, le jeu de la concurrence, en faisant de ces emplois la réconipense du mérite acquis par le travail. Tel doit être l'objet des concours. De cette façon, non-seulement les emplois sont mieux tenus, mais en outre, les jeunes gens sans valeur n'ont môme pas la pensée de se mettre sur les rangs ; les. ambitions sont à la fois moins nombreuses et plus légitimes. Au contraire, lorsque les fonctionnaires, grands, ou petits, sont nommés à la faveur, il y a beaucoup plus d'appelés et par suite beaucoup plus de déçus ; en s'égarent parfois sur des noms de candidats indignes, la faveur fournit môme des armes légitimes au mécontentement. Taine commet donc une grave erreur en àt-