CHAPITRE XI
écarte des aSaires publiques la classe du menu peuple, c'est-à-dire tous ceux -qui travaillent de leurs bras, (c Si celui que la nature a destiné à être mercenaire ou artisan, enorgueilli de ses richesses, de son crédit, de sa force ou de quelque autre avantage semblable, entreprend de s'élever au rang des guerriers ou des magistrats sans en être digne, un tel changement, une telle confusion serait la ruine de l'Etat. «(République, 1-223 ; 2-172.) Comme Platon, Aristote repousse le principe d'égalité absolue entre les habitants de la Cité, principe qui mènerait directement à l'injustice et entraînerait la majorité, souveraine par le nombre, à se partager les biens des riches. S'il est physique* ment nuisible de donner une égale nourriture et des vêtements égaux à des hommes de constitution et de taille différentes, l'analogie n'est pas moins frappante pour les droits politiques. Pour ces motifs, il admet la division des citoyens en classes, selon le même critérium que Platon, a Dans la République parfaite où la vertu des citoyens sera réelle (non point relativement à un système donné, mais dans toute l'étendue du mot), ils s'abstiendront soigneusement de toute profession mécanique, de toute spéculation mercantile, travaux dégradés et contraires à la vertu. Ils ne se livreront pas davantage à l'agriculture: il faut du loisir pour acquérir la vertu et s'occuper de politique. » (Politique, 1-313 ; 2-51 et 297.)
La doctrine chrétienne ayant proscrit Terreur de la philosophie et rétabli le travail, même le travail manuel, dans la dignité qui lui appartient, aucune distinction de ce genre ne se rencontre dans les Constitutions des peuples modernes. Mais, si l'on se rappelle que l'artisan, foulé aux pieds par le véritable citoyen, agissait de même envers l'esclave, on voit quel abîme sépare la théorie politique de Platon ou d' Aristote de celle de J.-J. Rousseau ou de Proudhon. Les premiers de-
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mandent l'égalité politique absolue entre citoyens seulement, entre égaux, tandis que les derniers veulent étendre cette égalité à tous les membres du corps social. La Société des Egaux de Sparte était une réunion d'autocrates et de despotes, et Babœuf, ce niveleur sanguinaire, osait donner le même nom à la Société qu'il cherchait à fonder ! Grande était la confusion.
A Sparte, à Athènes, dans toutes les Cités et les colonies grecques, les pauvres et les artisans durent lutter sans cesse pour obtenir l'extension du droit de suffrage. Leur triomphe était aussi inévitable que la lutte ellemême. Le gouvernement devint ainsi ultra-démocratique, puisque les pauvres participèrent désormais, avec les riches, au gouvernemèqt direct de la' Cité, les uns et les autres étant appelés à délibérer ensemble sur la place publique et à exercer à tour de rôle les fonctions de juges et de magistrats. Les pauvres, dont le-nombre allait sans cesse en augmentant, finirent par s'apercevoir que l'égalité qu'ils avaient, pouvait leur servir à acquérir celle qu'ils n'avaient pas et que, maîtres du gouvernement, ils pouvaient devenir maîtres de la richesse, en décrétant soit une abolition des dettes,^ soit une confiscation en masse, soit un bouleversement généraL « Lorsqu'il n'y eut plus lieu de combattre pour des principes et des droits, les hommes se firent la guerre pour des intérêts. Cette période nouvelle de l'histoire des Cités ne commença pas pour toutes en même temps. Dans les unes, elle suivit de très près rétablissement de la démocratie ; dans, les autres, elle ne parut qu'après plusieurs générations qui avaient su se gouverner avec calme. Mais toutes les Cités, têt ou tard, sont tombées dans ces déplorables luttes. » (Cité antique, p. 437.)
En 442, dit Thucydide, le peuple de Samos fit périr 200 de ses adversaires, en exila 400 autres et se partagea leurs terres et leurs maisons.