CHAPITRE XII
cette règle supérieure et salutaire, non d'après un con* trat imaginaire et impossible, qu'il doit se guider. » (Révolution, 1-188.)
On sait que Selon avait supprimé les barrières politiques et religieuses qui séparaient, dans Athènes, les nobles des plébéiens. Quelqu'un lui demandant s'il croyait avoir donné à sa patrie la Constitution la meilleure : a Non pas, répondit-il, mais celle qui lui convient le mieux. » La réponse ne manquait pas d'à-propos. Mais le bon sens eût protesté si, plus tard, sous prétexte d'utilité ou de salut public, un autre législateur fût venu rétablir l'inégalité parmi les Athéniens. La loi du salut public est une loi dangereuse ; elle permet au législateur de substituer ses volontés et ses caprices à des principes d'équité. Le paradoxe de Rousseau conduit à la démagogie ; celui de Taine à la tyrannie.
En politique comme en toute autre matière, Tutilité est un vain mot quand elle perd de vue la justice. De 1614 à 1789, sous prétexte de salut public, l'ancienne monarchie avait refusé de convoquer les Etats-Généraux, o Le peuple a perdu le souvenir de ces Etats, disait Louis XIV ; il serait dangereux de le lui rappeler. » En supprimant la garantie traditionnelle du peuple, les Bourbons usurpaient le pouvoir absolu ; ils abusaient de la force pour étouffer le droit. Bien que la violence faite à la liberté n'eut rencontré aucune résistance matérielle, elle n'en était pas moins coupable. La suppression des Etats-Généraux fut une révolution politique comme la révocation de TEdit de Nantes fut une révolution religieuse.
La violence appelle la violence ; la réaction provoque la réaction. Lorsque le roi Louis XVI, poussé par les nécessités financières, voulut rétablir les usages anciens dans le mécanisme politique manifestement faussé par ses prédécesseurs, il risquait fort d'amener une explosion. Elle fut terrible en effet, car le bruit en retentit encore dans le monde entier.
A quoi tiennent les destinées des empires ? a CromwelL allait ravager toute la chrétienté ; la famille royale était perdue et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère. » (Pascal, Pensée, p. 130.) Autre exemple. L'usage roulait que les Etats-Généraux de France fussent convoqués sur les bords de la Loire, dans une ville plus rapprochée que Paris du centre de la France. Cet usage, en 1789i était d'autant meilleur à suivre que, depuis deux siècles, Paris était devenu, par l'importance de sa population, une ville turbulente. Pour les convenances du roi et de la cour, le roi et son ministre Necker, mal inspirés, réunirent les Etçits-Généraux à Versailles, c'est-à-dire à la porte même de Paris. On sait ce qui en advint. Le 14 juillet 1789, à Paris, ne fut qu'une atteinte à l'auto* rite du roi ; mais les journées des 5 et 6 octobre 1789, à Versailles, furent un attentat contre la majesté royale. Le roi et sa famille devinrent les prisonniers de la démagogie parisienne, et l'Assemblée elle-même devait bientôt avoir le même sort pendant la durée de la Révolution. Si le roi et son ministre eussent compris que, même dans les questions de forme, on ne doit pas déroger aux anciens usages sans une absolue nécessité, les représentants du peuple, réunie alors à Orléans ou à Bourges, eussent été à l'abri d'un coup de main de la populace parisienne et — la chose est fort possible — nous eussions recueilli tous les bienfaits de la Révolution, sans souffrir de ses -excès*. « La France qui assistait à ce spectacle unique, l'explosion spontanée, irrésistible, d'une idée d'égalité fondée sur la justice n'aurait pas entendu sonner sitôt l'heure des déceptions. » (M. Desjardins, Discours sur l'inégalité des conditions,
Pour ce qui touche au fond même des institutions nationales, la prudence-^t^ms les changements est plus nécessaire encore. L'héritage des ancêtres, a-t-on dit
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