CHAPITRE. II
quelle les Latins résumaient tous les devoirs de l'homme envers lui-môme, envers les autres, envers la cité. Les énumérer tous ici, ce serait tenter une œuvre inutile : le cas échéant, la conscience les rappelle énergiquement à chacun de nous et elle ne saurait ni mentir ni rien oublier.
Enfin l'homme qui aime le travail, qui s'y livre courageusement, comprend qu'il suit sa destinée et qu'il accomplit son devoir. Le travail est en effet la sainte loi du monde, a Qui non lahorat, nec manducet » ; celui qui né travaille pas est indigne de vivre. Dans beaucoup de milieux, on a le tort grave aujourd'hui de répudier ce beau précepte de Saint-Paul ; on sourit et on lève les épaules devant ceux qui ont encore le courage de rappeler que l'oisiveté est la mère de tous les vices.
Les milieux auxquels nous faisons allusion ne sont ni les plus ignorants ni les plus pauvres ; ce sont, au contraire, ceux où l'on devrait le mieux comprendre la portée de la loi morale et la nécessité du bon exemple. Si les riches méprisent le travail, comment les pauvres pourront-ils l'aimer ? Et si les pauvres n'aiment pas le travail, comment pourront-ils être satisfaits de leur condition ?
Sauf le cas de maladie, on est inexcusable de vivre dans le désœuvrement. Silencieusement, la conscience proteste ; on dédaigne ses avertissements, mais elle n'est que trop souvent vengée de ce mépris par la justice immanente.
Le devoir est-il égal, est-il le' môme pour tous?
Nous croyons pouvoir affirmer, sans aucune hésitation, que le môme devoir s'impose à tous les hommes, à tous ceux du moins qui peuvent en comprendre l'étendue.
D'abord, entre le noble et le roturier, nous ne voyons aucune différence.
Le Journal Officiel a publié récemment les noms des
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jeunes gens admis par voie de concours à l'Ecole polytechnique et à l'Ecole Saint-Cyr ; parmi les admis, quelques-uns appartiennent à la noblesse, à la Tîeille noblesse même; cependant nous n'avons pas remarqué qu'ils occupent, d'une manière générale, sur les listes établies par ordre de mérite, un rang préférable à celui des roturiers.
Au collège, les résultats de fin d'année suggèrent la même observation. Les concours n'établissent pas davantage de supériorité du riche sur le pauvre. Tel, issu d'un banquier ou d'un manufacturier millionnaire, sera classé après le fils d'un modeste fonctionnaire sans fortune.' Le contraire arrivera fréquemment, mais tous ces résultats opposés les uns aux autres confirment notre proposition.
 l'école communale, on peut faire les mêmes constatations : tantôt le fils du fermier aisé se montrera plus intelligent que le fils du valet de son père; tantôt il lui sera inférieur.
Au sortir du collège et de l'école, les situations se modifient quelque peu : certaines supériorités s'affirment de plus en plus ; d'autres s'affaiblissent ou même disparaissent ; la raison en est dans les différences de caractère, de volonté ou d'éducation. Cependant il est difficile, impossible même> sous le. rapport de la responsabilité morale, d'établir des catégories : tous comprennent suffisamment l'étendue de leurs devoirs ; tous entendent clairement la voix de la conscience, à part de rares exceptions. Il naît en effet des crétins, des idiots ; d'autres sont entraînés à l'abrutissement par la débauche et l'ivrognerie. Qu'importe? Nous voulons démontrer l'existence d'une règle générale et les exceptions, chacun le sait, confirment la règle. Il n'est donc pas téméraire d'affirmer qu'aux yeux de la conscience, tous les hommes sont égaux en devoirs.
Nous ajouterons que la sanction des devoirs, de la loi
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