CHAPITRE II. 2i
morale est la môme pour tous, même ici*bas, du moins en général.
Un tel langage scandaliserait évidemment tous ceux qui, par fanatisme ou par ambition, dénoncent publiquement non seulement les crimes de la Société, mais aussi a les crimes.de Dieu ». Le pessimisme a passé le Rhin ; il va devenir de mode en France et faire de l'injustice la souveraine du monde; d'autres temps ont chanté l'héroïsme, la gloire et le bonheur ; le nôtre, sur un ton . ennuyeux, ne psalmodie que la douleur et la souffrance imméritées.
Mais de vaines clameurs ne sauraient nous émouvoir lorsque nous rendons hommage à la vérité.
L'égalité de la sanction, nous la trouvons dans les récompenses et dans les peines.
Par récompenses d'abord, nous entendons l'estime publique et le bonheur.
Le peuple n'est pas aussi mauvais juge que se l'imaginent ses détracteurs systématiques : s'il donne son suffrage à ceux qu'il croit avoir intérêt à élire, il réserve son estime pour ceux qui la méritent par leur dignité et leur probité, lors même qu'il ne lui plaît pas de les choisir comme mandataires. N'en déplaise aux coquins: Testimo publique va surtout aux honnêtes gens.
Par l'expression de bonheur, tout le monde sait ce qu'il faut entendre, bien que personne n'en jouisse complètement ; le bonheur, c'est le but que nous poursuivons tous avec acharnement, c'est le rêve de notre vie. Eh bien! le bonheur, où se rencontre-t*il? Il faut du courage pour le dire aujourd'hui : dans l'accomplisse* ment du devoir.
Les maîtres de notre enfance nous ont enseigné des aphorismes comme celui-ci: a Vous voulez être heureux et vous ne pratiquez pas la vertu I » Leur mémoire en soit bénie I car ils ne nous ont pas trompés. L'exac-
titude d'une telle maxime peut être vérifiée chaque jour, à Taide de mille faits particuliers ; mais on ne s'en aperçoit pas^ ou du moins Ton feint de ne pas s'en apercevoir.
« Le veau d'or est toujours debout ! » Ainsi chante Méphistophélès ; il pourrait chanter également que chaque jour on surélève le piédestal du faux dieu. On voudrait nous persuader que le bonheur est dans la possession de la fortune, là et rien que là.
Si vous passez quelque jour devant la Bourse de Paris, entrez-y quelques instants. Là vous coudoierez une foule de crésus, criant, gesticulant, surexcités par Tappèt du gain, semblables à des épileptiques plutôt qu'à des hommes sains et bien portants. Vous laisseront-ils l'impression de gens heureux? Il est permis d'en douter.
Quittez donc au plus vite ce milieu agité et fiiyez sous les ombrages du a Bois de Boulogne » ; dans l'aprèsmidi d'une belle journée, vous y rencontrerez nombre de promeneurs. Examinez-les avec soin : les plus jeunes affecteront parfois de rire, mais leur rire sera forcé ; les plus vieux seront graves-ou mélancoliques. Pensez alors que vous aurez en face de vous les plus riches habitants d'une des villes les plus riches du monde entier ; « les heureux de la terre », selon une expression familière, et demandez-vous si cette appellation répond bien à la réalité des faits.
Le bonheur n'est pas dans l'élégance du costume dont on est revêtu, ni dans la richesse de l'équipage où Ton se promène ; il est surtout sur la physionomie, il se porte sur la mine. Si vous voulez enfin le rencontrer sur votre chemin, allez dans quelque village où la régularité des habitudes conserve encore la pureté des mœurs ; mêlez-vous aux groupes qui se formeront devant l'église, au sortir de la messe ; prenez part aux conversations qui s^engageront, admirez la santé, la belle humeur des gens qui vous entoweront ; ou bien
laf^ipimpiHppOTiv^^i^m^^im^u - P» J •' M .