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CHAPITRE XIII

Quand Hippocrate dit oui, Gallien dit non. Science contre science, les deux parties en présence ont une grande autorité, et il est difficile aux profanes de discerner le vrai du faux. Mais, quand la science n'a que le bon sens en face d'elle, l'hésitation n'est pas permise ; évidemment la sciencea raison, et si la première brouette vaut réellement 10 francs, la seconde qui a demandé deux fois plus de temps, vaut deux fois plus, c'est-à-dire 20 francs.

Pour apprécier l'égalité, les gens simples envisagent le but final, le résultat ; au contraire, la science allemande, dans la personne de Karl Marx, ne considère que les moyens, les procédés. Tout dépend évidemment du point de vue auquel on se place, et le point de vue scientifique de Karl Marx doit être le point de vue véritabler bien qu'il nous paraisse absurde !

Avant que le génie d'un Karl Marx ne fût venu dissiper les ténèbres qui nous enveloppaient de toutes parts, les socialistes français, plongés comme les autres hommes dans cette nuit obscure, n'avaient pas encore osé rompre tout à fait en visière au bon sens, a  chacun suivant sa capacité, disait Saint-Simon ; à chaque capacité suivant ses œuvres. » a A chacun suivant sa capacité, à chacun suivant ses besoins », répétait à son tour Louis Blanc.

Mais le maître a parlé, et la lumière s'est faite également dans tous les esprits.

Benoit Malon, disciple de Karl Marx, fait cependant quelques réserves. « Ce qui domine la doctrine de Marx, c'est un fatalisme historique et économique qui semble être une application aux choses industrielles du calcul

des probabilités de Laplace L'évolution des sociétés

n'est pas aussi simpliste. » (Précis du socialisme, p. 139.) Il admet bien avec Karl Marx, si l'on veut, qu'un charron vaut un autre charron, et par suite qu'une brouette vaut deux brouettes ; mais il estime, par contre, que le

travail d'un mécanicien, d'un charpentier ou d'un mineur, doit être davantage salarié que celui d'un charron par exemple : « Bien que le machinisme, dit-il, aille égalisant les tâches, il y aura toujours des degrés dans l'effort ou l'habitude requis. C'est pourquoi les travaux seront classés d'après une échelle des difficultés, des dangers et des désagréments Naturellement les taux

des rétributions seront variés. Supposez le travail simple tarifé 10 pour une heure d'application, Theure du travail qualifié vaudra 12, celle du travail pénible 15, celle du travail dangereux 20, et ainsi de suite. » (Précis du socialisme, p. 319.)

Ainsi l'on rôve égalité et l'on aboutit à l'inégalité ; on aboutit en même temps à l'arbitraire. Sous le régime économique actuel, c'est au pied du mur qu'on voit le maçon ; c'est d'après la valeur du travail accompli qu'on fixe la rétribution ; les rétributions sont égares quand les travaux sont égaux. C'est l'égalité dans la justice. Sous le régime de Benoit Malon, on n'attendra pas que le maçon soit au pied du mur pour fixer son salaire ; on ne constatera pas le résultat de l'effort accompli ; on préjugera l'inégalité d'après la diversité des professions. Ce sera l'inégalité dans l'injustice.

« Mystère d'iniquité ! s'écrie Marx. Cinq à six heures de travail suffiraient à un ouvrier pour acquérir les denrées nécessaires à lui et à sa famille ; il travaille douze heures et n'en obtient pas davantage. » (Cité par de Laveleyé. Socialisme contemporain, p. 33.) Si l'on admet le tarif proposé par Benoit Malon, le mystère d'iniquité subsistera quand même. Supposons que l'ouvrier dont le travail sera tarifé 20, travailles à 6 heures par jour, celui dont le travail sera tarifé 10 devra travailler 10 à 12 heures pour obtenir le même résultat. Où sera le progrès? Pour rétablir l'égalité du salaire entre les ouvriers, M. Brissac, qui est d'ailleurs un adepte de la doctrine de Benoit Malon, n'a pu imaginer d'autre solution : a La

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