‹ L'égalitéChapitre 9 sur 133 · CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI

eDCore, le jour de l'Assemblée, allez sur la place publique, À l'heure où l'on danse et où Ton joue, alors beauté, force, jeunesse, gaité franche, rires joyeux, tout charmera vos yeux et vos oreilles ; vous aurez devant vous le spectacle du bonheur véritable.

Sans doute, il y a des heureux parmi les riches, mais ils ne doivent leur privilège ni à la fortune ni au désœuvrement ; riches ou pauvres, ceux-là seuls peuvent atteindre leur but qui le poursuivent dans le travail et dans Taccomplissement du devoir.

Nul, selon le sage, ne peut se dire heureux avant le jour de sa mort; le sage a raison puisque, entre la coupe et les lèvres, il y a place pour un malheur.

La première fois que vous assisterez à un enterrement, qu'il s'agisse d'un homme fortuné ou non, faitesvous narrer les principaux événements de s& vie : ce qu'il a fait ; ce qu'il a été ; comment il a^ fini ; ses joies et ses douleurs ; ses échecs et ses succès.

Renouvelez cette enquête pour dix, vingt, cinquante personnes, et vous découvrirez la vérité dégagée de tout préjugé, de toute fausse apparence : vous saurez que, de tous lés défunts, celui-là même a goûté la plus grande somme de bonheur, qui a le plus honoré la vertu. Donc à égalité de mérite, il y a égalité de récompenses pour ceux qui suivent la loi morale.

Inversement, pour ceux qui la violent, il y a égalité de peines, indépendamment des sanctions édictées par les lois positives ; ces peines consistent dans la réprobation publique et dans le malheur.

Nous n'insisterons pas davantage sur l'égalité des devoirs ; c'est presque un axiome, admis il est vrai par prétention ; c'est ce dont il est le moins question dans les traités où l'on discute sur l'égalité des hommes. Pour expliquer cette lacune, un pessimiste dirait que les choseâ sur lesquelles l'on discute avec le plus de passion ce sont précisément celles que l'on convoite avec le plus

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d'ardeur, et que les devoirs ne font pas partie de ces choses-là.

Nos Constitutions même (et nous en avons eu beaucoup depuis un siècle) sont muettes à cet égard : celle des 3-14 septembre 1791 contient une déclaration célèbre des droits de l'homme, mais elle omet de déclarer quels sont ses devoirs ; le projet de 1848 réparait celte omission en mettant en regard droits et devoirs, mais la rédaction définitive les a remplacés par un préambule.

L'ancien régime rappelait fréquemment aux Français leurs devoirs, mais il gardait le silence sur leurs droits ; par esprit d'opposition ou de réaction — comme on voudra — le- r^me nouveau s'étend avec complaisance sur les droits mais ne s'explique pas sur les devoirs. Nous aimons à regarder les choses* tantôt par un bout de la lorgnette, tantôt par l'autre, puis nous sommes surpris de ne pas les voir de la même manière.

La meilleure Constitution serait celle qui nous guérirait de notre légèreté de caractère en nous inoculant l'esprit de suite. Mais qui saura la faire et surtout la mettre en vigueur ?

a Exoriare aliquia .' »

Dieu, qui a imposé aux hommes les mêmes devoirs, n'a pas pu ne pas leur attribuer les mêmes droits ; Dieu, qui est souverainement juste; ne peut pas en effet violer les règles de la justice. Ainsi, l'égalité des droits est le corollaire de l'égalité des devoirs : elle se fonde sur le principe de la justice divine.

L'homme, étant responsable de ses actes aux yeux de Dieu, naît libre ; s'il ne naissait pas libre,, sa responsa* bilité n'aurait pas de raison d'être ; et s'il naît libre aux yeux de Dieu, il ne peut naître esclave aux yeux des autres hommes. La liberté d'un homme, quel qu'il soit, est absolue ou du moins elle n'a pour limites que celles qu'impose le respect des droits d'autrui ; tous les hommes naissent libres, égaux en liberté, sauf à rendre

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