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CHAPITRE XIV

Le christianisme avait organisé des repas communs qui avaient également un caractère symbolique et religieux; mais, depuis plusieurs siècles, la communion des âdèles ne peut guère être assimilé à un banquet. Le conventionnel Saint-Just aurait voulu établir des banquets fraternels de décade: a Dans toutes les communes,, avait-il proposé, tous les citoyens seront invités à célébrer le jour de la décade par un banquet fraternel qui,

servi sans luxe et sans apprêt fasse oublier à

l'homme de peine ses fatigues, et à l'indigent la misère qu'il éprouve, qui porte dans l'àme du pauvre et du malheureux le sentiment de l'égalité sociale et l'élève à toute la hauteur de sa dignité, qui étouffe dans le riche jusqu'au plus léger sentiment d'orgueil et jusqu'au germe de hauteur et d'aristocratie dans le fonctionnaire public. » On sait ce qu'il en est advenu ; nos mœurs protestent contre une institution de ce genre.

Sous l'Ancien Régime, on établissait diverses catégories dans les places des fêtes publiques octroyées gratuitement par l'autorité ; l'usage s'est maintenu de nos jours.

Les Américains, plus profondément pénétrés de l'esprit d'égalité que nous, agissent différemment ; même dans les entreprises de spéculation, ils ne tolèrent qu'une sorte de place et un seul tarif. Dans le monde élégant de Paris et des grandes villes, il est de bon ton de fuir les promenades, les dimanches et jours de fêtes, parce qu'elles sont fréquentées par les gens du peuple. Les riches qui méprisent ainsi les pauvres, sont plus aveugles et plus coupables que les pauvres qui haïssent les riches.

La question du logement a autant d'importance que celle de l'habillement et de la nourriture; car, sauf ce chef barbare qui se vantait de n'avoir pas dormi sous un toit durant quatorze années, tout homme, même dans les climats tempérés; se rend compte qu'il n'est pas fait

pour coucher dehors. Chacun se logé comme il s'habille, comme il se nourrit, c'est-à-dire selon ses moyens. Mais, pour ce qui est des logements, l'inégalité entre les hommes apparaît plus grande que pour le reste. L'ouvrier mange souvent d'un meilleur appétit que son patron et, quand il estendimanché, il lui ressemble beaucoup, au moins en public, tandis que, dans leurs logements respectifs, les différences des situations s'accusent plus ouvertement.

Autrefois on rencontrait fréquemment dans les villes des maisons comprenant, au rez-de-chaussée, une boutique ; au 1** étage, un appartement de rentier ou d'employé; au 2* étage, un ou deux logements d'ouvriers. Aujourd'hui, des raisons d'intérêts ont bouleversé les vieux usages ; les bourgeois accaparent les quartiers centraux et les ouvrier» sont presque tous relégués •dans les quartiers excentriques : pour les uns et pour les autres, le mélange valait mieux que la séparation. Par contre, si les riches ont des installations plus confortables, les pauvres, soit à la campagne, soit à la ville, sont logés moins misérablement qu'autrefois. N'était l'isolement dont nous parlons, il y aurait amélioration générale du côté des logements.

On n'en entend pas moins certains agitateurs accuser d'injustice le sort qui condamne les pauvres à s'abriter . dans des maisons de la dernière simplicité, après avoir établi de leurs propres mains le confort et le luxe dans les palais des riches. Mais, que l'on s'avise de chasser les riches de leurs demeures pour installer des pauvres à leur place, et cette violence n'avancera point la solution du problème de l'égalité. On verra encore demain comme on voyait hier des hommes logés dans des châteaux ou dans des hôtels somptueux et d'autres hommes logés dans des chaumières. Comme une mauvaise action n'engendre que des suites funestes, tout le monde sera inquiet ou mécontent. Les ci-devdnt pauvres, installés

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dans des demeures somptueuses, vivront dans la crainte d'en être expulsés, et leurs craintes ne seront pas sans fondement, car les ci-devant riches ne manqueront pas d'exciter contre eux les convoitises des pauvres non encore pourvus. Pour obtenir l'égalité réelle des logements, il faudra organiser entre tous les occupants de perpétuels roulements qui provoqueront de perpétuels désordres. Il y aurait bien un autre moyen, consistant à démolir les maisons jugées trop luxueuses ou trop modestes pour en construire d'autres plus uniformes. Mais le procédé serait long et coûteux, car il n'y a qu'un bien petit nombre des habitations actuelles qui représentent le type moyen rêvé par les utopistes. Que d'injustices donc, que de violences, que d'e&orts surhumains pour obtenir le résultat désiré! Combien serait longue et coûteuse la transformation de tous les groupes d'habitations en cités égalitaires qui auraient, par surcroît, le triste avantage d'ennuyer tout le monde I

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