‹ L'égalitéChapitre 89 sur 133 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

frir un pareil remède On ne peut pas établir un partage des terres dans toutes les démocraties. Il y a des circonstances où un tel arrangement serait impraticable,

dangereux, et choquerait même la Constitution

Les lois du nouveau partage des champs, salutaires par leur nature, ne sont dangereuses que comme action subite » (Loco citato, p. 43 et 83.) En vérité Montesquieu en prend bien à son aise avec le droit de propriété. Nous protestons énergiquement contre une semblable doctrine. « Quoi ! les pauvres, parce qu'ils sont en majorité, pourront se partager les biens des riches, et ce ne sera point une injustice attendu que le souverain aura décidé que ce n'en est point une ! £t que sera

donc la plus criante des iniquités? Non certes,

la vertu ne ruine point celui qui la possède : la justice n'est point un poison pour l'État. Cette prétendue loi n'est certainement qu'une flagrante iniquité. » (Aristote, Politique, 1-263.)

Cette iniquité jadis ne tendait pas du reste à établir l'égalité telle que les socialistes la conçoivent aujourd'hui; elle ne profitait qu'aux citoyens pauvres, et l'on sait que l'appellation de citoyen ne s'étendait pas aux artisans et aux esclaves qui formaient l'immense majorité de la population.

Il eût fallu, comme l'observe Aristote, limiter la population en môme temps que la propriété, a A Sparte, on pouvait prévoir sans peine que, le nombre des citoyens s'accroissant, tandis que la division du sol resterait la même, on ne ferait qu'augmenter le nombre des malheureux. » (Politique, 1-167.) Au lieu de l'égalité des biens, on n'eut à la longue que l'égalité des misères.

Montesquieu explique assez longuement les mesures qui avaient été prises à Rome et dans d'autres villes pour maintenir l'égalité. « Si, lorsque le législateur fait un pareil partage, il ne donne pas des lois pour le main-

tenir, il ne fait qu'une constitution passagère : l'inégalité entrera par le côté que les lots n'auront pas défendu, et la république sera perdue La loi ancienne qui ordonnait que le plus proche parent épousât l'héritière, prenait son origine du partage égal des ter* res et des portions données à chaque citoyen. Dans cette pensée, à Alexandrie, à Athènes, à Sparte, on pouvait épouser sa sœur, tout au moins sa sœur utérine ou consanguine. » (Loco citato, p. 39 et 40.) Les dispositions arbitraires ne peuvent être maintenues qu'à l'aide d'autres dispositions également arbitraires. Montesquieu ne s'en émeut pas.. D'ordinaire, il est mieux inspiré.

« Il lui semble aussi que c'est du partage des terres que dérivent les lois de Rome sur les successions. La loi de la division des terres demanda que les biens d'une famille ne passassent pas dans une autre ; de. Ih il suivit qu'il n'y eut que deux ordres d'héritiers- établis par la loi. » (Loco citato, p, 417.) Faible barrière contre la poussée violente des passions,- des différences d'apti* tudes et des circonstances variables à l'infini ! Qui pourrait dire le temps qu'a duré.à Rome l'égalité des biens ? Sur cet état de choses, les historiens ne nous donnent aucun détail ; peut-être avait-il cessé d'exister avant la ~ mort de Romulus, avant même celle de Rémus dont les protestations eurent un résultat si funeste pour lui . « Il faut, dit encore Montesquieu (p. 39), que l'on règrle, dans cet objet, les dots des femmes, les donations, les testaments, enfin toutes les manières de contracter. Car, s'il était permis de donner son bien à qui on voudrait, et comme on voudrait, chaque volonté particulière troublerait la disposition de la loi fondamentale. » La précaution ne sera pas superflue. Mais, si la loi rè^le tout à l'avance, les particuliers n'ont plus la faculté de régler leurs affaires eux-mêmes ; la porte est fermée devant les initiatives individuelles ; il n'y a plus de liberté civile.

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