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CHAPITRE XV

cultiver lui-même avec le secours de sa famille ; toute location^ tout emploi de salarié seraient prohibés. Mis au pied du mur par M. Méline, il ajgutait même que, dans sa pensée personnelle, toute vente, toute aliénation seraient également interdites. M. Méline n'a pas manqué de faire observer qu'un pareil système était contraire à l'humanité, en ce qu'il protégeait le fort, c'est-à-dire le père de famille, et sacrifiait les faibles, c'est-à-dire la veuve et l'orphelin, incapables de se livrer à la culture du sol et menacés comme tels d'une entière dépossession. De telles formules n'ont rien de définitif. Tôt capitaf tôt senaus. Les variations vont devenir innombrables, dès lors qu'on abandonne le principe de socialisation universel, cher à Karl Marx. Le système de M. Brissac est évidemment moins vague, moins ténébreux que celui de M. Deville ; cependant il ne nous séduit guère. Du jour où il sera appliqué, il donnera une force nouvelle au malthusianisme qui déjà diminue chaque jour la natalité. Ne pouvant plus avoir qu'une propriété, le père de famile ne voudra plus avoir qu'un enfant. Ajoutons qu'instantanément les plus riches deviendront les plus pauvres. Pour le petit cultivateur, le petit vigneron, l'artisan, il n'y aura rien de changé ; charbonnier continuera à être maître chez lui. Mais comment diviser les entreprises commerciales, industrielles, agricoles même, matériellement indivisibles? Il faudra bien les socialiser entièrement et les ci-devant entrepreneurs seront ruinés, trop heureux si les socialisateurs consentent à prendre à leur charge les dettes qu'ils auront pu contracter. Les riches d'hier iront grossir demain la foule des prolétaires, c'est-à-dire la foule des mécontents. Il y aura encore plus de pauvres que de riches. Gare alors aux petits propriétaires! La majestueuse formule du socialisme scientifique deviendra contre eux un mot de ralliement. Le socialisme bâtard de MM. Brissac et Deville sera bientôt condamné, et la

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petite propriété sera broyée à son tour dans les en^re* nages inévitables de la socialisation.

Il ne serait possible de limiter les possessions par l'établissement d'un maximum, que dans un pays neuf, inculte, où il n'en résulterait aucune spoliation. Le législateur qui fonderait une colonie dans ces conditions, pourrait rencontrer des colons médiocres qui, avec des ressources médiocres, obtiendraient des résultats non moins médiocres. D'ordinaire, il est vrai, ce n'est ni avec de tels hommes, ni avec de tels procédés qu'on colonise, mais peu importe. Moins de progrès, voilà pour le côté économique ; moins de luxe et partant moiQs de vice et de misère, voilà pour le côté moral. Mais une pareille organisation serait factice et, en dépit de toutes les précautions, elle n'aurait qu'une durée éphémère.

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