CHAPITRE XVII
espagnols ; mais son amour de réquité ne lui permet pas d'en dissimuler les inconvénients qu'il a constatés de visu : (( Ils consistent dans l'immobilisation d'une étendue de sol considérable et dans une énorme déperdition de la force productive. Evidemment, au point de vue de l'économie générale, cela est fâcheux. Tous, laborieux et indolents, produisent moins ; puis les uns s'enrichissent moins vite en dépit de leur amour du travail, mais aussi les autres souffrent moins de leur indolence. » (Ouvriers européens, p. 187.) Il y a moins d^inégalité que sous le régime de la propriété purement individuelle, mais aussi moins de justice puisque les plus indolents profitent en partie des améliorations produites sur le sol communal par les plus laborieux ; il y a enfin profits égaux à mérite inégal.
Plus énergiquement sans doute que la communauté partielle, la communauté totale des biens amoindrit les conséquences de l'inégalité des aptitudes. Au XVI* siècle, les anabaptistes, disciples émancipés de Luther, tentèrent d'établir entre eux un régime de cette nature. A leurs yeux, toute secte où l'on n'avait pas gardé la communauté qui faisait l'àme et l'union des premiers chrétiens, était une assemblée impure, une race dégénérée. Ils ajoutaient que les magistrats étaient inutiles dans une société de véritables fidèles. Us fondèrent à Mulhouse iin établissement qui vaut, dit Louis Blanc, qu'on le rappelle dans l'histoire des triomphes de la pensée : <x Aux moins forts, les moins durs travaux, et à chacun, dans la hiérarchie sociale, des fonctions conformes à ses aptitudes. Toutes les fonctions étant généralement honorées et n'aboutissant à d'autres différences que celle des devoirs — absence d'orgueil dans le commandement et obéissance volontaire. Dès lors aussi, nulle prise pour les brigues, pour la cupidité, pour les rivalités haineuses, pour les sordides ambitions. C'était la famille agrandie. » (Louis Blanc, Histoire de la Ré-
volution ; note finale du 1*' volume.) Le tableau est évidemment flatté. La mort de Muntzer, fondateur de la secte de Mulhouse, amena sa dispersion, ce qui prouve bien que, même dans le régime communiste, la volonté d'un seul homme peut être plus puissante que celle de tous les autres pour maintenir le bon ordre. De là, pendant un temps, les anabaptistes furent maîtres par la force de Munster, en Westphalie, où ils établirent la communauté des biens, la polygamie, et se livrèrent à mille extravagances d'extases, de prophéties et de visions, sous la direction de deux nouveaux chefs. Après une telle expérience, la secte était perdue dans l'opinion publique, a Le système des anabaptistes parait fondé sur la charité et la douceur ; il ne produisit que des brigandages et des crimes. La chimère de l'égalité est la plus dangereuse de toutes dans une société policée. Prêcher ce système au peuple, ce n'est pas lui rappeler ses droits, c'est l'inviter au meurtre et au pillage ; c'est dé* chaîner des animaux domestiques et les changer en bêtes féroces 11 n'y a dans la nation qu'une égalité de
droit et jamais une égalité de fait. » (Raynal, Histoire philosophique, t. 7, p. 1 et 18.) telles sont les réflexions qu'inspirait le communisme des anabaptistes à un esprit sérieux, vraiment épris de progrès réalisable. Lu« ther voulut réformer la religion. Surexcités par son exemple, les anabaptistes se révoltèrent contre la Société tout entière : ce ne furent que de pieux anarchistes.
Dans son Précis du socialisme, p. 16, Benoit Malon cite les colonies communautaires des frères Moraves, fondées en 1630, par Gabriel de Hunster, avec les débris des anabaptistes, qui comptèrent bientôt près de 7.000 membres, et firent l'admiration de leurs contemporains. En fait, on retrouve chez eux toute une savante hiérarchie; leur organisation est patriarcale et religieuse; l'inégalité s'y rencontre à chaque pas.
En 1681, l'anglais Penn ouvrit sur un territoire amé-
!•« ...^p 'iiikiii .1 . iij ip . I • '"«^•^!Vm.ï.. ? "■.«" f ■ ifliççifn^^psn^piputïi