CHAPITRE XVIÎ
ricûin qu'il venait d'acquérir, et qui devait être la Pensylvanie, un asile aux sectaires de tous les cultes ; parmi les nouveaux venus se trouvèrent un grand nonnbre de Quakers, sorte d'anabaptistes assagis et transformés, qui avaient répudié le communisme, mais conservé l'esprit de dévouement. C'était plus qu'il n'en fallait pour assurer, avec le concours de Penn, le succès de la nouvelle colonie. « Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité paraît aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue Ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple, dans l'ascendant qu'ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu'ils ont vaincus, (dans les passions qu'ils ont soumises. » (Esprit des lois, p. 39.)
Montesquieu vante aussi les établissements d'ailleurs fort connus des Jésuites au Paraguay. « Ceux qui voudront, dit-il, faire des institutions pareilles, établiront la communauté de biens de la République de Platon, ce respect qu'il demandait pour les dieux, cette séparation d'avec les étrangers pour la conservation des mœurs, la Cité faisant le commerce et non pas les citoyens : ils donneront nos arts sans notre luxe, et nos besoins sans
nos désirs Ces institutions ne pourront d'ailleurs
avoir lieu que dans un petit Etat où l'on peut donner une éducation générale et élever tout un peuple comme une famille. » (Esprit des lois, p. 34.) Les arts sans le luxe, le commerce sans rapports avec les étrangers, toutes ces exclusions nous paraîtraient quelque peu chimériques aujourd'hui. Quant à la communauté de biens, nous ne croyons pas qu'elle ait été absolue dans le Paraguay, de 1608 à 1767^ c'est-à-dire depuis l'installation jusqu'à l'expulsion des Jésuites. Les missions qu'ils ont fondées sont en effet beaucoup plus célèbres comme missions théocratiques que comme missions communistes. Il y a lieu de croire que l'application du système
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de communauté allait en se relâchant de plus en pliis de sa rigueur, à mesure qu'on s'éloignait de l'époque de sa fondation. En tout cas, il n'en restait rien au départ des Jésuites, et cela prouve bien que le pouvoir absolu lui-même est impuissant à maintenir ce qui est contraire À la nature.
Âpres le communisme religieux, le communisme laïque, c'est-à-dire dégagé de toute pensée confessionnelle; jusqu'à ce jour, celui-ci a été encore moins heureux que celui-là.
Au nom de la justice. Fourrier, dans « la Phalange », s'élève avec force contre les partisans de l'égalité des conditions, contre les adversaires de la propriété et de l'hérédité : a L'homme, dit-il, est ce qu'il est. Il sera toujours guidé par l'amour des richesses et des plaisirs ; sesi passions sont aussi éternelles. que légitimes ; il ne s'agit que de savoir les employer à son propre bien-être et au bien-être général. L'ordre sociétaire qui va succéder à l'incohérence civilisée n'admet ni modération ni égalité, ni aucune des vues philosophiques ; il veut des passions ardentes et raffinées ; dès que l'association intégrale est formée, les passions s'accordent d'autant plus facilement qu'elles sont plus vives et plus nombreuses. » Il propose donc la constitution de phalanges où chacun apportera sans réserves son travail, son talent s'il en a, son capital s'il en possède, où tout membre sera associé et où tout associé sera rétribué par un dividende, et le dividende devra être énorme, car le travail attrayant et combiné accroîtra dans des proportions énormes la richesse générale et privée. Les idées de Fourrier se sont répandues assez rapidement dans la classe bourgeoise de certaines villes. Ses disciples ont fondé un phalanstère agricole à Condé-sur-Vesgre, canton d'Houdan (Seine-et-Oise) ; ils en ont créé 37 dans l'Amérique du Nord. Ni l'intelligence, ni le zèle, ni l'émulation ne leur ont fait défaut ; ils ont joui, surtout en Amérique, delà
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