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LA SOCIÉTÉ RELIGIEUSE CATHOLIQUE

Nous avons interprété notre appel au surnaturel comme un supplément de création , comme une recrèatian, on dit le plus souvent régénération. Ces mots traditionnels expriment une même notion de l'action divine en nous, dans cet ordre.

Or, une recréation, pour être harmonieuse, doit se faire, avons-nous dit, sur le plan de la création antérieure respectée, en vue de cadrer avec elle. Comme donc Dieu ne disposa point de créer et de régir immédiatement chaque homme; comme il plaça la famille à la base de la société et un premier homme à la base de la famille : ainsi il a placé l'Église à la base des rapports religieux humains, et Jésus-Christ à la base de l'Église.

Lidée de FHomme-Dieu, chef de l'humanité religieuse constituée en société, devient ainsi toute naturelle.

Naturelle, entendons-nous bien; nous sommes dans le surnaturel tout pur. Mais je dis que ces notions cadrent bien; que notre humanité sanctifiée procédera normalement, et en ce sens naturel-

lement, d'un ancêtre en qui résidera la plénitude de ce qu'elle est appelée à recevoir, et que Dieu, qui fait divinement les choses, pouvait rêver, sans nous étonner trop, de s'unir à ce chef de la race sanctifiée assez pour pénétrer au centre de ce qui constitue en nous la personne, de sorte qu'on puisse dire : L'humanité religieuse est divine en son chef, afin d'être mieux divinisée en ses membres; la chaîne qui la rattache à Dieu a pour premier anneau une pièce intermédiaire qui est à la fois homme et Dieu, afin que l'attache soit ferme; afin que la religion, qui consiste en ce lien de l'homme à Dieu, atteigne son maximum, et que, par unité dans le Christ, nous méritions qu'on dise de nous comme dans le psaume : « Vous êtes des dieux. Ego dixi : Dit estis. »

L'incarnation n'est autre chose que l'adoption de Thumanité, représentée par l'un de ses membres, en l'unité de Dieu, de telle sorte que le lien religieux devienne, en ce cas unique, un lien substantiel, et qu ensuite, par solidarité fraternelle avec l'élu divin, toute la race se trouve suspendue, à moins qu'elle ne s'y refuse en tels de ses membres, à Celui d'où découle pour elle tout ce qui peut faire sa destinée.

Ne comprenons pas, d'ailleurs, cette incarnation d'une façon qui la rendrait inacceptable aux intelligences; comme je ne sais quelle descente de Dieu à partir des régions éthérées sur la terre. Cette imagination, dont se satisfont les simples; que nos pères, même instruits, ne redoutaient pas trop, sans en être dupes, troublerait aujourd'hui ceux qui sont

renseignés sur le peu qu'est la terre, sur les immensités astrales, sur l'éclatement des cieux procuré par la science. Mais il ne s'agit pas de cela.

L'incarnation implique un rapport nouveau entre l'humanité en l'un de ses membres et son Créateur, rien de plus. Et cette « nouvelle alliance » a ceci de singulier que, dans le Christ, elle est substantielle. Mais rien de nouveau en Dieu ne s'y manifeste, et moins que tout un déplacement selon l'espace, ni davantage, par conséquent, une prétendue consécration de Terreur géocentrique.

Voyons par l'intérieur ce qui est intérieur. Dieu n'habite pas spécialement les espaces. Dieu n'a que faire des grandeurs et des petitesses. Il les produit et elles lui sont relatives sans que lui-même puisse en être affecté.

Dieu est partout, en tout, intimement et perpétuellement créateur. Là où l'on a besoin de son action, il y est. Il y était déjà. Il y était comme donnant l'être; il y sera comme donnant le meilleur être. Et s'il est bon que l'un de nous, comme arraché à soimême, soit assumé en lui, afin qu'en ce point d'humanité toute la race touche son Dieu, ainsi qu'un cercle touche en un point de sa circonférence la tangente infinie : pas n'est besoin pour cela de voyage. L'omniprésence divine aura simplement là son cas maximum. Ce que les panthéistes disent de tout, nous le dirons d'un seul être, et pourrait-on se scandaliser de ce que nous confessions : Le Christ est Dieu, quand tant de grands hommes, d'Anaximène à Spinoza, à Vacherot, ont dit : Tout est Dieu?

« Quand l'humaine nature, dit saint Thomas

d'Aquin,. fut conjointe à Dieu parle mystère de Fincarnation, tous les fleuves des bontés naturelles, comme remontant leur cours, revinrent à leur principe. Ce Dieu, qui avait déversé les biens de la nature, les voyant faire retour par l'assomption en lui de la nature humaine, fit couler désormais sur les hommes non plus seulement en tant que Dieu, mais en tant que Dieu et homme, tous les torrents de ses grâces. Car « de sa plénitude nous avons tous revu, grâce pour grâce* ».

Ce passage introduit une idée nouvelle, à savoir que Thomme, assumé en Dieu, y entraîne tout le reste, je dis parmi les choses qui composent son milieu naturel, qui sont l'homme prolongé, Thomme d'en bas, quelque chose comme le bain nutritif dans lequel plonge l'enfant à naître et où il trouve sa nourriture. De telle sorte que c'est l'univers humain avec l'humanité, que l'incarnation divinise, et la religion s'étend à lui, par nous, comme elle s'étend à nous par le Christ.

Quoi qu'il en soit de cette notion, sur laquelle nous devrons plusieurs fois revenir, l'Homme-Dieu est donc, dans le système chrétien, le point de départ de la religion authentique.

Placé aux confins des deux domaines qu'il s'agit de relier, comme la pointe aimantée qui plonge au ciel en demeurant reliée à la terre, il nous donne Dieu et il nous donne à Dieu. Il résume en son cœur, après les longues préparations séculaires, veau en la plénitude des temps, dit saint Paul, tout l'effort religieux du monde, et il est, en tant que Dieu, la

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