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CHAPITRE Vil

LE CARACTÈRE PROGRESSIF DE l'ÉGLISE

L'Àpostolicité de l'Eglise, avec le caractère romain qui s'y trouve annexé, en orientant notre Eglise vers le passé, va-t-elle nous interdire de songer pour elle à l'avenir et de lui attribuer le progrès?

Ce serait fort mal comprendre.

Notre Eglise est progressive précisément parce qu'elle est apostolique. Si, en regardant de nous aux apôtres, elle vient; en regardant des apôtres vers nous, elle va, et se figurer qu'elle va ainsi à travers les temps comme un chariot chargé d'immuables bagages, ce serait ignorer sa nature et fausser cette note d'apostolicité que nous avons présentée comme la provenance authentique d'un germe.

Le royaume des deux sur terre est semblable au ferment qui veut faire lever toute la pâte. // est semblable au grain de sénevé qui devient un arbre : ce sont les comparaisons mêmes du Sauveur. « Il en est, disait-il, du royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre. Qu'il dorme ou qu'il veille, la nuit et le jour y la semence germe sans qu'il y pense. D'elle-même la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, puis le grain tout formé dans

Vépi. Et quand le fruit est mûr, aussitôt on y met la faucille, car la moisson est là » (Marc, iv 26-29).

L'image est claire. Le semeur, c'est Dieu, et Dieu ne change pas; mais la semence change. Elle change non en nature : le grain de blé ou le noyau à fruit ne deviennent pas un gland; mais ils deviennent aiguille verte d'abord, plante frêle ensuite, puis arbuste, puis arbre, de la manière et selon la mesure que comporte leur essence.

Il y a donc lieu d'étudier ce caractère évolutif, qui n'est pas moins essentiel à l'Eglise que son apostolicité, qui en est l'autre face.

A propos du passage de l'Ancienne Loi à la Nouvelle, des préparations judaïques à l'éclosion chrétienne, saint Thomas d'Aquin rappelle cette disposition de la Providence qui conduit toutes choses peu à peu (quodam temporali successionis ordine) de l'imperfection à la perfection, comme nous de l'âge enfant à l'âge adulte 4. Il entend ainsi rappeler le mot de saint Paul : « La loi (juive) a été notre pédagogue, en vue du Christ » (Gai., m).

A vrai dire, de cette remarque on pourrait inférer le contraire de ce que nous voulons, à savoir que le judaïsme était imparfait; mais que le christianisme est parfait; qu'il est cela dès le début, et que par suite il n'y a pas lieu de requérir une évolution de l'Eglise dans le sens d'une vérité plus épanouie, d'institutions mieux adaptées à leur fin, d'un christianisme individuel et social plus achevé, sous toutes

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