‹ L'Eglise (volume 2)Chapitre 20 sur 36 · Somme théologique, IIIe partie, q. i, art. 6, ad 2um · texte numérisé non relu

Somme théologique, IIIe partie, q. i, art. 6, ad 2um

ce n'est pas une nouveauté au sens où l'entendent, pour s'y opposer, toutes nos autorités religieuses. La nouveauté est un apport étranger qui demeure étranger, se trouvant inassimilable; la chose nouvelle est un apport qui s'assimile, et qui laisse donc à sa propre essence la religion enrichie par lui.

Or, de cette façon, disons que le catholicisme a une vie indéfinie devant soi ; que cette vie doit être un progrès : progrès du dogme, progrès de la discipline religieuse, de la morale, de tout.

Quand on y insiste, tout le monde convient de cette vérité ; mais en pratique, un groupe immense l'oublie, désireux de s'attarder, sous prétexte de fixité de la religion, dans des états d'esprit périmés, dans des consignes devenues oppressives, dans des pratiques caduques.

Le moindre malheur de cette attitude, c'est que, restant ainsi stationnaires au milieu d'un univers en marche, on risque de se ranger — au nom du Christ, ô ironie! — parmi les éclopés de l'armée humaine. Mais le plus grand péril, c'est que les âmes de peu de foi, et a fortiori les âmes sans foi ne confondent notre cause avec celle de l'Eglise elle-même, et que, nous voyant en retard pour n'avoir pas su vivre la religion dans le milieu temporel qui était le nôtre, on n'en vienne à nier que la religion soit article de vie : auquel cas nous avons fait blasphémer Dieu, en l'empêchant de faire éclater en nous la preuve de son éternité vivifiante.

Un vrai chrétien ne doit pas être de ceux qui favorisent les reculs, non plus que de ceux qui vont si vite, si vite qu'ils laissent derrière eux la bataille.

Par la sagesse qui sait se garder de tous les extrêmes, il est possible d'éviter ce double écueil.

Le regard fixé sur l'immuable vérité ; mais essayant toujours de la mieux comprendre, de la mettre en rapport avec tout, de la vivre, en un mot, il faut être des chrétiens d'aujourd'hui et de toujours; apostoliques et progressifs ; fixés au rocher de Pierre et ne refusant pas, en filant du câble, d'affronter toujours plus la haute mer.

Ballottés dans les brumes, et songeant, comme dans la Légende des siècles,

Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil,

on doit savoir qu'on n'offense pas cette sublime attache en portant ses regards vers le large. Homme de progrès, on est d'autant mieux le fils d'une Église immuable et pourtant voyageuse; gardienne de vérité et inventrice de vérité ; fidèle à une attitude et amie, malgré tout, de libre action ; éternelle, enfin, à travers le temps, parce qu'elle est fille de Celui qui a joint l'éternité au temps en sa personne : le divin et humain médiateur, Jésus-Christ.

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