Préface de la bénédiction des Fonts
rait appeler le baptême mineur^ c'est-à-dire Taspersion et les purifications accessoires, en leur donnant comme signification Feffusion de l'Esprit- Saint non plus en ce qu'elle a d'initial et d'indispensable, à savoir l'incorporation au Christ; mais en ce que, quotidiennement, elle nous replonge en cette vie de notre vie et nous y fait participer davantage.
Toute mère nourrit ceux qu'elle enfante. Nés de l'eau et de l'Esprit, de l'eaîï vivifiée par l'Esprit, nous pouvons en être aidés, à la demande de cette autre mère en qui l'Esprit est socialisé et qui en canalise l'action : FÉglise.
Il y a donc cette différence entre le rite secondaire et le sacrement, que l'un donne l'état de grâce et que l'autre le suppose ou, en tout cas, s'y subordonne.
En prenant de Teau bénite, vous n'avez pas la prétention de conquérir l'amitié divine ; mais si vous ne l'avez pas, le bon vouloir intérieur qui accompagne ce geste pieux peut vous y disposer ; si vous l'avez, il l'aide à croître, le tout avec l'efficacité particulière qui ressort de l'institution, qui ressort de la prière prononcée d'autorité sur cet élément quand on le consacre à votre usage, qui ressort aussi, au bénéfice de chacun de nos actes, de leur liaison avec d'autres actes procédant du même esprit, dans l'unité de l'Église.
La corde sonore vibre mieux, sur la boîte d'harmonie. Notre groupe religieux a aussi son atmosphère vibrante, grâce à son organisation. Quand un rite nous unit, au nom d'une tradition sanctionnée, à cette âme collective, nos sentiments prennent une valeur qui leur vient de la communion
des saintSy c'est-à-dire de la fraternité dans le Christ, valeur qui multiplie, comme toujours Fassociation, toutes nos valeurs individuelles.
Qu'on ne s'étonne donc pas de voir un grand évêque ancien appeler l'eau bénite « chose sacrosainte, chose digne de vénération, chose pleine de mystère ».
Elle est sacrosainte parce qu'elle procède de l'Esprit de sainteté répandu dans l'Église, Esprit qui cherche par tous les moyens, petits et grands, à se faire jour dans nos cœurs pour y vaincre le mal, y fomenter le bien, y préparer la vie éternelle.
Elle est chose digne de vénération par son antiquité et par ses attaches universelles, vu que, se trouvant dans tous les cultes, elle tient au cœur humain en ce qu'il a de plus profond ; vu que d'ailleurs elle est chose spécialement judéo-chrétienne, et enfin chrétienne tout à fait, se rattachant lointainement à Finstitution et à la pratique personnelle du Sauveur.
Elle est chose pleine de mystère par les symboles nombreux qu'elle évoque. Nous en avons mentionné plusieurs ; mais il faut y ajouter ceux qui viennent des éléments nouveaux qu'on y introduit, dans les cérémonies de sa consécration.
En effet, Peau lustrale des chrétiens ne s'emploie pas pure, ainsi que souvent dan& l'antiquité. Pour l'usage ordinaire, on y ajoute le sel, comme pour composer un sérum, conservateur, stimulateur, préservant à la fois de l'atonie et de la corruption, donnant à notre vie la saveur qui permettra au prochain de s'y édifier et à Dieu de s'y complaire, l'unissant à celle de nos frères par ce signe d'hospitalité que fut
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autrefois le sel. Quand vous entrez dans une église et que vous vous offrez mutuellement de Peau bénite, vous renouvelez le geste antique qui faisait offrir le pain et le sel à ses hôtes.
Quand il s'agit de Feau baptismale, on y ajoute l'huile des catéchumènes, symbole des combats que le chrétien doit soutenir pour le Christ, de la lumière qu'il reçoit et qu'il doit répandre, de la douceur qu'on lui témoigne et qu'il doit témoigner, de la guérison ou de la santé procurées par la grâce.
Quand les catéchumènes des premiers temps, réunis dans les catacombes, se préparaient simultanément au baptême et au martyre, un tel symbole avait une toute particulière raison d'être ; mais le martyre quotidien d'une sainte vie en est une justification suffisante.
Le saint chrême s'y joint encore, souvenir du parfum de Madeleine, pour signifier la bonne odeur des vertus.
Pour la consécration des églises, une des cérémonies les plus imposantes qui soient, l'eau bénite employée est mêlée de cendre, comme dans l'antique Egypte, comme à Jérusalem lors des sacrifices. 11 s'agit de rappeler à l'homme l'humilité de sa condition et la brièveté de sa vie ; de l'incliner devant la Majesté qui veut bien entretenir avec lui la relation religieuse ; de le faire songer avec amour à Celui qui s'est fait pour lui et avec lui cendre et poussière; de l'éloigner, par ces pensées, du seul obstacle intérieur à sa vie morale : l'orgueiL Je dis l'orgueil en sa racine, qui est un refus de se donner à sa loi, une volonté de se garder pour soi, s'exaltant ainsi au-dessus de tout. Cet orgueil-là, avec ses deux branches mai-
tresses : la volupté ou orgueil de la chair et la superbe ou volupté de l'esprit, c'est tout l'arbre du mal qu'il s'agit d'arracher. Dans le vide de soi que suppose l'humilité, le néant, s'écartant, permet à l'Infini d'entrer, lui dont la grâce donne tout à quiconque reconnaît que par soi-même il n'a rien.
Mais parce que les extrêmes guettent toujours notre esprit déséquilibré par le péché d'origine ; parce que de l'orgueil, par réaction, l'on peut verser dans un découragement attristé, fatal à l'énergie de notre effort, l'Eglise joint au symbole de l'humilité, la cendre, un symbole de vigueur morale, de courage et de joie. Elle verse du vin dans l'eau de consécration. Le vin « qui réjouit le cœur de l'homme », dit la Bible; qui a été donné à la terre, assuraient de vieux auteurs, pour remplacer l'arbre de vie; vinum a n dictum, dit Varron, comme si son étymologie était forcCy c'est un symbole utile pour relever les esprits après qu'on les a inclinés vers la cendre.
Pascal voyait une des preuves de la divinité de la religion dans ce fait qu'elle n'abaisse l'homme que pour mieux le relever; qu'elle ne l'élève qu'après avoir pris soin de l'abaisser, évitant ainsi et l'orgueil stoïcien et le découragement du sceptique. Louonsla donc de ce que sa liturgie se souvient de sa doctrine.
D'ailleurs, elle n'oublie pas que son Maître divin s'est comparé au cep, dont nous sommes les rameaux, figurant par cette plante modeste, faible et comme douloureuse, dans laquelle pourtant coule une sève généreuse et exquise, l'effusion de la divinité dan^ l'humanité.
Tous ces symboles, si nous étions mieux pénétrés de leur sens liturgique, mieux au courant des textes où ils sont commentés, produiraient sur nous une impression de sublimité qui écarterait bien loin le respect humain qui s'empare décertains, comme s'ils faisaient une mômerie, au moment de tremper les doigts dans un bénitier ou d'asperger une tombe.
Qu'on lise, dans le Lwre de la Prière antique de Dom Cabrol, quelques-unes des oraisons relatives à la bénédiction de l'eau ou à son emploi : on les verra pénétrées de la poésie la plus grandiose et la plus intime; riches de nature et d'humanité, riches de divinité reflétée, et l'on y prendra le goût de ces rites qui paraissent fades à ceux qui sont fades, superstitieux à qui n'a pas compris leurs visées, et qui sont admirables dans l'esprit de leur institution, c'est-àdire en eux-mêmes.
Dans chacun de ses emplois, l'eau bénite particularise sa signification générale et l'adapte.
A l'entrée de l'église, elle invite à se purifier des pensées profanes et à se recueillir ensemble.
A la maison, elle suggère la sanctification de notre intimité, des actions quotidiennes en quoi consiste plus réellement notre vie que dans le monde ou la politique. Elle y apporte l'espoir d'un secours quotidien, lui aussi, en plus des secours périodiques proposés par les sacrements à la vie chrétienne.
Répandue sur nos demeures, surnos biens, sur les objets à notre usage, elle signifie : Seigneur, que nous usions des choses temporelles de façon à ne pas oublier les éternelles.
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Introduite comme accessoire dans l'administration des sacrements proprement dits, elle y joue le rôle de préparation, à moins qu'elle n'y soit prise comme matière, comme dans le baptême solennel.
Chez les Orientaux, les fidèles en boivent quelques gouttes à leur repas le jour de l'Epiphanie, jour où a lieu, chez eux, la bénédiction de Teau, et c'est la nutrition, c'est-à-dire la vie, qui veut ainsi se spiritualiser en symbole.
Donnée à un malade, l'eau bénite lui applique la prière collective faite pour lui et le suggestionne, s'il est conscient, en vue de l'aider à utiliser chrétiennement ses souffrances, en vue de les soulager aussi, si Dieu veut.
Asperger un défunt, c'est lui souhaiter le rafraîchissement et la clarté. C'est lui dire : Que Dieu te bénisse, frère qui nous as quittés; qu'il purifie ton âme des souillures de la terre; qu'il fasse éclore en toi la vie éternelle à la place de tes fragiles jours ; qu'il te dise notre amour fraternel et qu'il nous rassemble.
L'eau bénite rentre ainsi de toute façon dans l'idée sacramentelle. S'adressant aux éléments matériels, on veut les aider à remplir leur destination, qui est de fomenter l'esprit ; de seconder, au lieu de l'entraver, la montée de l'âme; de nous porter à Dieu qui n'est pas moins leur Créateur que le nôtre, et qui mit, dans son univers, la hiérarchie des êtres au service de leur ascension, en vue de la destinée des élus.
Tout pourrait se résumer dans cette prière dont chaque chrétien doit souhaiter le bénéfice :
« O Dieu qui par un ordre merveilleux de s>oire pros^idencSy avez voulu vous servir des choses même
insensibles pour exprimer l'admirable économie de notre salut, éclairez, s'il \fous plaît, les cœurs de ^>os fidèles serviteurs, afin qu'ils comprennent ce mysîère. Amen ^ . »
\. Préface de la bénédiction des Rameaux.