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En rappelant explicitement, par ce geste, l'origine des grâces sacramentelles, on entend les renforcer; on veut se suggestionner pieusement pour s'y disposer ; on sait que l'institution est efficace, de son côté, à titre d'application des prières collectives et des mérites comm^uxus dont nous sommes solidaires.

Dans la vie courante, d'où la sacramentalité n'est pas absente non plus, disions-nous, vu que c'est l'Eglise en son essence, qui est sacramentelle^ donc

rÉglise en tout son fonctionnement et toute sa vie, qui est la nôtre, — - dans la vie courante, dis-je, le signe de la croix indique, précisément, que tout, dans la vie du chrétien, est chrétien, essayant de faire qu'il en soit vraiment ainsi, avec la part d'efficacité que nous venons de lui reconnaître.

Le lever et le coucher, naissance et mort de cette vie en raccourci qu'est chaque journée; la nutrition, qui en est l'entretien et qui doit donc en prendre le sens; le travail, qui en cherche le progrès et qui est donc aussi qualifié par son but, régi par ses motifs ; les relations, qui en sont la diffusion dans une atmosphère morale et matérielle dont elle ne peut ni ne doit s'isoler, et qu'il faut bien aussi mettre à l'unisson au moment de nous y étendre : c'est ce que marque, pour le surnaturaHser, la croix qu'on tracera sur un lit de repos, comme le fai.^aient les chrétiens dès le temps de TertuUien; sur le pain que Ton mange ou au-dessus de la table avant de s'y asseoir, comme on en perd malheureusement la coutume; sur la terre qu'on laboure, ainsi que le firent si longtemps les paysans des pays de foi ; au commencement d'une action en commun : contrat, serment, discours, combats, jeux, voyages, entreprises et le reste.

Tout cela répond à une même inspiration et attend des effets identiques. Dieu voudra bien, espère-t-on, acceptant le signe de notre adhésion au Christ et à sa croix, nous en communiquer les faveurs, nous garder, nous aider, nous unir, nous pousser à notre fm à travers les bonheurs ou les épreuves de la vie.

Le chrétien aborde la réalité universelle la croix à la main, comme le Christ, et comme le Christ il

espère en devenir vainqueur : « In hoc signo nnces » : Parce signe, tu vaincras. Tu vaincras la nature, que la Providence pousse, par la croix, dans le sens des fins créatrices; tu te vaincras toi-même, nature aussi, nature si souvent bouleversée et en tempête ; tu vaincras le temps qui te mange et tu le forceras à se verser dans l'éternité, océan où la clepsydre fait tomber les instants goutte à goutte ; tu vaincras Dieu lui-même, par la violence d'amour que l'amour de son fils mort pour nous lui inflige.

O signe vainqueur, il ne te reste plus qu'à trouver l'inscription qui te rattache à ta Source première d'efficacité; qui achève la signification du symbole en rappelant l'ordre des mystères dont tu es le plus proche, la Rédemption procédant de l'Incarnation, l'Incarnation se rattachant à la Trinité : Père, Fils et Saint-Esprit.

Ce n'est pas toujours explicitement que les paroles traditionnelles sont ajoutées au signe de la croix : on les y sous-entend, mais elles y sont toujours incluses, et quand on se signe avec quelque solennité, fût-ce dans le privé, le signe entraîne les mots, afin de se compléter en marquant le raccordement de la croix avec les hauteurs d'où descendent les grâces, en même temps qu'avec les niveaux où elles doivent s'épancher.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit^ cela signifie, en cette occasion : Nous avons accès à la Trinité par la croix ; la Trinité vient à nous par la croix ; là est le pont, à travers l'abîme creusé par le néant et par la faute. Et que la Trinité vienne ainsi à nous, qu'elle nous attire à soi, mêlant à notre

l'église. — T. II. 5

rien la plénitude des divins échanges, c'est l'effort religieux tout entier qui en aura satisfaction, puisque la religion consiste uniquement en ceci : sauver nos petites vies de leur néant et de leur malice native; porter à Tabsolu toutes leurs valeurs si étroitement mesurées; donner à chacune des démarches dont se compose notre action une signification suprême appelée par nos aspirations.

De telle sorte que le signe de la croix bien compris, c'est toute la vie religieuse en un raccourci saisissant.

Au nom du Père, d'où tout procède, en Dieu et en dehors de Dieu ; au nom du Fils, son égal, son identique en substance, mais par qui il est fécond et il est sauveur ; au nom du Saint-Esprit, leur lien vivant, leur souffle et leur palpitation commune, par qui Dieu communique sa vertu et se fait sanctificateur ; au nom de la Trinité ineffable et sacrée, je m'unis à la croix comme au conducteur des grâces, comme au paratonnerre des maux, comme au mât du navire mouvementé qui porte ma fortune éternelle. Et je dis : 0 intimité de mon Dieu unie à l'intimité si humble de ma vie, soyez-moi propice! O terre et cieux mêlés par l'arbre de la croix, faites de moi le rejeton qui ne puise aux racines que pour monter danslalumière et s'y épanouir au plus hautqu'il peut ! Dieu présent. Dieu aimant, à côté de l'homme oublieux et faible que je suis, éveillez-moi d'esprit, de cœur, d'action à votre présence invisible et active. Unité de tout, manifestée par le Christ homme et Dieu et régie par un gouvernement si sublime qu'il peut se faire intérieur à fond sans rien quitter de sa transcendance, frôler toutes les humilités sans que

sa grandeur pâtisse, devenir tendre jusqu'aux folies en gardant son immensité, donnez-moi le sentiment de cet enveloppement effarant, où mon néant trouve une valeur divinisante.

Père, Fils et Saint-Esprit, marquez-moi! Faites sur moi votre signe !

Que je sois, Père, avec toi, le principe fécond de ma propre destinée !

Que je sois. Fils, en toi, un écoulement divin qui a reconnu sa source et son but : fleuve, fils d'océan et qui retourne à l'océan à travers sa plaine!

Que je sois, ô Esprit, comme toi, un souffle sanctificateur, une palpitation sainte, diffusant au dehors le trop-plein du dedans, et m'y retrempant moi-même, puisque

Du feu qu'elle répand toute âme est consumée.

Que mon front, mon cœur, mes membres fonctionnent pour la pensée, le désir et l'action selon votre modèle et votre influence, ô vous Trois, Trois dans Un, comme la pensée, le désir, l'action le sont en moi-même.

Que mes objets, mes relations, mes attaches matérielles et spirituelles m'unissent à vous et me fassent une vie divinisée, par suite humanisée à fond, puisque vous n'absorbez pas, vous, Créateur, mais vous donnez à soi ce qui a su se donner à vous pour mieux vivre.

Que moi-même tout entier, prolongements vivants ou inertes compris, je vive, je progresse et je meure, je passe, j'arrive et je m'installe, je travaille, je souffre et je sois à jamais établi en joie au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

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