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LES INDULGENCES

Annexons ici un sujet qui a coutume de provoquer dans certains groupes un scandale ou réel ouaffecté — scandale qui est d'origine protestante ; mais auquel même des catholiques ne seraient pas éloignés de succomber, comme s'il y avait là un coin obscur, un petit compartiment honteux dans la maison de notre mère.

On appelle indulgences des faveurs spirituelles qui ont pour objet la remise faite au pécheur, sous certaines conditions et par l'autorité de l'Eglise, de tout ou partie de la peine temporelle due au péché déjà pardonné.

Indulgence signifie, étymologiquement, libération, affranchissement, condonation, et, concurremment, douceur.

Chez les païens, l'indulgence, c'était l'amnistie partielle ou totale, comme chez nous, accordée à certains jours dans une pensée de réjouissance publique.

Chez les Juifs, il y avait également des jours de pardon et d'indulgence, des années « jubilaires ». Il y a là une tendance naturelle dont on doit retrouver

partout les manifestations, et il n'est pas douteux que rÉglise ait emprunté, sur ce point, ses formes d'action et son vocabulaire au double milieu judaïque et païen où elle naquit, où elle mena sa sublime enfance.

Ce n'est guère qu'au xiii* siècle que la pratique actuelle se fixa ; mais précisément la façon dont elle prit jour, séculairement, en est le meilleur commentaire.

Les premiers chrétiens, baptisés à l'âge adulte, en pleine conscience, et séparés par leur baptême d'un milieu plus ou moins livré aux vices et aux superstitions, étaient invités à une vie toute sainte. « Vous étiez autrefois ténèbres, leur disait saint Paul : cous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. »

Toutefois, les hommes étant ce qu'ils sont, il arrivait qu'on retombât dans de grandes fautes. La ferveur primitive se manifestait alors par des réparations généreuses. On trouvait naturel de se soumettre à l'aveu public, puis à la pénitence publique, qu'on appelait pénitence canonique^ parce qu'elle était réglementée.

Le pécheur revêtait un habit noir et grossier. Femme, on lui coupait les cheveux. Le premier jour du carême, on lui mettait des cendres sur la tète au milieu de l'assemblée, d'où notre mercredi des cen-dres, La pénitence était plus ou moins longue selon la faute : quarante jours, trois ans, sept ans, dix ans, ou toute la vie s'il s'agissait de crimes atroces. Et pendant ce temps, toute réjouissance extérieure était interdite, des jeûnes rigoureux étaient prescrits et l'on ne pouvait assister aux offices que de la porte, ou, plus tard, dans un endroit spécial du lieu saint,

avec les pénitents de sa classe ; mais toujours on était exclu de certaines parties des mystères.

En dépit de ces sévérités, ou à cause d'elles, il y avait lieu souvent à mitigation. Des raisons de santé donnaient lieu à des commutations de peine; une ferveur extraordinaire, à des remises. Le danger de mort ou rapproche d'une persécution faisaient réintégrer les pécheurs publics dans la communion de leurs frères. Enfin, l'intercession de personnes de mérite et tout particulièrement la recommandation des martyrs qui, à cet effet, envoyaient de leur prison une cédule appelée billet de paix [libellas pacis) provoquaient des rémissions plus ou moins larges, sous la condition expresse de dispositions convenables, de la part du délinquant.

A y bien regarder, et surtout si l'on complète ces éléments de discipline extérieure par la doctrine dès ce moment impliquée ou expliquée partout, on se rend compte que les indulgences font corps avec le christianisme en tous ses états. Seules les applications et les contingences diffèrent, et l'on ne peut voir en ce développement que la souplesse d'adaptation d'un organisme religieux riche de vie, au lieu d'une mécanique rigide.

Nos culpabilités ont un double effet. Elles nous éloignent de Dieu, rompant ou affaiblissant l'amitié entre lui et nous : telle est la coulpe des théologiens, impliquant détérioration de l'âme [macula peccati).

D'autre part, troublant le milieu moral, comme une pierre jetée dans l'eau, comme toute déflagration désordonnée de force, le péché doit provoquer

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un choc en retour appelé peiney que ce soit à titre direct, par manière de sanction immédiate dont la Providence répond, ou, si la justice immanente fléchit, — ce qui lui est ordinaire, son mécanisme étant inadéquat aux exigences de Tordre moral, — au moyen d'interventions, terrestres ou supraterrestres, personnelles, sociales ou divines.

La satisfaction, comme on dit dans le langage théologique, fait partie de la réparation de nos fautes au même titre que la confession, qui en est l'aveu; que la contrition, qui en est le regret, et que Tabsolution qui l'efface en elle-même sans doute, mais en laisse courir les effets de désordre.

11 ne suffit pas de changer de voie; il faut effacer le vieux sentier où l'on s'égarait, parce que ce sentier trouble le plan du jardin mystique et qu'on y a piétiné les fleurs du bien.

Le Christ, bon jardinier, vient à notre aide. Sa croix est la bêche du labour réparateur comme celle des semailles et des plantations. Mais il faut travailler avec lui ; car si le Christ est notre Christ, nous sommes aussi, avec lui, nos propres christs. Il ne nous traite pas en irresponsables, ainsi que Luther le prétendit, affirmant que la peine due au péché a été payée une fois pour toutes et que nous sommes donc, au spirituel, de simples héritiers — avec toute facilité sans doute de devenir dilapidateurs.

Nous disons, nous — qu'on juge si la doctrine du réformateur n'aurait pas plus que la nôtre besoin de réformation — que la rédemption du Christ rétablit nos affaires morales, nous fait renaître spirituellement et nous met en position de conduire nos destinées là où elles vont; mais que nous

sommes les acteurs de ce drame, en union avec la troupe fraternelle où nous sommes engagés, avec le Chorège qui nous préside, avec Dieu, Fauteur de la pièce qui se joue dans Thumanité.

Nous avons dit, à propos du sacrement de pénitence, que le pécheur reconquiert l'amitié de Dieu par un triple pouvoir : Dieu lui-même, qui absout ; rÉglise, corps spirituel uni à Dieu, qui guérit Tun de ses membres en le replaçant, de son consentement, sous l'empire de l'idée vitale; l'intéressé, sans lequel rien n'est fait, non plus qu'un membre ne guérit si ses propres réactions se refusent à l'action organique et à l'influence de l'âme.

Quand il s'agit de la peine due au péché, la doctrine n'a pas lieu d'être différente. Cela concerne le pécheur, dans la mesure où il est solvable ; cela concerne le groupe uni, auquel des liens de solidarité le rattachent; cela concerne Dieu, qui est le père de chacun et de tous, prêt aux condonations, plus encore qu'amoureux de la justice.

La doctrine des indulgences trouve place dans ce complexus, dont elle devra ménager les trois termes.

On ménagera notre autonomie en exigeant de nous des dispositions convenables, qui seront : premièrement l'état de grâce, puisqu'il s'agit d'une remise d'amitié, ce qui suppose l'amitié régnante; deuxièmement l'intention de nous libérer, tout au moins sous cette forme adoucie; troisièmement une contribution personnelle, qui consistera dans une œuvre volontaire et utile, déterminée par l'autorité : prière, aumône, pèlerinage, usage d'un pieux objet, service d'apostolat, œuvres de miséricorde, et le reste, choses qui par elles-mêmes ont déjà une

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valeur rédemptrice; mais qui la verront multipliée par une intervention sociale.

Le domaine de Dieu sera reconnu, en ce qu'on réservera sa sagesse et son acceptation bienveillante.

Enfin on consacrera notre solidarité en Dieu et dans le Christ, en professant que les satisfactions surabondantes des uns valent, conditions posées, pour les autres ; que leur ensemble est un trésor de famille indéfiniment disponible, vu que les mérites du Christ en sont comme le fond de bourse infini, et que d'ailleurs, notre groupe n'étant pas une anarchie, mais une organisation sociale, l'autorité a pouvoir de répartir les biens spirituels, sous réserve des conditions tout à l'heure exprimées.

Toute la théologie des indulgences est ainsi résumée en quelques mots, et je n'y vois quant à moi qu'une nouvelle manifestation de la nature essentielle de l'Église.

Nous sommes un groupe uni en Dieu, par le Christ, et subsistant en des formes sociales. Cette condition de la vie catholique ne doit-elle pas se retrouver en tout ?

Si nous sommes vraiment unis, c'est-à-dire solidaires, en Jésus, se pourrait-il que les douleurs de THomme-Dieu et ses vertus; celles de la Femme aux sept glaives, sa douloureuse suivante; celles de tant d'âmes de tous les temps, dont les héroïsmes tragiques ou cachés ont amoncelé les valeurs spirituelles dans les trésors « que la rouille ne décore point », tout cela ne comptât pour rien, au bénéfice de frères bien intentionnés, mais plus dépourvus de richesses?

SA VIE SACRAMEINTELLE. 93

Le sacrifice de la croix a été la première des indulgences gagnées pour nous, et à celle-là toute autre se rattache. En visitant le calvaire en pieux et tragique pèlerin ; en égrenant le chapelet des douleurs; en portant le scapulaîre de la croix; en disant la prière des cinq plaies et en faisant à la terre affamée Taumône du sang qui devait Taider à vivre, le Christ a gagné pour nous l'indulgence plénière, et en s'y unissant librement, les imitateurs du Christ ont encore grossi le trésor, ajoutant, dit saint Paul, ce qui manque à la Passion du Christ ^ à savoir notre adhésion active, dans des vues à la fois personnelles et communes.

Dans nos familles, n'entend-on jamais dire : Père, si tu m'aimes, oublie ce qu'a fait mon frère; il s'en repent, et, si tu le veux bien, c'est moi qui paie sa dette ?

Dans nos sociétés civiles, n'accorde-t-on pas des amnisties, en faveur des bons citoyens, et les bourgeois de Calais ne s'offrent-ils point à mourir, en tout temps, pour le salut de leurs peuples?

Dans l'Église, il doit en être de même à bien plus forte raison, puisque l'amour est notre loi de groupement toute première, et que l'amour partage.

Les échanges sociaux seraient-ils valables uniquement au temporel? Ne serions-nous solidaires, ne serions-nous frères que pour le pain et pour les avantages du temps, alors que la fraternité profonde doit nous prendre hors du temps, là où nous pose précisément le sentiment religieux, tout proche de la source divine?

Personne ne peut valoir pour moi ; être pour moi ce que je ne suis pas; me hausser, par substitution.

au dessus de moi-même. Inversement, personne ne peut faire que le mal que j'ai commis, je ne l'aie point commis ; que je n'en sois déprécié, au spirituel, sans autre remède, avec Dieu, que ma propre résipiscence. Mais payer pour moi, après repentir, par une substitution amicale acceptée amicalement, tous le peuvent, et le groupe le peut à plus forte raison, lorsque l'autorité le met en acte \

« Portez le fardeau les uns des autres », a écrit saint Paul.

Tous pour chacun, chacun pour tous, cette belle devise du positivisme, que le positivisme n'a pas inventée, que THelvétie a faite sienne, est simplement la pensée chrétienne.

Le mérite des saintes âmes monte au ciel de l'Église comme les vapeurs qui vont former là-haut leur trésor. Les pluies nous retombent en vertu de lois physiques; les mérites se reversent selon des lois morales et, qui plus est, sociales, en raison de quoi l'autorité y intervient; mais c'est au fond la même chose. Il s'agit d'accumulation, puis de distribution, dans un domaine où les échanges sont de droit, parce que la fraternité y est maîtresse ^.

1. Disons en termes plus théologiques : La satisfaction comme telle peut se transférer; le mérite ou la culpabilité, non ; le repentir ou l'endurcissement, non.

On dit • La satisfaction comme telle parce que la satisfaction est aussi un remède, ainsi qu'y insistait Socrate. Or, comme remède, la satisfaction est évidemment chose personnelle. Elle ne Test pas exclusivement comme acquit.

2. Les satisfactions peuvent se communiquer d'individu à individu, comme lorsque des saints promettaient à leurs pénitents de satisfaire pour eux, leur imposant seulement une de ces pénitences qui embaument : un Veni Creator ou un Rosaire. Elles peuvent se communiquer aussi dans des

Ajoutons que ces échanges, étant donné qu'ils sont fondés sur Tunité des hommes en Dieu, dans l'Église de Dieu, doivent avoir toute l'ampleur de ce que nous appelons en langage mystique la co/nmunion des saints^ c'est-à-dire que, franchissant les barrières de ce monde, ils doivent pousser jusque derrière les mystères d'au delà leur sublime accolade.

Serions-nous moins larges qu'Auguste Comte qui a dit : « La société se compose de morts autant et plus que de vivants » ?

L'amour, plus fort que la mort, quand il s'unit à l'Amour qui ne meurt pas, nous joint aux disparus en une société réelle, cette fois, quoique mystérieuse. S'ils n'ont pas acquitté leur dette, cette dette toute d'amitié, mais inéluctable, qui fait d'eux des détenus d'allégresse, des victimes d'espérance retardée, des martyrs qui surabondent de joie au milieu de leurs tribulations, mais qui n'en sont pas moins des martyrs : nous pouvons la payer pour eux; nous pouvons en tout cas le proposer, escomptant la divine acceptation, unis à l'autorité religieuse qui le

groupes de personnes qui conviennent de cet échange, comme dans les ordres religieux. Mais cela n'est pas l'i/idulgence, parce que cela n'est pas socialisé vraiment, ne passant point par la loi du groupe. L'autorité n'y intervient pas, ou elle n'est pas investie de ^Juridiction ordinaire ». C'est une infiltration de pierre à pierre, dans Tédifice total; ce n'est point la conduite d'eau aménagée par l'architecte. D'où réduction d'influence et plus encore insécurité des effets, ce qui n'a pas lieu quand tout le corps intervient par ses chefs, quand on est sur le terrain proprement social, soldant canoniquement une « dette canonique », et quand agissent ceux à qui il a été dit : Ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.

propose avec nous, ne pouvant pas le décréter là où elle n'a plus d'empire. C'est ce que nous appelons des suffrages ^ .

Dans son sublime poème, Dante, après avoir fait retentir son Purgatoire du Pater de l'éternité, conclut : « Si là tant de prières sont dites pour notre bien, que ne doivent pas dire et faire ici pour ces âmes les cœurs où la bonne volonté s'enracine ! »

Quant à la façon de mesurer ces faveurs : quarante jours, cent jours, un an, sept ans et sept quarantaines, etc., on comprend sans qu'il soit nécessaire d'y insister, qu'il y a là une survivance historique.

Les mesures d'au delà nous sont inaccessibles. La rotation de nos astres et les tranches qu'elles découpent dans la durée où s'étale notre vie, n'ont rien à voir avec les états mystérieux où l'on entre au sortir d'ici. Il en faut pourtant parler, puisque nous sommes avec là-haut en relation spirituelle. Nous parlons bien de la durée à propos de Dieu, parce que, en relation avec lui, nous le concevons, lui aussi, comme en relation avec nous et avec nos jours. Nous disons : Il était hier, il est aujourd'hui, et il sera dans tous les siècles. Cependant, Dieu ne dure pas.

Ainsi les événements de la vie hors du monde, dans

1. G'esl au iv* siècle seulement que les indulgences sont officiellement appliquées aux défunts par l'Église; mais le principe en subsistait dans la pratique approuvée des bonnes œuvres, des prières et des sacrifices offerts pour eux. L'approbation était ici une participation implicite de l'autorité qui pouvait suffire. D'autant que l'autorité ne fait pas ici, autant que tout à l'heure, acte d'autorité. En effet, l'autre monde est lié sans doute à celui-ci par la charité; mais il n'en est pas sujet. L'application des suffrages est donc livrée à l'arbitre divin et non réglée avec autorité par l'Église.

le spirituel pur où se trouvent nos survivants, ces événements, sans être, comme la vie de Dieu, transcendants à toute durée, sont cependant transcendants à la nôtre, et cela suffit pour que nous ne puissions en parler que sous le bénéfice d'une transposition permanente, transposition dont le premier terme nous est connu ; dont le second nous échappe.

Je ne sais ce que signifient, pour là-haut, cent jours d'indulgence. Cela ne signifie sûrement pas cent jours de purgatoire supprimés : qu'est-ce que cent jours de purgatoire ! Mais je sais que cela signifie, de notre côté, une bienveillance correspondante à celle que déployait l'Église primitive en remettant cent jours de pénitence publique. Cela me suffit.

L'esprit de TÉglise n'a pas changé ; la valeur de nos œuvres non plus. Ce que l'Église veut procurer de secours à nos efforts, quand nous offrons de payer pour nous ou pour les autres, elle le mesure d'après des normes à notre portée et à la sienne; elle juge d'après la vie. Dans la survie, que nous savons en relation avec la vie, mais dont les formes de relations nous échappent, elle laisse à Dieu d'opérer la transposition.

Cette manière de comput a d'ailleurs l'avantage de nous relier au passé et de prouver que si l'Église s'est relâchée maternellement, en raison de circonstances nouvelles, d'exigences redoutables, elle ne renonce à aucun principe, toute prête, si notre ferveur et les temps s'y prêtaient, à restaurer ces libres sanctions qu'on appela pénitences publiques.

Je ne pense pas qu'après cela on puisse rien objecter de sérieux à la doctrine des indulgences.

Les abus, îl y en a et il y en aura. On ne prend pas leur défense. Où n'y en a-t-il point? La fameuse querelle des lapsi (les tombés)^ au temps de saint Cyprien, prouve que les abus, en matière d'indulgence, n'attendirent pas Luther. Il y en eut au temps de Luther, et il les réforma en faussant toute la religion, et la morale même, puisqu'il s'en prit au libre arbitre. Nous ne sommes pas de ces réformateurs. Et pas plus que les abus, les humilités engagées ici — humilités qui sont pour beaucoup dans les répugnances de certains, — ne peuvent troubler notre adhésion.

Un scapulaire, une médaille pieusement portée, une prière récitée, une visite à l'église, une participation à une bonne œuvre, toutes conditions de peu, pour qu'on nous ouvre un trésor de satisfactions en vue de payer nos dettes d'âmes, cela peut faire crier le rationaliste; mais avant de crier, nous lui crierons nous-mêmes qu'il écoute; nous le prierons, au nom de son honneur, de ne pas fausser d'abord ce qu'i entend critiquer ; de ne pas parler de « machine à prières » ni de « blanc-seing » là où sont formellement requises des dispositions morales sans lesquelles rien n'est fait; de ne pas arguer de disproportion, là où la proportion s'établit au moyen de cette grande chose, que lui-même prêche si fort : la solidarité. Une assurance avec participation de lïntéressé et du groupe, c# n'est pas aujourd'hui que cela peut surprendre.

Et par surcroît, nous prierons l'incroyant de ne point parler de superfétation, sous prétexte que lui, au spirituel, ne profite de rien, s'il est bien avéré que l'appât des indulgenciïs, appât tout maternel, à l'é-

gard des enfants spirituels que nous sommes, suscite cliez les fervents des efforts intérieurs et extérieurs que tout homme droit constatera, s'il dépouille un orgueil aveugle.

Le cardinal Wiseman, revenant de Rome lors du jubilé de Léon XII, apportait à ses compatriotes le témoignage ému de son admiration pour ce qu'il avait constaté au sein de ces foules. Il proclamait, dans une conférence éloquente, le caractère éminemment moral, charitable et joyeux d'une telle solennité.

Il en faut dire autant de nos jubilés privés, concentrés en de tout humbles pratiques. Un chapelet dont chaque grain est chargé de prières collectives, prières que je cueille en y ajoutant la mienne, dans le secret de notre union en Dieu, c'est une valeur morale dont je ne permets pas qu'on médise.

Ma prière n'est qu'une goutte : en se joignant à d'autres, grâce à l'institution; en s'unissant aux pleurs de la croix; en allant rencontrer, timide affluent, les ruissellements de larmes, de sang et de sueurs fécondes qui ont traversé la terre ; en poussant avec eux vers ta mer, ô Divinité où tout se retrouve, elle acquiert le droit de dire : Et moi aussi, je suis océan!

Même les supercheries innocentes dont s'amusent quelques-uns, quand ils voient de pieuses personnes sortir par une porte et rentrer par l'autre, afin de gagner un plus grand nombre de fois l'indulgence de la Portioncule, je l'avoue, je ne songerais guère à m'en amuser. J'en suis ému, sans pour cela m'aveugler sur ce qu'y peuvent apporter les médiocres.

Je sais que la bêtise et la superstition peuvent ici

trouver plus déportes que n'en offre Téglise ; mais que d'humilité et que de foi se dépensent aussi, dans ces circulations monotones !

Rationalistes, rationalistes, j'ai bien envie de vous appliquer le mot d'Hamlet : Il y a plus de choses, au ciel et sur la terre, plus de choses, ajouterai-je, entre le ciel et la terre que n'en soupçonne votre philosophie.

Le ciel est grand, et à cause de cela il s'incline. La terre est petite, et à cause de cela, quand elle prend conscience d'elle-même^ elle s'écrase d'humilité, mais c'est pour grandir. Vous qui vous croyez grands, et qui êtes, pour cela même, moins que tous, redressez-vous, vous n'irez pas toucher aux étoiles! Or, aux étoiles, une humilité sainte peut monter, parce que l'amour aux ailes infinies la ramasse : parce qu'elle a pour frère secourable Celui que les étoiles adoraient, dans la nuit de Bethléem, le reconnaissant pour l'avoir vu descendre et attendant qu'il remontât, avec sa moisson d'étoiles vivantes, vers les immensités du divin.

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