Somme contre les Gentils
le Royaume de Dieu et sa justice; tout le reste vou^ sera donné par surcroît. »
Mais encore, le Royaume de Dieu, où donc va-t-on le rencontrer? Partout, puisque tout est pour les é/£tô; puisque le Royaume des deux évangélique nous a paru envelopper tout : la nature, Thumanité, Thistoire.
Mais ce Royaume de Dieu qui est partout n'est point partout également. Il est d'abord dans ce qui vaut d'abord, dans ce qui vaut à la fin, dans ce qui dure. Ecoutons donc la suite : « Le royaume de Dieu est en cous », dit le Seigneur. « Le corps ç>aut mieux que le vêtement^ et la çie que la nourriture, » « Que sert à l'homme de gagner l'univers, si c'est au détriment de son âme? » « Hommes de peu de foiy de quoi çfoàs troublez-i^ous P » « Ne cherchez pas le pain qui périt, mais celui qui demeure pour la çie éternelle, »
L'individu est un mortel. La société temporelle passe : temporel, cela ne veut-il pas dire promis à la mort?
Si elle est importante, la société, bien qu'elle passe, c'est parce qu'elle sert à ce qui ne passe point; c'est parce qu'elle est indispensable pour développer en valeur, en bonheur anticipé et en bonheur achevé un jour, l'individu image de Dieu, fils de Dieu, contemporain de Dieu pour un avenir sans terme. Là est donc l'essentiel. C'est à cela tout d'abord et surtout que doit penser et que pense une institution de Téternel comme l'Eglise catholique. Je dis institution de Y éternel, non pour exclure le temps, puisque dans l'éternelle temps est inclus; mais pour exclure la partialité à l'égard du temps, et ce renversement,
tare des doctrines de laïcité, selon lequel le partiel veut absorber le total, la mort la vie, le néant de toute chair Têtre épanoui et perdurable.
Nous allons dire qu'en s'absorbant sur ce point de vue, rÉglise travaille au progrès social plus efficacement que les sociologues et leur docte cabale. Mais pour le moment, disons : TÉglise veut, avant tout, que nous soyons sauvés, nous, en ce monde et en Fautre.
Si les cadres sociaux se font voir imparfaits — ils le seront toujours plus ou moins — FÉglise apprend à les utiliser, c'est-à-dire à corriger, par l'emploi, leurs insuffisances ; à mettre en jeu notre bonne volonté, pour que nos vertus servent de remède à leurs vices.
Ne sait-on pas qu'ainsi procéda sa sagesse à l'égard de la plus épouvantable infériorité sociale qu'elle ait rencontrée : l'esclavage? « Frère^ écrivait saint Paul de sa prison au chrétien Philémon, maître d'esclaves comme ses pareils en civilisation romaine, et à qui appartenait Onésime récemment converti : — frère y je te prie pour le fils que je viens d'engendrer dans les fers,,. Je te le rençoie; reçois-le comme mes propres entrailles,,. Qui sait s'il ne t'a pas quitté pour une heure afin que tu le retrousses à jamais, et cette fois non plus comme serviteury mais comme un frère très cher,,. Il l'est au plus haut point pour moi... Si donc tu m'es ami, reeoiS'le comme moi-même. S'il t'a nui en quelque chose, s'il te doit quelque chose, ùnpute-le-moi. Vois, je t'écris de ma main : Je te le rendrai, »
Si Philémon entendit ce langage, la situation d'Onésime en sa maison dut être singulièrement mo-
difiée, et fort loin de ce qu'évoque pour nous ce mot : Tesclavage.
Qu'importe l'esclavage, quand la fraternité est là! Deux époux qui s'aiment tendrement se moquent des revendications et du code. L'ouvrier et le patron qui s'entendent n'ont pas besoin de syndicats. Mais d'ailleurs, la bonne harmonie créera d'elle-même les institutions utiles pour qu'elle croisse et qu'elle donne ses fruits. En attendant, elle les remplace; elle fait donc du bonheur effectif, à défaut de bonheur selon les formules sociologiques. Or, c'est à cela que l'action morale de FÉglise entend surtout se consacrer.
Sa conception, c'est qu'il y a comme un double plan de la vie humaine . Il y a un plan individuel, selon lequel chaque destinée s'amorce, se conduit et s'achève dans l'espace de quelques années. 11 y a un plan social, qui a devant lui les siècles.
Le plus pressé, aux yeux de l'Église, n'est pas de changer le genre humain. Elle le souhaite ardemment, mais de l'ardeur patiente de son Dieu, qui lance aux destinées incommensurables un univers pour lequel les milliers de siècles ne comptent pas. Ce qu'elle veut d'abord, l'Église, c'est nous faire aboutir, nous : aboutir ici, par la paix fraternelle, le repos de la bonne conscience, un peu de bonheur si Dieu le veut bien — s'il ne le veut pas, la patience, qui n'est pas trompée à la fin; aboutir là-haut, par une place obtenue dans la cité définitive, où Dieu sera notre Dieu, notre joie et notre bien.
Il s'ensuivra qu'en dépit de sa tendance vers l'avenir — tendance àlaquelle l'Église ne peut pas renoncer, puisqu'elle ramasse en son ampleur tous les
temps, puisqu'elle prétend survivre à tout ce qui se prétend l'avenir — en dépit de cette tendance jamais lasse, rÉglise s'appliquera surtout au présent; elle sera éminemment pratique, objectwe^ diraient les Allemands, opportuniste dans le grand sens du mot, c'est-à-dire qu'elle demandera à chaque situation et à chaque étape sociale moins de se modifier, ce qui un jour deviendra pourtant nécessaire, que de donner tous ses fruits ; moins de conclure pour demain que de sauver l'heure présente, persuadée qu'il n'y a pas de système si imparfait que le bon vouloir ne rende fécond en vertu et en bonheur, l'orientant par surcroît vers un meilleur système; pas de cité soi-disant idéale que nos vices ne puissent changer en enfer, et entraîner par là vers les réactions.
Comme donc, au point de vue politique, l'Église tolère tous les régimes, réclamant non des constitutions nouvelles, mais de sages applications de celles qui existent : ainsi, au point de vue économique ou social, elle réclame moins l'amélioration du cadre que la bonne condition du tableau.
Vertu, sagesse, bonne entente, fraternité : voilà ce ([u'elle prêche d'abord. Elle le prêche aujourd'hui, demain, toujours. Et de siècle en siècle, à mesure que la spirale monte et que le possible s'élargit, exigeant la même chose, elle exige davantage; elle assoit les progrès, les appuie l'un à l'autre comme une montagne établit ses assises et monte, sans quitter le cœur du globe, pour regarder au loin l'ho" rizoQ.
On semble dire une chose outrecuidante, en prétendant que rÉglise seule a ce qu'il faut non pas certes pour promouvoir exclusivement, mais pour faire aboutir une véritable vie sociale.
C'est pourtant la vérité pure. En Texprimant sous une autre forme et en la proposant par échelons, on amènerait à cette vérité beaucoup d'intelligences au premier abord réfractaires.
Il est sans doute peu d'hommes renseignés et soucieux de leur réputation intellectuelle pour refuser de souscrire à Féquation suivante : Ciiristianisme égale, socialement, civilisation ; paganisme, bouddhisme, islamisme,... et athéisme égalent rétrogradation, mépris des conditions de la vie, sacrifice de l'individu aux collectivités oppressives ou, inversement, de la collectivité à des individualités débordantes.
Or, si, historiquement — les plus grands hommes l'ont reconnu en ce qui concerne le passé, quitte à prétendre, quelques-uns, qu'il en sera autrement dans l'avenir, en quoi ils firent une hypothèse — si, dis-je, historiquement, le christianisme se révèle le véritable éducateur du genre humain en matière 80ciale, il suffit, pour retrouver notre proposition, d'ajouter ce que nous avons dit tant de fois : L'Eglise est la représentation authentique du christianisme, la seule complète, la seule fidèle de tout point, la seule outillée à fond et très particulièrement au point de vue social.
L'Église n'a pourtant pas ce qui semblerait à certains la condition sine qua non des succès sociaux.
L'Église n'a pas de système économique. Elle croit peu aux systèmes, l'Église; elle a une plus grande confiance dans la vie. Y crût-elle d'ailleurs tout à fait, ce ne serait pas son affaire. L'Église, qui a une révélation religieuse, n'a pas de révélation scientifique. Elle laisse ce monde Iwréaux disputes des hommes. Tout la regarde, disions-nous : mais tout la regarde en ce qu'elle entend influer sur tout, non pas qu'elle veuille assumer tout, rendre inutiles nos compétences et absorber nos responsabilités.
Si au cours des âges elle fut amenée plus d'une fois à faire de l'action sociale par elle-même, ce fut pour rendre des services, non en vue de remplir sa propre mission. Au fond, l'Église s'en tient à l'attitude du Sauveur, le jour où deux jeunes gens s'approchèrent de lui au milieu de la foule et où l'un d'eux lui dit : Maztrey dis à mon frère départager ai^ec moi notre héritage. — Homme^ répondit Jésus, qui m'a établi sur cous pour être cotre juge et faire ços partages? Mais voulant marquer que son détachement à l'égard de la technique des partages et à l'égard des interventions- directes n'était que le chemin déblayé au profit de l'action morale, il ajouta : Gardez-vous açec soin de toute aç^arice.
L'action morale, c'est donc, de par Jésus, le moyen de son Église. Mais ce moyen joue le même rôle, en matière de vie collective, qu'à la guerre ce qu'on a appelé précisément les valeurs morales.
Qu'importent le tir rapide, le 75 et son frein pneumatique, la mitrailleuse automobile ou l'avion militaire, si le guerrier a peur, s'il trahit, s'il est antimilitariste?
Qu'importe aussi le système économique le meil-
leur, si celui qui devrait rappliquer ne l'applique point; si celui qui devrait s'y adapter ne s'y adapte point ; si l'homme manque à la chose, l'homme et la chose au cadre ?
Or, il y a tant de manières de manquer, que Faction de l'Eglise ne sera pas sans emploi.
Il y a d'abord Tutopie, cette maîtresse de démolitions, sous prétexte de constructions magnifiques.
Ne sait-on pas ce que fit la Révolution française? Avec ses rêves humanitaires et son souci de réformes indispensables, elle nous poussa aux extrémités que Ton sait, pour n'avoir pas su distinguer de l'utopie ce que le réel pouvait porter de progrès effectifs et vraiment utiles. Elle mit à bas les anciennes institutions, et à la place elle dressa un poteau, avec une pancarte portant le plan d'un édifice qui ne se construirait point, parce qu'il ne pouvait pas se construire. Et attendant, on habita des ruines.
L'Église n'aime pas les ruines, et à cause de cela elle n'aime pas l'utopie. Sur les faits pas à pas suivis elle cherche les traces de son Dieu, dont les faits représentent la providence; elle y pose les pieds des hommes, afin qu'ils marchent avec sûreté vers l'idéal vrai.
Il y a ensuite l'erreur, dont la poursuite crée à l'Église beaucoup d'adversaires, mais lui donne pour ami le vrai progrès, l'erreur, plus encore que le rêve utopique, étant de nature à engendrer des malheurs.
Erreurs sur la constitution de la famille, sur la continuité de la race, sur l'unité naturelle des nations, sur les rapports de l'autorité et de la liberté, sur la justice dans ses relations avec la fraternité natu-
relie et surnaturelle, sur la propriété méconnue par les uns, poussée à l'absolu, par suite à l'inhumanité, par les autres; sur l'inégalité ou l'égalité des humains devant les destinées temporelles, etc.. la liste est longue des déviations possibles, certaines, car tout le possible est épuisé, en matière d'aberrations, par une humanité qui ressemble toujours plus ou moins au paysan ivre à cheval dont parlait Luther : on le relève d'un côté, disait-il, il retombe de Tautre.
L'Église, en résistant avec une énergie sereine autant qu'invincible, rend un service bien douloureux pour elle, car il l'expose à des contradictions et à des rages qui lasseraient toute autre patience. Mais le prix de ce service est égal à celui de tout Tordre naturel et divin qu'elle défend, se souvenant que la poussée des êtres, vivants ou corps sociaux, ne peut se produire que conformément à leurs lois, et qu'il a été dit par Celui qui était le maître dévie : « Toute plante que n*a pas plantée mon Père céleste sera arrachée, »
Il y a encore, comme rôle moral assumé par l'Église, l'opposition aux désordres, aux violences, qui piétinent et ne produisent point; aux vices, aux égoïsmes, qui consument en moins de rien ce que l'effort fiévreux ou le long labeur des générations avaient produit.
Quand la chair, même civilisée, l'emporte sur l'esprit, et la nature corrompue sur la grâce, la barbarie dorée ou non n'est pas loin; la soif de jouir vous rejette à l'indigence au milieu des richesses, aux amertumes avec tous les moyens du bonheur.
On devient antagonistes par envie, ne Tétant plus par besoin. La lutte des fauves reprend, et comme dans un naufrage on se massacre pour une planche, on se bat ici pour la fortune, qui procure le plaisir sottement confondu avec le bonheur.
On sait assez que Tappétit de jouissance est aussi cruel que le vouloir vivre. La volupté est plus impitoyable que la faim. Et elle est d'autant plus redoutable, en ses exigences, que celles-ci ne sont pas mesurées par le besoin, mais revêtent, dans l'hallucination qu'elles provoquent, une sorte d'infinité qui entraîne la société aussi bien que les individus vers les gouffres.
Il y a enfin, pour l'Église, à vaincre l'inertie qui enchaîne les satisfaits; qui les empêche, ayant réussi à monter ou étant nés au sommet, de tendre l'échelle aux autres. Les sophismes conservateurs ne sont pas plus sympathiques à TÉglise que les thèses révolutionnaires. Se résigner pour soi n'est pas toujours vertueux, mais se résigner pour autrui est un amour de la paix trop facile. La paix! dit-on, oui, mais non celle du cimetière. La paix des morts est la leçon des vivants : ils se reposent après avoir agi ; il faut agir pour avoir le droit de se reposer. C'est ce que rappelle l'Eglise par la loi du travail, par l'encouragement qu'elle donne à la coopération aux œuvres. Œuvres charitables qui apaisent les douleurs, mais surtout œuvres sociales qui créent de la force : c'est ce qu'elle rappelle à qui s'endort après le repas de l'étape.
Opposée aux socialistes hurleurs, qui ne parlent que de brigandages patronaux, de férocité capita-
liste, de carte d'infamie — on ne se douterait pas qu'il s'agit du livret de l'ouvrier ! — elle est opposée aussi, tant sa mission lui impose de tourner le dos à tous les extrêmes — à ceux qui entendraient consoler Touvrier pauvre en lui disant tout court : Économise! ou bien en disant : La situation du petit s'est améliorée, ce qui est vrai, mais comme la situation du malade à qui l'on a permis le coin du feu ; — ou bien encore : Il y a des souffrances partout; l'argent ne fait pas le bonheur ; les ouvriers de jadis étaient peut-être plus heureux dans la modicité de leurs désirs que les nôtres avec l'immensité de leurs espérances : choses que nous venons de signer, mais qui ne concluent à rien, quand il s'agit de remplir un devoir.
Ceux qui, ne rendant nul service, se contentent de prêcher la vertu aux foules, doivent s'attendre à ce que rÉglise, attentive aux foules et à eux-mêmes, prêche à eux-mêmes la vertu. La vertu, c'est-àdire, ici, la fraternité secourable, la juste appréciation de la souffrance ou du droit, Teffort vertueux vers une organisation qui dépasse en ampleur leur petite charité quotidienne et vienne à bout, dans la mesure du possible et du sage, de ces « souffrances imméritées » que Léon XIII, un jour, a dénoncées à l'univers.
« La société, a dit un philosophe chrétien, est en état de péché et de péché mortel » : quiconque participe à ce péché par l'approbation ou le refus de concours, est coupable. L'Église le dit, et appelle à son tribunal le pécheur.
A plus forte raison l'Église, si elle condamne Fégoïsme passif qui nie le problème, paresseux pour le
résoudre, condamnera-t-elle Fégoïsme agressif qui verse à Finjustice positive, refusant le salaire dû, opprimant le faible par un travail excessif, mal réglé, mal adapté aux conditions de l'hygiène matérielle ou morale, se livrant à l'usure en ses formes variées, sous le couvert de ce mot qui sert aujourd'hui de pavillon à tant de marchandises : les affaires.
Par cette action morale, qui est sa spécialité supérieure, l'Église prétend sans doute obtenir le salut présent, tirer parti des situations et sauver les âmes — nous avons dit que c'est là son premier souci; mais elle entend également préparer des régimes plus équitables. Quand ils seront acquis, en prenant acte, comme elle a fait de ceux-ci, die en imposera les devoirs, et, cherchant à ce niveau exclusivement, en ce qui la concerne, le Royaume de Dieu et sa justice^ elle obtiendra un nouveau progrès par surcroît, toute prête à lui appliquer la même règle.
En ce genre d'action-là, personne ne peut lutter avec l'Église. Ces moyens supérieurs, que sont les sentiments : justice, fraternité, fidélité à soi-même et aux autres, dévouement, sobriété, patience, elle a de quoi les faire régner autant que permet le cœur humain, et elle s'y emploie.
Psychologiquement, elle met en œuvre tous les moyens que sa longue pratique lui a révélés, que la science actuelle confirme, après que la science d'hier, livrée à un rationalisme étroit, s'en moqua.
Socialement, elle est cet organisme admirable dont nous avons étudié Tâme, dont il reste à décrire le corps, avec son extension mondiale, sa puissance d'organisation, sa membrure colossale et souple,
sa richesse de fonctions, sa profusion de spécialités, capable d'atteindre, du haut en bas de réchelle des esprits, des situations sociales et des âmes, tous les infinis éléments du corps social, pour les galvaniser en vue du bien.
Surnaturellement, elle a les sources sacramentelles, la prière, la présence divine et fraternelle qui est l'objet de son culte, la solidarité des vivants et des morts, et Dieu, qui a déclaré par son Christ : « Partout ou cous êtes assemblés deux ou trois en mon nom, je suis au milieu de ^ous, »
Dieu avec nous, en nous, je dis en nos groupes comme en nos consciences, ce serait la source des mêmes effets : organisation, sanctification, progrès. Comme TEsprit-Saint, quand il vit dans nos cœurs, y met tout à sa place, y consacre le bien en le poussant vers le mieux : ainsi le même Esprit, qui est Fâme de l'Eglise, vivant dans le corps social par son fait, y produirait 1 effet organisateur, sanctificateur, progressif qu'attendent les faits sociaux.
Même après cela, nous ne pensons point que le paradis sur terre s'installerait : nous croyons, nous, à la vallée de larmes. Nous laissons aux rêveurs les millénaires et les âges d'or : notre paradis est ailleurs. Mais la jeunesse du monde est pourtant faite pour devenir une maturité.
« C'est Dieu qui se remue dans les cœurs de vingt ans », s'écriait Lacordaire. C'est lui aussi qui remue dans les sociétés qu'un effort de rénovation sollicite. L'Église s'y doit, elle qui est « corps de Dieu ».
Si l'Église disparaissait, il en serait du progrès social obtenu grâce à l'Évangile, comme du cadavre qui végète encore quelque temps et persiste en sa
forme après le départ de Tâme ; mais la décomposition se précipiterait vite. Nous en voyons des signes qui ne sont pas faits pour nous inviter à pousser plus loin. Et que deviendrait l'idéal de rénovation humaine, lorsque l'humanité n'aurait plus son principe de vie !