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LE PAPE

Le régime de l'Église, bien qu'il admette une large coopération de ses sujets et de ses autorités secondaires, n'en est pas moins un régime centralisé, monarchique en son fond, pour la raison qu'en son fond, Fautorité sous laquelle nous nous rangeons, au spirituel, est divine.

Nous sommes régis, dans l'Église, par la révélation, communication de la Vérité Première; par la sacramentalité, qui est un effluve divin, et par un empire qui, s'étendant à la fin suprême, doit provenir du Premier Pouvoir.

Tout descend donc d'en haut. Et la première étape, si tant est que c'en soit une, c'est le Christ. Le Père qui est « plus grand que lui » en tant qu'homme ; mais avec qui, par grâce d'union, il ne fait qu'un^ lui communique les biens destinés à la race humaine. Le Fils de l'Homme règne, avec Dieu, sur l'organisation que l'Évangile a appelée précisément Roijaume de DieUy pour marquer le caractère de l'autorité qui y préside.

A partir du Christ, nous avons vu l'autorité di-

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vine s'écouler au moyen de la mission permanente organisée par le Sauveur comme une sorte de représentation collective. C'est le corps épiscopal, succession authentique des Douze, qui incarne cette mission.

Mais la mission, étant collective, ne peut pas être elle-même inorganique. Elle a un chef. Et ce chef, à sa tête, jouera le rôle du Christ lui-même au milieu des Douze, sera le succédané du Christ, représentera l'envoyeur dans le groupe des envoyés, prêtera sa visibilité à l'invisible Chef qui est rentré dans le mystère, bien que par son Esprit incessamment communiqué, par sa présence sacramentelle et par son action multiforme dans nos rites, il ne cesse de régir sa maison.

Pierre, majordome du Royaume des cieux, grâce aux clefs qui lui ont été confiées par son Maître ; le successeur de Pierre, héritant de son pouvoir et figurant comme lui, le Christ parti, la permanence de l'action du Christ : telle est donc parmi nous l'autorité suprême. Déjà nous y avons insisté à propos du caractère romain de l'Église.

Une telle autorité ne peut être que plénière, à l'égard de tous les rôles qui ressortissent à la mission permanente du Sauveur.

Le Sauveur lui-même est le centre non seulement de l'Église visible et hiérarchique ; mais de tous les hommes vivants, morts ou à naître; de la nature même et de Tunivers total avec toutes ses destinées pour autant qu'il est engagé dans le plan humain. Le Pape n'a pas un tel pouvoir. Il est chef de mission, simplement, et la mission s'exerce dans le présent, dans le visible. Mais à cet égard, son pouvoir est

plénier, parce qu'il n'est pas autre que celui du Christ même. Le Pape n'est pas un pouvoir intermédiaire entre le Christ et l'épiscopat. U est le Christ lui-même régissant l'épiscopat de l'Église par vicaire.

Il est de l'essence d'un vicariat de ne constituer aucun degré hiérarchique nouveau ; de laisser l'identité subsister, par communication, entre le chef représenté et son mandataire. Un ambassadeur dans les limites de ses pouvoirs, n'est pas une autorité placée au-dessous de son prince : il exerce l'autorité du prince même. Ainsi le Pape exercera dans l'Eglise l'autorité du Christ; il gouvernera au nom du Christ, ne formant avec lui, comme vicaire, qu'un seul et unique pouvoir, et jouant le rôle dé fondement, à l'égard de l'édifice spirituel, conjointement avec Celui qui s'est appelé la pierre d'angle C'est ce que le divin Maître signifiait en donnant a son représentant le nom symbolique de Kephas Pierre. Portant ainsi le nom du Christ : pierre d'angle ou rocher de fondation, le Pape se verra communiquer, à l'égard de sa mission propre, toutes les prérogatives du Christ.

Tout d'abord le magistère, c'est-à-dire l'enseignement. Non pas que le Pape ait autorité pour enseigner quoi que ce soit de nouveau après le Christ • il n'enseigne rien de nouveau ; mais il est en chef parmi ceux à qui il a été dit : « Allez et enseignez toutes les nations, ledh apprenant ce qcb je vous

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