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CHAPITRE VIII

L ORDRE PRESBYTERAL

« Il nest pas bon que Vhomme soit seul, dit Jého-* vah dans la Bible, donnons-lai une aide semblable à soi ».

Ces paroles pourraient s'appliquer à Tévêque et, d'une façon générale, à répiscopat.

Il ne serait pas bon que Tépiscopat demeurât seul, avec sa plénitude de sacerdoce non participée. La hiérarchie en serait appauvrie; elle en serait avilie aussi d'une certaine manière, en ce que le principal et l'accessoire, le grand et le petit n'étant plus distingués, tout s'abaisserait au niveau des seconds rôles, auxquels, quotidiennement, l'épiscopat devrait s'appliquer.

L'harmonie des œuvres providentielles serait de ce fait imitée de plus loin; car Dieu a donné à ses créatures non seulement d'être, mais de communiquer rêtre ; non seulement d'être fécondes, mais de communiquer la fécondité. Il est donc conforme aux vues créatrices et recréatrices que l'évêque communique à ses assesseurs la fécondité de son sacer-

doce, comme le Christ a communiqué la sienne à l'Église dans la personne des évêques, comme Dieu a communiqué la sienne à son Fils.

L'aide semblable à soi dont parle la Bible, ce sera, pour Tévêque, son église même, puisque les assesseurs qu'il se donne sont tirés de ce sein. Elle est l'épouse, disions-nous : c'est par Tordre presbytéral principalement qu'elle sera la mère.

La hiérarchie s'enrichira ainsi en extension, la vie qui coule des sources divines par le Christ et le corps épiscopal arrivant par les prêtres au peuple chrétien, gardant son unité indivisible enracinée dans l'unité du Père et du Fils.

Là s'arrêtera d'ailleurs la hiérarchie proprement dite, qui ne doit pas indéfiniment s'émietter. Le prêtre reçoit le sacerdoce et ne le transmet plus ; consacré, il n'est pas consécrateur. Aussi ne sera-t-il pas une tête hiérarchique. Aucun prêtre n'est chef, sauf le prêtre complet qui est revêtu du pontificat. L'église particulière a un « sénat » — ainsi appelait-on autrefois le presbytèrium ou assemblée des prêtres entourant Tévêque : elle n'a pas d'autre chef que l'évêque même. Fût-ce le curé, fût-ce le vicaire général, nul n'a ce titre. Ce qui est vrai, c'est que les prêtres de tout rang partagent le principat déféré à leur chef. Us le partagent, mais ne le divisent pas, ne le multiplient pas ; ils sont participants de la fécondité unique qui se dépense dans le groupe hiérarchisé, consacrés pour ce rôle.

Il y aura pourtant, au-dessous des prêtres, des ministres d'un rang inférieur. Il y eut de tout temps des diacres; il y a depuis très longtemps des sous^

diacres et des clercs revêtus des ordres mineurs. Tous ceux-là jouent à l'égard du sacerdoce un rôle ministériel ; ils sont témoins et serviteurs des mystères, délégués éventuels du clergé auprès des fidèles, en vue de les préparer et de servir de lien entre eiix et le sacerdoce. Mais en réalité, c'est autour de Fépiseopat qu'ils se rangent. Ils sont les aides de Tévêque, prêtre complet, et à cause de lui seulement des simples prêtres qui l'assistent. C'est pour subvenir au premier qu'ils se mettent à la disposition des seconds ^ .

Ainsi se révèle une fois de plus la dépendance eSrSentielle de tout prêtre par rapport à l'évêque, dont il participe dans une unité parfaite les prérogatives et Fautorité. Associé aux trois rôles mentionnés plus haut : renseignement, le ministère sacramentel et le gouvernement lui-même tripartite (législatif, judiciaire et exécutif), le prêtre exerce en tout une sorte de suppléance. Il prêche et enseigne au nom de Tévêque; il baptise pour donner des fils à celui qui les recevra de lui en les confirmant ; il célèbre à l'autel soit conjointement avec l'évêque, soit séparément, mais toujours dans son unité, administrant avec lui le corps du Christ, comme il distribue sa vérité et partage son règne. JL'évêque est de tout ce qui se fait dans son diocèse,) et c'est lui

1. Tous les offices ministériels dont nous parlons sont dérivés du diaconat, seul existant à rorigine. Ils doivent donc être considérés comme des subdivisions émanées de l'autorité de l'Église ; ils n'appartiennent pas à la première institution de celle-ci. Il y a là un fait de différenciation organique à partir de l'épiscopat, comme nous en avons vu se manifester dans l'épiscopat à partir du Saint-Siège.

qui le fait à titre principal. L'unité de la petite église, comme l'unité de l'autre, est donc parfaite.

Étant donné le caractère incomplet du sacerdoce dans le simple prêtre, sa dépendance est une grandeur; car elle le constitue, à titre participé, en la dignité même qu'il partage. « Je ne vois pas, disait à cet égard saint Jean Chrysostome, ce que le prêtre a de moins que Tévêque, si ce n'est qu'il Ta reçu^ ». Ainsi, dans la Trinité, le Fils a tout ce qu'a îe Père, excepté d'être Père.

Quant à cela, les prêtres sont aussi, en dépit de leur rang inférieur, successeurs des apôtres. A eux aussi il a été dit : « Allez et enseignez toutes les nations »; « Faites ceci en mémoire de moi » et « Tout ce que cous lierez sur la ter je sera liédans le ciel ». Par écoulement ou à titre principal, on n'exerce pas moins l'unique autorité qui s'écoule, la même.

Cette unité glorifiante du clergé avec son évêque, dans chaque église particulière, avait jadis un symbole émouvant qui n'a pas entièrement péri. Aux jours de grandes solennités, tout le presbyterium entourait Tévêque et célébrait avec lui en présence du peuple. En commun Ton disait : « Ceci est mon corpsy ceci est mon sang », et tous les fidèles, participant aux mystères et y communiant, avaient sous les yeux, avaient dans le cœur, par leurs sentiments, la vision et l'impression de Funité mystique, de la divine hiérarchie dont l'Agneau immolé est le centre et qui était là, si Ton peut ainsi dire, en acte de Lui, exerçant réternel sacerdoce.

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