La répétition par trois fois est un superlatif hébraïque
ïUniifers, C'est ensuite pour V Eglise sainte que Dieu est supplié de garder en son unité; pour les chefs de la hiérarchie qui représentent le groupe : chef lointain et supérieur, le Pape; chef prochain, Févêque; pour tous ceux qui ont la foi catholique el apostolique; enfin, resserrant le cercle, pour ceux qui se sont recommandés plus spécialement au prêtre, ceux qui lui tiennent de près et qui sont vivants. Car pour les morts, intimes ou lointains, le cercle se rélargira tout à l'heure. On attend pour cela que la consécration soit achevée, car de cette façon, rÉglise totale, répartie entre les deux mondes, se groupera autour du Sauveur présent.
Mémento! Souvenez-vous. Les fidèles doivent s'unir à cette invitation, et déclarer à Dieu nommément, ou en ouvrant simplement un cœur où Dieu lit, leurs désirs chacun pour chacun et chacun pour tous.
Pour qu'ils soient exaucés, le prêtre invoque dans une longue énumération toutes les catégories des saints ; il les appelle, et c'est en leur présence procurée par le souvenir qu'il étend solennellement les mains sur le sacrifice préparé, comme autrefois le pontife sur la victime.
Que cette offrande, dit-il, signe de notre culte et de celui de toute ta famille, soit de toute manière bénie ^ marquée ^ ratifiée ^ rendue apte et acceptable, de telle sorte qu'elle devienne pour nous le corps et le sang de ton très cher Fils Notre-Seigneur Jésus- Christ, Lequel^ la cueille du Jour où il souffrit^ prit du pain dans ses mains saintes et vénérables, ety levant les yeux au ciely vers toi^ Dieu, son Père
SA VîE SACRAMENTELLE. 19
Tout'Puissanty te rendant grâce^ bénit, rompît, et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangezen tous, Ceci est mon Corps.
Ici. le prêtre se confondant avec le Christ, le narrateur avec FAuteur du drame renouvelé et présent, passe de Thistoire ancienne à l'histoire éternelle et, se sentant, lui aussi, le représentant de toute la famille sainte, de toute l'Église une dans son chef, du genre humain conscient ou inconscient, pourvu qu'il ne refuse pas son âme, de l'univers conjoint à Thomme et participant inférieur de sa destinée, il dit, lui, indigne, mais voix autorisée d'un plus digne : Ceci est mon corps ; ceci est mon sang.
Tout le monde s'unit à lui, et chacun à son rang doit s'efforcer de devenir christ aussi, christ de son propre salut et de celui de ses proches; christ de l'humanité unie en Jésus et qu'il offre avec soi au Père céleste : christ de notre univers muet et qu'il faut faire parler, puisque lui aussi est fils de Dieu, lui aussi racheté, ramené du chaos à l'ordre ; lui aussi prédestiné, les nouveaux deux et la nouvelle terre étant promis à l'avenir ^ .
C'est pourquoi, tous ensemble invoquant de nouveau les siècles [per omnia ssecula sdsculorum)^ se rappelant les leçons salutaires (prœceptis saluta-
1. Jadis, de VOrate frotres à la communion, un rideau était tiré sur le prêtre, en souvenir du Saint des Saints, et pour accentuer l'impression de mystère. Seule la clochette avertissait de V Élévation. Dans les églises grecques, la disposition de l'autel dissimulé par Yiconostase, prouve le même sentiment* Chez nous, le prêtre demeure plus ou moins facilement visible (en Espagne il l'est peu), mais il parle à voix basse et ne se retourne plus vers le peuple.
rîbus monitî)^ obéissant à Tinstitution avec une humble audace [Dwina institutione formati audemus), on se met à dire — ou à chanter — la prière qui les contient toutes, le Pater \
Dans le pain quotidien qu'on y demande, on met au premier rang le pain eucharistique attendu. En ajoutant : Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons^ on anticipe sur le baiser de paix, que Tusage primitif avait généralisé en souvenir des paroles du Maître : « Si tu présentes ton offrande à l'autel j et si tu te souviens alors d* un grief de ton frère contre toi, ça d'abord te réconcilier açec ton frère ».
Des raisons de bon ordre ont fait réserver cette cérémonie au clergé ou en tout cas Tout modifiée; mais l'esprit en demeure, et le dona nobis pacem : procurez-nous la paix, retentit aux oreilles de tous 2.
Pendant le baiser, le prêtre a repris le détail des demandes dominicales et y a introduit de nouveau nos motifs d'espérer : la Vierge, les Saints, tout le bien répandu dans l'Église, par-dessus tout V Agneau de Dieu qui prend sur soi les péchés du monde [qui tollis peccata mundî) et dont la présence mystique
1. Dans les liturgies orientales, le Pater est récité en commun. Dans le rit latin, le peuple dit seulement : Mais délivrez-nous du mal, à quoi le prêtre répond : Amen, Dans la liturgie mozarabe, le peuple répond Amen à chaque demande. « Que votre nom soit sanctifié. — Amen, Que votive règne arrive.— Amen.,. » Cette litanie de soupirs adorateurs, approbateurs et chargés de désirs est sublime.
2. L'instrument de paix, petite plaque de métal ornée d'une pieuse image, est quelquefois donné à baiser aux fidèles après que le prêtre l'a baisé d'abord.
va devenir plus intime du fait de la troisième partie de la messe : la Communion ^.
En effet, le prêtre le premier, les fidèles ensuite sont invités à s'unir au Christ effectivement afin de s'y mieux unir en esprit. Ils demandent que le corps du Christy uni à la divinité, garde leur âme, et le corps qui lui est uni, pour la vie éternelle.
Le prêtre dit en son nom et au nom de ceux qui ont communié : « Votre corps vient d'être mon alimeniy votre sang est devenu mon breuvage : qu'ils s'attachent à mes entrailles, et que nulle trace de péché ne demeure en moi, après que j'ai reçu les sacrements de pureté et de sainteté. »
On chante l'antienne appelée communion; on reprend avec un espoir nouveau la liste d'oraisons du début ; on se salue par deux fois du salut chrétien : Le Seigneur soit avec vous! Enfin le prêtre ouïe diacre congédie l'assemblée en disant : « Ite, missa est : Allez, c'est la mission ».
Je traduis ainsi parce que nos pieux auteurs n'aiment pas qu'on traduise autrement cette formule. Il ne s'agit pas àe partir ; il s'agit d'aller là où notre Seigneur nous envoie.
Quand les apôtres quittent Jérusalem après le grand drame dont notre messe est la reprise, Jésus leur dit
1. Avant la communion a lieu la fraction, qui autrefois consistait en un partage du pain consacré entre tous les fidèles. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un geste, mais il est expressif ; il signifie la communauté de nourriture spirituelle, le partage divin. L'Eucharistie s'appela longtemps la fraction du pain. « De même que ce pain était dispersé sur les collines à l'état d'épis et qu'il est devenu un seul morceau », ainsi les chrétiens du monde entier et de tous les âges doivent devenir un seul corps spirituel.
son Ite missa est, et c'est une vraie mission, qu il leur donne. Et nous aussi, nous avons une mission au nom du Christ. Nous sommes un sacerdoce royal, dit saint Pierre. La messe, contact divin, peut nous charger d'influences salutaires que nous devons ensuite dépenser. Le dernier és^angile, la bénédiction terminale et les supplications que Léon XIII et Pie X y ont jointes achèvent de nous imprégner à cet effet de sentiments et de pensées.
Comprend-on qu un tel ensemble, accompagnant un sacrement, y prenne lui-même un caractère sacramentel, éminemment capable de rapprocher de Dieu, d'éloigner du péché, d'acquitter les dettes anciennes et de défendre de tous maux, dans la mesure de leurs dispositions et des nécessités providentielles, ceux qui y participent^ ?
La messe, en tant que cérémonie, est le plus riche des sacramentaux ; elle les contient et les dépasse tous. Nous ne la quitterons donc pas en parlant des autres, particulièrement en rappelant la sublime prière que nous venons d'y voir incorporer : \q Pater.
1. « Je déclare, écrivait Newman, qu'à mes yeux il n'y a rien de si émouvant, de si consolant, rien qui dépasse et accable autant Timagination que la inessê céléj;>iée comjue elle l'est dans nos églises ».