L EAU BENITE
Puisque les rites sacramentaux employés par rÉglise se présentent, dans sa pensée, comme des annexes des sacrements, il est naturel de voir certains d'entre eux se rapprocher plus ou moins d'un sacrement en particulier, et chercher à en conserver, à en achever, à en renouveler pour sa part les effets.
Tel est, à l'égard du baptême, le rôle de l'élément sanctificateur que nous appelons Teau bénite.
Le symbolisme du baptême, et en général l'emploi de l'eau dans les rites religieux nous a paru se justifier par les pensées les plus naturelles et les plus profondes.
L'eau purifie. L'eau féconde. L'eau désaltère. L'eau, qui est la vie de la nature, est aussi notre vie pour mille raisons, les unes très évidentes, les autres plus cachées mais que l'instinct universel pressentit, avant que la science y mît sa marque.
Il semble bien que le fond des mers ait vu les origines de la vie. En quittant l'élément humide, es organismes aériens ou terriens l'emportèrent avec soi et en composèrent leur « milieu intérieur »
pour une part qui ne se laisse pas limiter facilement. Enlevez Feau de notre corps, il ne reste plus qu\m paquet de cendres, tellement que la menace : Tu es poussière et tu retour nei^as en poussière semble avoir pour contre-partie la promesse évangélique : « Qui croit en moiy des fleuves d'eau çiç>e couleront de son sein^... pour une vie éternelle ^ , »
Les vieilles théories de Thaïes, écho de traditions orientales, et qui tiraient de Feau tous les êtres, ne sont que l'excès d'une vérité naturelle qui devait se transmuer, symboliquement, en vérité religieuse.
Aussi, toutes les religions ont-elles admis cet élément aux honneurs du culte, soit qu'on Fadorat, comme les Egyptiens leur dieu Nil, soit qu'on l'introduisît dans les cérémonies purificatrices, comme la plupart des peuples anciens.
Reste à savoir si le christianisme devait rejeter un symbole précieux parce qu'il avait servi. N'étaitce pas, au contraire, une raison pour en reconnaître Futilité, et, sans crainte de paganiser — puisque, dans Femploi des objets naturels et des signes primitifs, tout le monde paganise — pour en faire, lui aussi, un usage en rapport avec sa foi ?
Dans le judaïsme, où le christianisme a ses racines, l'aspersion d'eau était pratiquée, ainsi que les ablutions avant le culte. Le récipient célèbre appelé mer d'airain, placé dans le temple à côté de Fautel des holocaustes, était un bénitier collectif. La fontaine de Siloé, où l'on puisait avec des vases d'or, le jour de la fête des Tentes, était appelée la source du saluty parce qu'on lui attribuait comme symbolisme