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LE PORTAIL, LES TOURS ET LE NARTHEX

C'est la partie massive qui se présente à la vue lorsqu'on arrive devant l'église, c est celle qui a le mieux gardé, dans l'ensemble, l'impression de rudesse et de grandeur que Ton est plus généralement habitué à chercher dans les créations de l'époque romane. C'est l'œuvre élevée sous la direction de l'abbé Suger, avant n4o, mais voûtée déjà selon les principes naissants de l'art gothique.

Elle se compose d'abord essentiellement d'un étage formé d'une nef centrale à deux travées, accotée de deux collatéraux moins élevés. Le tout est voûté sur croisée d'ogives; mais on peut remarquer le caractère primitif encore de ces arcs ogifs, notamment de ceux formés d'énormes boudins qui se croisent à la voûte de la première travée des deux collatéraux ; c'est le début de ce procédé admirable, qui va donner lieu un siècle plus tard, gagnant sans cesse en audace et en légèreté, aux élégantes ossatures de pierre de la grande nef.

Dans la première travée centrale, la nervure est composée de trois tores, dont celui du milieu est aminci ; dans la seconde, on trouve deux tores séparés par un bandeau ; la. forme n'est pas encore fixée et l'on tâtonne, à moins qu'il n'y ait là la trace de travaux postérieurs ,comme dans la deuxième travée des collatéraux, où les voûtes ont certainement été reprises en même temps que la nef au xiii 6 siècle. La plupart des chapiteaux qui reçoivent les nervures de ces voûtes, portent une

ENTRÉE DU OEAMBULATOIRE

décoration encore romane, composée de feuilles d'acanthe stylisées, de palme ttes, d'entrelacs et de rinceaux ; çà et là apparaissent quelques personnages ou animaux monstrueux.

Au-dessus de ce triple vaisseau d'inégale hauteur, de vastes salles, voûtées également sur croisée d'ogives très simples, atteignent jusqu'à la terrasse d'où se dégagent les tours; les deux salles latérales étant naturellement beaucoup plus élevées. Celle du centre forme une tribune qui était jadis ouverte sur l'église, comme à Saint- Benoît-sur- Loire et à Saint- Leu-d'Esserent et qui est actuellement bouchée par l'orgue. Les chapiteaux, de même caractère que les précédents, sont peut-être parmi les éléments décoratifs les plus intacts de l'église ; ils paraissent avoir échappé à tout vandalisme et à toute restauration.

Deux escaliers, situés dans les piliers Nord-Est et Sud-Est des tours, mettent en communication les deux étages.

A l'extérieur, ces deux étages, de niveaux inégaux, déterminent les différentes dispositions architecturales que l'on remarque sur la façade. Trois grandes portes monumentales en plein cintre avec voussures et ébrasements, donnent accès dans la nef et les bas-côtés. Au-dessus, trois baies également en plein cintre, flanquées chacune de deux baies aveugles, éclairent le narthex inférieur. Les vitraux qui les garnissent sont en grande partie modernes, on y remarque cependant quelques fragments anciens.

Enfin le premier étage est éclairé, au centre, par une rose entièrement refaite et transformée en cadran d'horloge, de chaque côté, par deux couples de longues fenêtres étroites en arc brisé.

Quatre massifs de contreforts quadrangulaires rythment

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cette façade de leurs assises énormes et soutiennent ou soutenaient la terrasse et les tours. Ils correspondent exactement à la division du narthex en trois vaisseaux inégaux. Quant à la terrasse, elle avait reçu au xiv e siècle, un parapet crénelé qui a été refait et contribue à l'aspect formidable de l'ensemble.

La partie haute de la tour septentrionale et sa flèche en pierre ont été, comme on la vu plus haut, reconstruites puis abattues au cours du dernier siècle . Viollet-le-Duc, qui eut la triste tâche de surveiller la démolition de cette flèche, rendue inévitable par l'imprévoyance de son prédécesseur, a pu étudier de près ce beau morceau d'architecture disparu et en a décrit la structure avec soin dans son Dictionnaire (t. V, p. 434-5). Il le datait du début du xiu e siècle.

La tour méridionale, qui subsiste seule depuis 1847, couronnée d'une [flèche médiocre en charpente, date, comme l'ensemble du portail, du xn e siècle. Elle comprend deux étages, le premier ajouré de deux baies en tiersrpoint, le second de trois séparées par des colonnes ; c'est à cet étage que se trouvent les cloches, le Bourdon fondu sous Charles V et refondu sous Louis XV, et la petite cloche dite « Philippine » dont le. nom seul indique l'âge.

Malheureusement, toute cette façade aux lignes puissantes a été enjolivée et décorée par les soins de Debret, qui a réussi à lui enlever son aspect de robuste grandeur ; l'ornementation est sinon entièrement fausse, du moins très suspecte. Guilhermy signalait, parmi les rares motifs anciens, des assises de pierre blanche et noire, traces d'un appareil polychrome, dont Suger, disait-il, aurait emprunté le modèle à l'Italie. Sauf certaines inégalités de tons de la pierre vieillissante, nous n'apercevons plus rien d'analogue. Mais nous voyons beaucoup trop, en revanche, cet amas d'ornements en creux et °n relief, panneaux

DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 5i

de feuillages, losanges, damiers, inscriptions commémoratives d'une épigraphie lamentable, rétablies ou inventées par Debret d'accord avec l'Académie des Inscriptions vers i835, symboles des évangélistes autour de la rose, statuettes en demi-relief, etc. Les éléments de la construction, contreforts et corniches, furent également modifiés dans leur décor. La partie la plus ridicule de ces inventions, celle qui fut attaquée avec le plus de virulence par les archéologues dès i846, et qui mériterait vraiment de disparaître, ce sont ces huit figures de rois, qui sont encastrées sous autant d'arcatures en plein cintre, imitées de Notre-Dame de Poitiers et que Didron déclarait dignes de figurer dans un « Panthéon charivarique ».

Le portail même, au contraire, est peut-être plus digne d'attention qu'on ne le dit parfois et à condition de l'examiner avec prudence, on peut y trouver encore nombre de morceaux intéressants.

Ce portail, élevé et décoré aux environs de n4o, sous la direction de Suger, était jadis un des monuments les plus considérables de l'art français du xu e siècle. Des ouvriers avaient été appelés de toutes les provinces où s'étaient développées les tentatives de l'art roman et un ensemble plastique avait pris naissance, digne aussi bien par l'illustration du fieu qu'il décorait que par sa propre magnificence, de s'imposer à l'admiration et à l'imitation de toute une époque. Les archéologues sont à peu près d'accord pour reconnaître que les grands portails monumentaux de cette période, celui de Chartres, édifié vers 11 45, celui du Mans, celui de Saint- Loup de Naud, celui d'Ëtampes, etc., étaient postérieurs au portail de Saint-Denis et en dérivaient, notamment pour le type qui allait se répandre un peu partout, à partir de cette

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date, des grandes statues monumentales adossées aux piédroits des portes.

Malheureusement, ces statues de Saint-Denis, qu'il serait si intéressant de posséder aujourd'hui, ont disparu dès le xvnr siècle. Vers 1771, on supprima la figure du saint patron, qui ornait le trumeau du portail principal, comme on l'avait fait pour le Christ de Notre-Dame de Paris et l'on remplaça par des colonnes les figures des rois et des reines de l'Ancien Testament placées aux ébrasements, que l'on croyait cependant représenter des rois de France ; ces statues ne nous sont plus connues que par les dessins exécutés au début du xviii* siècle, pour les Monuments de la monarchie française de Montfaucon. A la même époque sans doute, on dut gratter et restaurer, peut-être remettre au point d'après des originaux dégradés, une bonne partie des sculptures des piédroits et des voussures. Sous la Révolution, on cassa un certain nombre de tètes, on mutila et on arracha des motifs de la décoration ; enfin arrivèrent les restaurateurs conduits par Debret,qui prétendirent, avec la fantaisie que nous constations tout à l'heure, refaire et compléter l'ensemble.

De là un résultat extrêmement composite, où l'on retrouve à la fois quelques morceaux anciens, des réfections du xviir* siècle, soigneuses mais affadies, des inventions ridicules et prétentieuses du xix e , ces dernières s'étalant en belle place et ayant presque réussi à dégoûter de toute étude sérieuse du monument. Les sujets mêmes des représentations anciennes n'ont pas été toujours exactement conservés et respectés dans ces réfections et il est assez inutile d'entrer dans une étude détaillée de chacun des sujets figurés.

Le portail central a quatre voussures sculptées, les portails latéraux en ont trois. Tous sont en plein cintre et comportent

en outre des tympans sculptés et des colonnettes qui correspondent à chaque voussure. Les chapiteaux de ces dernières sont certainement la partie la mieux conservée de l'ensemble et peuvent être considérés comme de très bons spécimens de la sculpture du xn e siècle. Ils appartiennent aux types romans à feuilles d'acanthe, à animaux fantastiques complétés par des têtes humaines, à entrelacs et à rinceaux. Nulle part n'y apparaît encore le système de la décoration végétale.

Quant aux colonnettes, elles sont couvertes sur le fût d'une ornementation géométrique d'un travail sec et banal tracée au xix* siècle sur les colonnes nues qui, elles-mêmes, avaient pris au xviii 6 la place des fameuses statues debout.

Les piédroits des trois portes sont décorés de sujets en relief dont l'iconographie est satisfaisante, mais dont le style médiocre, sans être aussi détestable que celui des sculptures modernes que l'on aperçoit aux tympans, trahit certainement une réfection qui peut être antérieure au xix e siècle. On voit à la porte centrale les Vierges sages et les Vierges folles, à la porte de gauche une série incomplète des signes du Zodiaque, à celle de droite la représentation des Travaux des Mois.

Les tympans et les voussures ont été les parties les plus maltraitées; certains morceaux sont réellement grotesques. Les deux tympans latéraux, représentant à droite la Dernière communion de Saint Denis et à gauche le Supplice des trois Martyrs, sont entièrement modernes et de la main du sculpteur Brun ; celui de gauche tient la place d'une mosaïque très ancienne que Suger avait respectueusement conservée et qui subsistait encore au xvin* siècle.

Le tympan central qui représente le Jugement dernier n'est pas aussi complètement mauvais. Les têtes aux chevelures et

aux barbes qui semblent en filasse ont été refaites sous Debret pour effacer les mutilations révolutionnaires, mais, d'après l'ordonnance de l'ensemble et certaines dispositions de draperies et de personnages, Ton peut croire que le corps même de la sculpture est, sinon l'original du xii e siècle, du moins un arrangement de celui-ci retouché ou remis au point ayant le xix e .

De même dans la voussure de cette porte centrale, surtout dans les trois cordons extérieurs qui représentent les a4 Vieillards de la Vision apocalyptique siégeant autour du Juge suprême, il y a aussi quantité de morceaux originaux réemployés. Le cordon intérieur, par contre, qui représente le Paradis et V Enfer est, ainsi que les voussures des portes latérales, presque entièrement moderne, et d'un style exécrable. Afin d'ailleurs que nul n'en ignore, l'auteur de ce chef-d'œuvre de mauvais goût a tenu à mettre son nom à coté d'un des groupes de damnés tumultueux et grotesques; l'inscription : J. S. Brun sculpt. élève de Lemot restaura ce portail en 1839, se lit sur la voussure.

Quant à la porte de fonte qui ferme la baie centrale et aux pentures des portes latérales, elles ont la prétention d'offrir une restitution des œuvres que Suger avait installées à cette place et qui furent détruites bien avant la Révolution. Il va sans dire que cette restitution, faite en i84a-43, sans aucun document, est de nulle valeur : c'est un assemblage composé de motifs empruntés à quelques sculptures en pierre ou à des vitraux et le style comme la technique en sont aussi déplorables que possible.

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