VUE DE L'ABSIDE
NOTICE HISTORIQUE. n
mystères, les matières les plus rares délicatement ornées, il s'est opposé à l'austérité de la règle cistercienne que prêchait alors saint Bernard, par mépris de l'ornementation des églises et de leurs richesses matérielles; ainsi l'abbé de Saint-Denis a singulièrement aidé aux progrès de l'art. Devrait-on également placer Suger au rang des créateurs et lui attribuer le mérite des nouveautés qui caractérisaient son édifice ? On ne peut croire qu'il ait été capable de diriger dans l'exécution technique les artisans rassemblés en ce grand chantier, ni surtout qu'il ait été l'inventeur de la principale nouveauté introduite dans le mode de construction ; à savoir l'emploi de la croisée d'ogive aux chapelles du déambulatoire. Mais par ses recherches incessantes pour recruter en tout pays les meilleurs ouvriers, par son soin minutieux dans }a surveillance des travaux, allant lui-même choisir des matériaux — des pierres aux carrières près Pontoise, des arbres dans la forêt d'Yveline ; — par sa direction dans l'ornementation iconographique, dictant les thèmes religieux qui devaient être illustrés par les sculpteurs, orfèvres ou peintres verriers, les expliquant par des inscriptions, on peut dire que Suger a eu une part considérable dans la construction de son édifice, surtout dans sa décoration, et qu'il nous apparaît vraiment comme le maître de V œuvre.
Sans déclarer Saint-Denis « le 'premier des édifices gothiques », selon l'expression de Félix de Verneilh, car l'on sait que c'est par une série de tâtonnements et d'expériences que les constructeurs de l'Ile-de-France aboutirent à cet expédient si fécond de la croisée d'ogive, on peut croire que cette église fut le premier monument important dans lequel fut employé de manière complète le mode nouveau de construction ; au déambulatoire harmonieux, le style gothique est presque par-
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fait dans sa grâce première. L'effet en un tel lieu dut être considérable, et c'est pourquoi le rôle de l'église de Saint- Denis dans l'évolution de l'architecture médiévale ne saurait être diminué. Presque non moins importante a été l'influence de Saint-Denis dans le développement des arts industriels. Pour orner les autels 1 , renfermer les reliques, célébrer les cérémonies dont il veut accroître le luxe, Suger commande des objets d'orfèvrerie, d'émaillerie, constituant ainsi ce trésor qui devait être l'un des plus beaux de la chrétienté ; et les quelques épaves conservées (à la galerie d'Apollon au Louvre), prouvent toute l'habileté des orfèvres qui avaient été réunis. Si l'on ajoute à ces artistes les mosaïstes, les peintres-verriers dont les vitraux attestent la maîtrise, les sculpteurs enfin qui taillent les ornements des portails, les tympans, les statues engagées, première ébauche de cette statuaire monumentale qui allait bientôt s'épanouir à Chartres, on aura le sentiment du travail artistique considérable, accompli à l'ombre de l'édifice, par ces ouvriers venus de toutes parts, s'unissant dans l'œuvre commune, et l'on conclura « que ce grand chantier de Saint-Denis fut, pour la sculpture monumentale, comme pour l'architecture, l'atelier décisif dans l'élaboration, et, si l'on peut dire, dans la proclamation du style nouveau 2 ».
i . C'est l'autel des martyrs au chevet, en arrière duquel s'élevaient les châsses contenant les reliques, que Suger orna avec le plus de magnificence ; voir l'essai de restitution par Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'architecture, t. II, p. 25. Cet autel dépouillé de ses orfèvreries en 1567 par les Huguenots, fut démoli en 1626 pour ôtre remplacé par un autel à la moderne sculpté par Thomas Boudin. Le grand crucifix d'or élevé sur un pilier au fond du sanctuaire (vers 11^7) fut mutilé par les Ligueurs en 1590.
2. André Michel, dans Histoire de Varl, t. II, 1" partie, p. i32-i33.
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LA RECONSTRUCTION DU XIII e SIÈCLE SOUS LE RÈGNE DE SAINT LOUIS 1
L'église de Saint-Denis, telle que Suger l'avait laissée, ne devait pas durer plus d'un siècle. Déjà au début du xni" siècle, peut-être à la suite d'un incendie, la flèche en charpente de la tour nord du portail occidental fut remplacée par une flèche de pierre, œuvre très belle et célèbre qui devait malheureusement disparaître au cours du xrx* siècle. En ia3i, les religieux, sous l'abbatiat d'Eudes Clément (abbé de 1228 à ia48j, résolurent d'entreprendre une reconstruction de l'église, sur les conseils de Louis IX, nous dit dans sa Chronique Guillaume de Nangis, qui était lui-même moine à l'abbaye. L'église tombait-elle en ruine? On a souvent allégué la faiblesse des constructions de Suger par suite de la trop grande hâte et de l'incertitude dans les procédés du travail. Viollet-le-Duc, au cours de ses recherches sur le monument, a maintes fois constaté la médiocrité des fondations où furent utilisés des débris carolingiens, la légèreté de la muraille à la façade occidentale, simple blocage entre deux parois de pierre. Peut-être les moines voulaient-ils posséder une église plus vaste pour la pompe de leurs cérémonies, plus élevée, plu» majestueuse jet remaniée au goût du moment? L'on peut croire également que le projet, déjà fixé sans doute dans l'esprit du roi, d'élever des tombeaux à ses prédécesseurs ne fut pas étranger à la reconstruction. Quoi qu'il en soit, on peut
1 . Henri Stexn. Pierre de Montereau, architecte de Vèglise abbatiale de Saint- Denis. (Mémoires de la Société des Antiquaires de France t t. LXI, 1902).
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affirmer qu'après i?3i, furent entamés les travaux qui de* vaient donner à l'église abbatiale son aspect définitif. Un passage d'un document contenu dans un cartulaire de l'abbaye de Saint-Denis (aux Archives nationales), signalé pour la première fois par M. Henri Stein, permet de connaître le nom de l'architecte qui dirigea cette reconstruction considérable; ce fut Pierre de Montereau, dont le nom est déjà célèbre dans l'histoire de l'architecture gothique, auteur du Réfectoire et de la Chapelle de la Vierge de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, et à qui l'on a attribué — bien que sans preuves décisives — la Sainte-Chapelle du Palais (édifiée de 1245 à 12 48), le Réfectoire de Saint-Martin-des-Champs et la Chapelle du Château de Saint-Germain-en-Laye. Dans l'acte en question, daté d'octobre 1247» I 1 " concerne l'achat d'une carrière de pierres à Conflans près Char en ton, Pierre de Montereau est qualifié de cementarius de Sancto Dionysio, c'est-à-dire maître de l'œuvre, directeur de la construction. Ainsi, en 1247» les travaux de Saint-Denis étaient en pleine activité, mais peut-être n'étaient-ils entamés que depuis peu d'années; la date de i23i étant probablement celle du projet, non du début de la reconstruction.
L'œuvre accomplie fut considérable. De l'église du xn e siècle, en effet, il ne fut conservé que la façade occidentale entière avec le narthex, d'autre part le déambulatoire, les chapelles de l'abside et la crypte; tout le reste de l'édifice fut reconstruit, la nef élargie et le transept reçut un développement considérable.
A la mort de Pierre de Montereau, en 1267, l'édifice n'était pas encore complètement achevé, bien que les autels aient été terminés à ce moment, les statues funéraires des rois mises en place et les chapelles consacrées. On tend à prolonger
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jusque vers 1 281, sous l'abbatiat de Mathieu de Vendôme, l'achèvement des travaux, mais quelle que soit la date finale, la conception primitive est de Pierre de Montereau et du milieu du xin e siècle, elle appartient à l'art gothique dans tout son épanouissement et sa pureté. C'est le style du xm* siècle qui donne aujourd'hui à l'édifice — surtout à l'intérieur — son aspect le plus original ; à l'art de Pierre de Montereau nous devons les proportions harmonieuses, le caractère nouveau d'élégance, de légèreté, de grâce, de celte église qui ne sera plus seulement la basilique des saints martyrs, mais en même temps la chapelle sépulcrale des roîs de France.
La décoration de l'église avait été traitée avec une perfection qu'attestent les trop rares débris conservés : sculptures d'autels et pavements 1 . Les vitraux, dont la beauté était célébrée encore au xvm e siècle, versaient une lumière abondante et nuancée dans la nef qu'ils transformaient comme en une immense châsse; le chœur fermé par un jubé, au delà duquel s'élevaient de hautes stalles, présentait un développement considérable et affectait une forme particulière, divisé en quatre parties, trois autels étaient alignés les uns derrière les autres : l'autel matutinal, le grand maître-autel, enfin au chevet, l'autel des trois martyrs, les châsses et les reliquaires resplendissaient au-dessus des retables 2 .
1. Les dessins de Percier, pris en 1797, permettent de connaître la forme des autels qui ornaient les chapelles absidales ainsi que leurs pavements, ces dessins ont aidé Viollet-le-Duc dans ses restitutions. Voir les gravures du Dictionnaire d'architecture, t. II, au mot autel.
a . A l'aide des descriptions anciennes, do la « perspective » médiocre, mais curieuse donnée par Belleforest, dans sa « Cosmographie universelle » (1675), Viollet-le-Duc a essayé une restitution du chœur de Saint-Denis. Dictionnaire d'architecture, t. III, p. a3a. Mais le dessin du jubé et des stalles ne peut être que de fantaisie, les documents graphiques faisant défaut. — Il est à noter que, dès le début du xvn* siècle, en 16 10, pour le couronnement de Marie
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Les bâtiments abbatiaux, sur lesquels nous n'ayons que de courtes indications à donner, furent presque tous reconstruits dans la dernière partie du xm e siècle et au début du xiv e ; rien n'existe plus malheureusement de ces logis qui devaient durer jusqu'au début du xvin 8 siècle et les descriptions ou gravures anciennes sont trop vagues pour nous permettre de les reconstituer ; nous ne connaissons que leur disposition générale, la forme du cloître très vaste et ne possédons plus qu'un témoin de l'ornementation des bâtiments : le magnifique lavabo en pierre de liais, du début du xm e siècle, qui, recueilli au Musée des Monuments français, se trouve aujourd'hui dans la cour de l'École des Beaux-Arts, à Paris.
Raconter les événements mémorables qui eurent l'abbaye de Saint-Denis pour théâtre, au cours des xiv* et xv e siècles, serait retracer des épisodes des guerres nationales et civiles qui ensanglantèrent la France. La nécessité de se défendre contre les redoutables bandes armées contraignit les religieux à faire élever des Mortifications autour de leur abbaye, murailles, tourelles, portes, dont il subsistait encore quelques sombres débris au xvin 8 siècle. La façade de l'église elle-même, reçut un crénelage h la naissance des tours. L'on peut dater du milieu du xiv e siècle ces travaux défensifs qui furent poursuivis sous l'abbatiat de Guy de Monceaux. En i358, en effet, Saint-Denis avait été occupé par les troupes du roi de Navarre, Charles le Mauvais, allié des Anglais, et l'on sait ce que de pareils séjours amenaient de pillage et de destruction. Le trésor, il est vrai, appât principal des pillards, fut toujours soustrait à leurs désirs, soigneusement caché et le plus souvent
de Médicis, la disposition ancienne du chœur fut modifiée, l'autel matutinal enlevé ainsi que la grille qui s'élevait au delà.
enfermé en lieu sûr dans Paris. L'église abbatiale ne devait subir dans son aspect extérieur qu'une seule modification importante, par la construction au flanc septentrional de chapelles qui venaient agrandir le bas-côté. On ne connaît pas la date exacte de ces travaux, qui paraissent appartenir, comme beaucoup d'autres de ce genre, au premier tiers du xiv e siècle. Jeanne d'Évreux fit embellir du même côté la chapelle Notre- Dame-la-Blanche. Plus tard enfin, Charles V choisit la chapelle Saint- Jean-Baptiste comme lieu de sa sépulture et la fit accroître d'une travée.
Après le règne réparateur de ce roi prudent et sage, les jours de deuil revinrent pour l'abbaye, elle fut disputée et prise tour à tour par Armagnacs et Anglais alliés aux Bourguignons, vers la fin du triste règne de Charles VI ; c'est seulement au mois d'avril i436, que les troupes de Charles VII prirent possession définitive du monastère. Pendant ces années troublées, disparurent nombre de dalles funéraires et d'ornements d'autels et même trois des tombes royales : celles de Philippe-Auguste, de Louis VIII et de Saint Louis, dont les figures en relief étaient recouvertes de lames d'argent ciselé.
L'ABBAYE AUX XVI e ET XVII e SIÈCLES — LA CHAPELLE DES VALOIS 1
Pendant le xvi e siècle, l'église de Saint-Denis s'orna de tombeaux somptueux, les plus considérables qui aient jamais
1. A. de Boislisle. La sépulture des Valois à Sainl-Denis Çilèm. de la Soc. de l'histoire de Paris, t. III, 1876). — L. Dimier. Le Primatice, Paris, 1900. — L. Palustre. La Renaissance en France, t. II : Le Nord, Paris, 1881-82.
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été élevés à des rois de France ; mais, réduite à être gouvernée par des abbés commendataires nommés par le roi, réforme imposée par François I* r en application du Concordat — le premier abbé ainsi désigné fut Louis cardinal de Bourbon en i5ao, — l'abbaye va perdre de son influence. Ses bâtiments, d'autre part, souffriront gravement des luttes religieuses : aux portes de Paris, près de champs de bataille, ils seront occupés et pillés tour à tour par les troupes huguenotes et les troupes royales. En i56a, en 1567 surtout, des tombes de cuivre sont détruites 4 , la librairie et le chartrier bouleversés, les châsses des martyrs dépouillées des lames d'or et d'argent dont elles étaient revêtues. Mais le grand projet que formait alors Catherine de Médicis et qui se préparait, devait accroître singulièrement les richesses artistiques conservées en l'abbaye royale, car c'est tout un édifice qui allait s'élever au flanc de l'église gothique. Voulant surpasser en magnificence tous les tombeaux royaux, désirant isoler ceux de sa race du commun sépulcre, Catherine de Médicis résolut de faire construire une chapelle qui serait simplement reliée à l'église abbatiale et au milieu de laquelle se dresserait le tombeau de son mari et d'elle-même. Dès le lendemain de la mort inopinée du roi, Catherine de Médicis songea aux monuments funéraires destines à commémorer le souvenir de Henri II. Pour la sépulture du cœur, placée au couvent des Célestins, Germain Pilon fit jaillir du marbre les trois gracieuses figures de femmes portant l'urne de bronze ; la commande du tombeau destiné à Saint- Denis fut au même moment partagée entre plusieurs sculpteurs qui travaillèrent sous la direction de l'artiste italien à qui la Reine et François II venaient de remettre la conduite
1. La plus importante tombe détruite fut celle d'Alphonse, comte d'Eu (f 1270) dont la statue était de cuivre doré et émaillé.
de tous les travaux d'art : François Primatice, qui de i55g jusqu'à sa mort en 1670, resta le surintendant des bâtiments de la couronne.
Bien que les travaux de la Chapelle des Valois aient été à peine entamés à la mort du Primatice, Ton doit croire néanmoins qu'il fut l'inspirateur du projet accepté par la Reine, comme il avait été l'ordonnateur du tombeau terminé avant 1570. Le chantier établi à Saint-Denis, où furent réunis les matériaux de l'édifice considérable qu'il s'agissait d'élever — marbres venus d'Italie, pierres, colonnes, chapiteaux sculptés — nous apparaît seulement en pleine activité en 157a, sous la direction de l'architecte Jean Bullant; dès 1676, l'atelier était dispersé. A ce moment les fondations sont faites, la première assise du pourtour de l'édifice seule posée avec l'amorce des colonnes et des murailles. Pendant plusieurs années, les travaux demeurent suspendus, jusqu'au moment où, grâce à l'habile gestion du Président Antoine Nicolay, chargé de l'administration des biens de la Reine Mère, les fonds nécessaires permettent la reprise de l'ouvrage. L'on s'adresse alors en i58a, Bullant étant mort en 1678, à Baptiste Androuetf)ucerceau, fils du célèbre graveur et théoricien. C'est sous la direction de cet architecte que s'accomplirent, de i58a à 1587, les travaux qui portèrent l'édifice à l'état incomplet où il devait à jamais demeurer, car après la mort du Président Nicolay en 1587 le départ de Ducerceau forcé de s'exiler comme protestant, après la fin de Catherine de Médicis qui meurt à Blois le 5 janvier 1589, la royauté abandonnera cette grande entreprise ; le chantier où étaient entassés tant de matériaux servira de magasin où Ton viendra puiser pour la construction de nouveaux bâtiments sous Henri IV et Louis XIII.
Les dessins, gravures et plans, exécutés au xvn° siècle (les
ao L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.
plus précis sont ceux de J. Marot), ainsi que les descriptions, dont la plus complète est celle de Félibien dans son Histoire de l'abbaye, permettent de connaître l'aspect et le style de ce grand mausolée. De forme circulaire, adhérent au flanc du croisillon septentrional de l'église, l'entrée se trouvant à la chapelle No tre-Dame-1 a-Blanche, la Chapelle des Valois appelée souvent aussi Notre-Dame de la Rotonde, était inspirée de monuments antiques ou de la Renaissance italienne. Le bâtiment, suivant une circonférence régulière d'un diamètre de 3o mètres, était composé de deux étages qui devaient être surmontés d'un troisième en forme de coupole terminée par une lanterne. A l'extérieur, chaque étage était décoré de vingt colonnes encadrant des fenêtres et des niches; au rez-de-chaussée, les colonnes étaient d'ordre dorique, au premier étage, l'ordre était ionique, le troisième ordre formant la coupole devait s'élever en retrait, laissant une large terrasse. A l'intérieur, la rotonde était formée de 1 2 colonnes corinthiennes groupées deux par deux formant avant-corps ; au rez-de-chaussée, autour du tombeau de Henri II, entre les avant-corps, six arceaux supportés par de petites colonnes rie même style servaient d'entrée à autant de chapelles voûtées éclairées par une fenêtre. Au premier étage, on retrouvait la même disposition, les chapelles reliées entre elles formaient une sorte de galerie.
Quel artiste avait donné le dessin de ce monument? Au Primatice doit appartenir la conception primitive, mais l'édifice n'était alors qu'en projet. Parmi les noms d'architectes qui ont été prononcés, deux seuls peuvent prétendre à l'invention de cette chapelle d'aspect lourd et massif : J. Bullant et B. Androuet-Ducerceau qui conduisirent la construction de manière effective, et ce que nous savons de leur art
NOTICE HISTORIQUE. ai
confirme bien les données des pièces d'archives; peut-être faudrait-il faire la part la plus large au second architecte, en considérant l'emploi servile des ordres antiques et la forme de la coupole projetée.
Altérée dès la fin du xvi° siècle, la Chapelle était au xvn* siècle dans un complet délabrement, au début du xviii 6 une véritable ruine, menaçante pour le tombeau qu'elle abritait ; aussi les religieux demandèrent-ils sa destruction, ne voulant pas entamer une trop coûteuse restauration. La démolition fut ordonnée par arrêt du Conseil (2 4 mars 1719) et rapidement opérée, le tombeau de Henri II transporté dans la chapelle voisine de Notre-Dame-la-Blanche *.
La Chapelle des Valois fut le dernier des monuments funéraires élevés aux rois de France. Désormais va commencer pour l'abbaye et l'église une période de décadence et de ruine.
Les troubles de la Ligue infligèrent à l'église de cruelles pertes. Les troupes d'Henri IV venant bloquer Paris, campent à Saint-Denis le 9 juillet 1590; on se bat dans la ville même (3 janvier 1591) que les Ligueurs tentent en vain de reprendre. Soldats royalistes et Ligueurs s'emparent d'orfèvreries et d'ornements d'autels. Ce sont pour les religieux de perpétuelles alarmes jusqu'au jour imprévu où, sous les antiques murailles de Sugeret de Saint Louis, en une cérémonie solennelle, l'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune, reçoit
1 . D'après une tradition souvent reproduite, des matériaux provenant de la démolition auraient été donnés au duc d'Orléans et auraient servi plus tard, vers 177g, à constituer des ruines factices au jardin de Monceau. L'on peut reconnaître d'après les gravures anciennes, des grandes colonnes de l'intérieur de la chapelle aux ruines du « Temple de Mars », mais pour le « Temple rond » et la colonnade formant la « Naumachie », seul ensemble encore debout, cette origine nous parait fort incertaine.
2 a L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.
l'abjuration du Béarnais pénitent et fils soumis de l'Église catholique (a5 juillet i5g3). Après ces longs troubles, une réforme intérieure du monastère était devenue nécessaire; elle fut accomplie en i633 par l'arrivée des religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, de l'ordre de Saint-Benoît.
Pendant les luttes de la Fronde, en 1649* en i65o, en i65a, l'abbaye devint le refuge des populations chassées par la guerre, un lieu de campement pour les soldats du roi et des princes. En mai i65a, l'abbaye fut le théâtre de combats sanglants. Dans l'attente de ces grands périls, les religieux avaient pris la sage précaution, comme au xv e et au xvi* siècle, de soustraire leur trésor au pillage. Déjà en i588, le trésor transporté à Paris y était demeuré dix ans; en i636 et en i65o, il fut placé aux Blancs-Manteaux, en i65a à Saint- Germain-des-Prés .
L'histoire artistique de l'église est terminée au xvn e [siècle. Plus de tombes élevées aux rois, les cercueils s'entassent dans les caveaux obscurs. Aux jours des cérémonies funèbres, la basilique silencieuse est envahie par les ouvriers des « Menus Plaisirs », organisateurs des pompes solennelles, qui pendant des semaines transforment la nef et le chœur en salle de spectacle, par l'entassement des estrades, les lustres étincelants, les catafalques somptueux, les tentures énormes sous lesquelles disparaissent les arceaux gothiques ; décorations qui contribuèrent singulièrement à la dégradation de tombes, d'ornements d'autels et de vitraux 1 . Louis XIV qui ne paraît pas avoir eu beaucoup de goût pour le lieu destiné à sa sépul-
1. Gomme exemple de ces cérémonies, nous avons fait reproduire uns gravure de C. N. Gochin qui représente la pompe funèbre de Marie-Thérèse d'Espagne, Dauphine de France, le 5 septembre 1766, «inventée et exécutée par les sieurs Slodtz »,
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ture et qui ne contribua à l'édification que d'un seul monument, celui de Turenne, transféra en 1686 les revenus de la mense abbatiale à la maison royale de Saint- Cyr récemment fondée. Une bulle pontificale confirma en 1691 la suppression du titre et de la dignité d'abbé; dès lors, l'abbaye de Saint- Denis ne sera plus gouvernée que par de grands prieurs, relevant du Supérieur général de la Congrégation qui résidait à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés de Paris.
L'ABBAYE AU XVIII e SIÈCLE 1
Malgré l'état d'abaissement de l'abbaye, la médiocrité des ressources, les religieux de Saint-Denis décidèrent au début du xviii siècle la reconstruction de leur monastère. Jusqu'à la fin du xvn* siècle, presque toutes nos abbayes étaient demeurées d'aspect gothique ; désormais, cédant à des besoins de confortable, désireux de se conformer au goût nouveau, les religieux vont faire détruire les locaux anciens, embellir le chœur de leurs églises ; comme les chanoines en leurs cathédrales, ils vont introduire un faux luxe et un décor mensonger de théâtre à la place des ornements vénérables des autels, bouleverser les tombes et les dalles funéraires.
Les bâtiments abbatiaux de Saint-Denis avaient gardé leur silhouette du moyen âge ; tels nous les montre la vue générale dessinée dans la seconde moitié du xvn e siècle, pour être introduite au Monastiçon Gallicanum, vaste recueil des histoires
1. M m * F. d'Atzac. Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, t. II, Paris, i86i#
2k L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.
des abbayes de la Congrégation de Saint-Maur, projeté par Dom Michel Germain et resté inachevé.
Il est vrai que les bâtiments tombaient probablement en ruines et les Bénédictins n'aimaient plus se réunir en des salles tristes de vétusté. Sur l'initiative du grand prieur Augustin de Loo, les démolitions commencèrent en Tannée 1700.
Le plan de la reconstruction de l'abbaye fut demandé à Robert de Cotte, premier architecte du roi. Mais il ne donna que les dispositions générales des bâtiments, si Ton en juge par les dessins que nous possédons 1 et ne put surveiller que le début de l'entreprise, sa mort étant survenue en 1735. On a gardé le nom d'un autre architecte qui aurait été, au cours du xvm* siècle, Christophe père ; il est d'ailleurs à remarquer que les projets étaient vériûés par le premier architecte du roi; ainsi en 1737, Gabriel met son visa au bas de dessins (plans aux Archives nationales).
Les travaux des nouveaux bâtiments abbatiaux furent très lentement poursuivis et la reconstruction dura pendant presque tout le xviu c siècle. Le corps de logis du levant contenant les dortoirs fut achevé en 1718, le réfectoire inauguré en 1720; le bâtiment de la cour d'honneur qui renfermait l'hôtellerie et l'appartement du roi, commençait à s'élever en 1737 ainsi que la galerie méridionale du cloître; la galerie nord et l'inGrmerie s'achevaient en 1765 ; les derniers locaux furent terminés seulement en 1786.
La transformation fut radicale et rien ne subsiste dans les bâtiments qui sont parvenus jusqu'à nous 2 de l'œuvre du
1 . Dessins et croquis au Cabinet des Estampes (Topographie de la France, V* 2o5) ; gravures par P. Lepautre, vendues chez Mariette.
2. On sait que par un décret de Napoléon I** du a 5 mars 1809, l'abbaye, transformée en hôpital sous la Révolution, devint la principale des Maisons
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moyen âge; à peine quelques vestiges d'une ancienne chapelle, dite chapelle Sainte-Catherine, restent-ils encore aujourd'hui dans le sous-sol et le rez-de-chaussée d'un bâtiment moderne situé en arrière de l'abside de l'église et servant d'infirmerie. Seule, la belle vasque en pierre de liais du xm* siècle, avait été conservée et placée au pied du grand escalier d'honneur, à la porte du réfectoire.
En arrière d'une cour demi-circulaire, les bâtiments réguliers et un peu solennels se composent de deux corps principaux perpendiculaires à l'axe de l'église, et qui délimitent entre eux deux vastes cours carrées, l'une fermée vers l'église, c'est le cloître, l'autre ouverte vers la campagne. Le bâtiment qui regarde la ville est un peu plus orné et plus luxueux, il était destiné aux hôtes princiers, au logis de l'abbé, aux bibliothèques. Un pavillon central fait avant-corps au milieu de la façade, deux pavillons non saillants, couronnés de frontons, la terminent à droite et à gauche. Celui de droite présente, sculptée de la main d'Adam le jeune, c'est-à-dire Nicolas-Sébastien Adam, une grande composition brillante et mouvementée, inscrite dans le fronton et représentant saint Maur implorant le secours du Seigneur pour la guérison d'un enfant (le modèle en avait été exposé au Salon de 1740)- Le fronton de l'autre pavillon n'a jamais été sculpté.
La façade du bâtiment postérieur est beaucoup plus sévère et plus classique, de même que celles qui dominent le cloître. Celui-ci comprend quatre grandes galeries, fermées aujourd'hui par des vitrages ; elles sont voûtées en plein cintre avec
d'éducation des filles de Membres de la Légion d'honneur. Les» bâtiments clairs, spacieux, largement aérés sur de vastes cours et un parc de 27 hectares, se sont prêtés à merveille à cette nouvelle destination.
Une permission spéciale du Grand Chancelier de la Légion d'honneur est nécessaire pour la visite de la maison d'éducation.
a6 L'ÉGLISE ET LES TOMBEAUX DE SAINT-DENIS.
doubleaux et décorées de~pilastres doriques. Elles dénotent, de même que les grandes salles du rez-de-chaussée qu'elles longent, le réfectoire et les salles du chapitre, un sens admirable de la belle construction et des larges effets. La décoration en est très sobre. Il ne parait pas y avoir jamais eu ici de somptueuses boiseries, comme à la Trinité de Gaen, par exemple. Les seuls motifs décoratifs qui aient subsisté sont des ouvrages de ferronnerie, fort admirés déjà au xvin* siècle, attribués au frère Denis. Parmi ceux-ci, la chaire du lecteur, placée dans le réfectoire, a disparu, mais on voit encore une superbe grille, placée au pied du grand escalier, à l'un des angles du cloître. Les rampes enfin des quatre escaliers monumentaux sont des morceaux remarquables, d'un dessin très souple et très riche, «ans surcharges inutiles.
Tandis que ces décorations s'accomplissaient aux bâtiments abbatiaux, la mutilation de l'église commençait ; elle ne devait plus s'interrompre. La chapelle des Valois est démolie en 17 19; vers 1771, l'on supprime au trumeau de la porte centrale de la façade la statue de Saint Denis, qui empêchait le passage du dais aux processions, on arrache les statues des ébrasements, on restaure et on refait à neuf des ornements gothiques ; plus tard, l'on blanchira entièrement l'intérieur; en 1781, des menuiseries neuves et pauvres remplacèrent les stalles ornées du xm e siècle, bientôt un beau dallage de marbre blanc et noir s'étend sur le sol du chœur, supprimant des pavements historiés et des tombes gravées (1784), et le Prieur, Dom Malaret, regrette que la présence gênante des tombes royales empêche cette parure symétrique de s'étaler partout dans l'église. . . C'est au milieu de ces préoccupations artistiques que la Révolution surprit les Bénédictins.