CHAPITRE IX
Consécration de L'Archevêque Parker,
AfÎD d'échapper à cette accusation que la Hiérarchie auglo-romaine est schismatique, les catholiques romains ont prétendu qu'à la Réforme (en Angleterre) il y eut extinction du corps épiscopal, qu'il fallait donc rétablir une succession légitime, et la consécration de l'archevêque Parker a servi de prétexte à cette assertion purement gratuite. Rappelons les faits.
Le siège de Cautorbéry étant devenu vacant par la mort du cardinal Pôle, le 17 novembre 1558, la reine Elisalx:th nomma pour lui succéder le docteur Matthieu Parker. Qui fut dûment iY^^' élu, en vertu de "Congé d'élire' \ par l'^ Parker, doyen et le chapitre de Christ Church, Cantorbéry. Le 9 septembre 1559, trois prélats créés sous le règne d'Edouard VI, et trois prélats créés par la -reine Marie Tudor, furent invités à procéder sans délai à la consécration de Paiker. Les trois derniers refusèrent de prendre part à cette consécration, et en conséquence quatre autres
évêques furent nommés le 6 décembre pour les remplacer.
Des Sept évêques ainsi choisis, quatre devaient prendre part à la cérémonie de la consécration, bien que la validité d'une telle consécration fut reconnue par la coutume de l' Eglise anglicane si trois évêques au moins prenaient une part active à la cérémonie.
La consécration de Parker eut lieu le 17
décembre 1559 dans la chapelle du palais de
Lauibeth, en présence d'un grand nombre de
Gnilliu- spectateurs. Les évêques consécrateurs furent
tne Guillaume Barlow. évêque de Bath et Wells,
hat ow consacré évêque de St. Asaph en 1536, sous
feati ^^ règne d'Henri VIII ; Jean Scory. évêque de
Sco7'y Chichester, consacré évêque de Rochester sous
Miles le règne d'Edouard VI, en 1551 ; Miles Coverdale,
Coverda- auteur d'une traduction de la Bible, évêque
^' d'Exeter, consacré évêque suffragant .sous le
Tean règne d'Henri VII ; enfin Jean Hodgkins,
Hodgkins consacré sous le règne d'Edouard VI. Le
docteur Thomas Yale lut le mandat ro\al
relatif à la cérémonie, puis tous les évêques
irapo.sèrent les mains à Parker en répétant
toutes les paroles essentielles de l'acte de
consécration.
Nous nous sommes longuement étendus sur tous ces détails parce que plus tard on a essa3'é d'élever des doutes sur la validité de la consécration de l'archevêque Parker. Ce ne fut d'ailleurs que cinquante ans plus tard qu'on lança les premières objections. Pour les réfuter nous nous contenterons de citer les paroles d'un auteur anglais. "Des quatre évêcues qui prirent part à cette consécration, Barlow et Coverdale étaient les seuls titulaires légaux de leur diocèse ; Scory et Hodgkins remplissaient tous deux les fonctions d'évêques adjoints de Bonner dans le diocèse de Londres. De ces quatre prélats les deux premiers avaient hérité du droit canonique d'agiraunom de la province, et Bonner avait laissé aux deux autres leur liberté d'action, car Bonner, quoique n'approuvant pas la nomination de Parker, n'avait élevé aucune protestation contre cet acte, et le sanctionnait ipso facto, par cela même qu'il ne mettait aucun obstacle à l'action de ses deux sufîragants. Les huit prélats créés sous la reine Marie, qui seuls survécurent à l'année 1560, ne firent aucune protestation. L'affaire fut décidée contre eux par défaut, et depuis le règne de Jacques I jusqu'à celui de Victoria, lesévêques titulaires au soins de qui les
fidèles d'Angleterre s'étaient confiés n'exercèrent aiicuîie juiidiction locale jusqu'en 1850, c'est-àdire jusqu'à près de 300 ans plus tard. L'argument fondé sur l'extinction du clergé national n'est donc pas admissible. . . . Pui.squ'il en est ainsi l'intrusion d'une hiérarchie étrangère (en Angleterre) viole les lois de l'Eglise et les déclarations des Pères." (Littledale, Simples Raisons pp. 238-239.)
L'Eglise anglicane, disent les controversistes romains, n'a qu'un titre douteux pour conférer les ordres sacrés et pour administrer les sacrements, et, pour le prouver, ils s'appuient sur le fait qu'on ne retrouve plus un des documents parmi une longue série de pièces attestant le caractère épiscopal de Guillaume Barlow, un des quatre prélats qui consacrèrent l'Archevêque Parker. " Il est facile de répondre à cela," dit le savant docteur Littledale, " que toutes les pièces sur lesquelles on s'appuyait pour prouver la consécration de tous les évêques de la chrétienté pendant les quatre premiers siècles sont perdues sans icssource." (Simples Raisons, Gardifiûr V^S^ 25.) L'évêqiie Gardiner est absolument dans le. même cas que Barlow, et pourtant aucun catholique romain ne s'est avi.sé de lui contester
son rang. De même il n'existe aucun document relatif à quatre des sept prélats qui consacrèrent le cardinal Pôle. Cependant nous possédons un grand nombre de preuves que l'évêque Barlow était reconnu par tous les autres évêques pendant les dix dernières années du règne d'Henri \'III. Une des meilleures preuves en faveur de la validité du sacre de l'Archevêque Parker est que les évêques élus sous le règne de Marie Tudor ne protestèrent jamais contre cette consécration, et que celle de Barlow ne fut mise en doute qu'après plus de quatre-vingts ans. Dans un discours prononcé à Bonn en 1875, le savant docteur Dollinger dit " Le fait que Parker fut consacré avec l'imposition des mains et avec les paroles Dolli requises par quatre évêques, eux-mêmes légale- ^^*'ment consacrés, est si bien attesté que ceux qui le mettent en doute cherchent à s'aveugler volontairement." Enfin l'évêque Bossuet lui-même '^''■^■^''''^ accepta la validité de la consécration de Parker, et il est bien probable que la grande majorité des historiens catholiques romains de nos jours sont de la même opinion.
L'histoire que l'ordination de Parker eut lieu à la taverne de Xag's Head est une fable absurde
et pleine de contradictions. Nous nous étonnons qu'il se trouve encore des catholiques romains Y J intelligents qui continuent à y croire. Le pape Head. Léon XIII, n'en dit pas un mot dans son encyclique sur la validité des ordres anglicans. Dans sa préface à l'ouvrage du Cardinal de la Luzerne sur les droits des évêques, l'archevêque de Paris de répoque (1845) dit : "L'Eglise anglicane fut la seule des sectes protestantes qui conserva son épiscopat." — Lingard ( History of England VII Note I.) — dit: 'La cérémonie de la consécration de l'Archevêque Parker fut célébrée, quoique avec une légère différence, selon l'ordinaire d'Edouard VI. Deux des consécrateurs, Barlow et Hodgkins, avaient été ordonnés évêques, conformément au Pontifical Romain ; les deux autres selon l'ordinaire réformé. ( AVilkins Concilia IV, 198.) Il ne saurait exister aucun doute sur cette consécration, qui eut lieu le 17 Décembre 1559"' (Wordsworth. De l'Eglise, p. 223.) Voulant à tout prix discréditer la Réforme en Angleterre, les catholiques romains ont prétendu que c'était pour des motifs inavouables
que LEglise anglicane s'était séparée de l'Eglise Divorce . ji ^ . • '.. •<. ^
d'Henri romaine, en d autres termes que c était pour
VIIT. permettre à Henri \'III de divorcer. Montrons
la fausseté de cette assertion en donnant quelques
détails sur la vie privée de ce prince. Henri
VII eut deux fils. Arthur et Henri. Arthur, h^ ^^
' Jules II.
avec l'assentiment de son père, avait épousé la princesse Catherine d'Aragon. A la mort de ce prince, Henri VII, au mépris des lois de l'affinité, fiança la veuve au jeune Henri, qui devint ainsi le mari de sa belle-sœur. Le pape Jules II avait accordé en 1504 une dispense pour ce mariage illégal, qui, loin de plaire à Henri, le faisait passer pour un prétendant forcé. Ajoutons que ce prince, le plus absolu de son temps, et l'un des plus fidèlement dévoués à la foi catholique romaine, qui pour des raisons d'Etat s'était laissé persuader par ses conseillers d'épouser Catherine d'Aragon, vit tous ses enfants mourir à la fleur de l'âge à l'exception de la princesse Marie, qui fut fiancée à un prince français. Plus tard, quand le roi de France se fut opposé à cette union, alléguant que la cour française doutait de la validité du mariage de Catherine d'x\ragon, le roi Henri VIII en vint à penser que cette union avec sa belle-sœur, bien qu'autorisée par le pape Jules II, était' dé.sapprouvée par le ciel, était contraire aux canons de l'Eglise, et que, par suite, on pourrait un jour contester les droits de
Iv' EGLISE ANGLICANE AVANT LA REFORME.
sa fille Marie, alors seule héritière de sa couronne, il se décida donc à divorcer. Mais, pour divorcer, il lui fallait une nouvelle autorisation du Saint Cle^nent Siège. Le roi pria donc le pape Clément VII de déclarer nul le mariage que Jules II avait à tort sanctionné. Malgré la proche parenté de Cathe riiie d'Aragon avec l'empereur Charles-Quint qui rendait cette dispense difficile à obtenir, le pape en 1527 fit pressentir une réponse favorable, et envoya son Légat à Londres qui, de concert avec le cardinal Wolsey, s'efforça d'engager la reine à consentir au divorce et à se retirer dans un couvent. Catherine refusa péremptoirement et en appela au pape. Clément VII espérait par la lenteur des négociations lasser la constance du roi ; il lui offrit positivement une dispense pour épouser deux femmes, de même qu'il avait autorisé la polygamie du comte de Gleichen (Chastel, Hist, du christianisme Tome IV, page 287 — Luther's Briefe, V, 994), mais Henri VIII, perdant patience, favorisa la cause du clergé national qui, comme nous l'avons vu, gémissait depuis longtemps sous la domination papale. Il pressa en 1531 l'adoption par le Parlement des mesures que l'Eglise, dans deux convocations^ avait unanimement recommandées. Le Parle-
ment donc décréta que l'évêque de Rome n'avait de juridiction ni temporelle ni spirituelle en Angleterre, que tout appel au Saint-Siège était interdit, et par un autre acte autorisa le roi et Catherine de divorcer. Nous ne saurions excuser ce divorce. Toutefois pour être juste envers Henri VIII, disons que la question de son mariage avec sa belle-sœur était une question de droit canonique, et que les principales universités d'Europe, consultées à ce sujet, déclarèrent presque toutes la non-validité du mariage.
Nous avons brièvement passé en revue les intrigues et les passions de plusieurs années- Ce qui, pour les Catholiques romains, serait la cause principale de la Réforme anglaise, ne fut en réalité qu'un petit incident d'un grand drame. Comme nous l'avons prouvé, les Anglais depuis des siècles voulaient s'affranchir de toute ingérence papale. L'Eglise anglicane avait sans cesse protesté contre les prétentions des papes. La querelle d'Henri VIII permit à tous les partis -en x\ngleterre de s'unir afin de repousser pour toujours la suprématie de l'évêque de Rome.