CHAPITRE X
Effets de la Reforme ex Angleterre.
A Réforme au X\'Iième siècle eut pour principaux résultats de démontrer clairement que :
Repudi- Premièrement, le pape ne peut avoir de
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la juridiction en Angleterre à titre de Primat,
S^Pj'^^- pui.sque cette suprématie lui fut refusé d'une
du façon péremptoire par l'Eglise anglicane se fon-
^'^^^' dant sur ce que l'évêque de Rome a failli dans
la justification de ses droits, et qu'il u"a pas fait,
suivant les paroles du savant docteur Littledale,
une seule des démarches que le Droit canon rend
nécessaires pour prouver son titre d'héritage.
Dieu ayant limité la juridiction de l'apôtre
Pierre aux fidèles circoncis ( Gai IL 7-8, ) en
d'autres termes à l'Eglise des Juifs.
Deuxièmement, que le pape ne peut avoir de juridiction en Angleterre à titre de patriarche d'Occident, puisque nous savons que les limites du patriarchat romain ne s'étendaient que sur dix provinces en Italie ( Rufin, Hist. Eccles. 1-6).
Elles n'allaient pas même jusqu'à Milan, encore moins donc jusqu'à la Gaule ou la Grande Bretagne. " Le fait de cette délimitation étroite qui a été si souvent discutée," dit un historien catholique romain," est établi par de nombreuses preuves. Ce ne fut même qu'en 571 que les papes purent pénétrer à Milan. En 583 Grégoire le Grand, profitant d'une dispute locale, parvint enfin à imposer son autorité à cette ville et à y envo3'er un légat." (Fleury,Hist Eccles. XXXV-32). Le huitième canon du concile général d'Ephèse défend d'ailleurs au pape d'étendre les limites de sa juridiction.
Troisièmement, que le pape ne peut avoir de j uridiction en Angleterre à titre de "convertisseur,' ' — nous emplo5'ons ce mot en bonne part — puisque, comme nous l'avons vu, la mission d'x\ugustin ne contribua guère à la conversion de l'Angleterre. Cette mission ne s'étendit jamais en dehors de la province de Kent. La plus grande partie de l'Angleterre Saxonne fut christianisée par les missionnaires non-romains de l'Ecosse et de l'Irlande.
"A l'argument," dit Littledale, *'que par certains actes l'Eglise anglicane accepta de fait
Suppression des
Monastères.
l'autorité du pape, uous répondrous d'abord qu'on avait consenti à cette soumission parce que l'on croyait à l'authenticité des Fausses Décrétales et, par conséquent, au cachet obligatoire que portait le droit canon basé sur ces décrétales ; celles-ci provenant d'une fraude, rendaient parla même la soumission nulle. Ensuite, lors même qu'il n'en eût pas été ainsi, il aurait fallu un acte formel, approuvé unanimement par un vS3'node national, pour donner aux évêques anglais le pouvoir de remettre à une autorité extérieure les libertés de leur église ; or il n'existe pas d'acte d'un tel sj-node. Enfin, en supposant qu'une semblable détermination eût été prise, le pape n'en restait pas moins incapable d'en accepter les considérants à raison même du serment qu'il avait prêté lors de son couroiniement d'observer à la lettre les décrets d'Ephèse." (Simples Raisons page 236.)
La Réforme eut aussi pour résultat de supprimer des monastères qui fournissaient d'immenses revenus à la cour de Rome. Sur l'ordre d'Henri VIII en 1535 o\\ fit une inspection générale des couvents du royaume, surtout de ceux établis en Angleterre depuis la conquête des Normands. Ces monastères
Tv'EGLISE ANGIvICANE AVANT I,A REFORME.
avaient obtenu des privilèges de l'évêque de Rome, dépendaient inmiédiatenient de la cour de , Rome, formaient sa milice la plus puissante et la plus dévouée, et prétendaient ne devoir aucune soumission à l'Kglise d'Angleterre. vSur le rapport que firent les commissaires enquêteurs, des irrégularités et des désordres qu'ils avaient découverts, le Parlement supprima près de 400 monastères de second ordre et coiifisqua leurs biens au profit de la couronne. La suppression définitive de tous les couvents et la saisie de leurs biens furent achevées en 1539. On évalua à plus de 300,000 louis les revenus de ces biens, fort supérieurs à ceux de la noblesse.
Un autre effet de la Réforme fut la publication en anglais d'un livre de prières publiques. En 1542, par ordre de la convocation, on nomma une commission chargée de réviser le code p ,,■ ecclésiastique et de traduire en anglais les services tion
de l'Eglise. Les commissaires rédigèrent lui ,-^^ ^ ' , Livre de
nouveau catéchisme et dressèrent eu 1552 ww^ prières confes.sion de foi en 39 articles qu'ils présentèrent ^^ , • à la signature de tous les meml)res du clergé. Mais le plus grand résultat de la Réforme fut sans contredit le don inestimable de la Bible
Lecture de la Bible.
traduite en langue -vulgaire. En 1539 les évêques anglicans firent paraître "La Grande Bible." Si fortes étaient les dépenses d'impression et si ardent le désir du peuple de lire les Ecritures Saintes, qu'on dut attacher par une chaîne la " Grande Bible" au mur des églises où chacun pouvait venir la consulter à son tour. On ordonna encore à chaque prêtre de se procurer une Grande Bible, la plus grande qui fut imprimée, et de la placer dans l'endroit le plus accessible de l'église et de donner ainsi à tous les paroissiens facilité de la lire ou de l'entendre lire, et d'être à même d'en méditer les enseignements à leur retour au foyer. En 1543 le clergé reçut l'ordre de la convocation de lire à chaque service le dimanche et les jours de fête une leçon tirée de l'Ancien Testament et une leçon tirée du Nouveau. Aussi longtemps que la langue anglaise sera parlée dans ce pays, les chrétiens, de quelque dénomination que ce soit, seront redevables à l'Eglise anglicane de ces dons si précieux.