‹ L'église anglicane avant la réforme, abrégé d'histoire ecclésiastique [microforme]Chapitre 18 sur 20 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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ainsi le mari de sa belle soeur. Le ‘pape Jules II, sur la demande des parents de Catherine, avait accordé, en 1504, une dispense pour ce mariage illégal, qui, loin de plaire à Henri, le faisait passer pour un prétendant forcé. Ajoutons que ce prince, le plus absolu de son temps, et l’un des plus fidèlement dévoués à la foi catholique romaine. qui, pour des raisons d'Etat, s'était laissé persuader par ses conseillers d’épouser Catherine d'Aragon, vit tous ses enfants mourir à la fleur de l’âge, à l’exception de la princesse Marie qui fut fiancée à un prince français. Plus tard, quand le roi de France se fut opposé à cette union, alléguant que la cour française doutait de la validité du mariage de Catherine d'Aragon, le roi Henri VIII en vint à penser que cette union avec sa belle-soeur, bien qu’autorisée par le pape Jules IT, était désapprouvée par le ciel, était contraire aux canons de l'Eglise, et que, par suite, on pourrait un jour contester les droits de sa fille Marie, alors seule héritière de sa couronne, il se décida donc à divorcer. Mais, pour divorcer, il lui fallait une nouvelle autorisation du Saint Siège. Le roi pria donc le pape Clément VII de déclarer nul le mariage que Jules II avait à tort sanctionné. Malgré la proche parenté de Cathe-

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rine d'Aragon avec l’empereur Charles-Quint, qui rendait cette dispense difficile à obtenir, le pape, en 1527, fit pressentir une réponse favorable, et envoya à Londres son Légat qui, de concert avec le cardinal Wolsey, s’efforça d'engager la reine à consentir au divorce et à se retirer dans un couvent. Catherine r'efusa péremptoirement et en appela au pape.

Clément VII espérait par la lenteur des négociations lasser la constance du roi; il lui offrit positivement une dispense pour épouser deux femmes, de même qu’il avait autorisé la polygamie du comte de Gleichen :

mais Henri VIII, perdant patience, favorisa la cause du clergé national qui, comme nous l'avons vu, gémissait depuis longtemps sous la domination papale. Il pressa en 1531 l'adoption par le Parlement des mesures que l'Eglise, dans deux convocations, avait unanimement recommandées. Le Parlement donc décréta que l’évêque de Rome n’avait de juridiction ni spirituelle ni temporelle en Angleterre, que ‘tout appel au Saint-Siège était interdit, et par un autre acte autorisa le roi et Catherine à divorcer. Nous ne saurions excuser ce divorce. Toutefois,

(1) Chastel, Æisf. du Christianisme, Tome IV, p. 287. Voyez aussi Luther, Briefe, V,994. Voir encore Real, ÆErcycl., VIII, 604.

pour être juste envers Henri VIII disons que le question de son mariage avec sa bellesoeur était une question de droit canonique, et que les principales universités d'Europe, consultées à ce sujet, déclarèrent presque toutes la non-validité du mariage.

“Il serait absurde de supposer, a dit l’évêque J. C. Ryle, 1 qu’un tyran sensuel comme Henri VIII en fût venu à rompre avec le pape pour la seule raison de s’Opposer à la volonté de celui-ci” Nous voyons ses prétendus scrupules sur son mariage le mettre en rapport avec Crammer et Latimer.

Semblable à Hérode, il fit beaucoup de choses justes, bonnes et propres à aväncer la cause de l'Evangile. Il créa Crammer Archevéque de Cantorbéry, et lui maintint sa faveur jusqu’à la fin. Il permit que la Bible fut imprimée en langue vulgaire, et placée dans

les Eglises. Il ordonna la destruction des -

images, et abolit grand nombre de grossières Superstitions. Il repoussa hardiment la doctrine de la suprématie du pape, supprima les monastères, et montra au grand jour la perversité de ceux qui les habitaient.

Nous reconnaissons tout cela et nous en bénissons Dieu. Malheureusement nous le

(1) Vie de Latiner, p 3i.

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ces dogmes romains et faire mourir sur le bûcher des hommes qui, comme le martyr Lambe:t, les repoussaient. Nous le voyons proclamer les six fameux articles qui rétablissaient la transsubstantiation, les inesses privées, le célibat des prêtres, les voeux de chasteté, la confession auriculaire et le refus de la coupe aux laïques; et pis encore, nous voyons en lui, pendant toute la durée de sa vie, les signes certains d’un homme orgueilleux, opiniâtre, sensuel, et un manque absolu de ces preuves qui attestent que son coeur eût jamais été droit aux yeux de Dieu. Enfin, l'emploi d’un pareil homme, carable de telles inconséquences, choisi pour faire l’ocuvre de Dieu, est parmi les choses mystérieuses de la Providence’que nous ne pouvons comprendre,

Si le pape eû été libre alors dans ses déterminations il eût cherché sans doute, par des voies conciliantes à prévenir la séparation qui déja s’annonçait par des mesures si graves. 1 Mais, pressé par les cardinaux dévoués à l’empereur Charles-Quint, il somma le roi, sous peine d’excommunication, de reprendre sa légitime épouse. Aussitôt,

le Parlement et les évêques eux-mêmes déclarent que le pontifz romain n’a aucune autorité à exercer dans le royaume. En 1535 le roi ordonne une visite générale des couvents du royaume, et sur le rapport des commissaires près de quatre cents monastères sont supprimés et leurs richesses servirent à l'érection de six nouveaux évêchés et à la fondation de quelques écoles et collèges. En cinq ans, la confiscation des biens monastiques fut complète.

A la nouvelle de ces sSpoliations, le pape Paul III publia, en 1538, une bulle fulminante où il frappait le ci-devant “défenseur de la foi’ d’excommunication, mettait son royaume en interdit, poussait les Sujets à la révolte, et invitait tous les princes catholiques à exécuter cet arrêt, Il chargeait en même le Cardinal Pole d’une mission à cet effet auprès des cours de France et d’Espagne. Cette coalition dont Henri se voyait menacé ne laissa pas que de lui causer de l'inquiétude. Dévoué au monde chrétien comme impie et Sacrilège, il crut devoir donner de LOUveaux gaces de son attachement à la foi catholique romaine. En 1539, il fit adopter par les deux chambres, un bill en six articles, affirmant principalement le dogme de la présence corporelle dans la Sain-

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te Cène, et condamnant au feu et à la confiscation des biens quiconque prêcherait ou discuterait contre ces articles. L’année suivante en exécution de cet édit, plus de cinq cents personnes furent emprisonnées. Le roi fit torturer et brûler une jeune femme attachée au service de la reine et peu s’en fallut même que celle-ci subit le même sort pour s'être hasardée à discuter contre lui la question de l’eucharistie.

Ces actes barbares donnent un suffisant démenti à ceux qui s’obstinent à considérer Henri VIII comme un protestant, et ne veulent voir dans la réformation d’Angleterre que l’oeuvre d’un exécrable et capricieux despote. Ce prince dit Leonard, !

fut un vrai et loyal papiste qui ne voulut jamais rejeter la suprématie du pape en matière religieuse. Il voulut seulement être libre de toute ingérence papale en affaires politiques. En rompant avec Rome il ne chercha qu’à secouer un joug qui lui pesait, mais jamais la pensée d’épurer la foi ni les moeurs de son peuple n’entra dans son esprit. Henri VIII mourut catholique romain en 1547.

Nous avons brièvement passé en revue

(à) Æist. of the Christian Church, p. 180.

les intrigues et les passions de plusieurs années. Ce qui, pour les Catholiques romains, serait la cause principale de la Réforme anglaise, ne fut en réalité qu'un petit incident d’un grand drame. Comme nous l'avons prouvé, les Anglais depuis des siècles voulaient s'affranchir de toute ingérence papale. L'Eglise anglicane avait sans cesse protesté contre les prétentions des papes.

La querelle d'Henri VIII permit à tous les partis en Angleterre de s'unir afin de repousser pour toujours la suprématie de l’évêque de Rome, |

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