‹ L'eglise au VI siecleChapitre 100 sur 105 · AU · texte numérisé non relu

AU

dE = L: Re A Le Î it chrétiens et même en classiques. On se les prêtait. Les

. voyages des manuscrits tiennent une grande place dans

la correspondance d’Isidore de Séville et de Braulio d

sx

Saragosse. On ne se bornait pas à les lire: on en ti L ‘

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rait parti, mais plutôt pour des recueils d'extraits que Marie pour des œuvres originales: les ciseaux travaillaient plus que le calame. Dans la littérature considérable que ï nous à laissée saint Isidore, la pièce FR «les Etymologies », est une sorte d’encyclopédie pour la quelle un grand nombre d’auteurs, chrétiens ou autres, ont été mis à contribution. Ce livre, très copié dans les siècles suivants, est un de ceux par lesquels 10) moyen-âge latin se maïintint en communication avec ha 0 science antique. ; À 0 . Isidore n’est point isolé. De Braulio, son collègue , de Saragosse, il nous reste des lettres intéressantes ; les évêques de Tolède, depuis surtout qu’ils sont devenus primats, font, presque tous, œuvre de plume; on cite Eugène IT, Hildefonse, Julien. Celui-ci nous a laissé un livre d’histoire assez bien compris, l'Historia regis Wambae, il s'occupe aussi de : de rhétorique, de .

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; musique, de poésie, et, naturellement, de sujets théo-

logiques, mais toujours en usant largement des œuvres

d’autrui. Isidore, lui aussi, écrivit une « Chronique » universelle, ainsi qu’une « Histoire des Goths, des Suèves et des Vandales » ; mais, en dehors des écrits dépouillés par l’auteur, Hydace, Victor de Tunnunum, Maxime de Saragosse, Jean de Biclar, ces livres ne contiennent que bien peu de renseignements originaux.

Cette littérature ne dépasse assurément pas la médiocrité. Mais les voisins francs et africains auraient été embarrassés d’en montrer autant. Même à Rome on écrivait fort mal. La langue parlée, un latin dégénéré, déteignait sur la langue écrite. C’est seulement en Irlande et chez les Anglo-Saxons que le latin, appris selon les règles, comme une langue morte, entièrement différente de la langue parlée, conservait ou retrouvait une pureté relative. Bède, Alcuin et autres rapprirent le latin aux Francs et aux Italiens, en même temps qu’ils l’apprenaient aux Germains. L'Espagne, elle, sans le secours d’autrui, réussit à maintenir sa latinité. |

Elle y réussit, mais seulement pour un temps. Vint l’mvasion arabe (712). Les populations, de Cadix jusqu'aux Asturies, durent se courber sous le dur régime qui pesait depuis près d'un siècle sur les chrétiens d'Egypte et de Syrie. Isolée par la nature, isolée par la politique, isolée par sa fierté même, l’église d’Espagne connut aussi l'isolement dans la servitude.

Eglises celtiques et missions romaines.

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: L’Irlande après saint Patrice. — Clonard, Clonmacnoise, Bangor et Iona.

— Saint Columba et le comput pascal. — Scots et Pictes, — Recul du christianisme en Grande-Bretagne. — Saint Grégoire le Grand et ses missionnaires. he ; — Saint Augustin à Cantorbéry. — Ses successeurs. — Les rapports ave 4 7 Rome. — Difficultés dans le Kent et l'Essex; progrès en Northumbrie. — : Saint Paulin et le roi Edwin. — Bretons et Anglais à l’assaut de la Northumbrie. — Victoire du roi Oswald. — Appel aux moins d’Iona ; déclin de

la mission romaine. — Les conversions royales. — Scots et Anglo-Saxons.

— Rome intervient dans la question de la date de Pâques. — Hadrien et saint Théodore de Cantorbéry. — Etablissement définitif de la hiérarchie

anglaise.

Après saint Patrice, que nous connaissons si mal, l’histoire religeuse d'Irlande devient tout à fait obscure. Au VI siècle, quelques traits se dégagent des légendes

des saints, quelques dates relativement sûres se relèvent

dans les annales locales. Ce qui apparaît surtout, ce sont 3 des figures de grands moines, des floraisons monastiques, 143 dont la terre d’Erin s’émaille un peu partout. Les pre- VE

miers missionnaires, en dépit de certaines expressions très optimistes, soit de Patrice lui-même, soit de Prosper, étaient loin d’avoir terminé l’évangélisation du

pays. Il restait beaucoup d’Irlandais à convertir. À cela,

comme à l’organisation et à la direction des chrétientés déjà constituées, les successeurs de Patrice durent consacrer de longs efforts; les institutions ecclésiastiques de Rome, de la Gaule, de la Bretagne elle-même, ne

s’adaptaient guère à ce monde nouveau. Il n’y avait

‘enirlande il n'avait Le. été introduit. Les monas-

“e s Bosnie aux Scots convertis de frais comme le seul type possible NS AAUeR locale. Comment ils se 176 aux primitives missions de Patrice, comment ils s’agencèrent avec le régime des tribus et des menus ‘royaumes, sous lequel on vivait au temporel, c’est ce dont le détail nous échappe. Quelques noms de fondateurs se sont conservés: saint Finnian de Clonard, î saint Ciaran de Clonmacnoise, saint Comgall de Bangor 1, les deux saints Brendan de Birr et de Clonfert, | saint Columba, le célèbre fondateur d’Iona. " L'importance de ces fondateurs, le relief de leurs personnes et de leurs établissements au milieu des po- pulations d'Irlande, les services qu'ils rendirent à l'évangélisation et à la direction religieuse du pays ne sauraient être exagérés. Toutefois on aurait tort de prétendre que les églises celtiques des Bretons et surtout des Scots aient représenté une sorte de christianisme dissident, organisé suivant d’autres principes que les églises de l’ancien empire romain, en opposition avec elles. Dune telle opposition les documents auto-

se té ne CE ob à

* Monastère d'Ulster, à distinguer du Bangor gallois.

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risés n'ont conservé aucune trace. On y voit sans doute que les églises scotiques avaient quelques usages à part, dont on se scandalisait plus ou moins dans les milieux de Gaule et d'Italie. C'était surtout à propos du comput pascal et de la tonsure des moines que se produisaient les dissentiments, parfois les conflits. Mais jamais, ni anglo-saxons, ni romains ne firent objection au système suivi en pays scot pour la répartition de l’autorité religieuse. Bède a eu souvent l’occasion d’en parler: jamais il ne formule le moindre blâme. Le pays qu’il habitait avait été, pendant de longues années, gouverné à la manière scotique par des évêques-abbés de Lindisfarne, choisis et envoyés par le chef du monastère d’Iona. Il relate leur provenance et raconte leur histoire. Il mentionne leur attitude sur les quelques points en litige, le comput pascal en particulier. Mais il est évidemment très loin de penser que ces évêques et l’organisation ecclésiastique qu’ils ont derrière eux soient en contravention avec les règles obligatoires de l'Eglise catholique, ni surtout qu'ils forment une église séparée !.

Mais que dis-je ? À Rome même on avait connaissance du système scotique et l’on ne songeait nullement à lui faire objection. Une lettre, au nom du saint-

1 Actuellement encore nombre d’églises de mission, y compris leur clergé et leur évêque, relèvent en beaucoup de choses des supérieurs de congrégations, auxquels ils doivent leurs ressources en personnel, et, pour une part plus ou moins importante, en matériel.

Ducnssne, L'Église au VI siècle. 38

mr ou à redire sur le gouvernement ecclésiastique, il est évident qu’on n’y aurait pas manqué.

NL y avait des monastères dont le chef était revêtu de la dignité épiscopale; d’autres où, à côté de l’abbé dont la situation, dans la vie de communauté, primait R toutes les autres, un autre moine, consacré évêque, exergait les fonctions épiscopales, tant pour le monastère ci ue pour ses dépendances Man te d'autres enfin,

le territoire, comment s’agençaient-elles les unes avec

> les autres, c'est ce que nous ignorons.

La plus connue, comme la plus importante de ces Ft fondations, c’est celle de l’île d'Hy ou Iona. Saint Co- . Jumba ou Columbcill, son fondateur, est une des plus __ originales figures de ce monde des saints scots, si ardents, d’un zèle si excessif, si intraitables dans leurs obstinations, si semblables, pour tout dire, au peuple qui s’est toujours honoré de leur tradition. Issu de la race royale du nord, les O’Neill, Columba se rangea d’abord sous da discipline des maîtres les plus renommés, saint Finnian de Moville, voisin de son lieu d’ori-

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fut, dit-on, condamné à

ge-brouilla pour une raison bien Rte L'ab LT Finnian avait un beau psautier, dont Columba exécu! À une de ces spendides copies où triomphaient le go

Columba ne l’entendait pas ainsi. De là un différen qui fut porté devant le roi Diarmait. Celui-ci, parta

L'Eglise temé quoique un peu Race Fi moine

quitter l'Irlande et à convertir

triotes.

Que ce soit pour cette raison ou pour une autre, car cette histoire sent bien un peu la légende, le fait + est que Columba s’embarqua avec une douzaine de compagnons, dans un des ports du nord de l'Irlande et fit voile vers le littoral breton. Il laissait derrière à lui deux fondations monastiques; celle de Derry (Londonderry) et celle de Durrow. On était à l’année 568.

Les Pictes, ou Calédoniens qui, de temps immémorial, habitaient le pays que nous appelons maintenant l’Ecosse, avaient cessé d’y être les seuls maîtres. Is avaient pour voisins, au sud, le royaume breton

de Strathclyde, qui s’étendait, sur la côte ouest, à peu près entre les villes actuelles de Liverpool et de . Glascow; parrallèlement, vers la côte est, les Angles avaient fondé un de leurs principaux états, la Northumbrie, appelée ainsi parce qu’elle commençait, du côté du sud, à l'Humber, et qui s’étendait jusqu’au golfe du Forth. De plus, sur la côte ouest, si bizarrement découpée en presqu’îles et en îles, une émigration scotique, venue d'Irlande, s'était organisée en royaume, le royaume de Dalriadie. C’est ce royaume scotique qui, s'étendant vers l’est et le sud, finit par absorber celui des Pictes, avec une partie du Strathclyde et de la Northumbrie, et donna son nom à l’Ecosse moderne.

Columba débarqua dans une petite île basse, appelée Hy ou Iona, à l’ouest et tout près de la grande île montagneuse de Mull. Derrière celle-ci débouche le canal calédonien (Glenmore), longue suite de golfes, de lacs et de cours d’eau qui coupe en deux les highlands d’Ecosse.

Les nouveau-venus s'installèrent monacalement et furent bientôt en si grande édification, que tous les Pays voisins entendirent parler d’eux. Les Scots de la côte ouest étaient chrétiens, mais d’une religion encore très superficielle. Plus loin, les Pictes du nord, séparés par les monts Grampians de leurs congénères du sud, n'avaient pas encore été évangélisés; il n’en était pas de même de leurs voisins du sud, voisins du royaume breton de Strathclyde; ceux-ci avaient été atteints par

la propagande organisée en ce pays autour de Candida Casa !, où un évêque breton, saint Nynias avait fondé une église sous le vocable de saint Martin. On racon-

tait que cet évêque avait été ordonné à Rome”?. Le

monastère de Culross, au fond du golfe de Forth, se

réclamait d’un saint Serf ou Servan, qui paraît avoir

été, vers le nord, le pionnier le plus avancé de la.

mission bretonne.

Les moines d'Hy s’occupèrent de tout ce monde.

Deux ans après leur arrivée (565) ils avaient déjà converti Bridius, le roi païen des Pictes du nord, et leurs

colonies, établies sur les points principaux, ne tardè-

rent pas à rayonner dans tout le pays. La vieille re-

ligion celtique se défendait comme elle pouvait. I-res-

tait encore des druides ou mages, dont les prestiges s’opposaient aux miracles de Columba. Mais il n’était

pas facile de résister à l’ascendant du grand moine.

Quand mourut le roi Bridius (584), les deux états

pictes fusionnèrent; les Pictes méridionaux, jusqu'à

l’isthme Forth-Clyde, se rattachèrent, comme leurs voisins, à l’obédience religieuse de l’île d'Hy. Il ne paraît pas que, du vivant de Columba (f 597), on soit allé plus loin et que l’on ait entrepris la conversion des Angles, conquérants de la Northumbrie. On s’y mit bientôt après; mais, de ce côté, on fut devancé par la mission romaine. Sur ses compatriotes de Dalriadie,

1 Sur la côte sud du comté actuel de Wigtown, en face de l’île de Man.

2 Bède, H. E., III, 4.

parole et les prodiges, redressant les torts, prophétisant. ‘is Dean les prophètes SE PER Testament, il inter-

il faisait des rois. C’est ainsi que, en 574, il sacra Aidan roi de Dalriadie. Il faut lire, dans sa vie, écrite cent * sf :

ans après lui par un de ses successeurs, Adamman,

les curieux récits, malheureusement éparpillés, sans suite historique, que la tradition avait conservés sur ce personnage extraordinaire.

Vers le temps où le christinaisme s ’implantait en , Irlande, ou peu après, il subissait dans la grande île un recul considérable. L’invasion anglo- -Saxonne, pacifique d’abord, puis conquérante, avait abouti à la des- ‘truction radicale de la civilisation romaine, au moins dans les contrées occupées, et celles-ci comprenaient plus de la moitié orientale de l’île. Le gouvernement provincial disparut; les cités et l’organisation munici- pale, qui avaient résisté en Gaule, ne tinrent pas sous la poussée d’une barbarie plus intense. On se demande même ce que devint la population. Fut-elle massacrée, 5 FF refoulée vers l’ouest dans le pays resté breton, assi- | milée et fondue dans la masse des nouveaux habitants ? On ne saurait le dire, car les documents font défaut et leur silence se prolon ge jusqu’à la fin du VI siècle. Alors la partie be. ee de l’île était divisée en sept royaumes: trois d’entre eux, la Mercie au

ee de la côte le virent l’une après l’autre, Sémant fé

dait, théoriquement, sur l’île entière. De même, pren Jp les ner rois Genre) +1

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il avait été stipulé qu’elle aurai sa religion. À cette fin, on avait aménagé une ancienne

église de Saint-Martin, que desservait un évêque franc appelé Liudhard. C'était comme une lampe veilleuse dans un sanctuaire abandonné.

On nè voit pas que, de cette aumônerie, il soit résulté un apostolat quelconque. D'autre part, les évêques bretons étaient hostiles à l’idée d’évangeliser les oppresseurs de leur nation, et les prélats francs du nord de la Gaule avaient trop à faire chez eux contre la barbarie locale pour pouvoir renouveler les pieuses entreprises des Victrice et des Germain d'Auxerre. Mais dans sa Rome lointaine, le pape Grégoire pensait à ces contrées barbares, où vivaient tant de brebis sans pasteur. De bonne heure on le voit préoccupé des Anglais. Il se trouvait avoir en Provence de l'argent disponible, mais en monnaie qui n'avait pas cours à Rome. Il ordonna au recteur de son patrimoine provençal, le prêtre Candide, d'acheter sur ses fonds de Jeunes esclaves anglais, dont il paraît y avoir eu en quantité sur le marché de Marseille, et de les lui envoyer pour être élevés dans les monastères de Rome. Il avait sans doute la pensée de les former à l’apostolat et de les envoyer évangéliser leur pays. Toutefois, pour une raison ou pour une autre, ce projet ne se réalisa pas, et c’est à des moines romains que le pape confia la tâche difficile d'inaugurer l’évangélisation de la grande île,

* Reg. VI, 10 (J. 1386), sept. 595. Là sans doute est l’origine de la célèbre légende Non Angli sed Angeli.

Ces religieux, sous la conduite de l’un d’entre eux, Augustin, se mirent en route au printemps de 596:

Arrivés en Provence, ils furent bien accueillis par

l’abbé de Lérins, Etienne, l’évêque d'Aix, Protasius et le patrice Arigius'. Mais on leur fit des contes sur les difficultés du voyage ?. Ils s’effrayèrent et ne vou-

lurent plus continuer. Augustin prit sur lui de revenir

à Rome. Grégoire le remonta, lui donna le titre d’abbé, qui précisait son autorité sur ses compagnons, adressa à ceux-ci une exhortation bien sentie® et les recommanda aux souverains francs Thierry IT et ThéodebertIT, ainsi qu’à la reine Brunehaut et à divers évêques “. De nouveaux compagnons leur furent adjoints; ils prirent en France des prêtres interprètes. Enfin, la pieuse caravane franchit le détroit et débarqua dans une sorte d’île, depuis lors rattachée à la terre ferme, du côté de Ramsgate. On lui donnait alors le nom d’île de Thanet. Le roi Ethelbert, averti de leur arrivée, vint les trouver; ils se présentèrent à lui avec la Croix et une image peinte du Sauveur. Il leur accorda toute liberté de prêcher l'Evangile, et les installa à Canterbury, près de l’église Saint-Martin. Les missionnaires se mirent aussitôt à l’œuvre. Leurs discours, leur vie

sainte, leurs miracles enfin, obtinrent le plus grand

2 «Labor itineris.. maledicorum hominum linguae» J.1434.

3 Reg. VI, 50 (J. 1434).

4 Ceux d'Arles, de Marseille, d'Aix, de Vienne, de Lyon, d’Autun, de Tours. V. ces lettres, Reg. VI, 49-57 (J. 1432-1441).

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bien que son mari, le roi Ethelbert, demanda le baptême. Cette conversion royale ne put manquer d’accé- . lérer le mouvement: toutefois il n’en résulta aucune contrainte: un grand nombre de sujets d’Ethelbert restèrent païens.

La moisson était abondante et les ouvriers peu * nombreux. Augustin eut l'idée de s'adresser au clergé breton. Il parvint à s’aboucher avec ses chefs, ce qui n'était pas très facile. Sept évêques, dit-on ?, accom- | pagnés de «très savants hommes» venus du grand monastère de Bangor, se rencontrèrent avec lui sous a “un grand chêne, à la limite entre Saxons et Gallois. Augustin leur demanda trois choses: renoncer à js comput pascal, suivre l’usage romain dans la célébration du baptême, travailler avec les Romains à la mission anglo-saxonne. Les Celtes refusèrent et la négociation fut rompue.

La mission de Kent, réduite à ses propres forces, n'en continua pas moins ses progrès. En 601, Augustin envoya à Rome le PrAae Laurent et le moine Mellitus

* Cette entrevue fit sensation. Bède (H. E., II, 2) nous a conservé les légendes que l’on y rattacha de Donne heure.

un on le pense bien, de tout son zèle. Elle fit si

! Reg. VIII, 29 (J. 1518), à Euloge, patriarche d'Alexandrie. |

I ne Lait en te termes féliciter les convertis de . la Maison royale et les auteurs de ce changement ines-

re Les Se RENE Er es ds non tou-

disciple contre les tentations dé vaine gloire. Il Fo vait, avec une grande largeur d'esprit, les Se qui lui avaient été posées sur la discipline, sur les rap. ports avec le clergé franc et sur l'adaptation chré- tienne des usages et des édifices païens. Grégoire, dans

son enthousiasme, voyait déjà toute l’Heptarchie con- à | vertie à la religion du Christ. Il dessinait les grandes lignes de sa hiérarchie: deux métropolitains, lun à Londres, l’autre à Vork, ayant chacun douze évêques d. suffragants. | : C'était un peu d’empressement. Pour le moment Augustin demeurait le seul et unique évêque de l’An- :

glo-Saxonie. C’est seulement en 604, l’année où mourut 5

saint Grégoire, que furent érigés les deux sièges de. | Rochester et de Londres, Le premier était, comme celui

de Cantorbéry, dans le royaume de Kent: l’humble église où s'installa le premier évêque, Just, fut placée sous le vocable de saint André. Le port de Londres …

était encore, comme au temps des Romains, le grand

1 J. 1824-1843, 1848 (Reg., XI, 34-51, 56, 56 a).

centre commercial de ces contrées !, Là résidait le roi d’Essex, Sébert, neveu d’Ethelbert de Kent, par sa mère Ricula. On lui avait envoyé des missionnaires sous la conduite de Mellitus. Ethelbert alla jusqu’à faire les frais de la première église, celle de Saint-Paul. Augustin mourut l’année suivante. Il n’avait pas jugé utile de transporter à Londres le centre de la mission. Il demeura, et ses successeurs après lui, dans le pays de Kent, où peuple et souverain l'avaient si bien accueilli.

Par leurs soins, Cantorbéry s’organisait et prenait Vaspect d’une petite Rome. Augustin avait retrouvé l'emplacement de la cathédrale bretonne: il la mit sous le vocable du Sauveur, comme l'était alors la basilique de Latran. Auprès d’elle, s'élevait l'évêché, comme à Rome; un monastère près et en dehors de la ville, sous le vocable des apôtres Pierre et Paul, devait abriter dans son église les sépultures des rois de Kent et des archevêques, auprès, on voyait une église de Sainte- Marie. Tout cet ensemble rappelait les églises apostoliques de Rome et de Sainte-Marie-Majeure. Enfin, non loin de la cathédrale, on voulut avoir, toujours comme à Rome, une église consacrée aux quatre-Couronnés.

Augustin mourut en 605: Laurent, consacré par lui avant sa mort, lui succéda. L'évangelisation continua, dans les mêmes conditions. Les rapports avec les Bre-

* Multorum emporium populorum terra marique venientium (Bède).

eg DËT BA re VEN TS ER Dé OCT A C6 Sn AE NE Vert v FT CL ra ÿ ANNE + VAR

At

tons et les Scots demeurèrent très tendus. Dans une lettre * adressée aux évêques et abbés per universam Scotiam, Laurent leur exposa qu'il avait d’abord cru que les Scots étaient meilleurs que les Bretous, mais qu'en les pratiquant davantage il avait reconnu que les deux peuples se valaient. Sur les Scots il s'était édifié en Gaule par la rencontre de Colomban, dans l’île de Bretagne par les rapports qu'il avait eus, ou plutôt qu’il n'avait pu avoir avec un évêque Dagan; celui-ci avait refusé, non seulement de manger avec lui, mais même de s’abriter sous le même toit.

De tels propos ne sont guère insinuants. Il faut dire qu’en ce temps-là les hostilités continuaient entre les Anglo-Saxons et les Celtes. Aedilfrid, roi des Angles de Northumbrie, avait infligé deux sanglantes défaites, en 603 à Aïdan, roi chrétien des Scots et, en 618, à la bataille de Chester, aux Bretons de Cambrie. Les moines de Bangor, qui s’étaient montrés si revêches aux propositions d’Augustin, se risquèrent sur le champ de bataille et furent massacrés en grand nombre ?.

La mission se maintenait toujours en communica-

tion avec Rome; Mellitus assista, en 610, à un concile

présidé par le pape Boniface IV. Elle ne négligeait pas ses rapports avec la France. Le défunt pape Grégoire y tenait. Peu satisfait de l’état de l'Eglise dans les royaumes francs, il comptait, pour y remédier, sur

ie zèle et la capacité 4 ses moines. Crest 1 plan qui

fut réalisé, un siècle plus tard, avec saint Boniface.

Au grand concile national tenu à Paris en 614 on voit |

figurer, parmi les signataires, l’évêque Just de Roches-.

ter et Pierre abbé du monastère de Cantorbéry 1. Eu Cependant le roi Ethelbert vint à mourir (616), et 4 sa mort déchaîne sur l’église naissante une crise où. peu s’en fallut qu’elle ne sombrât. La reine Berthe

était morte assez longtemps avant lui; il s'était rema-

à. st SE a

rié. La couronne échut à son fils Kadbald, resté païen, lequel prit pour épouse la veuve de son père et ne tarda pas à entrer en conflit avec les missionnaires. On vit revenir au paganisme nombre de gens, dont la conversion était dûe plutôt à la faveur ou à la crainte du roi qu’à des convictions sérieuses. Pour comble de malheur, en Essex aussi, le roi mourut et ses fils montrèrent aussitôt les plus fâcheuses dispositions. L'évéque Mellitus, chassé par eux, vint se réfugier auprès de Laurent; Just en fit autant. Les trois évêques délibérèrent et conclurent que la situation était perdue. Il fut décidé qu’on se retirerait en France. Déjà Mellitus et Just avaient franchi le détroit. Laurent se préparait à les suivre: il voulut passer sa dernière nuit dans l’église des Apôtres. Là il eut une apparition de saint Pierre qui lui reprocha sa lâcheté et le fustigea.

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