‹ L'eglise au VI siecleChapitre 13 sur 105 · ÉD · texte numérisé non relu

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LA RÉACTION CHALCÉDONIENNE

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déposition et l’excommunication de Sévère. On demanda

à l'empereur Justin de rappeler les personnes exilées pour la foi”.

Les procès-verbaux et documents de ces réunions fu-

1 rent aussitôt expédiés par le patriarche Jean à son col- » lègue de Jérusalem, et à Epiphane, le métropolitain or- . thodoxe de Tyr. Celui-ci était, après l’évêque d’Antioche, » le personnage le plus qualifié du patriarcat. Il envoya, . avec les délibérations de son concile (6 septembre), un À procès-verbal d’acclamations populaires de même sens | et de même vigueur que .celles de Constantinople. Le | concile de Palestine (6 août) ne se montra pas moins dé- - monstratif. Il en fut de même de celui d’Apamée. Le métropolitain Pierre, récemment installé par Sévère g | parait avoir été peu réservé en ses propos religieux et ;

» peu réglé dans sa conduite; à la première alarme il

- déguerpit; mais son Pere porta plainte devant le gouverneur de la province *; une enquête officielle fut faite / - et consignée en des papiers authentiques. Enfin d’An- L- 16 elle-même, et cela dès avant la fuite de Sévère,

| partit. une pétition rédigée par des clercs et des moines *

1 Mansi, t. VIII, p. 1042.

2 Ce gouverneur, Eutychianus, avait, dans les derniers temps de Sévère, montré peu de zèle à observer ses excommuni- - cations. Sévère avait dû l’admonester (Ep. I, 44) et rappeler à ce fonctionnaire qu’il ne devait pas s'opposer aux volontés de l’empereur.

3 Tous ces documents furent lus en 536, dans la V® session du concile de Ménas. Ils se sont conservés (Mansi, t. VIIT, p. 1066-1127) dans les procès-verbaux de cette assemblée.

dures ? Le nouvel empereur était, on le sut bientôt partout, un partisan résolu de l’union non pas contre mais sur la définition de Chalcédoine. Les sympathies pour

le concile se réveillèrent; les hésitants, les prudents,

tous ceux qui ne s'étaient pas trop compromis, suivirent l'exemple du patriarche de Constantinople et acclamèrent la réaction.

Certes il y eut des résistances: notis les apprécie-

rons bientôt. Mais dans l’ensemble de l’empire, l'Egypte toujours exceptée, on respira plus librement. À Cons-

tantinople surtout, soit par une détente des sentiments

orthodoxes comprimés depuis si longtemps, soit par

réaction contre Anastase eb ses moines syriens, On re-

venait de bon cœur au concile, et, par suite, à l’idée

de renouer les relations avec Rome. Le programme de Vitalien était repris par le nouvel empereur. Dès le 1* août !, trois semaines après son avènement, Justin écrivait au pape Hormisdas pour le lui notifier. Le mois suivant, un des grands officiers de la cour, le comte Gratus, partait pour l'Italie, avec mission de ramener le pape, ou.tout au moins des légats. IL avait

des lettres pour le roi Théodoric; au pape il en ap-

! Sur les négociations qui vont suivre, la Collection Avel-

lana (105-243) nous a conservé un dossier considérable et très précieux. Il n’est pas en ordre dans les manuscrits de la Col-

lection. Thiel le reproduit dans ses Æpp. Roman. pontif., en rétablissant l’ordre chronologique ; mais son texte doit toujours être vérifié sur l’éd. Günther de l’Avellana Hide eccl. lat., t. XXXV).

Mais qu’avait-on besoin de documents et de procé-

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J ustinien.

Dans sa lettre, le Fa relatait les ie * tions de Constantinople et les dispositions déjà prises, | reconnaissance des quatre conciles, rétablissement aux | diptyques du nom de Léon et de celui d'Hormisdas: 4 D et de Macedonius, morts en exil, il n’était pas fait mention. D’Acace non plus lé patriarche ne 4 soufflait mot. Justinien, lui, en disait quelque chose, | - laissant entendre qu’il y aurait à négocier sur ce point.

Le pape organisa aussitôt sa légation. Elle compre-

4 nait deux évêques, Germain de Capoue et Jean, de siège inconnu; un prêtre, un diacre et un notaire de - Rome; enfin un diacre grec, originaire d'Alexandrie, appelé Dioscore. C’est celui-ci .qui était l’homme important. À son expérience de la langue grecque et du monde byzantin il joignait une dextérité remarquable, dont l’église romaine avait déjà eu à se louer sous le

pape précédent. Hormisdas avait en lui la confiance la

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plus absolue. Tout ce monde partit avec le comte Gratus. :

‘4 On débarqua à Avlona, et de là, par Scampa et Lych-

4 nidos (Ochrida), on suivit la voie Egnatienne pour at-

teindre Thessalonique et enfin Constantinople, où l’on <

parvint le 25 mars.

L Nià Constantinople ni à Rome on ne demandait En réunion d’un concile. Le pape Hormisdas, qui, sous ts, avait accepté, faute de mieux, l’idée du con-.

bo d'Héraclée, était heureux que les choses pussent

». ‘ . . SU . s'arranger plus simplement. Des signatures individuel-

Ducuesnx, L'Église au VI siècle. É 4 hr

lement apposées à une formule bien “s c est tout ce qu’il voulait. Déjà, au cours des négociations esquis- “ | sées au temps d’Anastase, cette formule avait été pré- : parée !. Elle commence par rappeler que, selon la pro- messe du Seigneur «Tu es Pierre, etc.», la religion catholique s’est toujours conservée intacte dans l’église romaine. Le requérant condamne Nestorius, Eutychès et Dioscore, suivant en cela les conciles d’Ephèse et de Chalcédoine, expressément reconnus. À la liste des

personnes CROCES s'ajoutent Timothée Elure, Pierre

LA On ice les lettres doses du pape ÿ Léon; on demande la communion de Rome et l’on.

promet de ne pas prononcer, en célébrant les saints

| mystères, les noms de ceux qui ont été séparés de la 2 communion catholique, c’est-à-dire du saint-siège ?.

Sur la route, les légats avaient déjà proposé ce 4-

bellus à la signature des évêques qu'ils rencontraient ;

les uns, comme ceux d’Avlona, de Dyrrachium, de Thes-

salonique, promettaient de signer, mais ne signaient pas encore, attendant de voir comment les choses se passeraient dans la capitale. D’autres signaient avec enthousiasme, comme ceux de Scampa, de Lychnidos

__ et de Lissos *

1 Thiel, p. 755, 795; Coll. Avellana, 116 b.

? Séquestratos a communione Ecclesiae catholicae, id est, non consentientes sedi apostolicae.

5 Thiel, p. 850, 851, 854-856, 858. Je pense ae episcopus la D rss Fe qui écrivit au pape la lettre 215 de la.

rencontre jusqu’au dixième mille. Le lendemain ils fu

rent admis à l’audience de l’empereur, qui les reçu

entouré du sénat. Quatre évêques, énvoyés par le pa

triarche, le représentaient à cette. première entrevue en empereur proposa de discuter avec le patriarche ; mais | les légats s’en tinrent à leur formule et à leurs instructions, déclarant qu’ils n’étaient pas venus pour discuter, ï | mais pour recueillir des signatures. La décision fut remise au surlendemain. Cette fois le patriarche vint au palais et signa. On fit signer aussi les évêques pré- » sents à Constantinople et même les chefs des monas - tères. Il fallut effacer des diptyques le nom d'Acace, Der non seulement celui d’Acace, mais ceux de tous ses successeurs, Fravita, Euphemius, Macedonius, Timothée ; *

De:

il en fut de même pour les empereurs Zénon et Anas-

tase. Les fêtes de Pâques, qui commençaient, montrè

rent à la population enthousiasmée, attendrie, les légats

romains et le patriarche Jean réunis dans la frater- É nité de la communion rétablie.

L Un succès plus complet ne se peut imaginer. Il fut obtenu sans troubles extérieurs: pas de sédition, pas

sal la “lee voisine de la Nouvelle Epire.

1 On lui accorda seulement la faculté d’encadrer le ee de la formule dans quelques phrases de son crû, parfaitement 5% insignifiantes.

ee pessimistes n ‘avaient pas manqué 2 prédire. Il est évi-

M usion de sang; pas de tumulte {; rien de ce que. les

dent que le gouvernement avait sû tenir l'opposition en respect et qu’il avait pour lui le sentiment de la population, heureuse de voir enfin cette querelle arrangée.

On y avait mis le prix. Accepter le concile et le

tome de Léon, c'est ce qu’en général on était disposé à faire; c’est l'attitude pour laquelle on avait été molestés sous Anastase. Abandonner Acace, c'était déjà fort dur, pour le clergé surtout, car le populaire ne

s’intéressait pas outre mesure à la mémoire d’un pa-

triarche mort depuis si longtemps. Mais condamner la

mémoire d’Euphème et de Macedonius, de ces deux

martyrs de l’orthodoxie, acclamés dès la mort d’A-

nastase et replacés solennellement dans les diptyques,

c'était vraiment cruel. Les légats obtinrent tout ce

qu’ils voulurent à Constantinople ; maïs au loin les choses ne se passèrent pas aussi paisiblement. Sommés de rayer de leurs diptyques tous les prélats qui étaient restés

en rapports avec Acace et ses successeurs, c’est-à-dire,

en réalité, tous ceux qui avaient siégé depuis 484, depuis

trente-trois ans, les évêques résistèrent en bien des en-

droits et les populations se soulevèrent pour les ap-

puyer. À Ephèse on alla jusqu’à injurier le concile de

1 Je me sers ici des termes mêmes du rapport envoyé par

le légat Dioscore (Thiel, p. 860). Le Liber pontificalis parle d’une . réunion tenue à Sainte-Sophie, par le clergé, pour déclarer qu’on

n’abandonnerait pas Acace sans que sa culpabilité fût prouvée.

Cette assemblée doit avoir eu lieu avant le jeudi- -saint, peut-être avant l’arrivée des légats.

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Dhedoinet L’é ue Theosebius fut mandé à ne ;

D antinople. mais il mourut avant de partir”. À Thes-

salonique, il avait été entendu avec les légats que l’un ré d'eux viendrait de Constantinople recueillir les soumis- :

sions écrites. L’évêque Jean se chargea de cette mission,

À la nouvelle de son arrivée, le métropolitain de Thes- # '

salonique, Dorothée, et l’un de ses prêtres, Aristide,

et des manifestations inconsidérées. Partant de l’idée

qu'une persécution allait être déchaînée contre les fidè-

les, ils firent baptiser tous les enfants de la ville et distribuèrent la communion à pleines corbeilles Ÿ, comme

s’il allait devenir impossible d’administrer les sacre-

ments. Le légat, descendu chez un ami de l’église rO=.

maine, s’y vit assiégé par une émeute. Son hôte fut

tué, avec deux serviteurs, et lui-même très maltraité * C’est à grand peine qu’on parvint à le dégager, lui et ceux qui l’accompagnaient.

Le pape Hormisdas, on le pense bien, se montra |

(très irrité. Il voulait qu'on lui envoyât à Rome et l’ar-

chevêque de Thessalonique et le prêtre Aristide. T’empereur s’y refusa. Il se contenta de les faire venir à

Héraclée, où leur affaire fut examinée. Ils se justifiè-

.1 Thiel, p. 868.

? Jean d'Asie, dans Michel le Syrien, IX, 15. :

5 Thiel, p. 902, rapport adressé au pape par le légat Jean: ut canistra plena omnibus erogarent, ne imminente, sicut dice- a

bant, persecutione, communicare non possent.

4 Sur cette affaire, Thiel, epp. 97 (J. 838), 100, 102, 103 pe

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