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lettre où il présentait les faits à sa manière, se vantant d’avoir sauvé le légat au péril de sa propre vie. L’affaire finit par s'arranger; Dorothée, bien contre le gré du pape, conserva son évêché; il eut même Aristide
pour successeur |.
concile de Chalcédoine, soit à la radiation des évêques du temps de Zénon et d’Anastase, une autre difficulté
surgit, celle-là d'ordre purement doctrinal ; elle prit même
de telles proportions que l’union, à peine rétablie, cou-
Depuis tant d'années que l’on se querellait sur le
concile de Chalcédoine, surtout depuis que le patriarà che Acace en avait sacrifié ou peu s’en faut, l'œuvre L 5 ; doctrinale, plusieurs couvents de Constantinople s’é- 54 taient portés à sa défense. Le plus important, le plus ; décidé, était celui des Acémètes, établi dans les fau-
bourgs, mais qui possédait en ville une clientèle con-
Outre ces résistances locales, soit à l'acceptation du
sidérable. A force de batailler contre la théologie cy-
rillienne, les Acémètes et leurs amis, tant à Constan-
S tinople qu'au dehors, s'étaient familiarisés un peu trop | avec celle de Théodore de Mopsueste. L'école d’An- ; pophe avait, grâce à eux, un regain de vie *. Cela ne
1 Valentin Rose, Leben des Al. David von Thessalonike, Berlin, 1887.
É ? C’est de ce milieu que paraissent être sorties les fausses En: lettres contre Pierre le Foulon et son interpolation du Trisa- gion (Ballerini, De antiquis coll, p. II, ©. XI, 3; Maassen,
; en horreur. Mais, même parmi les tenants du bai ; de Chalcédoine, il ne manquait pas de gens qui s’en
inquiétaient, surtout ceux qu'affligeait le conflit entre
Léon et Cyrille, qui ne désespéraient pas de concilier
ces deux autorités et qui même ne voyaient, en dehors
de cette conciliation, aucun moyen d’apaiser les dissensions presque séculaires de l'Eglise orientale. À ceux-ci, au temps où il séjournait à Constantinople, Sévère avait essayé de montrer qu'ils faisaient fausse >= route et que jamais ils ne pourraient accorder Cyrille ie : avec le concile de. Chalcédoine !. Ils ne se tinrent pas 5 Æ pour battus. Dès les premiers jours de la réaction di-
physite on les vit rentrer en scène, art
Leurs chefs de file étaient alors des moines venus fe de la province de Scythie, Jean Maxence, Léonce et
sonner autres. Ils étaient bien vus de nes Léonce
suffisait pas; que les nouveaux «nestoriens » avaient.
trouvé moyen de tourner les formules du concile et de
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s’en servir comme d’un abri pour des doctrines hété-
Quellen, t. I, p. 753; O. Günther, Nachrichten de Güttingen, ph. AE 1894, p. 117).
1 Tel était Door de son Philalèthe, ouvrage qui n’a pas été retrouvé jusqu'ici (Zacharie, Vie de Sévère, Patrol. Orient,
t. II, p. 106).
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2 rodoxes. Il y avait lieu, puisqu’ on était en train de FO régler ces controverses, d’ ajouter au concile une déclaration qui exclurait toute ambiguité. Il fallait dire que le Christ qui est né, qui a souffert, qui est mort, le © Christ historique, comme nous disons, est une des trois personnes divines: Unus de Trinitate passus est carne. Cette formule avait été employée par le patriarche Proclus dans une lettre dogmatique. Sans être identique à la formule cyrillienne Una natura Dei Verbi incar- nata, elle pouvait en suggérer une interprétation op- . portune, et lui ménager ainsi une conciliation avec le dogme des deux natures.
Les légats d'Hormisdas étaient à peine arrivés à Constantinople qu'ils furent assaillis de protestations en ce sens. On n’imagine pas à quel point ils en fume. rent interloqués. Ils n'avaient, ils ne pouvaient avoir, aucune instruction pour ce nouveau débat. Dans la formule qu’on les avait chargés de présenter à la signature des évêques, il n’en était nullement question. Ces réclamations imprévues, cette insistance à déclarer insuffisants les décrets de Chalcédoine, leur parurent sus- pectes au dernier point. Les Acémètes, vieux alliés de Rome, auprès desquels ils se renseignaient volontiers, n’eurent pas de peine à les indisposer contre ces im- portuns, ces trouble-fête. Ils virent bientôt en eux des 50e hérétiques de la plus dangereuse espèce. + Si ces moines avaient été des moines quelconques, les envoyés romains s’en seraient débarrassés sans peine
et sans scrupule; mais c'étaient les moines de Vita- %
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LA RÉACTION CHALCÉDONIENNE
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ien ‘, ses amis, ses protégés: il fallut les écouter et E. discuter avec eux. On n’aboutit pas *. Les légats se Le-
L D à D. 4 } - e Li nalent à leurs instructions, déclarant ne rien savoir au
delà. Les moines alors prirent le parti de s'adresser au
pape en personne; une délégation partit pour Rome *.
Avisé par ses représentants et par le comte Justinien,
Hormisdas leur fit un accueil des plus froids. Cependant Vitalien ne tarda pas à intervenir et l’on reçut.
bientôt à Rome une autre lettre de Justinien 4, deman- ! Ils avaient eu maille à partir avec des évêques de leurs
contrées (de sua provincia, disent les légats [Thiel, p. 872], à tort, car, en Scythie il n’y avait qu’un évêque, celui de Tomi), notamment avec l’évêque de Tomi, Paternus, brouillé aussi avec Vitalien. Mais l’empereur parvint à réconcilier Vitalien et Paternus (Thiel, /. c.). Il y eut aussi l'affaire d’un diacre Victor, accusé d’hérésie par les Scythes; elle fut portée devant les lé-
gats et le patriache. Victor déclara accepter-les décrets et do- Ë cuments de Chalcédoine, On ne sait comment se termina ce 4 débat (Thiel, p. 894; dans cette édition, $ 1 de la lettre, la cor- … rection audirer est inadmissible). Le Paternus, évêque de Tomi, À dont il est question ici, doit sans doute être identifié avec l’évê-
que Paternus dont le nom figure sur un grand plat d'argent,
trouvé à Pultawa: Ex antiquis renovatum est per Paternum re- - - verentis(simum) epis(copum) nostrum. Amen. (Revue archéologique, IVe série, t. XX [1912], p. 297).
4 ? En leur nom et au sien, Jean Maxence écrivit aux légats et leur adressa une profession de foi; v.ces documents dans la P. G., t. LXXX VI, p. 75 et suiv., avec d’autres élucubra- | tions dogmatiques du même personnage." : 3 La lettre de Justinien (Thiel, p. 876) nomme quatre délé- gués, Jean, Léonce, Achille et Maurice; dans l'intitulé de la lettre aux Africains (v. ci-dessous) les deux derniers sontrem- placés par un Pierre et un autre Jean. Ils étaient déjà partis de CP le 29 juin, alors que les légats et Justinien écrivirent au pape à leur sujet (Thiel, p. 869-873, 875).
4 Thiel, p. 885. ?
dant qu'après avoir fait droit aux ie des moines,
6 on les renvoyât à Constantinople.
Cette nouvelle attitude de Justinien Fa. être dé-
| finitive. Elle ne lui était pas inspirée uniquement par
le désir de complaire à Vitalien; après la mort de ce-
lui-ci il y persévera résolument et finit même, mais
longtemps après, par y amener l’église romaine.
Pour le moment, Hormisdas crut devoir se main-
tenir sur la même ligne que ses légats. Ce n’est pas
qu’il y eût entre lui et les moines une réelle diversité
d'opinion sur le fond du débat, ni même qu'il jugeât :
repréhensible, en elle-même, la formule proposée par
eux. Mais c'était une formule, une formule nouvelle
A par rapport à celles de Léon et du concile. Il estimait
que celles-ci devaient suffire à tous les besoins et qu’en
introduire une autre ce serait reconnaître que les pre-
mières étaient incomplètes ou imparfaites. On alléguait,
il est vrai, des textes du patriarche Proclus; mais,
outre que ce n’était pas une autorité comparable à
celle du concile de Chalcédoine, la formule Unus de
Trinitate avait été, depuis Proclus, patronnée, en plein
“concile de Chalcédoine, par les moines rebelles, Doro-
thée, Carose et autres; plus tard encore on l'avait fait ‘figurer dans l’Hénotique. Ce n'étaient pas là des recom-
mandations. Ajoutons, pour bien expliquer l'attitude du
saint-siège en cette affaire, que les moines ne cessaient d’invoquer Cyrille, et non pas le Cyrille officiel, édulcoré, que l’on avait admis à Chalcédoine, mais le Cyrille des anathématismes. Ceux-ci, et les plus expressifs d’en-
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de Cyrille; au besoin même il puisait, dans les 4 3 vrages du célèbre patriarche, certains textes qui s ac-
. cordaient avec ses idées à lui. C’était peu. Dans les
| lettres de ses successeurs, y compris Hormisdas, il y ( 1 a encore moins: Cyrille n’y est pas nommé du tout, si ce n’est comme ayant présidé lé concile d’Ephèse. Mais ce qu'il y a de plus significatif, c’est le silence rte . de Gélase, qui écrivit si abondamment sur ces ques-
tions. Gélase a joint à son traité Des deux natures, contre Eutychès et Nestorius un recueil de soixante textes . d’auteurs ecclésiastiques: il n’y en a pas un seul de. 4 Cyrille '. En somme on sentait à Rome que Cyrille ne-. pouvait guère servir à défendre le concile de Chalcé doïine, mais on avait bien des raisons pour ne pas entrer en conflit avec sa mémoire; il ne pouvait être. question de l’attaquer de front. On espérait, en le laissant dans 4 l'ombre, qu'il y resterait et ne gênerait pas les accords
Ca
. pris après lui et sans lui.
É Mais la littérature de Cyrille, si les Latins pou-
vaient s’en désintéresser, n'était pas- -de nature à être
É- Œ 1 Ce recueil, il est vrai, n’est pas original; il provient de Théodoret, un par l'intermédiaire des Acémètes; mais, si Gélase avait tenu Cyrille pour une autorité, il lui aurait * été-bien facile d'introduire des compléments. Il n'avait qu’à reproduire tels quels les textes déjà cités par Léon.