‹ L'eglise au VI siecleChapitre 25 sur 105 · RU LES PROTÉGÉS DE THÉODORA · texte numérisé non relu

RU LES PROTÉGÉS DE THÉODORA

4 ‘Anthime, ceci “ésulte de ses lettres, voyait Suites | que sa conversion allait lui coûter son patriarcat: il s’y résignait d'avance. | Du reste la crise ne tarda pas à se produire. Qu'il eût été ou non rejoint à Rome par les envoyés du. A patriarche Ephrem, le pape Agapit était déjà sur le * chemin de Constantinople. Comme son prédécesseur

pour la politique du roi des Goths. L’incapable Théodat, : au lieu de défendre l'Italie contre les entreprises de

le désarroi parmi les dissidents. Agapit et Sévère: cette rencontre évoquait le souvenir du conflit entré saint Pierre et Simon le Magicien. Les moines, le populaire virent tout de suite les choses sous cet aspect !. Dès lors la déroute des hérétiques ne pouvait être douteuse.

Dès le premier moment, le pape eut à ones la

question de ses rapports avec le patriarche. On ne sait ce qu'il avait répondu à la notification de l’avènement. d'Anthime, ni même si l’on avait eu le temps de le lui notifier. Une chose était claire pour lui, c’est qu’Anthime était évêque de Trébizonde, et que, les transla-

tions n'étant point admises, il ne pouvait être reconnu

1 Naturellement les Monophysites les voyaient tout autre- . ment. On peut voir par Jean d’Asie, De beatis, 2, ce qu’ils pensaient d’Agapit et de son intervention dans cette affaire.

comme patriarche de Constantinople. Justinien ayant insisté, le pape demanda si Anthime admettait les deux natures. Le patriarche alors déposa son pallium et dis- … parut. Théodora, amie fidèle, lui trouva une cachette dans un coin de son palais; il y vécut, dans les macérations, jusqu’à la mort de l’impératrice, c’est-à-dire pendant douze ans, sans que personne sût où il s’était retiré, s’il était mort ou vivant. On le remplaça im- médiatement par un prêtre appelé Ménas, qui dirigeait le grand hôpital de Samson. Agapit le consacra luimême, le 13 mars 536. Le patriarche de Jérusalem, Pierre, avait biaisé en cette affaire et accepté l’ordi- É nation d’Anthime: Agapit lui notifia celle de Ménas en le blâämant de sa tiédeur !. | Encouragés par ce premier succès, les moines des soixante-sept monastères de Constantinople, de concert

avec des représentants des couvents de Syrie et de

Palestine, réclamèrent qu’on les débarrassât définitive- ment de tout cet état-major monophysite qui, fort de la protection de l’impératrice, avait transporté à Constantinople le foyer de ses intrigues. Anthime, selon eux, devait, s’il était vraiment orthodoxe, le prouver en signant la formule d’'Hormisdas *; alors on pourraït le renvoyer à Trébizonde. Dans le cas contraire, il devrait être éloigné de la capitale. Quant à Sévère, Pierre d’Apa-

mée, Zooras et autres dissidents, qui ne cessaient de |

1 J., 897; Mansi, t. VIII, p. 921.

? Ci-dessus, p. 50.

troubler l'Eglise par leurs conventicules schismatiques, il fallait au plus tôt les chasser de rl Des à requêtes en ce sens furent adressées au pape }, tant au Ê nom des moines que par les délégués ou SPORE de l’épiscopat d'Orient. :

Agapit entra dans leurs vues. Il avait déjà transmis les requêtes à l’empereur quand, terrassé par une ma ladie soudaine, il dut s’aliter. Il mourut le 22 avril (536).

Nestorias..

Mais leurs affaires ne s’en trouvèrent pas mieux. Cinq évêques italiens et deux diacres romains, venus avec le pape*, furent retenus à Constantinople jusqu’au , règlement complet de la question. Sur l'invitation de

l’empereur, Ménas réunit un concile { où ils assistèrent avec une représentation des patriarcats d'Orient. Les moines sy présentèrent en accusateurs. On commença par Anthime, qui fut sommé et cherché officiellement; comme il s’obstina à ne point paraître, on le déposa par contumace et de l'évêché de Trébizonde et de toute fonction ecclésiastique. Les condamnations

1 Mansi, t. VIII, p. 895, 914.

2? Hist. misc., IX, 19; Jean d’Asie, De beatis, c. 2.

3 Sabinus, évêque de Canosa, Epiphane d’Ascoli, Asterius de Salerne, Rasticus de Fiesole, re de Nole, et les ne diacres Deophane et Pélage. ë

4 Mansi, t. VIII, p. 874 et suiv.

Ducuesxe, L'Église au V1 siècle. 7

‘antérieurement portées contre Sévère, Pierre et Zooras furent confirmées, et l’empereur supplié de les éloigner de la capitale.

Communiquées au patriarche de Jérusalem ces décisions furent ratifiées par lui dans un concile ‘ de tout l'épiscopat palestinien. De son côté, l’empereur ap- prouva, par édit? solennel, en date du 6 août 536, les séntences prononcées par le pape et le concile, et interdit rigoureusement le séjour de la capitale aux personnes condamnées. Les livres de Sévère furent pros- erits, comme ceux de Nestorius.

Ainsi le gouvernement de Justinien rompait, une fois de plus, avec le parti monophysite. La faveur de Théodora n’avait pas prévalu contre la décision prise en 518 de maintenir le concile de Chalcédoine et l’union avec Rome. Difficile à décourager, l’impératrice essaya de tourner la difficulté et de trouver un pape qui abandonnât le concile et se mît en communion avec les chefs monophysites. Elle échoua, on le verra bientôt. Son rôle, désormais, va se réduire: elle devra se borner à soigner les vaincus.

De Sévère lui-même elle n'eut guère à s'occuper. L’ex-patriarche s’éloigna de Constantinople et regagna ses déserts égyptiens, non sans fierté, car, s’il n'avait

! De ce concile nous n’avons que la première session, tenue le 19 septembre 536. C’est ce qui fait qu’on n’y trouve pas la condamnation de Sévère, Pierre et Zooras, qui eut lieu apparemment dans une session postérieure.

? Novelle 42; Mansi, t. VIIL, p. 1149.

Ù 2 rx Le rs ke ? L FES 7 C Se LES PROTÉGÉS DE 99.

pu réussir à s'arranger avec le gouvernement, au moins

avait-il conquis le patriarche Anthime, Il notifia! ce succès au clergé et aux moines d'Orient, en leur com-

ï LA r 4 | aa muniquant toute la correspondance échangée à ce pro-

pos. Sa dernière heure n’était pas éloignée. Elle sonna le 8 février 538, à Xois, où ses disciples l'avaient à

transporté pour le soigner. On l’enterra au fameux

monastère d’'Ennaton.

ration, dans son parti. Ascète impitoyable à son corps, homme de grande culture, profondément versé dans la littérature biblique, dans celle des Pères et dans le droit canonique ; écrivain facile, raisonneur subtil et indéconcertable, ambitieux sans doute, mais préoccupé #e plutôt du succès de ses idées que de sa propre fortune, caractère inflexible, il fut de son vivant et demeura par ses livres la maîtresse colonne du parti me- nophysite. Fe % Pour ce parti, il entretint un lamentable schisme À - qu'il lui eût été aisé de réduire, s’il l’eût voulu. L'Eglise, 2 | après avoir quelque temps fait un triage dans les écrits < de Cyrille, avait fini par les accepter tous. Elle avait hésité sur l’opportunité de la formule « Un de la Trinité a souffert en chair»; puis elle s'était décidée à l’accepter, à la proclamer. Après ces deux pas vers l'accord, que restait-il à faire? Il est clair que l’on ne

pouvait revenir sur le concile de Chalcédoine. Mais

1 Hist. misc., IX, 20, Cf. Evagrius, H. E., IV, 11.

pourquoi les Monophysites ne s’en pen pas?

En admettant les anathématismes de Cyrille, l'Eglise | avait accepté une formule « monophysite » * ; les dissi- dents auraient bien pu de leur côté adhérer au décret

. du concile et tolérer, comme l'avait fait Cyrille, que

l’on parlât de deux natures. Jamais ils ne le voulurent, É: jamais on n’obtint cela ni de Sévère ni des autres. Or il faut noter que, sans employer le terme de deux na- tures, Sévère et les autres avaient en tête l’idée à la-

quelle il correspond. Ils parlaient souvent de la divi-

de leur distinction pût résulter une dualité quelconque leur répugnait invinciblement. Ils n’admettaient pas qu’on fit l’addition des natures, que l’on posât l'égalité 1+1—9; suivant eux 1 +1 — 1, ou alors le Christ est divisé. Cyrille, à coup sûr, tenait à ses idées; pas plus que Sévère il n’était homme à céder quoi que ce soit de ce dont il s'était une fois convaincu. Mais, en dépit de «l’orgueil de Pharaon » que lui reprochaïent ses adversaires, il lui restait le sens de l’unité nécessaire: cela permit d'obtenir de lui quelques sacri- | fices. De Sévère, de cette âme froide et fanatique, on ne put rien tirer. Ce moine n’eut pas pitié de l'Eglise ; c'est une malédiction pour sa mémoire.

1 Mia qÜots (Una natura) +où O:0ù Aéyou cscapxouéin. Remarquer qu’ici formule monophysite ne veut nullement dire formule hérétique, car la terminologie, à l’époque de Cyrille, n°’é-

tait pas encore définitivement arrêtée sur ce point. plus haut HD LS n, 1.

corder ensemble Sévériens et Julianistes, Théodosiens __ et Gaïanites, mais de leur faire à tous accepter le concile de Chalcédoine. C’était une rude entreprise. De puis près d’un siècle on bataillait en Egypte pour Vu-

nique nature, et diverses émeutes, depuis celle où Proterius avait trouvé la mort, témoignaient de la viva- : cité des sentiments. Dans ces bagarres, la population était toujours avec les intransigeants, avec les Acéphales contre les Hénoticiens, avec Julien contre Sévère, avec Graïanus contre Théodose. L'impératrice, qui ténait à Théodose, essaya, dit-on, de le présenter comme un chalcédonien possible. Mais ni Justinien ni Théodose n’entrèrent dans ses vues. Le patriarche fut définitivement écarté du siège d'Alexandrie. On ne le laissa pas ‘ retourner en Egypte: une résidence lui fut assignée, à trente milles de la capitale, dans une forteresse appelée * Delcos ou Dercos, sur un petit lac voisin de la Mer Noire. Un grand nombre de clercs et moines monophy- : sites y furent internés avec lui, notamment Pierre d’Apamée et le fameux Zooras !. L'impératrice continua de leur témoigner beaucoup d’égards et veilla avec

sollicitude à ce qu’ils ne manquassent de rien. La po-

Jean d’Asie, De beatis or., 2, 28.

hs É lice, de son côté, s’employait à couper toute communication entre cet état-major monophysite et ses fidèles . du dehors. |

En Orient, le patriarche Ephrem ne tarda pas à . tirer les conséquences du changement survenu dans la politique religieuse. Il paya de sa personne et accomplit (536), dans les provinces voisines de l'Euphrate et du Tigre, une tournée féconde en résultats !. Ancien magistrat, homme du pays, il connaissait à fond les

mésopotamiens, leurs dispositions et leurs ressources.

Au bout de peu de temps, par promesses, caresses, menaces, mesures répressives, il ämena tout le monde à

| se soumettre. Les moines les plus remuants furent in- ternés avec ce qu'il y avait encore en liberté de clercs opposants. Le concile de Chalcédoine fut reçu extérieu- rement partout: la hiérarchie, en Orient, devint ainsi ou redevint conformiste. C’est en vain que Jean de

Tella chercha, pour échapper au patriarche, à se dissimuler dans les plus sauvages retraites du mont Singar. L'ancien comte d'Orient savait comment manœuvrer avec les autorités persanes: il amena le marzban de

Nisibe à rechercher le fuyard et à le lui livrer. Conduit

Dee à Resaïna, Jean comparut devant le patriarche, qui ne chercha, par raisons et caresses, à l’amener à résipis- * s cence. N’y parvenant pas, il le fit conduire à Antioche Ta e

Fe } ! Sur ce sujet, v. la vie de Jean de Tella par son disciple

Elias, p. 42 de la trad. Brooks; Hist. misc., X, 1; Jean d’Asie, dans le supplément au De beatis or., p. 221.

Po où il fub interné dans un monastère voisin de la ville.

I y mourut un an après!

Epbrem, du reste, agissait autrement que par Pap-

plication des lois et la mise en mouvement du brassé

culer. C'était un théologien exercé et un polémiste in-

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fatigable. Il laissa des livres nombreux, épîtres, traités, Q r 4 r£ » FE discours, tous consacrés à la défense de l’orthodoxie

contre les calomnies et les subtilités des opposants ?

En Egypte aussi on eut raison des dissidents. Au : premier abord il devait sembler difficile de trouver un patriarche capable d’y faire accepter le concile de Chal cédoine, ou plutôt de l’imposer. Justinien découvrit cet homme rare. Au moment où Théodose arrivait à Constantinople, un certain Paul Prestor, moine-tabennésien, de Canope sans doute, se trouvait en cette ville, pour un procès que lui avaient intenté ses confrères. Il y fit la connaissance du diacre romain Pélage, qui, après la mort d’Agapit, était resté. dans la capitale comme représentant (apocrisiaire) du saint-siège. Pélage le présenta à l’empereur. Bref, il fut ordonné évêque d'Alexandrie par le patriarche Ménas, en présence du diacre romain et des apocrisiaires d’Antioche et de J é

rusalem, puis expédié en Egypte avec les pouvoirs les

1 Le 6 février 538, deux jours avant Sévère. Dans ses interrogatoires, rapportés par son biographe Elie, il se réclame r des trois patriarches Sévère, Anthime et Théodose.

2 Ces œuvres sont presque entièrement perdues ; mais Photius nous à laissé (Cod., 228, 229) une analyse étendue de la littérature d'Ephrem.

gouverneurs, commandants militaires, tout fut mis à ses ordres. Il avait mission de requérir l'acceptation du concile de Chalcédoine, avec les explications récemment données”, mais sans ambages. L'’épiscopat, le clergé tout entier devait être renouvelé au besoin, les

Dar

résistance.

Aa plus grande énergie. La terreur fut telle que tout le monde. plia, extérieurement, bién entendu, même

les moines, même ceux de l'Ennaton, de cette forte-

bres de la communauté de Pierre d’Ibérie, chassés de Gaza, c’est-à-dire la fine fleur des Acéphales ?. Le concile, comme disaient les dissidents, était entré à Alexandrie. Malheureusement il y entrait par force et sa victoire était précaire.

Théodose, vivant, mais exilé, avait été pourvu d’un successeur orthodoxe. À Sévère, mort depuis peu, les dissidents d'Orient auraient bien voulu donner un suc- | cesseur monophysite. Mais la chose n’était pas facile. Antioche avait en Ephrem un patriarche officiel des

1 Dans les édits de 538 et 534; ci-dessus, p. 89. dE ? Cela leur valut une longue lettre de l’empereur Justinien (P. G., t. LXXXVI, p. 1104 et suiv) Elle ne fut expédiée . qu'après la destitution de Paul, lorsque Zoïle l’avait remplacé sur le siège d'Alexandrie, Zoïle reçut aussi une lettre de l’em- Le pereur; il ne nous en reste qu’un fragment (ibid., p. 1145)

monastères fermés, les moines dispersés, s'ils faisaient

__ Débarqué à Alexandrie, Paul se mit à l’œuvre avec

resse de l’intransigeance, où s'étaient retirés les mem- :

NÉ CRES "

Non sérieux, Re Éeppuyé par le parement)

avaient été mis en œuvre pour empêcher la pa en Oriént d’une hiérarchie dissidente. C’est pour cela que les anciens évêques, d’abord internés sur les lieux, avaient fini par être réunis aux environs de la capitale.

La police, toutefois, si étroitement qu’elle les sure

veillât, n’était pas en état d'empêcher les communica-

de Pierre d'Ibérie, puis dans celui d'éasatos Ne promu évêque d’'Hephaestos par le patriarche Théodose, partageait l’exil de celui-ci. Sous prétexte dé 1 maladie, il obtint d’être transporté à Constantinople. Théo- | dora lui fit assigner un logis, où il se permit de célébrer : des ordinations. Enhardi par ce succès, il demanda, toujours pour soigner sa santé, d’être envoyé dans une villa au delà du Bosphore. Une fois là il s’échappa et parcourut toute l’Asie-Mineure, consacrant sur son che min des prêtres dissidents. Arrivé en Cilicie, il fut dénoncé au patriarche Ephrem, lequel informa le gou- : vernement. Mais Jean eut le temps de rentrer dans sa £ villa et, quand on vint s’enquérir de lui, il déclara n’en | être point sorti *. L’impératrice fit en sorte qu'on le

1 Sur ce personnage v. Jean d'Asie, De beatis or., c. 25

? Ces saintes gens monophysites en prennent bien àleur aise avec le respect de la vérité. È

Ca

crût. Cette équipée fut Conan eee de sorte que le clergé 4 D Ghhysite commença à se recruter. L’historien Jean d'Asie, qui avait eu quelque part aux aventures de l’évêque d'Hephaestos, se rappelait lui avoir un jour servi la messe dans les tribunes de l’église de Tralles.

Ts y célébrèrent même une ordination de cinquante “prêtres, tout cela pendant qu’en bas les catholiques as- sistaient à l'office du clergé orthodoxe. Mais tous les

. exilés n'avaient pas ce courage ; ils redoutaient même, pour la plupart, que l’audace de l’évêque Jean n'’at-

tirât sur eux un redoublement de rigueurs.

Jean d'Hephaestos n'avait pu pénétrer dans le pa-

triarcat d’Antioche, ni consacrer aucun évêque. Son

œuvre fut reprise en des circonstances inattendues !. Sur la frontière orientale de la Syrie, les Arabes clients de l'empire avaient fini par former une sorte de petit état vassal, sous la direction d’un émir ou phylarque, comme on disait en grec, appartenant à la famille de Ghassan. Cet émir administrait le désert et même une partie de la région provinciale dans des conditions analogues à celles où Odoacre et les rois goths avaient gouverné l'Italie. Harîth V (Arethas), le premier de ces émirs,

était chrétien, comme une partie de ses nationaux ?,

et de la confession monophysite, Il voulut avoir un

RAA A évêque, eb inême deux, un pour ses Arabes, un autre pour les dissidents des provinces romaines, dont il était

! Jean d'Asie, De beatis OR CHAN ? Jean d'Asie, {. c. et dans Michel le Syrien, IT, p. 245.

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né RS DE rHéoDoRA

| moralement le protecteur. Il drone sa requête à Cons * : tantinople, à l’impératrice Théodora, laquelle sut faire le nécessaire. Son choix tomba sur un moine originaire de Tella, qui, depuis près de quinze ans, vivait dans À la capitale. Il s'appelait Jacques, menait une vie très ; retirée, très pauvre. Son accoutrement était si misérable qu’on s'était habitué à le désigner par le sobriquet de Jacques la Guenille (Baradaï). [l fut ordonné évêque, avec un autre moine, Théodose. Celui-ci était 3 destiné aux Arabes. On l’expédia à Hirta ! , campement ne principal des émirs ghassanides. Quant à Jacques Baradaï, ordonné avec le titre d’évêque d’Edesse, ilne se confina pas dans le territoire de cette ville, mais se mit à circuler d’un bout à l’autre de la Syrie, déguisé en mendiant, allant d'un village à l’autre, toujours à pied. La police fut bientôt à ses trousses ; mais quelque zèle qu’elle y mît, elle ne réussit jamais à le prendre. 4 : Jacques faisait partout des ordinations de prêtres et de diacres. Il en fit même en Asie-Mineure et jusque dans les îles de la mer Egée. Pour consacrer des évêques, il lui aurait fallu l’assistance de deux collègues. Il parvint à se les procurer. Deux moines hardis fu. rent conduits par lui à Dercos dans le plus grand secret. - On obtint du patriarche Théodose qu’il les recommandât à des évêques égyptiens d’un monophysisme éprouvé. Puis Jacques les mena en Egypte. Une fois ordonné,

St

1 Ne pas confondre avec Hirta de Naaman ou Hira, capitale des Arabes du royaume de Perse. *

l’un, Conon, comme sean de fee l'autre, Eugène

où, par de nouvelles consécrations, l’épiscopat dissident , se reconstitua peu à peu, dans une certaine mesure. Quand les nouveaux évêques se trouvèrent en nombre suffisant, ils procédèrent à l'élection d’un patriarche.

Le successeur de Sévère fut un ancien compagnon de

vécut que trois ans à son élevation ; on lui donna pour

successeur un certain Paul, dit le Noir, originaire d’Ale- … xandrie, qui siégea longtemps et donna lieu à de graves discordes parmi les Monophysites.

En somme, grâce à la trahison de l’impératrice et à l’activité infatigable des moines orientaux, une hiérarchie non conformiste était reconstituée dans le patriarcat d'Orient. C'est le commencement de ce qu’on

Ë 2 appelle l’église jacobite, qui s’est maintenue ] jusqu’à nos : “ PES

! Ce sont eux qui, plus tard, patronnèrent, contre Jacques Baradaï, la secte des Trithéistes. ‘

Jacques, un homme de Tella, appelé Serge. Il ne sur-

comme évêque de Séleucie ‘, ils revinrent en Syrie,

Les schismes romains.

Sage gouvernement de Théodoric. — Difficulté de l’élection pontificale. — Symmaque et Laurent. — Les conciles romains de 501 66 502. — Lo Liber Pontificalis. — Hormisdas. — Les dernières années de Théodoric, — Condam-. | nation de Boëce. — Le pape Jean à Constantinople. — Denys le Petit; ses. collections canoniques et ses ouvrages sur le comput pascal. — La do | de la date de Pâques. — Félix IV désigne son successeur: — Boniface II et | Dioscore. — Le diacre Vigile désigné par Boniface II pour lui succéder. — Jean IL. — Agapit. — Bélisaire en Italie. — Agapit meurt à Constantinople. : — Silvère pape. — Intrigues de Vigile et de Théodora. — Mort Re de

__ Silvère. — Vigile pape.

Sous le sage et paisible gouvernement de Théodorie, l’Italie, éprouvée par tant de guerres, se reprenait à vivre et même à prospérer. Aux « hôtes » Goths il avait fallu céder le tiers des terres; mais il y avait tant de 2 terres, et si peü de propriétaires, que l’aménagement n'avait pas été trop difficile. Théodoric vivait en paix. . avec tous les rois barbares établis dans les diverses provinces de l'Occident; il avait avec eux des arran-

gements, des alliances matrimoniales; tous le respec-

taient: il semblait les présider. Avec le souverain byzan-

tin ses relations étaient moins cordiales; on alla quelquefois jusqu’à se brouiller, mais en somme assez légè- Pi rement. Les populations latines ne paraissent pas avoir regretté l'empire; seules quelques familles aristocratiques regardaient du côté de Constantinople, sans en attendre rien de bien précis. A part les splendeurs de. la cour impériale, qui, sous le règne d’Anastase, prince

peu dépensier, devaient manquer d'éclat, on ne voit.

pas bien ce que le gouvernement de Théodoric laissait

à désirer. Ses lieutenants étaient des Goths; mais ses

à conseillers, au nombre desquels brillaient des hommes

comme Boëce et Cassiodore, étaient Romains. Le sénat était comblé d’attentions; il avait à Rome une réelle autorité; on le consultait dans les grandes affaires, dans le choix des consuls et autres dignitaires de très

haut rang. Il légiférait encore dans le domaine des af-

faires locales et ses édits conservaient l’ancien titre de

sénatus-consultes.

L'Eglise n'avait qu'à se louer de l’équité, de la bien-

veillance même, du souverain barbare. Le schisme d’A-

cace avait interrompu les relations entre le clergé ita-

lien et celui de l’empire. Aucun évêque ne souhaitait

échanger sa condition de protégé du roi Théodoric

contre celle de sujet d’Anastase.

On vivait donc en paix. Sur les détails des relations ecclésiastiques dans l'Italie péninsulaire, le registre du pape Gélase, partiellement conservé, jette un jour fort curieux. Grâce à ce document, on peut se faire une idée des rapports entre le pape et ses suffragants directs et aussi des incidents qui diversifiaient la vie des églises de province.

! Dès ce temps-là on conservait aux archives de l'Eglise romaine les minutes des lettres expédiées au nom du pape, par ses diverses administrations. Elles étaient classées en des registres que le temps a fait disparaître. De copies partielles, exécutées à diverses époques, il ne subsiste que des fragments ; les plus anciens proviennent du registre de Gélase. |

6 Dérait le choix du pape. Maintenant que tout le monde à Rome, sauf de très rares exceptions, était devenu

chrétien, tout le monde avait intérêt à l'élection pontificale. Le sénat ne pouvait manquer de s’en préoccuper spécialement. Dans les moindres petites villes, quand il y avait lieu d’élire un nouvel évêque, le décret d'élection était toujours rédigé au nom du clergé, de- te la curie municipale (ordo) et du peuple. À Rome, la curie municipale, c'était le sénat (ordo amplissimus). Le gouvernement, comme tel, n’intervenait pas, sauf dans les cas graves où il était impossible de S'arFAN Der, sans lui.

Croyons que les élections pontificales de ce temps ont toujours abouti au succès du plus digne. À en juger par les documents officiels, ce succès n'allait pas de soi. Des ambitions peu avouables se manifestaient à chaque a vacance ; les sympathies étaient à l’encan; et, comme parmi les enjeux de la lutte figurait l'administration du temporel de l'Eglise, c’est en définitive à la fortune ne ecclésiastique qu’il incombait de réaliser les promesses. 4 Il y a, en cette situation, quelque analogie avec la vente plus ou moins avouée des emplois, fléau qui sévissait si gravement dans l'Etat. Comme les gouverneurs de province, après une nomination qui leur avait coûté très cher, se rattrapaient sur les contribuables, ainsi 4) le patrimoine des pauvres servait à payer les compétitions épiscopales. Il était naturel qu’un tel abus fit

surgir des protestations.

Le pape Simplicius venait à peine de mourir(10 mars z

488), qu’il se tint, dans le mausolée impérial ! attenant

à la basilique de Saint-Pierre, une assemblée de séna-

teurs et de membres du clergé romain, sous la prési- | dence du patrice Caecina Basilius, préfet du prétoire et représentant du roi Odoacre. Basile prit la parole ? et commença par rappeler que le défunt pape avait | réglé que son successeur ne pourrait être choisi sans son avis à lui, Basile; et cela à cause des troubles et des dilapidations qui étaient à redouter. Il s’étonnait

que, malgré cela, des tentatives d'élection eussent pu se produire. Enfin il proposait une résolution en vertu de laquelle toute aliénation de biens ecclésiastiques, immobiliers ou même mobiliers, sauf quelques exceptions pour ceux-ci, devait être interdite tant au futur pape qu'à ses successeurs. La motion fut adoptée, et l’on élut le diacre Félix, Félix III.

ne semble pas qu'aux deux élections suivantes, celles de Gélase (492) et d’Anastase II (496) il se soit produit des scissions graves. Il en fut autrement en 498, à la mort d’Anastase. Ce pape, on l'a vu *, avait paru montrer quelque disposition à faciliter un arrangement entre l'Eglise grecque et l'Eglise latine. A la première manifestation de ces sentiments, une opposition décidée |

! Sur le double mausolée de la famille théodosienne, v. mon article Vaticana dans les Mélanges de l'Ecole de Rome, t. XXII, p. 388 et suiv.

? Ce discours est reproduit dans les actes du concile de 502, Thiel, p. 685 ; Mommsen, dans M. G. Auct. ant., t. XII, p. 445,

3 Plus + p. 14.

se forma contre lui’. Sa mort prématurée (19 novem- À bre 498) parut aux exaltés un signe de la colère divine. Cette intransigeance n'était pas le fait de tout le

Ê clergé romain. Nombre de clercs, avec l’archiprêtre Laurent, voyaient d’un bon œil les tentatives d'accord. Ils avaient suivie avec sympathie la mission politico-religieuse du patrice Festus et des évêques Cresconius et Germanus, envoyés à Constantinople, le premier par le. roi Théodorie, les autres par le pape Anastase. À Ja Le mort de celui-ci, le conflit éclata entre les deux tendances ?. Laurent fut acclamé à Sainte-Marie par une J

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