‹ L'eglise au VI siecleChapitre 26 sur 105 · partie du clergé et par la majorité du sénat, pendant · texte numérisé non relu

partie du clergé et par la majorité du sénat, pendant

! A en croire le L. P., très défavorable à Anastase II, un grand nombre de clercs et même de prêtres se seraient-retirés de sa communion. è

? Sur cette affaire nous sommes renseignés : 1° par les trois conciles romains de 499, 501, 502. Ils se sont conservés dans un recueil où ils figurent dans l’ordre 499, 502, 501; au premier concile est annexé le Libellus Iohannis diaconi (ci-dessous, p.126, n. 1); avant celui de 501 sont disposées cinq pièces de la correspondance entre ce concile et le roi Théodoric. Ce recueil se rencontre dans les collections canoniques dites de Chieti, de Diessen, de Pithou, de Reims. La collection de Pithou le fait sui-

- vre de la lettre Hortatur (J.764) adressée en 518 à saint Césaire d'Arles par le pape Symmaque. Comme cette lettre figure déjà dans le même recueil, il y a lieu de croire que cette fois elle représente l’exemplaire venu directement de Rome à Arles, avec les documents conciliaires. Ceux-ci correspondent à certaines demandes que Césaire avait adressées au pape. D’autres mss. canoniques contiennent les trois conciles, sans les pièces annexes ; — 2° par les lettres d'Ennodius, et surtout son livre Pro synodo ; — 5° par les deux vies de Symmaque qui figurent l’une dans le Z. P. laurentien, l’autre dans le Z; P. symmachien. V.ei- é dessous, p. 126. de

Ducnxswe, L'Église au VI siècle. on

batailles de rue recommencèrent, comme au temps de

Damase et de Boniface *. Les choses en vinrent au point

que le gouvernement royal se vit obligé d'intervenir. Les deux élus furent mandés à Ravenne; Théodorie enquêta et décida en faveur de Symmaque. Celui-ci, aussitôt rentré à Rome, convoqua un concile de ses suffragants. L'assemblée se tint le 1° mars 499 et, pour

prévenir le retour du schisme dont l'Eglise romaine

venait de souffrir, défendit de s'occuper, le pape vivant et en dehors de lui, de l'élection de son successeur

et de chercher à former un parti en vue de la succes-

sion. Laurent assista à ce concile et en signa le décret,

comme archiprêtre et titulaire de Sainte-Praxède. Pen

après il accepta, à contre-cœur sans doute, le siège

épiscopal de Nocera en Campanie. Il avait semblé utile

de l’éloigner de Rome, où les esprits très agités par

les discordes récentes, ne s’apaisaient pas comme ik

l'aurait fallu.

L'année suivante (500), Théodoric vint à Rome et y séjourna quelques mois. Le pape Symmaque, le clergé, le sénat se portèrent à sa rencontre ; Symmaque l’accueillit à Saint-Pierre. Le roi prit gîte au palais des. Césars, parut au sénat et, de l'édifice appelé 44 Palmam,. tout près de la Curia Hostilia (Saint-Hadrien), il ha-

rangua le peuple réuni sur l'antique forum. Ce fut un

? Histoire ancienne de l’Egise, t..IT, p. 455; t. III, p. 247.

CHAPITRE PART 7 o a que les autres élisaient le diacre Symmaque dans l& basilique de Latran (22 novembre). Les querelles, les

moment de splendeur: la vieille Rome était encore si belle qu’on évoquait malgré soi les jours lointains où

elle avait été la capitale du monde (caput mundi). Dans

la foule qui écoutait le roi et contemplait la splendeur PR de son cortège, un moine africain ! ne put se tenir de : G s’écrier: « O mes frères! combien doit être belle la Jé- / rusalem céleste si, sur la terre, Rome brille d’un tel éclat!» |

Eclat factice, hélas, et tout extérieur. Pour qui pénétrait dans son intimité, l'Eglise romaine offrait au regard tout autre chose qu'une vision de paix. Les adversaires du pape ne se résignaient pas. Comme il leur était impossible, après l’arbitrage du roi, de contester la légitimité de Symmaque, ils essaÿèrent d’établir son indignité. L'histoire de Damase et d’Ursinus recommença. Aux coups de force, à l’émeute, on faisait succéder le procès criminel. Pendant tout l’hiver on colporta des cancans contre la vie privée du pape. Il avait, disait-on, dans son intimité des femmes que l’on connaissait, dont on citait les noms ? ; en dépit de la convention de 488, il avait gaspillé le bien d'église pour. payer ses électeurs. Impossible, dans ces conditions, de le maintenir sur le siège apostolique.

On porta plainte à Ravenne. Le roi, très embarrassé,

voulut se renseigner et pria le pape de se transporter

à Sont Fulgence, plus tard évêque de Ruspe. Voir sa vie,

- ce. 18 (Migne, P. L., LXV, p. 181). 3

? Une certaine Conditaria est mentionnée dans le Ziber p m ee.

tificalis laurentien. Le È " ce "+ ,

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Aie came IT. | auprès de lui. Pour le décider à faire le voyage, il s'abstint d’alléguer les griefs des opposants et se rejeta sur la nécessité d'expliquer pourquoi, les autres églises devant, en cette année 501, célébrer la Pâque le 22 avril, Symmaque avait avancé la date et solennisé la fête dès le 25 mars. Arrivé à Rimini, le pape reçut l’ordre de s’y arrêter. Un jour, se promenant sur le bord de la mer, il vit passer, se dirigeant vers Ravenne, les femmes dont avaient parlé ses ennemis. Il comprit alors qu’il s'agissait d'autre chose que de comput pascal et s’enfait nuitamment. Revenu à Rome, il s’enferma à Saint- Pierre, asile sacré.

Sa fuite précipitée n’avait pas manqué de produire sur l'esprit du roi la plus fâcheuse impression. L’opposition obtint de Théodorie qu’un « visiteur », c'està-dire un administrateur intérimaire, fût désigné pour l’église de Rome. Cette mesure se prenait souvent, quand un siège était vacant, soit par la mort de l’évêque, soit par sa destitution régulière. Or Symmaque n’était ni mort ni déposé: on lui faisait donc une grave injure. Le visiteur choisi, Pierre, évêque d’Altinum en Vénétie, aggrava encore la situation en se laissant accaparer par les ennemis de Symmaque et en s’abstenant, à son arrivée à Rome, de tout rapport avec lui. Il célébra à sa place de nouvelles solennités pascales, le 22 avril et les jours précédents ou suivants, puis resta en fonctions comme intérimaire, en dépit de toutes les protestations de Symmaque. Le Latran, les églises de la ville, les biens de l'Eglise, tout fut remis aux mains de

el ET Ne Ge de <—

- LES BOMISMNS ROMAINS

l'administrateur. Le pape ne garda que la basilique v

ticane.

Cependant le roi, à peu près convaincu de la cul-

pabilité de Symmaque, adressait à son sujet des lettres

sévères tant au sénat qu’au clergé et ordonnait aux

évêques d'Italie * de s’assembler à Rome pour juger le

procès. En passant par Ravenne, les prélats de l'Italie du

nord exposèrent à Théodoric le scrupuie qu’ils avaient

à se réunir en concile sans y être invités par lépape: va

il n’y avait pas d'exemple que le titulaire du siège de

saint Pierre eût été jugé par ses inférieurs. Le roi

les rassura en leur montrant des lettres par lesquelles

Symmaque donnait son consentement à la réunion.

Arrivés à Rome ?, les prélats commencèrent par tenir

une réunion préliminaire dans la basilique de Jules

(S. Maria in Trastevere). [ls avaient à leur tête les mé-

tropolitains de Milan, d’Aquilée et de Ravenne, Lau-

rent, Marcellien et Pierre. Celui d’Aquilée, tout comme

son suffragant d’Altinum, .passait pour peu favorable

à l’accusé. Le pape se présenta devant l’assemblée et

confirma ce qu'avait dit le roi de son plein consente-

ment. Il déclara que le concile était autorisé à procéder

contre lui, s’il était reconnu coupable. Toutefois il de-

manda qu'avant d'ouvrir les débats on éloignât le visi-

1 Ces convocations semblent avoir été personnelles et en nombre déterminé (Praecept. reg. III, Mommsen, p. 418, 1. 17).

? En mai, au plus tôt; post sanctam festivitatem, dit le L. P. laurentien, entendant par là la Pâque de tout le monde (22 avril) et non celle que l’église romaine avait été seule à célébrer (25 mars).

ur Pierre d'Altinum et qu’on lui rémt, à lui, Sym- à

| maque, les églises et l'administration du temporel. Les

évêques crurent devoir consulter le roi, qui ne donna

pas son consentement. Symmaque n’insista pas et promit de comparaître,

Le concile s’assembla dans la basilique de Jérusa- lem, au palais Sessorien. Le lieu était singulièrement choisi. Pour s’y rendre du Vatican, le pape était obligé de “traverser la ville de Rome dans toute sa longueur, ce qui, vu l’état des esprits, l’exposait à de graves dan- … gers. Pendant qu’il se mettait en route, l’assemblée en- . tendait lecture de l'acte d’accusation. Les évêques y relevèrent deux choses critiquables: d’abord on alléguait que les crimes de Symmaque avaient été établis devant le roi, ce qui était faux; ensuite on élevait la prétention de faire témoigner contre lui ses propres serviteurs (mancipia) et de le contraindre à les laisser “ déposer : ceci était contraire à la loi civile et aux ca- nons ecclésiastiques.

Cependant le pape ne paraissait pas. On apprit bientôt qu Al avait été arrêté en route par une bagarre effroyable : que plusieurs personnes de sa suite avaient

__ * reçu des blessures graves, que deux de ses prêtres !

avaient été frappés mortellement, que lui-même il s'était vu dans la nécessité de rentrer à Saint-Pierre. Il fit savoir que désormais il n’en sortirait plus et ne se présenterait pas devant le concile.

3e ! Dignissimus, du titre de Saint-Pierre -ès-liens, et Gor-

PS danus, du titre dés Saints-Jean-et-Paul.

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envoya trois de ses officiers, Gudila,. Bedeulf et Ari

sormais buté: « Dieu et le roi, disait-il, feront de moi

le 1° septembre, l’assemblée se réunît de nouveau et

fût aussi nombreuse qu’au premier jour. De plus il

gern, pour donner au pape toutes les sûretés ible et l’amener ainsi à comparaître ”. |

Ce second synode étant réuni, Symmaque fat convoqué par lui, mais ne se présenta pas. L’invitation È lui fut portée par des évêques et répétée jusqu’à quatre fois. Il demeura inflexible: «J'ai autorisé votre réu-

nion, disait-il, je venais à votre audience; moi et mes clercs nous avons été massacrés cruellement, Je ne me soumets plus à votre examen ». On n’en put tirer autre chose. Il est clair que les officiers royaux auraient été.

en mesure de protéger le pape; mais celui-ci était dé-

se jugeait pas incapable de résoudre le cas et l’on perçoit sans trop de peine que Symmaque n'aurait pas eu à se louer de sa décision; mais 1l tenait à ce que cette affaire ecclésiastique fût terminée pas les évêques, judiciairement ou non. Le concile, que l'attitude du pape mettait dans l’impossibilité d'aboutir par la voie judi-

1 Praeceptiones III et IV, du 1°* et du 27 août.

sh

ciaire, prodiguait ses exhortations au clergé et au sénat. LA . L- .

Mais il s’adressait à des enragés et perdait sa peine.

Encore une fois il voulut remettre l’affaire aux mains

les évêques. Enfin, dans une dernière réunion *, tenue le 23 octobre 501, l'assemblée rendit un décret, où, après ; avoir rappelé les diverses phases de la procédure, elle | déclarait remettre au tribunal de Dieu le soin de juger si les grrsations déposées contre le pape étaient fondées ou non, et engageait le sénat ainsi que le clergé dissident à accepter cette solution. Symmaque n'ayant pu être jugé, ne pouvait être considéré comme COU- pable; on devait donc le traiter comme le pasteur lé- gitime et rester ou rentrer dans sa communien. Les églises devaient lui être restituées, les clercs devaient se rallier à lui, sous peine d'être considérés comme schismatiques. De son côté il devait, après satisfaction reçue d’eux, les maintenir dans leurs fonctions. C'était ce qu’on pourrait appeler une absolution par contumace. Le roi, an fond *, désirait une condamna-

! ! Praeceptio regis, Anagnosticum (Mommsen, p.424, 425), du 1°T octobre. EE 2." * Dans le titre cette séance est appelée Quarta synodus ha- Ce dita Romae Palmaris. Ce no suppose que l’assemblée de S. Maria in Trastevere est comptée comme synodus. Mais dans le texte même des documents, l'assemblée de septembre se qualifie de secunda synodus (Mommsen, p. 422, 1. 24); le Synodus Palmaris est donc le troisième, Quant au mot Palmaris il signifie peut- Ka être que le concile avait tenu cette séance au lieu appelé Ad Palmam, près de la curie.

rs ER 3 V. notamment l’Anagnosticum, p.425, 1

20 et suiv..

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du roi. Théodoric insista ! pour qu’elle fût tranchée par

“hd jt nl

d tion, ne par contumace, soit dans Le formes. Mais à

> #4 L | LES sors Ronan

évêques, empêchés de suivre les formes, ne voulurent LS

point procéder par contumace contre le successeur de saint Pierre. è

- Bonnes intentions, fâcheux résultats. Le concile se. dispersa, sans avoir fléchi les résistances. Pour comble de malheur, Laurent revint à Rome. Aux premiers bruits de cette affaire il avait quitté Nocera et s'était transporté à Ravenne. Les évêques étaient à peine partis À que ses partisans, à leur tête les sénateurs Festus et | Probinus, réclamèrent sa présence, Toujours mal disposé pour Symmaque, Théodoric céda et Rome se trouva bientôt pourvue d’un antipape. Laurent était reconnu dans les églises de la ville et même de la banlieue, à Saint-Paul notamment, où son portrait fut placé parmi ceux des papes !. À son rival il ne restait que la ba- z silique de Saint-Pierre. Le populaire, cependant, paraît à avoir été plutôt favorable à Symmaque. Les partisans de celui-ci avaient pour chef un sénateur Faustus, assez mal en cour ?. Au dehors l’opinion était partagée: larchevêque de Milan, qui avait dirigé le concile, et celui de Ravenne tenaient ferme pour Symmaque ; mais Marcellien d’Aquilée * patronnait Laurent. Il n'avait pas

signé le décret d’absolution.

1 Voir mon éd. du Z,. P., t.T, p. xxvin. Il y était encore au XVII® siècle.

2 Cassiodore, Var., IIT, 20.

3 [1 était encore à Home au mois d'août; l’adresse de la lettre royale du 1°’ août porte son nom avec ceux des deux autres métropolitains.

Un autre concile, ou une autre session du même.

al

concile, se tint le 6 novembre 502’, à Saint-Pierre cette fois, et sous la présidence du pape. Comme à la dernière réunion de l’année précédente, les évêques de Vénétie brillèrent par leur.absence. Symmaque, contre lequel on avait beaucoup usé du décret de 483 sur les aliénations de biens ecclésiastiques, voulut enlever cet argument à ses adversaires. [l ne prétendit pas s'être conformé à ce décret, ce qui, semble-t-il, lui eût été be: *; mais il déclara et fit déclarer par le concile

| TT a qu’ainsi, la loi n’existant pas, il ne pouvait

y avoir contrevenu. Après quoi il reprit ce même décret de Basile, en le rédigeant autrement, et le fit proclamer par le concile.

__ Cette loi ecclésiastique, homologuée bientôt par

l’autorité royale, reçut une grande publicité; elle fait

l F1. Avieno iun. v. c. cons. (502). Il serait pourtant bien - plus naturel de placer ce concile en 501, car il semble bien faire suite à la réunion du 23 octobre FR cette année et les évêques sont à peu près les mêmes. Mais la date consulaire est formelle.

? Ennodius, ep. IT, 10, parle d’une somme prêtée au pape par l’archevêque de Milan et distribuée à des personnages in-. fluents de Ravenne. Cf. ep. VI, 16, 33. Le L. P. laurentien ac- cuse Symmaque de l’avoir emporté, en 499, par ses largesses : multis pecuniis obtinet. Du reste le procédé subtil employé par le concile de 502 pour écarter, puis reprendre le décret de 483,

constitue l’aveu le plus évident des torts imputés, sur ce point, au pape Symmaque.

LS

Si le pape Symmaque attendait de cette démarche un effet salutaire et immédiat, il dut être cruellement

déçu. L’apaisement ne se produisit pas. Pendant quatre ans encore on ne ceésa de se battre dans les rues de

Rome à propos du pape et de l’antipape. Il est question de guerre civile, d’homicides, de clercs massacrés, de religieuses insultées. Festus et Probinus d’un côté, de l’autre Fauste, excitaient leurs partisans. Il y eut

aussi des conflits de plume. Les évêques étaient à peine

partis qu’il paraissait un pamphlet « Contre le synode et son indécente absolution » *. Symmaque fit écrire en ; sens contraire par Ennodius, un jeune diacre de Milan,

qui lui était fort attaché. Ses clercs se mirent aussi à l’œuvre et jetèrent dans le public tout un groupe de

pièces fausses, en patois latin, destinées à montrer que «le premier siège ne peut être jugé par personne»; que, pour condamner un évêque, il faut un tel nombre de témoins (soixante-douze) qu’en pratique il soit tou-

jours impossible de le réunir ; que la Pâque du 22 avril

1 Un recueil d’extraits de ces canons (can.4, 6, 7, 8) fut mis en circulation par une lettre de Théodoric, adressée au. sénat, Pervenit ad nos (Mommsen, M. @. Auct. ant., t. XII, P. 399) du 11 mars 507. Il paraît avoir été envoyé de Ra He à Arles, peut-être au préfet du prétoire. On le trouve dans les deux recueils arlésiens de Cologne et de Lorsch. sr

2 Adversus synodum absolutionis ronge GHRre Pro “f synodo, 1). :

PPS 191 2 CHAPITRE 1V.

dd

est une Denon hérétique, depuis longtemps con- damnée; que le baptême pascal peut être célébré en dehors du Latran, et ainsi de suite !

À *@ Ces principes sont inculqués par des récits de con- ciles et de procès où interviennent les papes Marcellin, Silvestre, Libère, Xyste III, et Polychrone, évêque fictif de Jérusalem. Silvestre est censé légiférer, entre autres choses, sur la date de Pâques et sur la procédure à

suivre contre les évêques; Marcellin, Xyste III, Poly-

chrone, fournissent des exemples de papes ou d’évêques

accusés et que leurs inférieurs ne jugent pas; Libère, enfin, légitime, en fondant et en utilisant le baptistère

de Saint-Pierre, la dérogation que Symmaque a été

obligé de faire à l’usage en célébrant au Vatican, et non au Latran, les solennités pascales.

Au concile de 502, Symmaque avait pu passer en

revue ce que son clergé lui conservait de fidélités.

L 1! C’est ce qu’on appelle les apocryphes symmachiens, Cou- Stitutum Silvestri, esta Liberii, Gesta Xysti, Gesta Polychronii, Synodus Sinuessana. Sur ces apocryphes, v. mon édition du L. P.,t. 1, p. CxxxHII et suiv. On les trouvera réunis à la suite des Epp. Rom. Pontif. de Coustant. La première de ces pièces

ne tenait aucun compte du concile de Nicée; l’auteur, s’étant & aperçu de l’énormité d’une telle prétérition, s’efforça Fe la cor- Re . riger en adjoignant au Constitutum trois petites pièces, Quoa niam omnia, Gaudeo prompta, Gloriosissimus, qui relient le Constitutum au premier concile œcuménique. Plus tard le Con- Stitutum fut refait complètement, par un auteur qui avait, sur Ve comput pascal, les idées de Denys le Petit, contraires à celles du pienier faussaire. De ce dernier texte Codstant (p. 55) ne Fu donne qu’un fragment; l’ensemble a été publié par Ch. Poisnel xËR dans les Mélanges de l'Ecole de Rome, t. VI (1886), p. 4.

be les 74 prêtres qui avaient paru en 499, il n’en.

restait plus que la moitié; des sept diacres, deux seule-

ment !. Des opposants nous ne connaissons qu’un seul,

le diacre Paschasius, un des plus obstinés partisans de

Laurent *. C'était un homme instruit; on a de lui un

traité sur le Saint-Esprit *: ses vertus, sa charité sur-

tout, lui avaient valu une grande popularité “. Le nom-

bre, la qualité même, des cleres qui obéissaient à Lau-

rent fortifiaient la situation de l’antipape. Peu à peu

cependant l’opposition diminua. Après tout, Laurent,

évincé en 499, avait souscrit lui-même à l'élection de

son compétiteur. Quel que püût être celui-ci, il n'avait

plus contre lui aucun titre valable. Si l’on avait écarté

Symmaque, il aurait fallu procéder à une nouvelle élec:

tion. En 507 un diacre grec, Dioscore, originaire d’A-

lexandrie, mais réfugié à Rome pour cause d’orthodoxie,

alla trouver le roi Théodorie, lui présenta les réclama-

Fa ©

tions de Symmaque et les soutint avec tant d’habileté

1 Il faut y joindre les deux diacres Hormisdas et Agapit,

récemment nommés par Symmaque. Tous les deux devinrent papes. :

2? Il dut être promu par lui au diaconat, car il ne figure pas dans la liste des sept diacres de 499.

8 P. L., t. LXII, p. 9. Voir aussi la correspondance entre

Eugyppius et lui, à propos de la vie de saint Séverin, M. G. Script. Antiqg., t. I?, p. 1-4.

4 Un diacre romain Jean, écrivit, vers leËtemps où nous sommes, une série de réponses à des questions que lui avait posées Senarius, un des plus hauts fonctionnaires de Théodoric (P. L., t. LIX, p. 399). On ne sait si cette composition est du

temps du schisme ou postérieure. Au temps du schisme il ÿ

avait un diacre Jean dans chacun des deux clergés. : je :

er

que le roi ordonna au patrice Festus de rendre les

églises au pape légitime et de cesser de soutenir le schisme. Festus s’inclina; Laurent se retira sur une des terres du patrice, où sa vie se termina dans les austé- | rités. Symmaque rallia à lui le clergé dissident ', sauf pourtant quelques exceptions. Le diacre Paschase, qui vivait encore en b11*, continua de lui tenir rigueur. I] mourut dans son schisme. Saint Grégoire relève | ‘beaucoup ses vertus * et raconte même un miracle qui eut lieu à son enterrement #. Symmaque, jusqu’à sa mort, continua d’être glosé d’un côté et défendu de l’autre. C’est seulement à l'avènement comme pape du diacre Hormisdas (514), que les dernières traces du schisme furent effacées °

Encore y eut-il des échos littéraires. C’est à la quele de Symmaque et de Laurent que nous devonsle … D Pontificalis, un recueil de biographies des papes qui eut, au moyen-âge, une publicité considérable et

1 Nous avons encore (Thiel, p.597) un Zibellus au nom du diacre Jean, en date du 18 septembre 506, qui nous conserve la formule de rétractation imposée aux clercs schismatiques.

Pierre d’Altinum et Laurent y sont nommément condamnés. ? Lettre d'Eugyppius à Paschase; ci-dessus, p. 125, note 2. SR 3 « Mirae sanctitatis vir, eleemosynarum maxime operibus NS vacans, cultor pauperum et contemptor sui». (Dial. IV, 40). RE. 4 Il ajoute toutefois que, parvenu dans l’autre monde, Paschase dut expier son schisme. L’évêque Germain de Capoue le rencontra aux abords de certaines eaux thermales, en un endroit très chaud ; il l’en tira par ses prières (ibid.). 5 Epitaphe d'Hormisdas :

Sanasti patriae laceratum scismate corpus.

restituens propriis membra revulsa locis.

importance d dans la HR de l’histoire de Rome a

et de ses pontifes. : faut en dire ARS mots.

romain avait constitué, pour un certain Valentin, un recueil de documents chronologiques dont un exemplaire, exécuté par le calligraphe Furius Dionysius Philocalus, contemporain des papes Libère et Damase, nous re est connu par diverses copies. Au nombre des pièces. de son recueil figurait un catalogue des papes avec la durée de leurs épiscopats respectifs et, çà et là, quelques notes historiques, C’est ce que nous appelons 14 . catalogue libérien, parce que dans le livre de Philo calus il est continué jusqu’à Libère. D’autres catalogues, = combinaisons de celui-ci et de la chronique de saint Jérôme, étaient en circulation. L'un d’eux sans doute fut repris, peu après l'avènement d'Hormisdas, par. un dés anciens partisans de Laurent, et prolongé, avec quel- + ques développements narratifs, jusqu’à la mort de Sym-. maque. De ce livre pontifical laurentien il ne reste plus que la vie de Symmaque avec la fin de celle d’Anastase IT *. En revanche nous en avons un autre, qui fut < compilé peu après celui-ci, dans un esprit tout opposé, 6 * mais malheureusement par une personne peu qualifiée pour faire de l’histoire sérieuse. Jusqu'à la fin du V°siècle c'est un mélange bizarre de renseignements puisés à.

bonne source, de oo et de fantaisies diverses. À

p. 44; cf. Mommsen, p. 1x.

198 Charte IV. ;

l’auteur est un clerc de condition inférieure :

partir de la vie de Symmaque, le contemporain se ré-

vèle par un notable progrès dans l’exactitude;

présente les choses comme les pouvait voir un homme

du peuple. C’est ce qu’on appelle le Liber: pontificalis ”.

Hormisdas était décidément un pacificateur. Ce n’est

pas seulement au schisme de Rome qu’il lui fut donné

de mettre fin. Il eut aussi la satisfaction de réconcilier

l’église grecque avec l’église romaine et de terminer la

longue querelle où les entreprises du patriarche Acace

les avait engagées. Les rapports de Symmaque et de

l’empereur Anastase avaient été particulièrement désa-

6 gréables. Mécontent du pape, l’empereur lui avait écrit.

une lettre fort aigre, où il allait jusqu’à le traiter de manichéen. Symmaque répondit sur le même ton ?. Avec

Hormisdas, dont l'avènement se place juste au moment

où Vitalien, menaçant, exigeait que le souverain de

Constantinople reprît ses relations avec le saint-siège, des négociations ne tardèrent pas à s'engager. On a vu *

comment elles échouèrent. Anastase mort, l'affaire du

schisme fut repris avec Justin et, cette fois, elle aboutit

? Le cadre a été fourni par le catalogue libérien, qui s’y trouve incorporé tout entier, et l’on essaya de le faire passer pour l’œuvre du pape Damase. Nous avons connaissance d’une rédaction arrêtée à l’année 530; mais celle-ci ne semble pas représenter tout-à-fait le texte original, lequel doit remonter au temps d'Hormisdas.

nn = © J. 61; Thiel, p. 700, À “+ 8 Plus haut, p. 38 et suiv.

Gélase:le sénat Romain, c'est-à-dire Fauste et son col-

eu lieu avec re du roi Théodoric;

le pap 4 goth à sa résidence de Ravenne et de le consulter.

Théodoric n'avait guère intérêt à ce rapprochement

avait pris la peine d’aller trouver le souverain

entre les Romains d'Italie et l'empire grec: cependant il ne chercha pas à l’empêcher.

Depuis le commencement de ce conflit ecclésiastique, le sénat de Rome y avait toujours été un peu mêlé. Tout en se maintenant du même côté que son évêque, il se montrait plutôt enclin à la pacification et s’employait volontiers à favoriser les tentatives qui, d’un côté ou de l’autre, se produisaient en ce sens. Dès le | temps du pape Félix et du roi Odoacre, le sénateur Andromaque, envoyé en mission à Constantinple, avait été chargé d’exhorter le patriarche Acace à se réconcilier avec l'Eglise romaine. Il y avait perdu son éloquence ‘. En 492 un autre sénateur, Fauste ?, qui séjournait à Constantinople comme représentant de Théodoric, fut entrepris par l’empereur Anastase et par Eu-

phème, successeur d’Acace; sous cette inspiration, il

écrivit au pape. Nous avons la réponse * qu'il reçut de

lègue Irénée qui l'avait suivi à Constantinople, ‘est

1 J. 622; Thiel, p. 346.

2 On Sonate en ce temps-là deux personnages importants appelés Fauste; ils furent tous deux consuls, l’un en 483, l’autre en 490. Il n’est pas toujours aisé de les distinguer dans les documents (Mommsen, Cassiodore, p. 492).

8 J. 622; Thiel, p. 541.

Duonesxr, L'Église au VI siècle.

ere”

exhorté à ne point se compromettre dans une commu-

nion qui lui ferait perdre celle du siège apostolique. On a vu plus haut quel rôle joua en ces affaires le

sénateur Festus, président de l’illustre assemblée (caput

senati). C'était, lui, un partisan résolu des concessions.

La mort d'Anastase IT ayant trompé les espérances

qu’il fondait sur ce pape, il espérait arriver à ses fins

par le successeur qu’il s'était efforcé ‘de lui donner,

l’archiprêtre Laurent. Cette fois encore il fut déçu.

Dans les tentatives peu sincères qu’esquissa plus tard

l'empereur Anastase, le sénat ne fut pas négligé. L’em-

pereur lui écrivit une lettre de style antique", à la-

quelle il fut répondu *. Il n’est pas mentionné dans la

correspondance relative aux négociations définitives, sous l’empereur Justin *, mais nous ne pouvons douter qu'il ne se soit réjoui de leur heureuse issue.

Ces négociations durèrent assez longtemps; elles donnèrent lieu, entre Rome et Constantinople, à de con-

tinuelles allées et venues. Non seulement des cleres de

1 Début: 1mp. Caes. F1. Anastasius, pontifex inclytus, Germanicus inclytus, Alamannicus inclytus, Francicus inclytus, Sarmaticus inclytus, trib. pot. XX V, cos. III, pius, felix, victor, semper augustus, pater patriae, proconsulibus, consulibus, praetoribus, tribunis plebis senatuique suo salutem dicit. Si vos liace vestri valetis, bene est; ego exercitusque meus valemus. (Thiel, p. 765).

2? Thiel, Hormisdae epp. 12, 14.

3 Lo silence des documents me paraît avoir ici une certaine …

signification. Dans ces négociations on n'avait pas négligé Théodoric. Le comte Gratus, qui vint en Italie pour les com-

ɰ mencer, alla en conférer avec le roi. (Thiel, Hormisdae epp. 44,

cou

LES SCHISMES ne ; à

Rome et des évêques italiens, mais nombre de fonc-

tionnaires byzantins passaient à chaque instant d’une capitale à l’autre. Les Romains se familiarisaient avec

la cour impériale *. A la longue, Théodoric finit par s’en

inquiéter. D’autre part, ce n’est pas seulement aux Monophysites que l’empereur Justin faisait sentir l’ardeur de son zèle orthodoxe. Les Ariens aussi étaient persécutés à Constantinople. Il leur enleva leurs églises ; bien des personnes se virent contraintes de changer de à religion. Or la religion arienne, c'était la religion des Groths, la religion de Théodoric. Les gens que l’on persécutait à Constantinople appartenaient, en grande partie du moins, à sa nation ou à des nations apparentées. Il prit cela très mal. Pour comble de malheur, un

des fonctionnaires de sa cour, Cyprien, accusa Je pa- trice Albinus, puis l’illustre Boëce, de correspondances suspectes avec l’empereur Justin. Boèce était le grand lettré du temps. Ses traductions et commentaires d’Aristote ont exercé une influence profonde sur le déve-

| loppement intellectuel du moyen-âge. C'était aussi une | sorte d’Archimède, très versé dans les secrets de la physique, de la géométrie, de l’astronomie. La théologie elle-même l’attira quelque temps ; les questions de la - Trinité et de l’Incarnation lui fournissaient l’occasion de | faire valoir, en un sujet subtil, les ressources de sa philosophie. Issu de la noble famille des Anicüi, ho-

1 La correspondance conservée dans la Collection Avellana comprend nombre de lettres échangées par le pape et les princesses ou grands dignitaires en résidence à CP.

noré de la faveur royale, il avait Ft dans les hautes

= fonctions, une carrière fort brillante. En 522 ses deux __ jeunes fils, Symmaque et Boèce, avaient été consuls ensemble, ce qui était pour leur père le témoignage d'un crédit extraordinaire ; lui-même il occupait le poste __ de maître des offices. À l’occasion du consultat de ses fils il prononça au sénat un solennel éloge de Théodoric. On juge de la colère de celui-ci quand, sur des rapports fondés ou non, il en fut venu à se convaincre que Boèce conspirait contre lui. Cependant il ne procéda pas par un coup de force. Le maître des offices fut arrôté et retenu à Calvenzano, aux environs de Milan; son procès s’instruisit devant le sénat. Outre le crime de lèse-majesté, il y avait celui d’astrologie po-

litique. Boèce fut condamné à l'unanimité, triste signe

d'avilissement. On ne l'exécuta pas tout de suite : c’est dans les loisirs de sa détention qu’il écrivit son livre de la Consolation de la philosophie. :

Théodorie se voyait trahi par ses sujets romains, menacé par leurs patrons de Constantinople. Il finit par perdre patience, et, pour couper court à toutes ces intrigues, il se décida à envoyer un ultimatum à l’empereur et à le faire porter pas les chefs mêmes de ce clergé et de cette aristocratie dont les sympathies im-. périalistes lui étaient si importunes !

Le pape Jean, qui, au mois d'août 523, avait succédé à Hormisdas, fut mandé à la cour, avec quatre

! Sur cette ambassade, v. plus haut, p. 74.

à LES SOHISMES ROMAI

Cette ambassade fut embarquée avec ordre de réclamer

l’annullation des conversions d’ariens et la restitution

des églises enlevées à la confession-«de Rimini. On était au commencement de l’année 526. Boëce avait déjà été

exécuté ; le sénateur Symmaque, son beau-père, le suivit

de près. Théodoric s’imagina qu’il tramait quelque chose

pour venger la mort de son gendre: il le fit venir à Ravenne, où, après un jugement sommaire, onluitrancha

la tête. Puis l'ambassade revint. Les demandes du roi

n'avaient été agréées qu’en partie. Dans sa colère il fit

jeter en prison évêques et sénateurs. Le pape Jean y

mourut, le 18 mai. Théodoric, lui aussi, passa de vie à

trépas, le dimanche 30 août 526. C'était le jour où, en

arien devait occuper les églises catholiques de Ra-

il avait deviné juste en pensant que, de l'intimité ré-

1 Anonym. Vales., Mommsen, Chronica Minora, M. G. Auct. ant., t. IX, p. 368. Le narrateur fait mourir Théodoric de la mort d’Arius. La célèbre histoire du poisson servi au roi et dont la

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