‹ L'eglise au VI siecleChapitre 27 sur 105 · OPTIMISTE · texte numérisé non relu

OPTIMISTE

Procope, Bell. Goth., I, 1. Saint Grégoire (Dial., IV, 30) raconte qu’un moine de Lipari vit Théodoric conduit dans le cratère

"ht Un. y ARTS

beau de Théodoric, avec sa coupole monolithe, se voit encore à Ravenne; mais depuis bien des siècles il ne contient plus le sarcophage royal.

des principaux sénateurs. On leur adjoignit l’évêque de Ravenne, Ecclesius, et quelques-uns de ses collègues. :

suite d’un édit rendu le mercredi précédent, le clergé 5

venne . Le grand roi finissait mal: une poussée de

sauvagerie barbare déshonorait ses derniers jours. Mais

tête lui parut reproduire les traits de Symmaque nous vient de

d’un volcan par le pape Jean et le patrice Symmaque. Le tom-.

tablie entre les Romains d'Italie et les dépositaires 14

Le

e | y orientaux de la tradition impériale il ne pouvait sortir rien de bon pour le système politique auquel il avait si longtemps présidé. Théodoric pressentait Justinien.

A Rome on était très ému de tous ces événements. La vacance du saint-siège avait offert au sénat et au clergé une belle occasion de manifester leurs sentiments.

Théodoric, inquiet de ce côté, avait pris les devants et

. pourvu lui-même au remplacement du pape défunt. Son

choix était tombé sur un certain Félix, dont les dispositions lui donnaient sans doute quelques garanties.

Félix IV fut installé le 12 juillet ‘, six semaines avant

la mort du roi. À celui-ci succéda immédiatement son

petit-fils Athalaric, sous la régence de sa mère Amalasonthe, fille de Théodoric. Cassiodore demeurait le

grand conseiller et s’efforçait d'effacer autant que pos-

sible les fâcheuses impressions sous lesquelles s'était

clos le dernier règne.

En ces temps là vivait à Rome un moine lettré, appelé Denys, originaire de la province gréco-latine de Scythie, comme Léonce, Jean Maxence et autres, dont il à été question plus haut. Il vécut longtemps dans la familiarité de Cassiodore, qui faisait le plus grand cas de sa science et de ses vertus *. On le connaissait

1 Ex iussu Theodorici regis, dit tout crûment le Z. P., dans sa première rédaction. Ce témoignage est confirmé par la lettre d’Athalaric au sénat relativement au choix de Félix IV (Var., VIII, 15).

? De inst. div. litt., 28.

cr Coms" ROMAINS |

sous le nom de Denys le Petit (Exiquus) qu ’il se Aorne |

lurmême en tête de ses ouvrages. Il était venu à Rome après la mort de Gélase, très probablement au temps d’Anastase IT !.

Sur les questions théologiques du temps il était

orthodoxe, comme ses compatriotes, mais préoccupé de

labus que les nestoriens faisaient du concile de Chalcé- :

doine et désireux de voir l'Occident tenir plus large

ment compte de saint Cyrille. A propos d’Acace, ses sentiments paraissent avoir été plutôt d'accord avec.

l'attitude du pape Anastase IT qu'avec l'intransigeance

absolue de Gélase et de Symmaque. Mettant à profit

sa connaissance des deux langues, il s’occupa d’abord

de traductions et aussi de droit canonique.

L'église d'Orient possédait depuis quelque temps des

recueils de droit ecclésiastique où les canons de divers

conciles, Ancyre (314), Néocésarée, Gangres, Laodicée,

Constantinople (381), figuraient à la suite de ceux de

Nicée. L'église africaine avait aussi un recueil où, après

les canons de Nicée, venaient ceux de ses propres conciles. À Rome enfin on avait un livre qui s’ouvrait aussi par les canons de Nicée, mais où ils n'étaient

suivis que de ceux de Sardique. Denys groupa ces trois

! Le mémoire présenté aux légats d’Anastase IT par les apocrisiaires d'Alexandrie pendant le séjour des légats à Constantinople (497) fut traduit à Rome par Denys. Au bas de la traduction on lit: Dionysius exiquus Romae de Greco converti.

Cette version a dû être faite aussitôt que possible. D'autre part, dans la préface de sa collection de décrétales, Denys dit

qu’il n’avait pas connu Gélase.

MRSE

se recueils en un n seul, en y ajoutent les canons ee - naires de Chalcédoine. En tête de sa collection il plaça

Le cinquante canons dits apostoliques, extraits par quelque: syrien tant des Constitutions dites apostoliques que du concile d’Antioche de 341 !, Les textes grecs de sa colè lection avaient été traduits par lui en latin. Il la pu- “4 “blia au temps de Symmaque et en fit même deux édi- tions.

Outre cette législation conciliaire, on possédait à È Rome un recueil de décrétales des papes, constitué, à

ce qu’il semble, dès le temps d’Innocent?, et pourvu a depuis de plusieurs adjonctions. Denys le reprit et l’aug- menta d’un grand nombre de pièces nouvelles. Cette seconde collection, celle des Décrétales, ne contient pas moins de trente-neuf lettres pontificales. Toutes ne sont pas des décrétales proprement dites, c’est-à-dire des

: Dont disciplinaires. Hyena ri ER gs sont

É du péché originel et de l’incarnation. Done aucune S ne parle du schisme d’Acace, si ce n’est celle d’Anas- | tase IT. Entre les papes Léon et Anastase [I, le seul qui vi ait fourni une lettre est Gélase, et sa lettre ne traite que de discipline. Ceci donne lieu de penser que la rigueur que l’on tenait au patriarche Acace et à sa & mémoire n'avait pas la complète approbation du moine Denys. En ce temps là ses livres étaient dédiés à d’au-

284 ‘Sur la vraie date de ce concile, v. Histoire, t. IT; p.218 MRouDtés | ? Histoire, t. III, p. 30, note.

tres qu’au pape; la collection des RS porte en tête le nom d’Etienne, évêque de Salone, celle des décrétales

celui d’un prêtre Julien. Sous Hormisdas, Denys paraît

- avoir été mieux en cour. Ce pape accepta la dédicace d’une nouvelle collection, réduite aux seuls canons grecs, eu mais reproduits dans leur langue originale, avec une

version latine en regard, plus littérale que la précé-

dente. Les canons des Apôtres, ceux de Sardique et ceux

d'Afrique étaient éliminés !. | |

Les recueils canoniques de Denys étaient destinés . au plus grand succès. Sans doute ils ne furent jamais promulgués officiellement par l'Eglise romaine. Mais, depuis Jean II (533-535), les papes s’y réfèrent dans leur correspondance *. Hadrien en expédia à Charlemagne un exemplaire complété par quelques adjonctions (Hadrienne). Elles entrèrent dans la compilation

du code canonique espagnol (Hispana), et de là pas- 2

sèrent dans le fameux recueil pseudo-isidorien. |

! Nous n’avons plus cette troisième collection de canons. | Il n’en reste que la préface (Thiel, p. 986; Maassen, p.964, l’un et l’autre d’après le ms. XXX (66) du chapitre de Novare). On E. s'explique l’omission des canons apostoliques, auxquels, comme dit Denys dans la préface de sa seconde édition, purimi con = sensum non praebuere facilem, et aussi des canons africains, que Denys avait pris dans un recueil terminé en 421 où figuraient des pièces peu faites pour plaire au saint-siège (Hist, t. III, p. 251, 255). Quant aux canons de Sardique, leur omission n’a sans doute pour cause que le parti pris de s’en tenir aux canons grecs et de laisser en dehors ceux qui n'avaient pas besoin de traduction.

2? «Quos hodie usu celeberrimo ecclesia Romana complec- titur». (Cassiodore, De inst. div. litt., 28).

138 | 'cHAPITRE 1V,- 002 Denys était un très savant homme. Le comput pascal n'avait pas de secrets pour lui. C’est le moment de dire

quelques mots de cette question spéciale.

Le concile de Nicée avait ordonné aux Orientaux d'accepter, pour la détermination de la fête de Pâques, la ‘règle alexandrine, d’après laquelle la pleine lune pascale (14 nisan) était celle qui suivait immédiatement l’équinoxe de printemps. Depuis lors, dans tout l’empire d'Orient, il n’y avait plus de difficulté. Les

évêques d'Alexandrie calculaient et transmettaient aux

autres la date qui résultait de leurs calculs. A Rome

on n’avait pas jugé à propos de s’en rapporter aux lumières des alexandrins. On calculait soi-même et d’après des données assez différentes. L’équinoxe, dans le vieux calendrier de Jules César, était fixé au 25 mars,

tandis qu’à Alexandrie il tombait le 21, conformément

à la réalité astronomique. D’autre part, à Alexandrie, on célébrait la fête le dimanche après le 14 du premier mois lunaire (nisan), même si ce dimanche tombait le 15; à Rome on n’admettait pas la Pâque du 15 nisan. Si le 14 tombait un samedi, la fête était ren-

voyée au dimanche d’après le 15, c'est-à-dire au 22

nisan. Enfin on croyait avoir une tradition d’après

laquelle la Pâque ne pouvait être célébrée ni avant

le 25 mars ni après le 21 avril. Pour comble de divergence, tandis que les Alexandrins calculaient l’âge de la lune d’après le cycle de Méton ou cycle de dix

neuf ans, approximativement exact et actuellement en-

- core en usage, les Romains s’obstinaient à employer un vieux cycle de 84 ans qui donnait souvent des lunes différentes de celles d'Alexandrie. De ces différences dans les limites de l'échéance pascale et dans la façon de calculer la lune, résultaient fort souvent des dates divergentes. Rome calculait pour tout l'Occident, Alexandrie pour tout l’Orient, mais souvent les Pâques différaient d’un ressort à l’autre, soit d’une semaine, soit d’un mois entier. Même s’il n’y avait pas eu à tenir compte de l'Orient,

les Romains auraient été, à certaines années, dans l’im-

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possibilité de satisfaire à la fois aux exigences de leurs

règles traditionnelles et à celles de leurs propres calculs.

L’intervalle 25 mars-21 avril était sûrement trop étroit rs

pour contenir toutes les échéances possibles. On céda

de bonne heure sur le 25 mars, en sacrifiant l’équinoxe

julien à l’équinoxe réel. La règle du 21 avril se défendit plus longtemps. On a vu qu’en 501 Symmaque

s'était efforcé de la maintenir !. Divers essais avaient

été faits pour parer aux défectuosités des anciens li

vres de comput, ceux que l’on appelait quelquefois Supputatio Romana”. Sous le pape Léon, quelqu'un dont le nom est resté inconnu, mais qui pourrait bien

1 Saint Léon, cependant, avait admis, en 444 une Pâque du 23 avril et en 455 une du 24 avril; mais cela n’alla pas sans difficultés (Chronique de Prosper, à ces deux années; cf. J. 468, 497, 498, 503, 507, 511, 512, 517, lettres de: Léon; et Migne, P. L., t. LIV, p. 606, lettre de Paschasinus ; p. 1085, lettre de Proterius). Toutes ces lettres figurent à l’appendice du livre de M. Krusch (note suivante).

® Voir les textes publiés par Krusch (Der 84jährige Ostercyclus, 1880, p. 227 et suiv.).

Es 140 j CHAPITRE IV.

être Prosper, tenta !, en 447, de corriger la Supputatio,

mais d’une façon peu satisfaisante. Un autre, Victorius 54 d'Aquitaine *, présenta à l’archidiacre Hilaire un cycle comprenant 532 ans, à partir de l’an 28, et constitué

3 d’après les calculs alexandrins. Ces deux computistes

avaient eu soin d'indiquer, aux années où elles étaient

en conflit, les solutions romaines et alexandrines. Ils 4 étaient d'accord aussi pour partir de l’année 28 (duobus G'eminis conss.), considérée comme celle de la Passion. Aucun de ces livres n’était officiel, en ce sens que ke le pape se crût obligé de s'y tenir. Ce n'étaient que des documents d’experts, des informations, dont on te- = nait compte, sans négliger les autres éléments du pro- Le blème, la nécessité de s'entendre avec les églises d’O- rient et le respect dû aux vieilles traditions.

Vers la fin de l’année 595, les chefs de la chancel- lerie du pape Jean, le primicier des notaires, Boniface, eb le secondicier, Bonus, s’adressèrent à Denys le Petit pour s’éclairer sur cette question. Denys n’eut aucune £ hésitation à leur recommander sans réserve le calcul alexandrin *. Il s'était déjà expliqué à ce sujet dans une

lettre adressée à un évêque Petronius. Après Théophile “ 1 C’est ce qu’on appelle la table de Zeitz, éditée par Mommsen, dans les mémoires de l’Acad. de Berlin, 1862, p. 539, et dans les Chronica minora, t. I (M. G. Auct. ant., t. IX, p. 507). ? Mommsen, Chron. min., t. I, p. 677.

# En réalité ces consuls sont ceux de l’année 29. { Suivant lui, les règles alexandrines et le cycle de dix-

| neuf ans seraient l’œuvre directe du concile de Nicée. C’est

inexact. Il ÿ à ici, de la part de Denys, ou une erreur, ou une pieuse fraude. |

= A ; r rh nl se TUE tel

È | Res, : : #6 d'Alexandrie, son successeur Cyrille avait dressé, d’après

la méthode alexandrine, une table temporaire des échéan-

ces pascales. Elle devait se terminer avec l’année 247 de

Dioclétien, comme on disait en Egypte, 531, comme

__ nous dirions. Denys en dressa une autre, qui allait 95

ans plus loin et comprenait cinq cycles de dix-neuf de ans. Toutefois, estimant que le nom de Dioclétien, l'em pereur persécuteur, n’était pas à perpétuer !, il adopta, | pour l’année d’après 247 Dioclétien (1285 de Rome), le … é numéro 532, qui lui sembla correspondre au nombre d'années écoulées, non depuis la Passion, mais depuis l’Incarnation. Sur ce point, il faisait erreur. Il n’avait pas assez

remarqué que l'Evangile fait naître Jésus-Christ sous

Hérode, c’est-à-dire au plus tard, en l’an 750 de Rome

(4 av. J. C.), tandis que son calcul, à lui Denys, abaïssait

la naissance du Christ jusqu’à l’année 754(1 après J.-C.)*. Comme Cyrille avait continué la table de Théophile et Denys celle de Cyrille, ainsi Denys fut plus

tard continué par un abbé Félix et celui-ci par Bède.

Avec les Anglo-Saxons, formés à l’école de Bède, l'ère *

de l’Incarnation sortit des livres de comput pascal

et prit peu à peu, dans la chronologie officielle et usuelle,

1 La même préoccupation se révèle en Egypte, où l’on em-

ploie souvent la désignation depuis les martyrs (&xo maprüpuy) au lieu de depuis Dioclétien.

2 Les documents de cette affaire sont parmi les œuvres de Denys, P. L., t. LXVII, p. 19 et 488. M. Krusch a retrouvé et publié (Neues Archiv, t. IX, p. 109) le début du rapport présenté par le primicier Boniface au pape Jean in presenti IIIT indictione (ind. IV — 525-526).

la place qu’elle a conservée jusqu’à ce jour. Par ses

recueils de droit ecclésiastique, ses traductions, ses tra-

vaux de comput et sa chronologie, Denys prend rang,

. à côté de son contemporain Boëce, au nombre des éduca-

teurs du moyen-âge.

Après l’année 526 il n’est plus question de Denys; mais, hélas, il est toujours question de l’ambition des

clercs romains et de leurs compétitions.

Quatre ans à peine s'étaient écoulés depuis son élé-

vation au pontificat quand le pape Félix IV vit ap-

procher sa dernière heure. Ce n’est pas sans mélancolie qu'il dut songer à sa succession. L'année avait été mauvaise; à grand peine avait-il pu faire face aux nécessités financières les plus urgentes. Il avait lieu de

craindre que la caisse de l'Eglise romaine, très appau-

__ vrie pas les circonstances, n’eût encore à supporter les

frais de candidatures rivales. L'idée lui vint d’écarter

ce danger en choisissant son successeur ?. Ce n’était pas

! Sur cette affaire le L. P., vies de Boniface IC et d’Agapit, a été longtemps le seul document. Mais M. Amelli, alors docteur de l’Ambrosienne, maintenant abbé bénédictin, publia, en 1883, d’après le ms. XXX (66) de la bibliothèque capitulaire de Novare, trois documents importants: 1° le Praeceptum par lequel Félix IV mourant, notifie le choix qu’il a fait de son successeur Boniface; 2° le sénatus-consulte de l’année 530; 8° l’acte de rétractation des prêtres dioscoriens. Je les ai republiés dans mon article La succession du pape Félix IV (Mélanges de l’Ec. fr. de Rome, t. III, p. 289 et suiv.), puis dans le L. P., t. I, p.282; P. Ewald les a donnés aussi dans le Neues Archiv, t.X, p.412. |

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