‹ L'eglise au VI siecleChapitre 28 sur 105 · PR · texte numérisé non relu

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l'usage: le concile romain de 465, présidé par le pape Hilaire, avait fait à cet égard des manifestations et

déclarations très énergiques ‘. Cependant quelques rai-

sons ou autorités pouvaient être alléguées en faveur

de ce procédé *. Félix s’assura de l’assentiment de la

régente et de son fils, puis convoqua un certain nombre

de prêtres, de diacres et de sénateurs, devant lesquels

il désigna, pour siéger après lui, son archidiacre Boni-

ES ROMAINS Mn ee,

face, auquel il remit son pallium, en se réservant la

faculté de le lui reprendre s’il revenait à la santé. De

cela il fut dressé un acte, que le pape fit afficher dans toutes les églises titulaires ; les contrevenants y étaient 5

menacés d’excommunication. Le sénat, de son côté, ren-

dit un décret portant confiscation de la moitié des biens pour quiconque, avant la mort du pape, s’océuperait d'élections; de plus, il menaçait d’exil les candidats qui

se mettraient en avant.

Le pape mourut le 22 septembre 580. Il parut aus-

sitôt que sa décision n’avait pas satisfait tout le monde.

! Voir le procès-verbal de ce concile, Thiel, p. 162 et suiv.;

cf. les lettres d'Hilaire, J. 560, 561.

? Saint Martin, saint Augustin et autres avaient plus ou

moins choisi et désigné leurs successeurs. Le concile romain

de 499 admet la légitimité de ce procédé : « Si quis... papa incolumi et eo inconsulto aut subscriptionem pro Romano pontificatu commodare aut pittacio promittere aut sacramentum praebere temptaverit aut aliquod certe suffragium polliceri, vel de hac causa privatis conventiculis factis deliberare atque decernere. ... Si quod absit transitus papae‘inopinatus evenerit, ut de sui electione successori, ut supra placuit, non possit ante decernere...».

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er

Deux partis se formèrent. La grande majorité des prê-

tres, une soixantaine, avec une partie du sénat, se porta à la basilique Constantinienne et acclama le diacre Dioscore; Boniface rallia le reste dans une grande salle du palais de Latran, qu'on appelait la basilique de Jules. Ils furent consacrés tous les deux et le schisme, de nouveau, divisa l'Eglise romaine.

Boniface, fils de Sigisvult, paraît avoir été de race germanique ; en tout cas son choix agréait aux souve-

rains goths. C'était un homme riche, bienfaisant, dont

toute la carrière s’était écoulée au service de l'Eglise

romaine. Dioscore était grec d’origine; mais il avait,

: : 6 LE 3 lui aussi, des titres à la reconnaissance des Romains.

C’est lui qui avait négocié à Ravenne la reconnaissance

du pape Symmaque et à Constantinople l'extinction du

schisme acacien. Si quelques exemples et quelques opportunités pouvaient être allégués en faveur de son adversaire, il avait pour lui les canons, et ceux du concile romain de 465, et ces canons grecs que les publications de Denys venaient de mettre à la mode. Le 28° canon d’Antioche interdit formellement aux évêques de se désigner un successeur. Il était soutenu, dans le clergé supérieur, par une majorité énorme. Le sénat était divisé. Si les choses fussent restées en l’état, on ne sait ce qui aurait pu arriver. Mais Dioscore mourut au bout de vingt-huit jours et ses partisans eurent le bon esprit de se rallier à Boniface.

Celui-ci usa sans modération d’une victoire ines-

pérée. Il exigea de ses prêtres une rétractation humi-

liante, dont la formule s’est conservée ! ; Dioscore y est

traité d’intrus et chargé d’anathèmes. Boniface alla plus loin : il prétendit, lui aussi, se choisir un successeur. Encore n’attendit-il point l'avertissement de la maladie: ce n’est pas à son lit de mort, c'est en plein synode, dans la basilique de Saint-Pierre, qu’il fit part à son

clergé de cette détermination et lui présenta à signer

un acte par lequel on s’engageait à lui donner pour

successeur le diacre Vigile. Il fallait même prêter ser-

ment devant la confession apostolique. Le clergé, ter-

rifié sans doute par l'attitude du gouvernement ou in- fluencé d’autre manière, céda complètement et se sou-

mit aux volontés du pape.

Peu après, cependant, par un revirement dont les causes nous échappent, Boniface II regretta cette étrange démarche. Il réunit une nouvelle assemblée, à laquelle le sénat prit part, et s’accusa d’avoir outrepassé ses droits *. On apporta devant la confession de saint Pierre un brasier allumé ; il y jeta le décret en faveur de Vi-

gile. Le décret contre Dioscore devait, lui aussi, être

retiré, mais il ne le fut pas du vivant de Boniface,

qui mourut le 17 octobre 532, fort regretté des pauvres de Rome *.

Les discordes recommencèrent. Il se passa plus de

deux mois avant que l’on pût donner un successeur

1 Datée du 27 décembre 530.

2 Reum se confessus est maiestatis, dit, un peu énergique-

Mmont, les?

8 V. son épitaphe, L. P., t. I, p. 288.

Ducuesxe, L'Église au VI siècle. ; 10

au pape défunt. Enfin, un prêtre Jean, surnommé Mer-

cure, du titre de Saint-Clément, fut consacré le 2 jan-

vier 533. Pendant la vacance, les compétitions, les libéralités, les promesses simoniaques étaient allées d’un tel train que la caisse de l'Eglise était vide et qu’on avait été obligé de vendre les vases sacrés, Le nouveau pape, aussitôt installé, crut devoir agir auprès du gouvernement pour qu’on prit des mesures contre le retour de pareils excès. Le sénatus-consulte de 530 n'’avait pas été obéi. Le roi le confirma par un décret !, étendant et renforçant les sanctions pénales. Le mal de

la simonie s’étendait partout en Italie: l’édit vise non

seulement les compétitions et les trafics de suffrages,

mais aussi les ordinations obtenues à prix d'argent. Ordre fut donné au préfet de Rome Salventius ? de faire graver et le décret royal adressé au pape Jean

et le sénatus-consulte de 530 sur des tables de marbre et de les afficher dans l’atrium de Saint-Pierre.

Au mois de mai 535 le pape Jean II mourut et fut remplacé par son archidiacre Agapit. Celui-ci sortait d'une grande famille romaine, celle qui avait déjà donné à l'Eglise lé pape Félix IIT et qui devait lui donner plus tard saint Grégoire le Grand. Son père, Gordien, prêtre du titre des Saints-J ean-et-Paul, avait été mas-

sacré en b01 aux côtés du pape Symmaque. Agapit avait sa demeure paternelle en face de l’église où of-

ficiait Gordien. C’est cette maison que plus tard saint PAS SLE tb:

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Grégoire transforma en monastère. Il y avait réuni une bibliothèque contenant les œuvres des Pères de l'Eglise. |

De concert avec le puissant ministre Cassiodore ! ilse

proposait d'organiser à Rome, probablemeut en cet endroit, une grande école où, d’après le modèle de

l’ancienne école d'Alexandrie et celui de l’école syrienne

de Nisibe, des maîtres choisis eussent enseigné les … saintes Ecritures et les lettres chrétiennes. La guerre, la terrible guerre gothique, vint déconcerter ces projets. L'Ecole romaine ne fut pas fondée. De la bibliothèque

d’Agapit il ne nous reste que l'inscription dédicatoire ?.

Les Goths, comme tous les barbares établis dans

lPempire, se civilisaient trop. Au contact de l’oisiveté

romaine ils contractaient des vices nouveaux et perdaient leurs qualités natives. Après Théodoric, qui se contenta d’être bienveillant aux Romains sans se roma-

niser lui-même, les princes de sa famille se laissèrent

aller aux séductions, si puissantes en tous les temps,

du milieu italien. La régente Amalasonthe faisait donner à son fils l'éducation d’un porphyrogénète, non celle

d’un chef de guerriers. Théodat, neveu de Théodoric,

s’énervait de son côté, se partageant entre le soin de

ses domaines de Toscane, les aventures galantes et l’é-

+tude de la philosophie platonicienne. En 534 (2 octobre)

le jeune roi: vint à mourir. De la race des Amales, le

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1 Cassiodore, De inst. div. litt., préface. L. P., t. LXX,

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seul représentant disponible c'était lui, Théodat. Il épousa Amalasonthe, mais peu après il la fit emprisonner dans une île du lac Bolsène (30 avril 535). Cependant l’Afrique redevenait romaine, ou plutôt devenait byzantine. Bélisaire y avait débarqué en 533; dans Carthage, tombée en son pouvoir, il avait mauguré la reprise de possession du pays occupé depuis cent ans par les Vandales. L’année suivante on lui accorda, à Constantinople, les honneurs du triomphe. En 535 il fut consul ordinaire. L’élan était donné. En réclamant Lilybée (Marsala), possession vandale, le gouvernement de Justinien montrait l'intention de prendre pied en Sicile; déjà il avait en sa possession toutes les îles vandales, les Baléares, la Corse, la Sardaigne. Par l’ouest et par le sud il commençait à encercler l'Italie. Les princes goths s’y résignaient. Dès le temps d’Athalaric, Amalasonthe cherchait à céder la place à Justinien et négociait sous main à cette intention. Théodat, dès avant d’être roi, avait montré les mêmes dispositions. Avec les évêques Hypatius et Demetrius !, négociateurs ecclésiastiques envoyés au pape Jean IT pour des questions de dogme, était venu un ambassadeur laïque, Alexandre, lequel avait traité secrètement de la restitution de l'Italie. Il remporta des promesses formelles d’Amalasonthe et de Théodat. L'année suivante, un autre ambassadeur, Pierre, venu pour conclure dé-

. finitivement, trouva la situation changée, Amalasonthe

! Ci-dessus, p. 88.

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morte et Théodat seul roi. Il le menaça d’une guerre

immédiate, l’empereur ne pouvant manquer de se croire lésé par l’assassinat d’une reine qu’il avait prise sous sa protection. En effet, Justinien fit envahir aussitôt la Sicile et la Dalmatie. Terrifié, Théodat remit au légat Pierre deux lettres pour Justinien, dans l’une desquelles il acceptait des conditions très dures, tandis que dans l’autre il cédait complètement l'Italie. Celle-ci ne devait être remise qu’au cas où l’empereur ne se contenterait pas de la première. Naturellement Justinien les lut toutes les deux, accepta la seconde et renvoya Pierre

pour prendre, de concert avec Bélisaire, les mesures que

comportait le changement de gouvernement. Bélisaire

était déjà en Sicile; le 31 décembre 535 il en achevait

la conquête en forçant les remparts de Palerme. Mais

l’expédition envoyée en Dalmatie avait essuyé un échec.

Sur ces entrefaites, le légat Pierre arrivait à Ravenne.

Cette fois, Théodat se montra très fier, et, appuyé par le sentiment national des Goths, se déclara prêt à résister aux armes byzantines.

Mais celles-ci étaient plus redoutables qu’il ne semblait au pauvre roi. L'hiver n’était pas terminé que les Goths avaient dû évacuer la Dalmatie. Peu rassuré, Théodat imagina d'envoyer le pape Agapit à Constantinople, pour tâcher d’arranger les choses et d'obtenir le rappel de Bélisaire et de son armée. On était en

plein hiver. Le pape accepta ce pénible voyage, au

terme duquel il trouva la maladie, puis la mort. Justi-

nien, bien entendu, ne céda pas aux prières de Théodat,

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