‹ L'eglise au VI siecleChapitre 30 sur 105 · PURE · texte numérisé non relu

PURE

| envoyait au nn à de Justinien pour le prier de venir prendre possession de Rome. Bélisaire y entra le 10 décembre 536. Vers le même temps, Théodat était massacré aux environs de Ravenne.

L'empire avait reconquis sa vieille métropole, mais

il fallait s'attendre à ce qu’elle lui fût disputée. Vitigès

vint bientôt assiéger Bélisaire et le siège dura plus

d’un an.

Parmi les intrigants que l’on voyait s’agiter à cha- à

que vacance du siège apostolique, le plus notable était

ce diacre Vigile dont Boniface IT avait voulu faire son

successeur. En ce temps là il recherchait le patronage

des Goths. Les conquêtes de Bélisaire lui firent com-

prendre de bonne heure qu’il valait mieux s'orienter

vers l’empire. Le pape Agapit l’ayant emmené à Cons-

tantinople, il profita de son séjour pour se faire bien

voir de l’impératrice Théodora. Cette princesse venait d’échouer dans ses combinaisons pour relever le parti monophysite. Agapit avait destitué son protégé le patriarche Anthime; les affaires de Sévère et de Théo-. dose marchaient aussi très mal: les dissidents sem-

blaient au plus bas. Théodora s’entendit avec Vigile,

et, en lui promettant son appui pour recueillir la succes-

sion d’Agapit, elle en tira des engagements plus ou

moins précis en faveur de ses plans à elle.

Vigile partit aussitôt pour Rome, ramenant sans doute avec lui les restes du pape défunt. Mais, quelque | diligence qu'il eût pu faire, il arriva trop tard: Silvère

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était déjà installé. Il fallut attendre. Pendant que Bé-

lisaire mettait Rome en état de défense, Vigile groupait

autour de lui les mécontents et travaillait l'opinion. Il …. avait été recommandé à Bélisaire et surtout à sa femme Ps Antonine, intrigante audacieuse et sans scrupules. Bé- 5. lisaire aurait bien voulu se tirer honnêtement de cette a affaire. Supposant, avec raison, que l’impératrice tenait

plutôt à aider les Monophysites qu’à faire les affaires EN do Vigile, il conseillait à Silvère de concéder lui-même

ce que l’on attendait de son concurrent !. Silvère s’y

refusa. Le siège venait de commencer ?. On fabriqua

28 une lettre par laquelle le pape était censé promettre D au roi des Goths de lui livrer la porte Asinaria, voisine =. du Latran. Silvère, pour faire tomber les soupçons, se

D retira à Sainte-Sabine, sur l’Aventin. C’est de là que, 40 mandé par Bélisaire, il se rendit au palais du Pincio, l’ancienne demeure des Anicii Probi, où le patrice avait > Son quartier-général. Une première fois on le laissa renrer chez lui. La seconde fois les clercs de sa suite … ayant été retenus dans les antichambres, il pénétra, ac- » compagné du seul Vigile, dans une pièce où se tenaient Antonine et Bélisaire. Ils lui reproghèrent sa prétendue

trahison. Deux clercs, appelés alors, lui enlevèrent son

! D’après le récit du Z. P., vie de Silvère, 2° partie, Théodora elle-même anrait tenté d'amener Silvère à ses vues. Liberatus (c. 22) raconte les choses comme je le fais ici. Son té- He moignage me semble concorder mieux avec la suite des rap-

; ports entre Vigile et Théodora.

? Dans les premiers Jours de mars 537 (Hodgkin, Zéaly and

her invaders, t. IV, p.127, note). @ry

pallium et le revêtirent d’un habit monacal ; puis ils

sortirent et annoncèrent que le pape était devenu moine. On ne le revit plus à Rome. C’est plus tard seulement qu’on apprit qu’il avait été embarqué et conduit en Lycie, où l’évêque de Patare avait été chargé de le garder.

Bélisaire réunit le clergé et fit procéder à l'élection

d’un autre pape. Vigile fut acclamé, non sans quelque k

opposition, et ordonné le 29 mars 537.

Cependant l’évêque de Patare, instruit par Silvère

des circonstances de sa déposition, eut le courage de

prendre sa défense. Il partit pour Constantinople et le palais fut bientôt rempli de ses protestations. « Com- » ment, disait-il, a-t-on pu déposséder ainsi l’évêque d’un » tel siège? Il y a de par le monde beaucoup de rois,

» mais aucun d’eux n’est comme ce pape, à la tête de

» l'Eglise entière. Et on l’a chassé de son siège!» !,

Justinien lui donna raison. Il prescrivit de ramener

Silvère à Rome et d’enquêter sur les lettres d’après

lesquelles on l'avait condamné. Si elles étaient authen-

tiques, on le laisserait vivre en évêque * hors de Rome ;

si elles étaient fausses, on lui rendrait son église. En

vain Théodora voulut-elle empêcher l'exécution de cet

1 « Multos esse dicens in hoc mundo reges, et non esse unum sicut ille papa est super Ecclesiam mundi totius, a sua sede expulsus ». (Liberatus, 22).

? «In quacumque civitate episcopus degeret ». (Liberatus, L. c.). J'entends cela d’un exil, non de la mise en possession d’un autre siège épiscopal. Dans l’espèce, Silvère aurait été coupable de haute trahison et passible d’une peine capitale.

ordre; en vain l’apocrisiaire Pélage s’empressa-t-il de porter aux endroits opportuns les commandements de

l'impératrice : Silvère fut ramené en Italie. Mais Vigile était sur ses gardes. Il parvint sans doute, grâce à la faveur de Bélisaire et aux intrigues

__ d’Antonine, à faire en sorte que l'enquête tournât contre

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son rival. Puis il se chargea de pourvoir à son internement. Silvère fut envoyé dans l’île de Palmaria, en vue de mont Circé; il mourut misérablement !,

Aïnsi débarrassé de son prédécesseur et satisfait

dans son ambition, Vigile s’appliqua au gouvernement de son église, et, en particulier, à réparer les désastres

causés par le long siège que Rome venait de subir.

Pendant un an et plus Bélisaire avait réussi à repousser

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tous les assauts. Mais à quel prix! Tous les abords de

Rome étaient dévastés, les aqueducs coupés; les édi-

fices religieux, basiliques et cimetières «exterminés we

comme dit un témoin oculaire. Pendant que la guerre gothique se poursuivait sur d’autres théâtres, Vigile s’employa à la restauration des sanctuaires. Il nous reste encore des inscriptions qui témoignent de son activité en cé genre de choses. Elles sont en vers. Il

y avait encore des versificateurs, même dans le clergé.

! Un des serviteurs d’Antonine, Eugène, fut mêlé à cette affaire, que Procope, dans son Histoire secrète (c. 1) qualifie de miasux (forfait sacrilège); il impute à Antonine la mort de Silvère (EuGépuy Giayoncauévn). Suivant Liberatus, Silvère serait mort de faim, inedia, sous l'œil de deux clercs de Vigile. Le

L. P., moins autorisé, dit que Vigile le fit alimenter pane tribulationis et aqua angustiae.

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LES SCHISMES ROMANS 155 Arator, un haut fonctionnaire de la cour de Ravenne entré sur le tard dans les ordres, mit en hexamètres : les Actes des Apôtres, et ce jeu d’esprit fut l’objet d’une

lecture solennelle, en 544, dans la basilique impériale

de Saint-Pierre-ès-liens.

Au fond de son palais de Latran le pape Vigile £

pouvait jouir de la paix reconquise. Autour de lui

Rome, sinon l'Italie, vivait dans un calme qui contrastait heureusement avec l'agitation des années précédentes. Clergé et fidèles, tout lé monde, en dépit de ses fâcheux débuts, avait accepté son autorité. Mais Fa

semble que son sommeil devait être troublé et parle

souvenir tragique du malheureux Silvère et par des

préoccupations au sujet de l’impératrice Théodora, à

laquelle il n’avait pas donné les satisfactions qu’elle

attendait de lui et qui n’était pas femme à le lui par-

donner. Sans défense contre ses remords, il se gardait

de son mieux contre la terrible souveraine. Un de ses

diacres, Pélage, qui lui était particulièrement dévoué,

résidait à Constantinople en qualité d’apocrisiaire et

tenait l'œil ouvert sur tout ce qui pouvait se passer au détriment de son maître. Pélage était un homme de tête et d'énergie, très considéré en Italie, très bien vu à la cour. Nous l'avons déjà vu à l’œuvre, tant au service de Vigile lui-même que dans les affaires de l’église d'Alexandrie. Son rôle va se poursuivre longtemps. C’est vraiment, aux temps où nous sommes, le

personnage le plus important de l’Eglise romaine.

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Origène et les Trois Chapitres.

La fin du néoplatonisme. — La culture littéraire et philosophique chez les Monophysites. — L’origénisme dans les monastères de Palestine ; sa condamnation par édit impérial. — Pélage et Théodore Askidas. — Les Trois Cha-

pitres. — Edit de Justinien à leur sujet. — Résistances. — Le pape Vigile

à Constantinople: le Judicatum. — Opposition occidentale ; hésitations. — Violences exercées contre le pape. — Les Isochristes, leur condamnation. — Constitutum de Vigile. — Son acquiescement au Concile.

Au premier abord le monde monophysite d'Orient

ne donne pas l'impression d’un milieu bien cultivé. Des

prélats fanatiques, inflexibles, cramponnés à des formules dont rien ne peut les faire démordre; des moines en-

thousiastes dans leur ascèse, prêts à souffrir mille morts

; pour le plaisir de maudire des décrets dont le sens leur

échappe; des coups de force, des évictions, des émeutes,

des prédications incendiaires: voilà ce qui apparaît au premier plan. En ÿ regardant de plus près on constate, non sans étonnement, qu'il y à derrière ce tapage plus de pensée qu'on ne s’y attendrait. La poésie, la philosophie, l’histoire, toutes les lettres sont cultivées dans cet étrange milieu, tant en grec qu’en syriaque. Les hommes de haute culture y abondent. Ils viennent des plus célèbres écoles, d'Alexandrie, de Gaza, de Béryte, d’Antioche, d'Edesse. On dirait, à voir le parti qu’ils en tirent, qu’elles fonctionnent à l’usage spécial des dissi-

dents. Philoxène a été formé par les maîtres édesséniens ;

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Sévère et Zacharie par ceux de Béryte et d'Alexandrie.

? . : . S C’est dans ce monde oriental que viennent mourir les

dernières lueurs de la philosophie hellénique; c’est sur

des livres de dissidents chrétiens qu’elles projettent leurs derniers reflets,

Athènes, au .V* siècle, conservait encore quelques

écoles, bien déchues. Ce qui restait de néoplatoniciens

s’y donnait rendez-vous. Grâce à l'appui financier des

derniers adhérents du paganisme, ils réussissaient à

maintenir un enseignement régulier. On commentait

Platon et les poètes sacrés, Homère et Hésiode, comme

dans les écoles chrétiennes on expliquait la Bible. Dans

celles-ci les œuvres des anciens Pères étaient étudiées

avec respect; à Athènes cette vénération studieuse se portait sur les maîtres de l'Ecole, Plotin, Porphyre, Jamblique, Aedesius et les autres. L’impératrice Athé-

naïs-Eudoxie, femme de Théodose II, était née, avait été

élevée dans ce milieu lettré: son père était professeur,

comme nous dirions, à l'Université d'Athènes. Elle était

encore de ce monde quand le célèbre Proclus prit, en 450,

la direction de l’école philosophique; il devait la garder

jusqu’à sa mort (485).

C'est surtout. un commentateur, comme on l’était déjà avant lui et comme on le sera, de longs siècles durant, dans les écoles qui remplaceront la sienne. Il conservait le fond de la doctrine traditionnelle, l’évolution de l’abstrait au concret, de l’un au multiple, du parfait à l’imparfait, et le rétablissement final par le retour de tous les êtres à l'unité primordiale. Sur ce

. 158 CHAPITRE V. RE 4e FT. 4 nn. fond, beaucoup de broderies, dont quelques-unes rappellent les triades et les hebdomades gnostiques, d’autres sont destinées à rattacher de plus en plus étroitement à la théologie de l’école ce qui restait de religion hellénique, d’initiations et de mystères. Après Proclus, la série des

«scholarques» se continua encore jusqu’à Damascius,

qui occupait cette situation à l’avènement de Justinien. En 529 l’école fut fermée, les fondations confisquées et les maîtres dispersés. Ils eurent! la singulière idée de se réfugier en Perse, s’imaginant que, grâce à la protection du roi des rois Chosroës Anoushirvan, que l’on disait féru de sapience hellénique, il leur serait

possible de se reconstituer. Mais on n’était plus au temps de Xénophon; les Perses avaient bien changé depuis la Cyropédie. Les philosophes furent tout d’a- bord choqués de la promiscuité matrimoniale en usage parmi eux; sur d’autres points encore ils furent déçus. Is rentrèrent dans l'empire. Chosroës n’avait pu leur trouver des auditeurs; au moins parvint-il à obtenir rt:

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Étique J ustinien les laissât tranquilles; ils finirent obscu-

rément.

Mais déjà, vers la fin du V° siècle, ils avaient trouvé dans le monde syrien, des continuateurs inattendus. Un moine d’Edesse, Etienne Bar-Soudaïli, penseur subtil, en était venu, après de longues méditations, à se complaire en un système à peu près et même plus qu’à peu près panthéiste. Partant des conceptions néopla-

! Agathias, II, 30, 31.

- toniciennes * sur l’origine et la fin des êtres et les pous-

sant à l’extrôême, il cherchait à les rattacher tant bien

que mal à la tradition chrétienne. Comme Origène et

Marcel d’Ancyre, il en appelait au texte de saint Paul (7 Cor., XV, 28) où il est dit qu’à la fin Dieu sera

__ tout en toutes choses. Son apocatastase était absolue; 72

non seulement toutes les créatures devaient se réabe = sorber dans le Christ, mais les trois personnes divines + devaient finir par rentrer l’une dans l’autre. En bien d’autres points encore il heurtait les idées reçues? à Aussi ne put-il pas tenir longtemps à Edesse. Il se : réfugia en Palestine, dans un couvent voisin de Jéru salem. Jacques, chorévêque ou évêque de Saroug, lui | écrivit une lettre sévère. Philoxène aussi, le métropolitain de Maboug, dans une lettre adressée à deux prê-. tres d'Edesse, Abraham et °Oreste *, se plaignit amèrement de sa doctrine. Cette dernière lettre se place j entre 512 et 518. Entre beaucoup de traités de mystique et d’exégèse, Bar Soudaïli avait écrit un ou vrage appelé «Livre d'Hiérothée », dans lequel plusieurs

1 Il n’est pas rapporté qu’il ait séjourné à Athènes ; mais il passa quelque temps à Alexandrie.

? Pendant longtemps on ne connaissait Etienne Bar Soudaïli que par ce qu’en dit Assemani dans le tome II de sa Bibl. Or. M. Frothingham a retrouvé un ms. du «Livre d'Hiérothée» et en a communiqué des extraits, avec les deux lettres de Philoxène et de Jacques de Saroug, Séephen Bar Sudaïli, the Syrian Mystic and the book of Hierotheos, Leyde, 1886.

Il serait à souhaiter que le texte entier du livre d'Hiéro-

1 thée fût enfin publié.

3 Publiée par Frothingham, L. c.

pagite. 7” Fe 4 Celui-ci, je veux dire le mystérieux faussaire qui se __ cache sous ce nom, est un contemporain d’Etienne. Lequel des deux est le plus ancien ? Ceci n’est pas encore tiré au clair. Mens 0 en grec, Etienne en syriaque ; mais tous les deux étaient des syriens du nord. Sous le nom de Denys, il nous reste quatre traités sur la Hiérarchie céleste, la Hiérarchie ecclésiastique, les Noms w la Théologie mystique, et quelques lettres. L'auteur a voulu passer pour le célèbre disciple

de saint Paul, mais il n’a pas réussi à dissimuler qu’il connaissait les œuvres de Proclus, les institutions litur- giques d’Antioche avec les innovations introduites par e Pierre le Foulon, enfin l'Hénotique de l’empereur Zénon!. j: C’est un néoplatonicien defenu chrétien, mais resté très éoplatonicien. L'évolution des choses à partir de l'être bstrait et leur retour futur à l’origine le préoccupent extrêmement *. Cependant il est orthodoxe, au moins d’expression. Sur le dogme de l’incarnation, ses tendances seraient plutôt monophysites. Mais son respect pour l’'Hénotique, qui interdisait de parler soit d’une nature & s soit de deux, le maintient en des formules neutres, si

Mi __ bien que les deux partis finirent par s’autoriser de lui.

Schriften und ihr Eindringen in die christliche Literatur bis zum

Lateranconcil 649. (Programme du gymnase « Stella Matutina » de Feldkirch, 1895).

? Duhem, Le système du monde, t. IV, p. 847 et suiv.

D ont “êtu reconnaître celui dont parle Denys l’Aréo-

!J. Stiglmayr, Das Aufkommen der Pseudo-Dionyzischen

ORIGÈNE ET LES TROIS CHAPITRES 161 de

Sévère en faisait le plus grand cas ?. Ephrem aussi, son successeur orthodoxe à Antioche ?. C’est par les dé- | légués à Constantinople des évêques monophysites d’Orient que ses ouvrages furent d’abord produits en dehors de leur pays d’origine. Mais déjà ils jouissaient en Syrie d’une grande ee

riété et leur histoire était assez longue. Leur style pédant, prétentieux, obscur, réclama de bonne heure les bons offices des scholiastes ; leur nouveauté soulevait des protestations auxquelles il fallait répondre. C’est à cette douche que es. se dévoua Jean, dit le Scholastique’, qui devint plus :

1 Pseudo-Zacharie, Hist. Miscell., VIT, 12; cf. les deux fragments de Sévère allégués par le P. Stiglmayr, p. 47 (Mai, Script. Vett., t. VIL, p. 71) et p. 48. Ce dernier est tiré d'un manus- - crit du Vatican. Ni l’un ni l’autre ne sont datés; le dernierne peut guère être antérieur à 525. C’est, je crois, à Sévère que commence la documentation de l’Aréopagite. André de Césarée qu'allègue le P. Stiglmayr est de date incertaine, peut-être di beaucoup postérieure au Ve siècle; Procope de Gaza, allég aussi, mais dubitativement (et avec raison), ne donnerait p une référence antérieure à celle de Sévère.

? Photius, cod. 229, P. G., t. CIII, p. 989. :

3 Ce Jean avait bataillé, au temps du Patriarche Flavien II, contre les monophysites. Son livre, Karà rôv &rosyuorôv, en douze ce livres (signalé par Photius, cod. 95), était sans doute rédigé au À point de vue hénoticien, juste-milieu, car il fut attaqué par Basile ie Cilicien, défenseur de Diodore et de Théodore (Pho- LS 4 tius, cod. 107), et par Sévère (Lebon, Monoph., p.153). On trouve à cité comme de lui, dans les Conciles de 649 et de 681 (Mansi, + t. X, p. 1107; XI, p. 438), ainsi que dans la Doctrina publiée par Mai, Script. Vett., t. VII, p. 21. (Of. Photius, cod. 281), un ouvrage en huit livres au moins, Karà Ee6ñpou. Cet ouvrage, à er" en juger par la citation qu’en fait le Concile de 681, était postérieur à l’ouverture de la: querelle entre Sévère et Julien d'Halicarnasse (v. 520). Il serait donc différent du précédent. Cf.

Loofs, Leontius von Byzanz, p.269, note.

Ducursne, L'Église au VI siècle. 11

tard’ évêque de Scythopolis* en Palestine et, après lui, un autre scythopolitain appelé Georges *

Une traduction syriaque fut exécutée par Serge 13 de Resaïna, médecin et théologien qui, après avoir oscillé entre les divers partis religieux d'Orient “, se trouvait, à la fin de sa LR 536), dans l'intimité du

patriarche Ephrem *. Les élucubrations de Jean et de Georges furent annexées par lui à sa version

Ainsi, grâce à sa prudente obscurité, grâce aussi

aux progrès que les orthodoxes de Syrie avaient faits.

dans la théologie cyrillienne, le faux Denys trouva des.

1 Entre 536 et 548.

2 Le prologue de Jean figure en grec dans les éditions du commentaire de Maxime sous le nom de celui-ci. (P. G., t. VI, p. 16-21). Une partie des scholies de Maxime doivent être de: lui. Sur ce personnage, v. Loofs, Leontius, p. 269, note. : 3 Stiglmayr, p. 53, d’après Phocas Bar-Sergis (VITIe CE » au- teur d’une préface à 1e version syriaque de Denys, conservée: dans le ms. Add. 12151 du British Museum.

4 Plusieurs de ses écrits sont dédiés à Théodore, évêque de: Merv, lequel ne pouvait être que nestorien. Cependant l’auteurmonophysite de l’Hist. mise. (IX, 19) lui décerne, d’après sa préface à Denys l’Aréopagite, un certificat d’orthodoxie. En revanche il se plaint beaucoup de ses mœurs. Serge aura sans. doute évolué au moment de la réaction chalcédonienne, sous. Justin. Il y a lieu, je pense, de le distinguer du grammairien Serge, de tendance eutychianiste, avec lequel Sévère discuta. par correspondance. (Analyse de cette correspondance par Lebon, Le monophysisme sévérien, p. 538; cf. p. 168 et suiv.).

5 Hist. miscell., IX, 19. ”

5 La preuve en a été donnée par Baumstark, Lucubrationes: Syro-Graecae dans le 21° supplément au /ahrbücher für Philologie und Paedagogik, p.357. — Sur Serge de Resaïna, v. Rubens-Duval, La liltérature syriaque, p.254, 274, 365. Cf. Hist.. miscell,, IX, 19.

partisans dans les deux camps. C’est avec les recommandations les plus imposantes qu’il atteignit les cercles lettrés de la France carolingienne et que de là il passa dans les écoles du Moyen-Age.

De la multitude d'écrivains dont les noms pourraient être cités avec ceux d’Etienne Bar-Soudaïli, Pseudo- Denys, Philoxène, Sévère, Ephrem, Serge de Resaïna, je ne veux détacher qu’un seul: Jacques de Saroug, monophysite comme tant d’autres et même fort actif dansisa dissidence et ses controverses 1, Ce qui le caractérise c’est son talent poétique. Comme Ovide il eût pu dire: Quidquid tentabam scribere, versus erat. On à de lui des lettres et quelques autres ouvrages en prose ; mais le plus clair de sa littérature consiste en homélies métriques; il prêchait en vers, continuant ainsi la tradition de saint Ephrem et d’autres lettrés de son pays. Il laissa sept-cent-soixante homélies métriques dont beaucoup se conservent dans les manuscrits syriaques. Aussi l’appelait-on la flûte du Saint-Esprit, la harpe de l'Eglise orthodoæe ?. C'était la grande célébrité du pays de Saroug, contrée transeuphratésienne entre Edesse - et Hiérapolis. Il y exerça les fonctions de chorévêque jusqu’en 519. Cette année il fut élu évêque au chef-

lieu -de la cité, Batnae. Comme prélat dissident, il au-

1 Cependant il y avait, sur son horizon, des fanatiques, qui l’accusaient de modérantisme et le forçaient à donner des explications. Voir sa lettre aux moines de Mar Bassus, publiée par l’abbé P. Martin dans le Zeitschrift der deutschen morgenländischen Gesellschaft, t. XXX, p. 217.

2 Orthodoxe au point de vue monophysite, cela s'entend,

rait eu beaucoup de désagréments à subir, s'il n’était mort en 521, au moment où l’exécution allait s'étendre jusqu’à lui”. M x

Cependant Bar-Soudaïli vivait toujours en Palestine. Bien que les patriarches de Jérusalem eussent accepté l’Hénotique, l'esprit général des moines et de la popu- . lation était resté favorable à l’orthodoxie chalcédonienne- On s'était rallié de bon cœur à la restauration du con- cile. Les moines de Gaza partis pour l'Egypte, aucun foyer d'opposition ne subsistait plus dans le pays. Origène vint de nouveau troubler ce calme. Les disputes de la fin du IIl siècle étaient oubliées depuis longtemps; les dissensions de Rufin et de saint Jérôme n’avaient fait de bruit qu’en latin, Les proscriptions qui, à Rome et en Egypte, s'étaient abattues sur les écrits du litigieux docteur n'avaient guère eu d'effet en Palestine. Ses idées trouvaient encore, cà et là, quelques sympa- thies. Vers le milieu du V° siècle, saint Euthyme vit arriver à lui des. moines origénistes, et les écarta. Antipater, évêque de Bôstra *, écrivit contre Origène un

1 Michel le Syrien, Chron., IX, 15. Timothée, prêtre de CP, De recept. haeret. (Migne, P. G., t. LXXXVI, p. 41) le qualifie d’orthodoxe. Assemani et les Bollandistes (Acta SS. Oct., t. XII, p. 824, 927, ont été de cet avis. Mais ses lettres aux moines de Mar-Bassus (P. Martin, dans le Zeitschrift der d. morg. Gesellschaft, t. XXX, p. 217), sans parler de divers autres écrits, ne laissent aucun doute sur ses sentiments monophysites.

? Une inscription, probablement à son nom, se conserve

encore à Bostra (Le Bas et Waddington, Voyage archéologique, t. III, n° 1914).

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; omicèwe ET LES TROIS CHAPITRES

| “traité qui St quelque vogue. Mais c est seulement au commencement du VI° siècle que l'origénisme se remit

à pulluler et cette fois d’une manière assez sérieuse.

Dans un coin du désert de Judée, en des ravins affreux, sans eau ni verdure, où l'œil ne s'arrêtait que sur des rochers et des précipices, on voyait errer, vêtus s de sombres haïllons, des fantômes silencieux et hâves:

. c’étaient les disciples de saint Sabas. À la différence des cénobites qui vivaient dans des monastères et me-

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naient la vie commune, les Sabaïtes s’isolaient dans

leurs ermitages. Ceux-ci, pourtant, étaient peu éloignés

les uns des autres; un rassemblement avait lieu le sa-° medi et le dimanche, autour d’une petite église. Ce type de communauté, imité de celles de Nitrie, avait obtenu,

sous la direction de Sabas, un très grand succès. C’est :

ce qu’on appelait une laure. Parmi celles qui se récla-

maient de Sabas, la plus ancienne, la colonie mère,

subsiste encore, avec le nom du fondateur, Mar-Saba,

entre Jérusalem et la Mer Morte. Une succursale, née

de l’indiscipline de certains moines qui ne voulaient pas de Sabas pour chef immédiat, s'était établie (507) au sud de Bethléem, sur l'emplacement du village biblique de Thécoa !. C'était la Nouvelle Laure. D’autres fondations du même genre, ou même du type cénobi-

tique, vinrent peu à peu s’adjoindre à celle-ci.

1 I] y avait eu là, au V® siècle, un monastère sous la direction d’un abbé Romanus, lequel se distingua parmi les Acéphales intransigeants. (Hibtoire ancienne de l'Eglise, t. IIT, ND: ts

Ordinairement occupés d’ascèse et de perfection spirituelle, les moines pouvaient fournir, à l’occasion, quand leurs chefs les appelaient à la défense de la foi, un solide personnel de résistance. Ce à quoi, semble-t-il, on n’aurait pas dû s'attendre, c’est à trouver dans leurs rangs des représentants de la spéculation philosophique. C’est pourtant ce qui se vit. Philosophes pratiques par leur genre de vie, les moines sabaïtes, du moins certains d’entre eux, furent aussi des philosophes de théorie. On ne constate pas qu'Etienne Bar-Soudaïli ait été suivi par eux dans son panthéisme et dans son apocatastase absolue. Ils s’en tinrent à Origène, et, plus spécialement à sa doctrine sur l’origine des choses, la préexistence des âmes ou métempsychose, la restauration finale. C’est en ces idées que se complaisaient quatre moines, dont le plus notable était un certain Nonnus. Dès le temps de l’empereur Anastase ils avaient fait parler d’eux à Thécoa !,

Admis à la Nouvelle Laure (514 ou 515), puis écartés, puis réadmis (v. 520), ils ne cessaient pas, soit au dehors, soit au dedans, de propager leurs idées. Toutefois, tant que Sabas vécut, ils évitèrent les éclats. En 531, lun

d’entre eux, Léonce, fut choisi pour accompagner à

! Sur cette dernière phase de l’origénisme le document principal est la vie de saint Sabas, c. 73 et suiv. (Cotelier, Monum., t. IT, p.860). Un excellent travail, duquel je me suis beaucoup servi, est celui de Fr. Diekamp, Die origenistischen Slreitigkeiten im sechsten Jahrhundert und das fiünfte -allgemeine Concil, Münster, 1899.

Constantinople le vieux chef des laures, Sabas avait

quatre-vingt-douze ans. S'il entreprenait ce pénible voyage, c'était pour défendre les intérêts des provinces palestiniennes, cruellement éprouvées par une révolte des Samaritains. Pendant son séjour à la capitale, on 7 vit arriver, de leur côté, les évêques monophysites de la Mésopotamie et de l’Euphratésienne. Sabas et les siens ne pouvaient manquer de prendre part aux discussions théologiques qui furent alors entamées. Dans ces débats, propres à mettre en relief les opinions d’un chacun, il apparut que plusieurs des moines palestiniens étaient partisans de Théodore de Mopsueste. L’origénisme de Léonce se révéla aussi. Sabas en fut alarmé

et se sépara de ce fâcheux disciple !,

1 Cyrille, c. 72, 74. Il ajoute que Léonce n’accompagna pas Sabas à son retour en Palestine, mais resta à CP avec quel-' ques-uns de ses confrères qui, venus à CP avec Sabas, y avaient été convaincus de sympathies excessives pour Théodore de Mopsueste. — J’écarte ici l'identification proposée par M. Loofs entre Léonce de Byzance et le moine scythe Léonce, dont il avait été question à CP et à Rome, de 518 à 520. Le moine Léonce de Byzance était un des compagnons de Nonnus, qui, après la mort d’Agapit, abbé de la Nouvelle Laure (520), avaient obtenu de son successeur Mamas la permission de rentrer dans leur couvent. La façon dont Cyrille raconte cette affaire (ce. 36, 72), suppose que Léonce, réintégré en 520 avec Nonnus (c. 72), était un des trois moines qui avaient été exclus avec lui en 514. Il ne peut donc avoir figuré, de 518 à 520, dans l'affaire des moines scythes, à Constantinople et à Rome. J'ajoute que ce Léonce origéniste et palestinien ne peut guère être identifié avec celui qui figura au concile de Ménas, en 536, comme Higoumène et représentant des moines du désert: Léonce de Byzance n’était pas higoumène.

Mais il mourut peu après (532, 5 ns Are À

Jui la vigilance des supérieurs se ralentit et l’origé-

nisme fit de grands progrès dans les laures. A Thécoa, tout ce qui pensait était origéniste; d’autres colonies étaient entièrement gagnées aux idées de Nonnus. Il y avait peu de couvents autour de Jérusalem où elles ne

fussent représentées. Deux des principaux meneurs, Do-

mitien et Théodore Askidas, envoyés en 536 à Constan-

__ tinople, assistèrent, comme représentants des moines, au concile de Ménas. Ils ne tardèrent pas à se mettre dans les bonnes grâces d’un prêtre Eusèbe, trésorier de Sainte-Sophie, très influent à la cour. Eusèbe les fit nommer évêques, Domitien à Ancyre, Théodore à Cé- sarée de Cappadoce. C'étaient deux sièges très impor- tants; mais ils ne résidaient guère dans leurs villes

“e épiscopales : à Constantinople, en revanche, on ne voyait:

qu'eux : Théodore JET bientôt un des grands favoris È . de Justinien.

SEE Protégée de haut et poussée vigoureusement sur les

lieux, la propagande origéniste finit par s'étendre jusqu’à

la Grande Laure, jusqu’à Mar-Saba. Après le gouverne- : ment un peu trop paternel de Melitas, le premier suc- cesseur de Sabas, un abbé Gélase, plus. énergique, prési- “dait à la communauté. Il employa d’abord des moyens

| doux et fit lire à ses moines le traité d’Antipater !

Cette lecture n’ayant converti personne, il chassa

sans hésiter les dissidents, au nombre de plus de qua-

! Ci-dessus, p. 164.

rante. Les expulsés s’en allèrent droit à Thécoa, rallièrent leurs confrères de la Nouvelle Laure et mar-

chèrent avec eux sur Mar-Saba, dans les intentions les Ëk plus hostiles. Léonce, revenu de Constantinople, figurait parmi les chefs de cette étrange expédition. Elle

‘fut arrêtée par un orage, accompagné d’affreuses té--

nébres. Les origénistes, fort désemparés, se replièrent sur Bethléem, où ils trouvèrent un abri dans le monastère de Marcien. | |

Les choses étaient en ce lamentable état quand un

événement inattendu amena en Palestine des person-

nages ecclésiastiques du plus haut rang. Paul’, le nou- 54

vel évêque d'Alexandrie, venait d'imposer en Egypte l’acceptation du concile de Chalcédoine, contre lequel on y protestait depuis près d’un siècle. Mais ce n'avait

pas été sans briser beaucoup de résistances et sans se

faire ainsi beaucoup d’ennemis. Un de ceux-ci, le diacre

Psoïus, soupçonné d'espionnage contre son évêque, fut sommé par lui de rendre ses comptes. Ils étaient loin d’être en règle, de sorte que Psoïus fut arrêté et livré au juge; puis, avant que l’empereur, sollicité d’éxaminer cette affaire, eût pu faire parvenir son avis, le malheureux diacre fut mis à mort dans sa prison.

Cette exécution fit un bruit énorme ?; le préfet au-

gustal, Rhodon, et un magistrat municipal appelé

1 Ci-dessus, p. 103 et suiv.

2 Liberatus, 23: Procope, Hist. Free p. 150- 152; Hist.

misc., X, I.

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