‹ L'eglise au VI siecleChapitre 39 sur 105 · ARC ET. TRE · texte numérisé non relu

ARC ET. TRE

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communiquées et qu’il ne quitterait pas Chalcédoine sans avoir obtenu satisfaction; mais que si l’empereur désirait s’entretenir des affaires religieuses, soit avec l'archevêque de Milan, soit avec une autre personne de l'entourage du pape, il n'avait qu’à envoyer deux ma-

gistrats dont on lui désignait les noms. Ils prêteraient

. serment et Datius les suivrait, chargé de spécifier au

souverain les réclamations auxquelles il devrait faire droit. Le récit de cette entrevue fut ajouté à l’encyclique et celle-ci fut définitivement signée le 5 février.

Après cette date, l’histoire devient un peu obscure. Justinien paraît avoir procédé, comme toujours, avec un mélange de violence et d’astuce. Il parvint à séparer le pape de son entourage ; les évêques qui étaient avec lui, une dizaine d’italiens et deux africains, furent arrêtés et mis au secret; ses diacres, Tullianus et Pélage, furent arrachés de force à l’asile de Sainte- Euphémie. On porta encore une fois la main sur le pape lui-même. Mais rien ne put ébranler sa constance. Chose étrange, c’est en ce moment d'extrême péril que Vigile se sentit le plus fort. Les sentences contre Askidas, Ménas et leurs adhérents, depuis longtemps rédigées, mais toujours tenues en réserve, furent promulguées et affichées, par son ordre, aux endroits les plus fréquentés de la capitale ! ; cet acte d’audace, sou-

! Ce qui précède est tiré d'un fragment qui paraît extrait d’une collection de pièces envoyée par le pape en Occident (peutêtre par des te francs), au cours de l’année 552 (Mansi, t.IX, p.57): «Ita ut... abstraherentur sanctissimi viri Pelagius et

No

tenu par les sympathies que tant de malheurs ralliaient :

au pape, éclata au milieu des embarras de J'ustinien et

terrifia l’essaim de ses prélats favoris. Lui-même il leur

conseilla de céder et de trouver un moyen de s'entendre

avec le pape.

Le résultat de ces dispositions fut que le patriarche |

de Constantinople, l'archevêque de Césarée, celui d’E-

phèse et les autres prélats compromis présentèrent au pape, à Sainte-Euphémie, une déclaration ? pleine, il est vrai, de réticences, mais assez humble en somme et

propre à lui donner satisfaction. Ils se défendaient d’a-

voir écrit quoi que ce fût contre les Trois Chapitres

depuis qu’il avait été convenu de n’en rien dire, mais

consentaient à ce que toutes les pièces publiées en ce

sens fussent retirées et remises à Vigile. De mêmeils pro-

testaient n’avoir trempé en rien dans les attentats dont sa personne avait été l’objet ; mais ils lui demandaient

pardon, comme s'ils eussent été les vrais coupables.

Enfin ils demandaient encore pardon d’avor admis à.

leur communion des personnes excommuniées par lui. Vigile jugeait sans doute à leur véritable valeur

ces repentirs officiels. Cependant il crut devoir s’en

Tullanius diacones de basilica b. m. Euphemiae in Chalcedone,

ubi sanctus papa caesus est et diversorum sacerdotum turba

conclusa. Tunc demum [per] diversorum basilicas in civitate regia et in locis celeberrimis proposita est charta damnationis praefati Theodori et excommunicationis episcoporum diversorum, hunc errori consentientium ».

1 Insérée dant le Constitutum de Vigile (J.935), P. L.,

t. LXIX, p. 67.

contenter et revint à Constantinople. Peu après mou- rurent l’archevêque Datius et le patriarche Ménas.

Mais la question restait pendante. Deux édits im-

périaux, celui de 544 et celui de 551, avaient été re-

tirés, et aussi le Judicatum de Vigile. Les Trois Chapitres n'étaient donc pas condamnés, publiquement du

A moins, car Justinien n'avait pas jeté au feu les pièces secrètes par lesquelles le pape était engagé. On aurait pu laisser tomber l'affaire et pacifier ainsi l'Eglise. Mais Askidas tenait à sa vengeance et n’entendait pas que : Pélage sortit à son honneur de l'impasse où il l'avait engagé. L'empereur non plus ne pouvait rester sur le retrait de ses édits; il devait avoir le dernier mot. On reprit donc l’idée du concile œcuménique. Les lettres

; de convocation furent lancées dans toute l'étendue de

l'empire. Le pape aurait bien voulu que la réunion se tint en Italie ou en Sicile; on ne l’écouta pas: ce fut

à Constantinople que les prélats furent invités à se

rendre. Un grand nombre y étaient déjà arrivés au mois d'août 552, lorsque mourut le patriarche Ménas. On le remplaça par Eutychius, un moine d'Amasée

dans le Pont, que son évêque avait envoyé pour le représenter au concile.

Pendant que les évêques s’acheminent vers la grande ville, il convient de revenir en Palestine où la querelle

origéniste continuait à faire des éclats. L'édit contre

Origène ayant été publié à Jérusalem en février 543,

les moines origénistes de la Nouvelle Laure, Nonnus et

plusieurs cr !, refusèrent de s’y soumettre et quittèrent leur pie ue eut don de ke sou. ù

pas un moyen de les réintégrer, on le ferait ee. On trouva une formule très ambigüe, sur laquelle la paix se fit; les origénistes rentrèrent à la Nouvelle Laure. :

Cependant, l’autre édit, celui qui condamnait les Trois Chapitres, arrivait, lui aussi, en Palestine. Cette fois, ce fut le patriarche qui fit opposition; il organisa même une manifestation monacale, dans laquelle figura, naturellement, Gélase de Mar-Saba. Appelé à Constan- “ tinople, et fortement réprimandé, Pierre ne s’en tira que grâce à l'appui d’Askidas, lequel lui fit payer ses bons offices en lui imposant deux syncelles origénistes, chargés d’avoir l'œil sur lui. Nonnus et les siens, encouragés ainsi, se montrèrent de plus en plus fiers, agressifs même, et firent la vie dure à leurs confrères de Mar-Saba. D'affronts en affronts, de querelles en querelles, on en vint à une véritable bataille, avec morts et blessés. En vain les moines fidèles à Gélase envoyèrent-ils leur abbé à Constantinople, en vain Gtélase, pour se mettre en règle avec les autorités, abjura-t-il Théodore de Mopsueste et sa doctrine: rien n’y fit. Askidas leur fit fermer toutes Les portes; il dût quitter la capitale sans avoir rien obtenu et mourut en route (545). Une intrigue lui donna pour successeur un origéniste notoire, appelé Georges, lequel, pourtant, ne

1 Vita Eutychii, c. 19-25, dans les Acta SS. April. ou P.G., +. LXXXVI, p. 2300.

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2 put se maintenir et céda la place au bout de sept

mois. Après un certain Cassien qui, lui aussi, dura

peu, Mar-Saba se donna pour supérieur un lycien,

% on, qui parvint à remettre les choses sur l’an- |

cien pied.

- A la Nouvelle Laure et en d’autres monastères du même type l’origénisme se maintenait; mais, depuis la mort de Nonnus (547) les origénistes s'étaient divisés. Ceux de la Nouvelle Laure étaient « isochristes », c’està-dire qu’ils admettaient qu’au rétablissement final, tout le monde serait assimilé au Christ, aurait la même situation que lui. Leurs adversaires qualifiés par eux de « Tétradites », semblent avoir eu, au moins pour le ré- tablissement final, des idées plus rapprochées de l’or- < thodoxie. Théodore Askidas, qui était isochriste 1, soutenait de tout son pouvoir les moines de la Nouvelle

Laure et veillait à ce que les évêchés de Palestine | fussent donnés à des gens de leur bord. Le patriarche Pierre étant venu à mourir (automne 552), les isochristes furent assez puissants pour le remplacer par un des leurs, un moine appelé Macaire. C'était trop £ fort. Les moines orthodoxes et les protoctistes, après __ s’être entendus dans l’église de Sion, députèrent à 2 Constantinople leurs chefs respectifs, Conon de Mar- Saba et Isidore de la laure de Firmin. Isidore mourut en route; mais Conon se trouva à point pour expli-

& s quer à l’empereur le véritable état des choses. L'élec-

1 V. un propos de lui dans Evagrius, H. E., IV, 38.

tion de Mais avait donné lieu à des onbles graves:

Justinien l'avait su. Les moines lui remirent un mé-

moire où «toute l’impiété des Origénistes (isochri était mise au jour ». Macaire fut écarté et l’on envoy à Jérusalem un autre patriarche, Eustochius, diacre d'Alexandrie. Celui-ci partit aussitôt: la situation était si grave en Palestine qu’il lui était impossible de rester

pour le concile; il dût s’y faire représenter.

Les évêques se rassemblaient, mais le concile ne s’ouvrait pas. Vigile n’avait autour de lui qu’un petit nombre d'évêques latins. De Gaule ni d'Espagne il n’était venu personne; personne aussi ne s'était adjoint au petit groupe italien qui, depuis quelques années, demeurait auprès du pape; les prélats illyriens et dalmates étaient restés chez eux, se doutant bien que leurs opinions n’auraient pas la majorité; d'Afrique on n’avait laissé venir que les prélats sur lesquels on avait prise, soit par leurs intérêts personnels, soit parce qu’ils s’étaient engagés à bien voter.

Vigile était fort embarrassé. Plusieurs de ses conseillers, Pélage surtout, l’exhortaient à la résistance. IL ne les écoutait que d’une oreille. En ce qui le regardait lui-même, il avait pris son parti depuis longtemps, condamné les Trois Chapitres par son Judicatum, et garanti, en retirant cette sentence, qu’il était prêt à la renouveler. Mais là n’était pas la question. Ce qui importait, c'est que le clergé occidental le suivit dans

cette voie, et, malheureusement, c’est ce qui n’était

Dvucneswe, L'Église au VI siècle. 14

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210 CHAPITRE V.. Led AT SNA. Les Lu

guère à espérer, du moment où l'opinion latine ne pou-

vait être éclairée sur la nécessité de faire des conces-

sions. Vigile, très troublé, tantôt acceptait * de prendre part au concile, tantôt se refusait à en entendre parler. Comme il fallait pourtant bien terminer l’affaire, il proposa une conférence entre lui et trois évêques latins d’une part eb quatre prélats grecs d’autre part. Cette proposition ne fut pas rejetée directement, mais amen-

dée: chacun des cinq patriarches devait être représenté

à la conférence par quatre évêques, le patriarche et

trois autres. Vigile rejeta cette combinaison et l’on se retrouva de nouveau en face du concile, dont les membres, déjà rendus à Constantinople, ne demandaient

qu'à se réunir. Pour décider le pape, on lui objectait

souvent qu'après tout, les autres conciles œcuméniques n'avaient guère compté que des Pères de langue grec-

que: l’église latine n’y avait été représentée que par

les légats du pape et quelques rares évêques latins: c'était une députation plus que suffisante.

Ce raisonnement était spécieux. Mais dans les anciens conciles, toute l’église occidentale était derrière son chef; dans le cas présent, au contraire, Vigile ne connaissait que trop les dispositions de l’épiscopat latin.

Toutefois ce n’était pas là une considération à faire

! Les trois patriarches de Constantinople, d'Alexandrie et

d’Antioche, Eutychius, Apollinaire et Danninus (successeur + . d’Ephrem en 545), lui firent à ce sujet des ouvertures officielles, auxquelles il répondit favorablement. (Mansi, t. IX, p. 185, 188;

P. L., t. LXIX, p. 63, 65, 68). Ces lettres furent lues au V® concile œcuménique.

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valoir auprès des prélats grecs. La situation paraissait inextricable. $

Pendant que le pape était en proie à ces per le: xités, Justinien s’occupait de l’origénisme ou 0 | l’isochristisme, car le compte d’Origène lui-même était réglé depuis dix ans. Les évêques formés en assemblée plénière, œcuménique dans le séns oriental du terme, reçurent de lui une lettre’ par laquelle il portait à leur connaissance que «certains moines de Jérusalem s'égaraient à la suite de Pythagore, Platon et Origène » et qu’il y avait lieu de veiller à ce que leurs doctrines ne se répandissent pas. Suivait un exposé de ces erreurs ? Le concile adopta les conclusions de l’empereur et

les reproduisit, plus ou moins textuellement, en que

anathématismes RAT Te

Cette affaire es il fallut pourtant, sur la question la plus brûlante, se décider à quelque chose. Vigile finit par déclarer que le concile pouvait délibérer suivant ses propres inspirations ; le pape, sans y prendre part, ferait connaître sa sentence.

L'assemblée s’ouvrit, en effet, le 5 mai 553, dans le secretarium de Sainte-Sophie. Les premières séances

1 Dans la chronique de Georges le Moine, IV, 218 (P. L.,

+. 4 780); P. G., t. LXXX VI, p. 989; Mansi, t. IX, p. 538. 2 Tlpotp£ TO[LEV ToÙs ÔGLWTATOUS dus ele Ev GUVEVHLEVOUS éTiLElOG Êv=

TUXEU Th ÜTOTETAYLLEVN exÔ£oer Lai EXAGTEU TOY aÜTou XEHANQEY XATA— xpîvai Te xœL avahepatiout peTà rad à duoce6odc Qpryevods, RICTIUNE £ 8 Mansi, t. IX, pb. 996. Were fut avisé par l’empereur (Evagrius, L. c. V mais nous n’avons aucun renseignement sur la part qu’il prit à la décision. Il est à croire qu’il l’approuva.

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12 CO GHAPTREV Re PE se passèrent à entendre lecture d’une lettre ! de l’em- pereur qui exposait l’état des opinions, l'attitude des

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partis et la question en litige, puis à envoyer des som- TER mations au pape et aux autres évêques latins présents à Constantinople, mais non au concile. De son côté, Justinien faisait faire des instances solennelles au pape; les processions de patriarches, de patrices, de notaires, __se succédaient dans les rues qui conduisaient de Sainte- __ Sophie et du palais à la résidence pontificale de Pla- cidie. Toutes ces démonstrations demeurèrent sans ré- sultat. Le concile entreprit alors la lecture des documents incriminés (les Trois Chapitres) et la discussion des raisons et autorités que l’on pouvait faire valoir en leur faveur. Tout le monde étant d'accord, cette procédure ne souffrit ni difficulté ni retard. C'était à qui prononcerait les plus forts anathèmes contre Théo- dore, Ibas et Théodoret, à qui pousserait les cris les À plus enthousiastes en faveur de l’empereur orthodoxe, l’ami de Dieu, Justinien.

Le 14 mai, Vigile fit savoir que sa décision était . prête et qu'il désirait en informer l’empereur par l’in- __ termédiaire d’un certain nombre de hauts dignitaires, __ nommément désignés. Une dernière fois, le cortège des | questeurs, patrices, consulaires, s’ébranla dans la direction du palais Placidien, sous la conduite de l’illustre Bélisaire qu'on ne voit pas sans répugnance mêlé à

de tels exercices. Le pape leur présenta un exemplaire

sa 2 P,6., t LXXXVI, p.10855/P. L., 4. LXTIX, p. 267; Mansi, re t. IX, p. 681.

Kits

. CAS sa entence. très longuement otre ; Mais, comme

question était posée avec tant d’insistance. Aussi le

ils se doutèrent que la teneur n’en était guère favorable aux entreprises de la cour, ils ne voulurent pes la recevoir officiellement et engagèrent Vigile à la faire porter lui-même au palais par un de ses clercs. Le

conseil fut Re ae Justinien ne reçut pas Be

et par écrit; ou elle leur est favorable, et alors il s’est mis en contradiction avec lui-même et l'on n’a pas à tenir compte de son opinion actuelle. |

Il y avait, entre les pinces du dilemme impérial, un milieu que Vigile, ou plutôt Pélage, son habile conseiller, avait réussi à discerner. La doctrine de Théodore de Mopsueste, évidemment nestorienne, condamnée implicitement à Ephèse et à Chalcédoïne, pouvait

être sacrifiée, et même devait l'être, du moment où la

pape avait-il commencé son exposé par une condamnation en règle et détaillée de soixante propositions extraites des œuvres du célèbre docteur. Quant à sa personne, le pape se retranchait derrière l'usage ecclésiastique de ne condamner ni de réhabiliter les morts et de s’en rapporter, sur leur condition dernière, aux arrêts du souverain juge. Ibas et Théodoret, ou plutôt leurs écrits, seuls mis en cause, étaient défendus par le concile de Chalcédoine, qui n’y avait point vu matière

à condamnation et dont la considération ne pouvait

DT k CHAPITRE V.

manquer de souffrir de toute atteinte portée à l’hon-

neur de ces personnages.

Tel est l’esprit du célèbre document connu sous le nom de Constitutum de Vigile. Il fut signé, après le pape, par seize évêques, latins pour la plupart, et contresigné par trois diacres romains, Théophane, archi-

diacre, Pélage et Pierre. Justinien ne l’ayant pas reçu,

il ne fut pas présenté au concile. L'empereur se con-

tenta de faire parvenir à l’assemblée, dans la séance du 26 mai, un recueil de documents dans lequel le

pape s'était prononcé en faveur de la condamnation.

Après qu’il en eut été donné lecture, son représentant

communiqua un décret impérial où il était dit que le

nom de Vigile devait être rayé des diptyques, sans

préjudice de l’union avec le siège apostolique. Cette

décision était motivée sur la tergiversation du pape et sur son refus d’assister au concile, sans allusion précise au texte de son Constitutum. Le concile accepta les raisons de l’empereur, avec sa distinction subtile entre le pape et le saint-siège: le nom de Vigile fut effacé des diptyques.

Quelques jours après, le 2 juin, on tint une dernière session où fut rendue la sentence sur le fond du débat. Elle était libellée en un long décret et quatorze anathématismes. Puis l’assemblée se sépara, après avoir fidèlement servi les haines de Théodore Askidas et les susceptibilités de Justinien, mais offensé gravement le saint-siège et jeté dans l'Eglise occidentale les germes de querelles funestes.

Si

F Les décrets contre les isochristes, envoyés à Jéru-

salem, furent présentés par le patriarche Eustochius à

la signature de ses évêques, réunis à cet effet. Comme

en 543, Alexandre d’Abila refusa son adhésion !.

Les moines de la Nouvelle Laure demeurèrent eux

aussi intraitables. Eustochius s’ingénia en vain, huit

mois durant, à leur faire entendre raison. Il fallut les

évincer, manu militari; on les chassa. À leur place le

patriarche introduisit (555) dans les ermitages une co-

lonie de cent-vingt moines orthodoxes tirés tant de

Mar-Saba que des autres monastères de Palestine. Un 4

sciencieux historien des moines illustres de la Palestine ?.

L'Occident fut plus difficile à pacifier. L'opposition

se manifestait partout. En Afrique les esprits étaient

très montés. Le nouvel archevêque de Carthage, Primosus, d’abord en butte à une opposition très vive , parvint à se faire reconnaître par les deux conciles de

Proconsulaire et de Numidie; mais plusieurs évêques

se laissèrent exiler et interner dans de lointains mo-

nastères plutôt que de céder. C’est alors que Victor de

Tunnunum et Théodore de Cabarsussi commencèrent

1 Ci-dessus, p. 173, n. 1. Il fut aussitôt déposé. Il périt peu après à Constantinople, dans un tremblement de terre. (Cyrille, Vie de saint Sabas, c. 90).

? Encore ne semble-t-il pas que la paix se soit rétablie complètement. Au temps du pape saint Grégoire, il est encore

question (Reg. VII, 29; XI, 28) de conflits incessants entre le

patriarcat et les moines du monastère appelé Nea (Nix Aaÿpa). 3 Victor Tunn., a. 554.

de ceux-ci était Cyrille de Scythopolis, l’exact et con-

en fut de même du moine Félix de Gilli et de Rusticus,

Se série de résidences ue qui devait les amener

au célèbre monastère de Canope, près d’Aboukir. Le diacre Liberatus, qui avait suivi jusqu'aux Euchaites son évêque Reparatus, fut aussi interné en Egypte. Il

bi nait

le neveu de Vigile, que l’on envoya jusqu’en Thébaïde.

: Les exilés trompaient les longues heures de leur dé-

tention en écrivant sur les choses de leur monde et :

de leur temps. Rusticus, quand il vivait à Constanti- -

nople, auprès de son oncle, était accusé par celui-ci de

doiïne. Liberatus écrivit un résumé (breviarium) de l’af-

damnation des Trois Chapitres. De Victor, nous avons

se repaître de romans; maintenant il composait un dialogue des plus sérieux contre les Acéphales; il

traduisait aussi les actes entiers du concile de Chalcéfaire des Nestoriens et des Eutychiéns, jusqu’à la con-

une chronique, continuation de celle de Prosper, où la

question des Trois Chapitres tient une grande place ;

* l'esprit en est celui qu’on peut attendre d’un exilé des :

plus exaspérés. C’est encore en Egypte, à Antinoé, que

fut interné Frontin, métropolitain de Dalmatie.

À Constantinople, on faisait le siège du pape Vigile. On vient de voir ce qu’il était advenu de Rusticus ; .

deux autres diacres, Sarpatus et Pélage, furent jetés

en prison. De ce dernier surtout l'absence se fit bientôt sentir. Si Vigile avait résisté jusque là, c'était moins par conviction personnelle que par condescendance pour les répugnances des Occidentaux. Isolé de ses meilleurs

conseillers, atterré par tant de violences, fatigué d’une

lutte sans issue, travaillé enfin par une SA de douloureuse ! qui devait lui rendre plus sombres qu’à d’au- tres les perspectives de l’exil et de la prison, il céda. Le 8 décembre 553, il adressa au patriarche Eutychius

une première adhésion suivie bientôt (26 février 554)

nation des Trois Chapitres *. Les diacres Tullianus et. Pierre avaient rédigé ce long document, dont ni Pine titulé ni le début ne sont venus jusqu’à nous, de sorte qu’on ne voit pas à qui il était adressé. Vigile s’y at. tache à réfuter les raisons que l’on avait fait valoir \ depuis dix ans contre la condamnation des Trois Cha- Ps pitres et le document dont il s'occupe surtout est la lettre d’'Ibas. Il s'efforce de prouver que les célèbres paroles des légats romains à Chalcédoine: « La lettre lue, nous avons reconnu qu’il était orthodoxe», ne 5 concernait pas la lettre à Maris, mais une pièce écrite en faveur d'Ibas par ses partisans.

Par sa lettre du 8 décembre, Vigile s'était mis d’accord avec le concile oriental; et l'union des églises avait été rétablie, en droit du moins, car, pour le fait, ; on était encore loin du succès. Au moins fut-il possible de donner suite aux insistances des Romains, qui, depuis quelque temps, ne cessaient de réclamer leur évêque. Que de choses s'étaient passées depuis son départ! Rome avait été prise par Totila (546), puis réoccupée par Bélisaire (547), puis reprise par le roi des

l La pierre.

Goths (549). Celui-ci, Narsès avait réussi à le battre en Ombrie (552), puis, l'effort suprême de la nation ostrogothique avait été brisé dans une récente bataille livrée

à Teia, le dernier successeur de Théodoric, au pied du

Vésuve. Désormais, c'en était fait des Goths: l'Italie appartenait à Justinien.

Rentré en grâce, Vigile en profita pour décider le prince à donner enfin une assiette aux choses italiennes, si profondément troublées depuis vingt ans. Le 13 août 554, parut une constitution impériale connue sous le nom de Pragmatique sanction, destinée à régler la si-

tuation des propriétés, l’organisation des tribunaux, l’ap..

. provisionnement de Rome, et à parer aux nécessités

créées par tant de vicissitudes. Ce n’est qu'après avoir obtenu cette charte importante que Vigile se mit en route, probablement au printemps de 555.

Il ne devait pas revoir Rome. La maladie cruelle dont il souffrait le forca de s'arrêter à Syracuse, où elle l’'emporta le 7 juin 555. Les clercs qui l’accompagnaient ramenèrent son corps à Rome: ils ne le dé-

posèrent pas dans le portique de Saint-Pierre où, de-

puis saint Léon, l'usage était d’enterrer les papes, mais

dans une autre nécropole pontificale, celle de Saint-

Marcel, sur la Voie Salaria. Par un singulier retour des choses, son sarcophage y voisinait avec celui du pape Célestin, sous lequel avaient commencé toutes ces dif. ficultés. On était encore, hélas, bien loin d’en voir la fin.

Le Schisme d’Aquilée.

Pélage pape. — Résistances italiennes au V° concile. — Inquiétudes dans l’épiscopat franc. — Attitude schismatique des évêques de Milan et d’Aquilée. — Habile attitude du pape. — Le schisme dans le nord de l'Italie. — Invasion lombarde. — Le siège d’'Aquilée transféré à Grado. — Les deux

patriarches. - Tentatives pour réduire le schisme. — Son extinction sous

le roi Cunipert.

La vacance du saint-siège ne fut pas plutôt connue

à Constantinople que Justinien se préoccupa de la suc-

cession de Vigile. De tous les clercs romains qu'il avait

vus à sa cour, Pélage était de beaucoup le plus remar-

quable. À Rome on devait avoir conservé le souvenir de sa belle conduite pendant le siège de 546, du savoir-faire, de la décision, de l’énergie qu'il avait su montrer en des circonstances bien difficiles, Nul plus que lui n’était capable de relever les ruines accumulées pendant les longues années de la guerre. Son

dévouement à l’empereur et à l'empire était à toute

épreuve; les dissentiments religieux des derniers temps

ne l’avaient pas ébranlé. C'était évidemment l’homme qu’il fallait. Pourquoi s’était-il jeté dans l'opposition,

pourquoi se rendait-il impossible ?.

Impossible est un mot dont Justinien ne faisait,

pour son compte personnel, qu'un usage très limité. Il se mit en devoir de faire changer Pélage d’attitude

et il y réussit. Le diacre comprit qu’il était nécessaire

condamné. | Fà C'était revenir de loin. Non seulement Pélage avait refusé d'accepter le concile et de se rallier à l’adhé-

sion que Vigile avait fini par lui donner, mais dans la

prison où on l'avait enfermé, sans doute quelque mo-

nastère, il s'était mis à rédiger libelle sur libelle contre les décrets. Il s’abstenait bien entendu de prendre à partie le très clément empereur; c’est sur le pape Vigile que se déchaînait sa controverse. Il le représentait comme un vieillard versatile et vénal, à qui ses

« satellites » c’est à dire les clercs de son conseil, dic- ?

taient et faisaient signer tout ce qu'ils voulaient. La

première de ces protestations, dirigée spécialement con- tre le dernier Constitutum, celui de D54, avait été rédigée, nous dit Pélage, à la demande de l’empereur lui-même. C’était une sorte de justification opposée à Vigile, qui menaçait de le condamner. Une autre,

écrite aussi par Pélage, au nom de son collègue Sar-

patus * emprisonné avec lui, avait suivi de près la précédente. Dans un troisième ouvrage, divisé en six livres eb d’une étendue plus grande, Pélage entreprit le concile lui-même, dont la cour lui avait fait passer, soit

les procès-verbaux entiers, soit seulement la partie qui

1 « Refutatorium ad papam Vigilium, quando me damnare volebat ».(J.972, Neues Archiv, t. V, p.561); «Libello meo quem ad repudianda et effetanda iudicia eius clementissimo imperatori a me eum postulanti transmisi ». (In def., f° 182).

? « Et de alio libello ex voluntate fratris mei v. v. diaconi Sapati facto ». (1n def, 14e),

de suivre Vigile et de condamner ce que celui-ci avait

LE SCHISME D’AQUILÉE 221 contenait la discussion des Trois Chapitres, les sessions Vet VI en particulier. Ce travail fut composé vers la fin de 554 ou au commencement de l’année suivante !. L'auteur s’est largement servi de l'ouvrage de Facun-

dus, comme il le reconnaît expressément; il use du pre-

mier Constitutum, celui de 553, avec une familiarité

qu’autorisait sans doute un droit de paternité litté-

raire.

Ces écritures causèrent plus tard bien des ennuis

4 Pé É ? . ,+ à Pélage; ce n’est pas par ses soins qu’il nous en est

parvenu quelque chose ?. | Au fond, et au point où en étaient les choses, il eut raison de céder. L’adhésion du pape Vigile, si peu empressée qu'elle eût été, avait transformé en loi générale de l'Eglise le décret du concile de Constantinople. Vaïnement les opposants objectaient qu’il y avait contradiction entre ce décret et le concile de Chalcédoine. Il faut voir les choses de près. La doctrine de Théodore de Mopsueste sur l’« Incarnation » n’est sûrement pas orthodoxe. C’est la doctrine que l'Eglise réprouvait et réprouve sous le nom de nestorianisme. Pélage

1 Cet ouvrage nous a été conservé dans le ms. 70 de la bibliothèque d'Orléans. Je l’y ai reconnu (Bulletin critique,

t. V, p. 96) d’après une description de ce manuscrit donnée par :

M. IL. Delisle. (Notices et extraits des mss., t. XXXI, I, p. 364). Comme il est mutilé au commencement et à la fin, le premier

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