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de Sainte-Marie. C’est lui aussi qui mit fin (v. 540) au culte d’Isis maintenu jusqu alors à Philé, pour les barbares de Nubie ”, Narsès, gouverneur militaire en Thébaïde, ferma le temple, envoya les idoles à Constantinople et incarcéra les prêtres. Là aussi une église chrétienne fut installée dans le sanctuaire païen ?
En certains cantons, des groupes de population se maintenaient en dehors du christianisme. Tout près de
Smyrne et d’Ephèse, les montagnards du Tmolus et du
Menagis restaient à convertir. Le clergé des villes voi-
sines, soit manque de zèle, soit pour autre cause, n'avait
aucune prise sur eux. Justinien trouva des mission-
naires plus efficaces. [Il y avait à Constantinople, tout un personnel de moines mésopotamiens, gens ardents, austères, rompus à toutes les fatigues. A la vérité, ils
étaient monophysites, mais l’empereur ferma les yeux
sur ce point: de ces dissidents, il fit des apôtres. Un certain nombre d’entre eux fut envoyé dans le pays à convertir. À leur tête fut placé un moine d’Amid, Jean, à qui son nouvel emploi valut d’être appelé Jean d'Asie. C'était un homme cultivé, connaissant le grec aussi bien que le syriaque, fanatique sans doute, mais capable de quelque modération. Dès sa plus tendre enfance, il avait
vécu au milieu des solitaires étranges qui peuplaient
1 Procope, Bell. Pers., I,49. Narsès périt en 543 Fer II, 24). Cf. Hist. anc. de l'Eglise, t. II, p. 539.
? Avant la récente submersion du temple on pouvait y lire les inscriptions commémoratives de ce changement, au nom de l’évêque Théodore (C. TI. G, t. IV, 8647, 8648, 8649; cf, 8646).
L'ÉGLISE BYZANTINE Sat la haute vallée du Tigre. Un stylite appelé Maron, aux prières duquel il devait d’avoir échappé, encore au berceau, à l’étreinte de la mort, avait été son premier maître ‘. Puis il était entré dans un couvent d’Amid ?,
et quand, en 521, la persécution s’était déchaînée contre
les opposants au concile de Chalcédoine, il avait eu sa
part des misères communes. Après diverses pérégrina-
tions il finit par échouer à Constantinople, où il trouva
gîte au couvent de Zooras *. Il avait le goût de l’histoire. Dès ce temps-là, il s’exerçait à mettre par écrit ses souvenirs eb ses impressions sur les saints solitaires et sur leurs tribulations. Toute sa vie, qui se prolongea jusqu'au temps de l’empereur Maurice, il continua d'écrire. C’est le meïlleur des historiens jacobites. Outre son commentaire «sur les saints d'Orient», ouvrage analogue à l'Histoire Lausiaque de Palladius, il avait composé”une Histoire ecclésiastique, depuis la création jusqu’à son époque. Tout les temps anciens, elle dérive de sources connues et conservées : on peut la négliger. Mais la” dernière partie, où l’auteur parle des événements contemporains, est bien autrement intéressante. Nous l’avons presqu’entière. C’est un récit très décousu, rédigé à la hâte, dans les aventures d’une existence fort agitée, mais plein de vie et de couleur. Inutile
de dire qu’il se ressent et de l’imagination de l’orien-
1 De beatis, c. 4. #
? Le couvent de Mar Jean, dont il raconta plus tard l’histoire. (De beatis, c. 58). ;
3 De beatis, c. 2, p. 15.
tal, et de la passion du sectaire, et de l'excitation du
- EL Serre OR LwÉ
persécuté.. ne À
Au moment où nous sommes, Jean devait être au comble du bonheur. Il pouvait se dépenser pour l’œuvre de Dieu et cela librement, sans avoir la police à ses trousses. Au contraire, le très pieux empereur le favo-
risait, l’assistait, faisait de lui son lieutenant pour l’ac-
complissement d’un grand dessein. Jean commença,
suivant le procédé monacal, par fonder un couvent !
aux abords du pays à conquérir. Il choisit, à cet effet, un grand temple abandonné, qui s'élevait dans la mon-
tagne, au-dessus de Tralles, L'endroit s'appelait Daviva ;
le temple avait eu, dit-il, un rayonnement très étendu.
Jean s’y établit. Bientôt trois autres monastères, colo- / dE )
nies du premier, marquèrent les étapes de la mission.
Elle avait une base d'opération à Constantinople. Jean
avait relevé, au-delà de la Corne d'Or, le monastère
de Zooras *. Dans ses attenances, figurait un cimetière
récemment organisé par un autre syrien, Maras. Aux
moines et autres saintes gens de Mésopotamie, ce lieu offrait un centre de ralliement, un domicile de repos, temporaire ou éternel *. C’est là que Jean recrutait ses collaborateurs. Ainsi aidé, il travailla si bien qu’il ne
resta bientôt plus un seul païen dans les montagnes
! Dans son De beatis, c. 39 et suiv., il nous présente quelques-uns de ses collaborateurs, Qasis, évêque de Chio, Léonce, Abraham, Zanta son fils, Daniel $on neveu, etc.
* Jean d'Asie, H. E., III, 36, 317.
3 De beatis, c. 2, 21, 37-51.
re
4 das ca Fan « une | fois convertis, aidaient les
d’autorité, les obligea, sous peine de confiscation et
“Avant et même après sa nouvelle loi nombre de gens
suivante, I, n. XI, 9,
missionnaires à briser le es, à Disnone les ee : à couper les arbres sacrés. Les statistiques de J ean ”
parlent de près de cent mille conversions, d’une cen-
taines d’églises construites, soit par les néophytes eux-
mêmes, soit aux frais de l'Etat, enfin de dix ou douze monastères. | __ Il est bien évident que ces néophytes ne pouvaient être des recrues pour le bercail monophysite. Elles s’agrégeaient d’elles-mêmes à l’église orthodoxe. Le gouvernement fermait les yeux sur les opinions spéciales des moines convertisseurs; mais il n’aurait pas admis qu'ils ee à leurs ouailles les sentiments qu’ils | professaient à l'égard du concile de Chalcédoine. Ce
n’est pas seulement contre les païens des campagnes De
qu’il les employait. Jusqu’alors, les lois, tout en prohi- ÊS.
bant sévèrement le culte extérieur des païens, tout en interdisant les dons et legs en vue de l’exercice de ce te culte, laissaient cependant aux païens la faculté d'être tels, de rester en dehors du christianisme *. Justinien,
d’exil, à se faire instruire et à recevoir le baptême.
se laissaient baptiser sans convictions, restaient païens
1 Fragment de son Histoire, dans la Chronique faussement attribuée à Denys de Tellmahré, Revue de l'Orient chrétien, t. II (1897), p. 482. Cf. De beatis, c. 43. |
? Cod. Just. I, XI, 7 (Loi de Léon et Anthémius); cf. la loi ce
8 Cod. Just. I, XI, 10.
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de cœur et prenaient part à des cérémonies clandestines. S'ils étaient surpris, c 'était Ta peine de mort. J ean d'Asie se mettait volontiers à leurs trousses: il se reposait de ses missions de Carie en faisant de l’inquisition à Constantinople. Sur ses indications (546), nombre de gens distingués, grammairiens, sophistes, scolastiques, médecins, furent arrêtés par la police, flagellés et catéchisés de force. L'un d’eux, le patrice Phocas, prévint l’exécution en s’'empoisonnant *. D’autres Macédoniens, Asclépiodote et le questeur Thomas, furent mis à mort ?.
Les Manichéens n'étaient pas mieux traités. Eux aussi comptaient des adeptes dans les classes supérieures. La police en ayant découvert un certain nombre, l’empereur voulut discuter avec eux ; mais il ne réussit
pas à les convaincre. Les malheureux furent brûlés et
leurs cendres jetées à la mer; on confisqua leurs biens *.
Toutes les sectes, du reste, se ressentirent du zèle orthodoxe de l’empereur. Les Sabbatiens, dans la Phrygie du nord “, les Montanistes, dans la région de Pépuse, se maintenaient encore et tenaient des assemblées. Sans parler des Goths et autres barbares établis, il restait quelque chose des sectes nées de la décomposition de l’arianisme, Dans leurs églises longtemps tolérées, s’accumulaient des richesses importantes. Justinien fit. main basse sur ces édifices; les communautés furent
! Fe de l'Orient chrétien, t. TI, je 481.
? Malalas, p. 449.
3 Jean d'Asie, Loc. cit.
# Novatiens dissidents (Hist. anc. de l'Eglise, t. II, p. 581).
nan
DM". L'ÉGLISE:BYZANTINR
À détruites et l’on assigna, pour la conversion, un terme
d assez restreint FDA bout duquel on était sommé de . __ quitter l'empire ?, Il y eut, en beat coup d’endroits, des résistances. On vit des Montanistes s’enfermer dans Me leurs temples et s’y brûler tous ensemble. Jean d'Asie, | qui ne manquait pas les opérations de ce genre, ss vante d’avoir incendié des temples montanistes et même si d'avoir découvert et jeté au feu les ossements des faux prophètes Montan, Priscille et Maximille *. nn Les Juifs aussi virent s'accroître M k déjà prononcées contre eux. Assimilés aux dissidents les plus mal vus, ils ne pouvaient témoigner en justice À contre les chrétiens orthodoxes ni acheter du bien d’é- à glise, ou des terres sur lesquelles s'élevait une église; s’ils faisaient partie de la curie locale, on leur-en EN
sait supporter les charges; mais ils n'avaient part ni
aux privilèges, ni aux honneurs des curiales *. Justinien alla jusqu’à se mêler de leur service religieux. Depuis
longtemps, dans les synagogues, on ne lisait plus la
Bible qu’en Hébreu. Cependant il se trouvait çà et là
des Juifs qui, n’entendant point cette langue, réclamaient les versions anciennement usitées. Justinien in-
tervint en ce sens et défendit aux autorités rabbiniques
d'empêcher la lecture des Livres Saints en grec, en
1 Trois mois, dit Malalas, p. 449.
® Procope, Hist. arc., c. 11.
3 Revue de l’Orient chrétien, t. II, p.489; Michel le Syrien IX, 38. S 4 Nov. 45, 531 (14).
. LA " latin, ou en une autre langue. Pour le grec, il rec me ; ” ‘| Le
. mande les Septante, tout en permettant aussi Aquila *. Aux sévérités de la loi s’ajoutaient pour les Juifs, comme pour tous les dissidents, les violences du popu-
laire. Les avanies ainsi reçues étaient souvent payées de retour, quand les persécutés se trouvaient momentanément en force. Ces émeutes étaient quelquefois de conséquence, comme celle d'Alexandrie au temps de Cyrille et d’Oreste. Cependant elles restaient à l’état de Calamités locales; depuis Vespasien et Hadrien, Israël n'avait plus de centre politique qui pât offrir un point de départ pour une insurrection sérieuse. Il en était autrement des Samaritains. Ceux-ci avaient comme les Juifs une sorte de Diaspora, bien moins étendue et: : bien moins sérieuse que celle d'Israël : on les rencontre en divers endroits comme magiciens, diseurs de bonne aventure, interprètes de songes, et autres professions de cet ordre. Mais ils avaient conservé dans la montagne d’Ephraïm un groupement considérable dont les émotions agitaient de temps à autre la Palestine en- tière. Malmenés par les fonctionnaires, écorchés par les Collecteurs d'impôts, ils se révoltaient et il fallait, pour les dompter, mettre en mouvement les garnisons de ces contrées. Déjà des faits de ce genre s'étaient pro- duits sous Zénon et Anastase. En 529 et 55G de véri- tables insurrections se déchaînèrent; les Samaritains s’enhardirent jusqu’à se donner un roi, l’un d’entre eux,
1 Nov. 146.
5e Il y Le de tels” massacres et 4 telles ventes di prisonniers que ce petit peuple disparut à peu près
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