ET
+ de
. CHAPITRE VIIL
le clergé et changea l’église en synagogue. Puis il marcha sur Nedjrân. Comme le siège traînait en lon-
gueur, il proposa, pour en finir, une capitulation qui fut acceptée; aussitôt maître de la ville, il viola sa promesse et fit massacrer tous les chrétiens qui se refu-
sèrent à l’apostasie. Au nombre des victimes, on doit
citer le chef de la tribu des Harith-ibn-Kaab : cet émir
et ses gens, au nombre de 340, s'étaient enfermés dans
la ville; ils avaient donné aux Nedjranites d’énergiques
- conseils qui ne furent pas suivis, de sorte que ces braves
nomades eurent le regret de mourir sans avoir combattu. Avec l’émir périrent sa femme Rhomé (ou Daumé) et ses deux filles. On eut la cruauté de la faire assister au supplice de ses enfants et de lui verser leur sang dans la bouche. Une autre, massacrée aussi, laissait un enfant de trois ans, que Dhû-Nowas fit épargner.
Il voulait même le caresser: maïs l'enfant ne cessait
de l’injurier. Devenu grand, il vint en députation à
Constantinople où Jean d'Asie le connut.
Naturellement l'exécution avait commencé par le
clergé. L’évêque Paul était mort depuis deux ans; on
déterra son cadavre et on le jeta au feu. C’est par le
feu, dans une vaste fosse ardente, que périrent prêtres,
clercs, moines, vierges sacréés, en tout 427 personnes.
L'église fut brûlée aussi. Enfin, on procéda au massacre général; il y eut plus de 4000 victimes.
Ces massacres, et surtout la révolte dont ils étaient
la conséquence, ne pouvaient manquer d’exciter la co-
entier, s'empara de Safar, massacra la garnison avec
? RE : Ye , à el LES MISSIONS DU SUD-EST
lère ne négus. Il songea aussitôt à la répression. Code |
Indicopleustes qui se trouvait à Adoulis vers le commencement du règne de l’empereur J'ustin (518-527) fut
témom des préparatifs de l'expédition. Le roi d’Axoum Ÿ
était alors Kaleb, fils de Tazena, appelé aussi Elesbaas; la tâche qu’il assumait n’était rien moins que facile, vu la difficulté des transports par mer et l’importance des forces dont disposait Dhû-Nowas.
L'usurpateur, de son côté, cherchait des alliés. Il
s’adressa avant tout au roi de Perse Kawad et à l’'émir
de Hiîra, Al-Moundhir, païen féroce. Mais celui-ci sol-
licité en sens contraire par l’empereur Justin, ne paraît : ’ ?
pas avoir soutenu l’insurrection himyarite; Kawad aussi se tint tranquille, de sorte que, quand, à l’été de 526, le négus, ses préparatifs enfin terminés, eut débärqué en Arabie, il n'eut pas de peine à triompher de son ennemi; il le tua même de ses propres mains. Puis,
après avoir installé comme vice-roi un noble du pays,
Esimphacos, il regagna son Abyssinie.
Le joug éthiopien pesait lourd aux Himyarites. Quelques années après l'expédition de Kaleb, une nouvelle révolte éclata dirigée par un chrétien appelé Abraha (Abrahamos). Elle réussit; Abraha parvint à repousser deux expéditions abyssines et c’est seulement après la mort du négus Kaleb qu’il consentit à reconnaître la suzeraineté du roi d’Axoum.
Avec cet Abraha, l’histoire religieuse du Yémen rejoint presque les origines de l'Islam. Il avait trans- $ porté sa résidence de Safar à Sana, qui est encore à
présent la capitale de cette provinee. Les historiens ! arabes racontent qu’il y fit construire une splendide église, autour de laquelle il organisa un pèlerinage destiné, dans sa pensée, à faire concurrence à celui de la Kaaba. Un koréischite (Ourays), froissé de ce dessein, vint faire ses nécessités dans l’église de Sana, pour la profaner. Abraha alors partit en guerre contre la Mecque ; il en approchaïit lorsque l'éléphant qu’il montait se refusa à pousser plus avant; un orage terrible éclata ; les envahisseurs crurent que le sanctuaire leur opposait des défenses surnaturelles; Abraha rentra chez lui. C'était, disent les narrateurs arabes, non sans anachronisme, l’année même où naquit Mahomet (570).
Justinien ne tira pas grand fruit de sa politique en ces pays. Avant de mettre Abraha en campagne il avait essayé de se servir d'Esemphacos pour agir dans le centre de l'Arabie, dans le Nedjed, où il y avait aussi des chrétiens; ses ambassadeurs ne cessaient de demander que l’on marchât contre les Perses : mais, pour atteindre ceux-ci, le chemin était bien long. Du reste Chosroèës Anouschirvan finit par se lasser des intrigues romaines ; il intervint vers 570 contre les successeurs d’Abraha et désormais, jusqu’à l'Islam, le pays d'Himyar
fut gouverné par des représentants du roi des rois ?.
! Nôldeke, Tabari, p. 205 ; Caetani, Annali, t. I, p. 143 sq. ; Procope, sans aucun détail, fait allusion à cet événement (Bell. Pers., 20). L'église était encore debout vers l’année 770.
? L'histoire (monophysite) de Jean d'Egée fut écrite alors
que les Himyarites étaient soumis aux Perses. Revue Arch., t. XXVI, p. 408.
À une telle distance le pouvoir central n'avait évidemment qu’une action faible et intermittente ; les groupements locaux, les tribus, se renforcèrent en face des fonctionnaires impuissants. Aux trois religions sabéenne, juive, chrétienne, déjà implantées dans le pays, les nouveaux maîtres en ajoutèrent une quatrième, le mazdéisme, qui ne semble pas, il est vrai, avoir jeté de bien profondes racines. C’est dans cette confusion religieuse et politique que la prédication islamique trouva le Yémen.
La colonie chrétienne de Nedjrân s'était reformée vite; elle devint même assez prospère. Peu de temps avant la mort de Mahomet (632), ses chef entrèrent en rapport avec le prophète de Médine, qui leur accorda des garanties pour leurs personnes, leurs biens, leurs évêques, leurs prêtres, et leur culte; ces garanties, Abou Bekr, le premier khalife, les renouvela = Omar, au contraire, décréta (641) l’expulsion des chrétiens de Nedijrân; il y mit des formes et leur accorda des compensations matérielles ?. Les exilés se transporterent pour la plupart en Babylonie, où ils fondèrent une nouvelle Nedjrâän aux environs de Koufa. Du reste l’émigration, comme il arrive toujours, ne fut pas complète: il resta des chrétiens en Arabie et à
Nedjrân même.
1 Texte dans Caetani, Annali dell’Islam, a. 12 hég. $ 74 sq., t. Il, 2, p. 792 sq.
2 Texte de son décret, Annali dell’Islam, a. 20 hég. $ 222, t. IV, p. 354 sq.
Ces chrétientés d'Axoum et d'Himyar se rattachaient
par leurs origines et leurs relations aux milieux monophysites d'Egypte et de Syrie. De ce côté ! s’exercèrent sur elles les influences les plus excessives: les Julia-
nistes leur envoyèrent des missionnaires, parmi lesquels
on cite un certain Serge, en grand renom d’ascétisme,
et un évêque Moïse. Cette propagande fut couronnée de succès : les Nedjranites transplantés en Babylonie par le khalife Omar étaient julianistes; au déclin du VIII
siècle, le catholicos Timothée les trouva tels. À sa de- mande, ils acceptèrent un évêque nestorien, Hadbesabba,
passant ainsi du monophysisme le plus avancé au diphysisme le plus radical.
Au-dessus des Egyptiens, entre eux et le pays des
nègres, la vallée du Nil était habitée par le peuple des
Ethiopiens, très foncé de couleur, d’ailleurs assez pro-
ches parents des Egyptiens eux-mêmes et des populations
primitives de l’Abyssinie, Il se donnait à lui-même lenom de Kesch ou de Kousch, qui a passé dans la Bible. La civilisation fut, dans ces régions, importée par la con-
quête égyptienne. Celle-ci, à part quelques expéditions
poussées plus au sud, ne dépassa pas beaucoup le confluent du Nil bleu (Khartoum). En aval, un peu au sud de l’Atbara, s'élevait la ville de Méroé, souvent mentionnée par les auteurs classiques. Mais la plus ancienne capitale et le grand centre religieux était plus bas encore, à Napata, au pied du grand rocher connu sous le nom
! Michel le Syrien (Jean d'Asie), IX, 31; Lettre du catholicos Timothée citée par Guiïdi, Z. c., p. 488, note.
| de Grebel Earl ; D'abord vassale de l'Egypte, P'Ethio- ne pie finit par lui donner des maîtres et ce ne fut qu'après
Fr VENT
bien des vicissitudes que les destinées des deux paysse séparèrent: depuis le règne de Psammétique, les Ethio-
piens vécurent chez eux. Lors de la conquête romaine
la dynastie régnante, représentée surtout par des reines
qui portaient le titre de kandaké, résidait toujours à
Napata, mais, au sud, Méroé était la capitale d’un autre 2 état éthiopien. Sous Auguste il y eut des difficultés de frontières qui amenèrent dans ce pays une armée romaine conduite par le préfet d'Egypte OC. Petronius. A la suite de cette affaire, il fut réglé que le territoire provincial ne dépasserait pas la première cataracte,
limite traditionnelle de l'Egypte; cependant une ligne é
de postes romains fut établie au sud, dans toute la longueur de ce qu’on D le Dodécaschène, jusqu’à Hiera Sycaminos. à + A la fin du II siècle, on trouve sur cette frontière k deux peuples pillards, les Blemmyes et les Nobades
(Nubiens). Ceux-ci tiraient sans doute leurnom de Napata, et représentaient, à un moindre degré de civilisation, les anciens Ethiopiens de Napata et de Méroé. Mainte-
nant leur état avait son centre à Dongola; ils se signa-
. laïent par leurs razzias dans les oasis du désert libyque ;
Nestorius, exilé de ce côté, eut affaire à eux. Quant aux Blemmyes, plus sauvages encore, c’est par le sud-est qu’ils violaient la frontière égyptienne et s’abattaient
1 Non loin de la ville actuelle de Méroouwé, en aval de la 4 cataracte.
296 ie CHAPITRE VIII.
sur les villes de la vallée du Nil. On les identifie d’ordinaire avec les Bischarri et les Bedja actuels, populations disséminées entre le grand Nil, le Nil bleu, les montagnes d’Abyssinie et la mer Rouge, jusqu'aux déserts égyptiens. L'empereur Dioclétien se décida, pour maintenir en repos ces dangereux voisins, à leur abandonner le Dodécaschène, de sorte qu’ils devinrent, sur le Nil, les voisins immédiats de l'Egypte; les Blemmyes s’installèrent tout près de la frontière. Parmi les conventions passées avec eux, figurait leur droit au culte d’Isis à Philé et, par suite, la nécessité pour l’empire d'entretenir ce culte. C'était là, pour les empereurs chrétiens, une obligation désagréable; il s’y résignèrent longtemps. C’est seulement sous Justinien que les choses changèrent !,
Les Nobades en effet, et surtout les Blemmyes, ne furent convertis que très tard ?. Vers l’année 540, vivait dans l’entourage de Théodose, patriarche monophysite d'Alexandrie, interné alors à Dercos, un prêtre, Julien”, qni conçut le dessein de se vouer à l’évangélisation des Nobades. Il fut encouragé par l’impératrice Théodora. J'ustinien, qui aurait préféré des missionnaires orthodoxes, en envoya effectivement ; mais Julien parvint à les devancer, se présenta au roi des Nobades, Silko,
1 Ci-dessus, p. 276.
? Cependant l’eunuque de la kandaké d'Ethiopie, dont il est question dans les Actes des Apôtres (ce. VIII), est un des premiers païens qui soient venus au christianisme et qui aient reçu le baptême.
# Jean d'Asie, IV, 6 et suiv.
et non seulement lui fit accepter le christianisme, mais encore obtint de lui que l’on écartât les missionnaires envoyés par l’empereur. Ainsi, la conversion des Nobades s’opéra sous les auspices du patriarche Théodose, alors considéré comme le chef des monophysites, et de l’impératrice Théodora, leur protectrice avouée. Julien séjourna deux ans parmi ses néophytes, puis il en confia la direction à Théodore, évêque de Philé, et retourna à Constantinople.
Le gouvernement byzantin s’empressa de mettre à profit cette évolution religieuse. Il ne lui fut pas difficile d’exciter les Nobades contre les Blemmyes. Ceux-ci furent vaincus à plusieurs reprises !. Nous avons encore une inscription du roi Silko dans laquelle il commémore ses expéditions et ses succès. Pendant que Silko attaquait les Blemmyes dans le sud du Dodécaschène,
1 Inscription (en grec) dans le temple de Talmis (Kalabsché) changé en église: «Moi, Silko, roi des Nobades et de tous les Ethiopiens, je suis venu à Talmis et à Thapis deux fois; j’ai combattu contre les Blemmyes et Dieu m’a donné la victoire trois fois. J’ai vaincu encore et j’ai pris leurs villes, (puis) je me suis assis avec mon peuple. La première fois je les ai vaincus et ils m'ont demandé grâce; j'ai fait la paix avec eux; ils ont prêté serment devant leurs idoles. J’ai cru à leurs serments, les prenant pour d’honnèêtes gens. Je suis remonté vers mon pays. Depuis que je suis roi, je ne suis pas resté en arrière des autres rois; je suis allé bien loin devant eux. Car ceux qui me cherchent querelle, je ne les laisse pas tranquilles, à moins qu’ils ne me supplient humblement. Dans le bas pays je suis un lion et dans le haut pays je suis une chèvre.
«J'ai combattu contre les Blemmyes depuis Primis jusqu'à Talmis une fois; quant aux autres Nobades du haut pays, j’ai
sé
0 CHAPITRE PILES A0 PAT CN ENTER Ex 1e
instrumentait de son côté !. C’est alors que fut enfin réglé le sort de Philé et du culte attärdé d’Isis. Le temple fut fermé, les prêtres incarcérés et les idoles envoyées à Constantinople. Par la suite ? l’évêque Théodore aménagea le vieux sanctuarie en église ; on y lit, ou plutôt on y lisait avant sa submersion récente, des
Ê inscriptions * commémoratives de cette consécration.
Les Blemmyes, à la suite de ces événements, furent rejetés des bords du Nil dans les déserts arabiques. Les
= Nobades, de par l’entente byzantine, les remplacèrent
dans le Dodécaschène. Dans les premiers temps, on
trouve à côté de leur roi un résident impérial, l’exarque
Joseph; l’évêque de Philé restait la principale autorité
écclésiastique
LA
ravagé leur contrée parce qu’ils me cherchaient querelle. Les
maîtres des autres peuples qui me cherchent querelle, je ne les laisse pas tranquille à l’ombre, à moins qu’ils ne s’inclinent devant moi: ils ne boiront pas l’eau à l'intérieur de leurs mai-
Sons; ceux qui me cherchent querelle, je m'empare de leurs
femmes et de leurs enfants...».
lProcope, Bell. Pers., I, 19.
? En 577; Théodore avait alors environ cinquante ans d’épiscopat. Il avait été consacré par le patriarche Timothée IV
(618-555). Cf. Jean d'Asie, IV, 9.
{ Inscription copte trouvée à Dendour, un peu au sud de Talmis, et commentée par E. Revillout, Acad. des inscr., Divers savants, t. VIII, 2, p. 174:
«Par la volonté du roi Ergamène et du zélé dans les choses de Dieu Joseph, exarque de Talmis, après avoir reçu la croix de la main de Théodore, évêque de Philé, moi, Abraham, cet humble prêtre, j’ai planté la croix le jour où ont été placés les
J’arménien Narsès, qui commandait dans la Haute-Egypte, |
de
Il finit sans Dar par res trop lourde la charge d cette mission, qui s’ajoutait à celle de son diocèse, Le fait est que, à ses derniers moments (+ 567), le patriarche Théodose désigna comme devant aller prendre .
fut ordonné évêque aussitôt après sa mort. La police
impériale le retint quelque temps à Constantinople ; ce
n’est qu’en 569 qu’il parvint à s'échapper, et rejoignit
ses fidèles au milieu desquels il vécut six ans, entouré
de
Alexandrie !, fort engagé dans les luttes intestines du d +
parti monophysite. Vers le même temps des envoyés LR roi des Nobades vinrent à Constantinople et racon-
du
respect et d'affection. En 576, on le retrouve à
tèrent merveilles de la nouvelle chrétienté et de son É
apôtre Longin. Ce n’était pas seulement dans les grandes ;
villes de l'empire que l’on parlait de Longin et de ses Nobades. Fort loin au sud de ceux-ci habitait le peuple ë 24
des Alodes, qui, ayant appris ces événements, se dé-
clara prêt à embrasser le christianisme. Le roi de ce
“pays écrivit au roi des Nobades ? pour lui demander
à pts
. Ê Hd Ê LÉ À de lui envoyer Longin. Celui-ci se trouvait alors à.
Alexandrie, occupé à soutenir le patriarche Théodore,
fondements de cette église, qui est le 27 de Tobé, indiction
. septième, etc. ». L'inscription (ind. VII) est de 544 ou de 559.
La dernière date est plus probable. Ergamène (Erkamen) sera
sans doute le successeur de Silko.
1 Voyez plus loin (Chapitre X).
2? Celui-ci portait un nom qui, en syriaque, correspondrait à la graphie, Awarfioula. La véritable ortographe et la véri-
table prononciation restent encore à déterminer.
\ KES mo
qu’il avait lui-même sacré, contre son rival, Pierre, élu de la population alexandrine. Au milieu de ce schisme, qui agitait profondément les monophysites d'Egypte et de tout l’empire, arrivèrent des envoyés du roi des Nobades, réclamant leur chef spirituel. Les partisans de Pierre cherchèrent à mettre la main sur les néophytes du Haut-Nil, mais ceux-ci tinrent bon: les émissaires du roi nobade ne voulurent entendre parler que de Longin; deux évêques, escortés d’un certain personnel, furent, il est vrai, envoyé aux Alodes par le patriarche Pierre, mais on ne voulut pas les recevoir. Longin, pendant ce temps-là, était rentré en Nubie, d’où il partit bientôt pour sa nouvelle mission. Il eut beaucoup de difficultés à l’atteindre. Pour y aller, ïl
fallait traverser la pays des Makourites !, dont le roi,
mal disposé, faisait garder toutes les routes, jusqu’à la mer Rouge. Le roi des Nobades envoya l’évêque au roi des Blemmyes, sous la protection duquel il parvint à traverser le territoire dangereux, non toutefois sans avoir beaucoup à souffrir de la chaleur et de la soif ;
1Ya-t-il lieu d'identifier ces Makourites avec ceux dont parle Jean de Biclar en deux endroits de sa chronique ? 1° à l’année 569: Marcurritarum gens his temporibus Christi fidem recipit ; 2° à l’année 578: Legati gentis Marcurritarum Constantinopolim veniunt, dentes elephantinos et camelopardam Iustino prin- Cipi munera offerentes, sibi cum Romanis amicitias collocant. La principale raison d’en douter, c’est que Ptolémée nomme, parmi les tribus de la Mauritanie Césarienne, celle des Moxxodpau (Ptol., IV, 2, 5). Mais les présents offerts à Justin II indiquent plutôt l'Ethiopie que la Mauritanie romaine ; une tribu berbère se serait adressée plutôt à Carthage qu’à Constantinople. La
il tomba lui-même malade et perdit dix-sept chameaux. Arrivé à la frontière des Alodes, il fut reçu par un fonctionnaire appelé Itiko qui le conduisit en grande pompe auprès du roi. Celui-ci l’accueillit avec enthousiasme, se fit aussitôt instruire et reçut bientôt le baptême avec tout son entourage et une partie du peuple.
La nouvelle parvint au roi des Nobades deux cents jours après le départ du missionnaire. Les messagers de Longin apportaient une lettre du roi des Alodes et une autre de Longin lui-même, qui priait de la faire parvenir à Alexandrie. Le roi nubien expédia en effet ces pièces au patriarche Théodore, avec une lettre écrite en son propre nom. Ces curieux documents, et beaucoup de renseignements sur ces missions, nous ont été conservés par Jean d’Asie !. On était alors à l’année 579.
Où étaient au juste les Alodes? On l’ignore. Toutefois leur nom est à rapprocher de celui de la ville d’Aloa, actuellement détruite, qui s'élevait sur la rive
droite du Nil bleu, à quelques lieues en amont de Khar-
ressemblance des noms est incomplète et fortuite. Je crois, quant à moi, que les Makourites de Jean d'Asie sont les mêmes que ceux dont parle Jean de Biclar pour les avoir vus à Constantinople, car il séjourna bien des années dans cette ville. Dans ces conditions, comme ils étaient convertis dès avant la mission chez les Alodes, il faudrait admettre que leur hostilité à Longin avait d’autres causes que leur hostilité au christianisme en général. Peut-être étaient-ils sous l'influence de missionnaires chalcédoniens. 1 Histoire, IV, c. 5-10; 49-58.
de cariree aus IE
fut, jusqu’au XV° siècle, la capitale d’un état chrétien; ses ruines ont conservé des traces de christianisme. En ces parages, on n’était pas très loin de l’Abyssinie; le négus Ezana, fils d'Ela Amida, eut à repousser une in- vasion nubienne ; il battit les Nubiens vers le confluent de l’Atbara et du Nil, ravagea le pays de Méroé et LÉ de diverses villes parmi lesquelles on cite celle d’Aloa ?. Longin trouva des Axoumites chez les Alodes : il y en avait parmi eux qui professaient le dogme de * Julien d'Halicarnasse et durent être ramenés au monophysisme. :
Les Blemmyes aussi et les Makourites suivirent le mouvement qui, entre l’empire byzantin et celui du A négus, entraînait tout le monde. Ils semblent même q avoir été chrétiens avant les Alodes. La conversion des #4 Blemmyes, ou ce. que l’on peut qualifier ainsi en par- lant de Bédouins plus qu’à demi sauvages, semble s'être produite peu après les victoires de Silko et la fermeee . ture du temple de Philé; au temps de Longin, on les employait à convoyer les évêques: ils semblent avoir été en très bons termes avec les Nobades chrétiens et chrétiens zélés. Il est possible que les Makourites aient eu des évangélisateurs orthodoxes, dès l’année 569; quelques années après (573) on trouve à Constantinople des Makourites, qui viennent offrir à l’empereur Justin IT
è ! Inscription ghéez d'Ezana, texte de D. H. Müller dans les Denkschriften de l'Acad. de Vienne, t. XLIII, p. 46 du ti- “ rage à part. : :
: : toum. Aloa avait hérité de la situation de Méroé; elle
qu’une faible importance, mais au ER oo
ommençait à dire. C’est en
site, copte *, comme on €
ngqoo wiele]s
vain que l'empire avait yé d'organiser ces missions avec un personnel chalcédonien. Le clergé conformiste n’était pas assez nombreux, n’avait pas assez de ressort religieux pour affronter une pareille tâche; on laissa faire les dissidents : ils réussirent. Pourtant ils avaient contre eux, outre l'opposition officielle, les schismes incessants qui divisaient leurs forces et la prédication | julianiste, qui s’attachait partout à leurs pas et leur
disputait des âmes ®.
! Il est difficile que les néophytes de Longin et autres nonconformistes aient reçu un tel accueil à la cour de CP. ? La dénomination officielle était {héodosien. 8 On a trouvé en Nubie beaucoup d'inscriptions chrétiennes, épitaphes pour la plupart; ily a même des manuscrits ture ÿ en langue nubienne. Voir les comptes-rendus de l’Académie de Berlin 8 nov. 1906 et 20 juin 1907.
. L'Eglise en Perse.
Re + Barsumas et ses querelles. — Abolition du célibat ecclésiastique. — Les = Mazdakites. — Les Messaliens en Perse. — Propagande monophysite sous l’empereur Anastase : Siméon de Beit-Arsam. — Relations avec l'empire byzantin: Paul le Persan, Cosmas Indicopleustes. — Le catholicos Mar Aba. — Les Jacobites en Perse. — Henana. — Echos du V*° concile œcuménique. — Chosroës IT: influences chrétiennes à sa cour: Sirine et Gabriel. — Lutte contre le parti monophysite. — Conquête de l’empire romain. — Déchirements intérieurs du royaume des Sassanides. — Invasion arabe.
Barsumas, évêque métropolitain de Nisibe, était un
homme très important, même dans l’état !. Sa ville épis-
nn. copale, boulevard du royaume persan contre l’empire he byzantin, était aussi le point de contact entre les deux + états voisins ; c’est par là que l’on communiquait. Aux abords de cette grande ville, les Arabes nomades de l’un et de l’autre empire se rencontraient dans le désert et __ bataillaient souvent: de là d’incessants conflits d’où la a guerre naissait de temps à autre. Barsumas, très attaché aux souverains persans, mettait à leur service les re-
lations et l’expérience des choses romaines qu'il avait acquises pendant son long séjour à Edesse. Aussi était-il bien vu du marzban local et même à la «Porte» du
! Sur ce personnage, v. Hist. anc. de l'Eglise, t. III, p. 576 et suiv. On a de lui six lettres intéressantes (Chabot, Synodicon orientale, p. 525-589), toutes adressées au catholicos Acace, et relatives aux événements de l’année 486.
roi des rois. On l’employait dans les négociations avec les généraux byzantins, dans le règlement des incidents de frontière, dans les travaux de délimitation. Cette
situation lui donnait de lui-même une haute idée: il ne
se pliait pas volontiers à la déférence envers le catho-
licos de Séleucie. À diverses reprises ils se brouillèrent et leur rivalité donna lieu à des conflits très graves. Elle avait déjà fait éclat sous le catholicos Babowaï,
. dont la triste fin” fut attribuée aux intrigues de l’in-
docile métropolitain. Peu avant cet événement lamentable, Barsumas avait tenu en Susiane, à Beit-Lapat, un concile schismatique, dont les actes ne se sont pas conservés *, mais que l’on sait avoir légiféré, contre l'autorité des évêques de Séleucie, sur le dogme de lIncarnation et sur le célibat ecclésiastique. Sur le premier point, les choses s’arrangèrent dès l’année suivante: Barsumas fit sa soumission au nouveau catholicos Acace *; toutefois, quelques années après (491) ils se brouillèrent de nouveau et leur conflit, qui divisa profondément les évêques et les porta à s’entreexcommunier, ne s’apaisa que par la mort des contendants, vers 495. C’est seulement deux ans après,
au concile de 497, que leurs successeurs, Babaï de
1 Hist. anc. de l’ Eglise, t. II, p. 564.
? Fragments édités par Chabot, Synod. or., p. 621; cf. p. 308, 312.
3 Au synode de Beit-Edrai, en Adiabène ; si Barsumas ne parut pas au concile de 486, à cause des affaires politiques qui le retenaient à Nisibe, au moins il envoya les lettres les plus soumises que l’on puisse imaginer.
Ducuxsnr, L'Église au VI siècle. 20.
À CHAPITRE 1x.
Pa Séleucie et Osée de Nisibe, furent amenés à se réconcilier {. :
Sur les deux autres points, c’est à dire sur le dogme
et sur le célibat, les synodes réguliers de 486 et de 497
s’approprièrent les décisions du concile schismatique
de Barsumas. J'ai déjà signalé l’attitude de ces deux
assemblées dans la question doctrinale ?. Il faut dire
LS 4 un mot des décrets, par lesquels les prélats nestoriens
. ; prononcèrent l'abolition complète du célibat ecclésias- | tique.
Les questions relatives au mariage avaient, dans
lempire perse, une importance spéciale. On sait que,
PE
depuis les temps les plus reculés, les Perses ne faisaient aucune difficulté d’épouser leurs sœurs et autres parentes - à des degrés très rapprochés. En détournant ses fidèles
de suivre un tel usage, le clergé chrétien devait user
de ménagements et s'abstenir de charges trop vives
contre les mœurs de la nation dominante. D'autre part,
vers la fin du V° siècle, on avait vu surgir du sein du Mazdéisme une secte nouvelle «les Mazdakites » $, qui :
prêchaient l'abolition de la propriété et la communauté
ë des femmes, Le roi Kawad (488-531), deuxième succes-
seur de Pérôz, fut gagné par les sectaires. On a lieu
de croire qu’il comptait sur eux pour déposséder la
noblesse et le clergé mazdéen de leur immense fortune
territoriale et relever ainsi l'autorité du roi. Il est sûr
! Synod. or., p. 310.
? Hist. anc. de l'Eglise, t . I, p. 568.
$ Sur ces sectaires, v. Nôldeke, Tabari, p. 455.
HE que ni son harem ni les domaines royaux
n’entrèrent dans le partage, lequel, du reste, n’eut qu'un
commencement d'exécution. L’aristocratie persane dé-
posa Kawad, qui s’enfuit chez les Turcs, et le remplaça.
par son frère Zamasp, où Djamasp (496-498), sous lequel se tint le concile de 497. Restauré l’année suivante,
Kawad mitigea ses sympathies pour les novateurs: il
« x ; . . . À « e finit même, revirement bien oriental, par les faire mas-
sacrer tous (529), quand ils furent devenus trop génants. Jusqu'à ce moment, cependant, les nobles et les mages
purent craindre pour la propriété et la famille. Le
danger fut même assez pressant pour que l’on réclamât tous les appuis disponibles ; c’est ainsi que l’on fit appel
au clergé chrétien et à son autorité disciplinaire. Au
plus fort de la réaction antimazdakite, le roi Zamasp demanda aux évêques des règlements plus fermes sur
le mariage et la procréation des enfants ?
Toutefois, le mazdakisme ne paraît avoir fait éclat
que dans les premières années du règne de Kawad, entre 488 et 496. Le synode de Beit-Lapat n’a guère pu s'inspirer des dangers que la nouvelle doctrine faisait
courir à la famille et aux bonnes mœurs. Les évêques
du synode de 486, à Séleucie, justifient leur attitude à l'égard du célibat par des raisons tout autres : ils
font valoir d’abord qu’il est impossible, à leurs yeux, de faire respecter la discipline; ils allèguent ensuite
les textes de l’Ecriture que les adversaires du célibat
1 Synod. or., p. 312.
ont, à toutes les époques, invoqués pour défendre leur thèse, en en forçant le sens. En même temps ils s'élèvent avec la plus grande véhémence contre les moines plus ou moins gyrovagues, qui circulaient un peu partout, répandant de fausses doctrines sur l’Incarnation, diffamant le mariage et l’usage de certains aliments. Ceuxlà, d’après les évêques, doivent être réprimés sévèrement, écartés des villes et autres localités desservies par le clergé, confinés dans les monastères.
En ce qui regarde le célibat des clercs, la décision des conciles perses représentait sûrement une rupture avec l'usage antérieur. Jusque là, on avait vécu sous la même discipline que l’église byzantine, discipline qui, dans cette église elle-même, avait mis du temps à atteindre la fixité et l’uniformité où nous la trouvons vers le milieu du V® siècle. Il semble bien que les clercs du temps d’Aphraate fussent des «fils de l'alliance » tout comme les ascètes profès et qu’ils se fussent engagés à la continence. Cette rigueur, qui n’était pas universelle dans l'Orient romain, ne devait pas l'être davantage dans les églises perses. Peu à peu, on avait, de
chaque côté de la frontière, passé de l’imprécision à
la précision, du facultatif à l’obligatoire. Les évêques du
concile de 486, savent très bien qu’ils remontent un courant, qu’ils innovent; ils le disent expressément; mais ils ne doutent nullement de leur compétence pour régler ce point de discipline.
Quant aux moines, les « fils de l'alliance » du temps d’Aphraate nous montrent cette institution en pleine
vigueur. On sait, du reste, jusqu'à quel point l’ascétisme était poussé, au IVe siècle, par les moines de la Mésopotamie * romaine, voisins par le désert de leurs
congénères du royaume sassanide. Il n’est pas éton-
nant que, se développant sans règlementation bien sen-
tie, ce règime aboutit à des erreurs: les Messaliens ?
en offrent un exemple remarquable. Ils étaient très ré-
pandus dans le pays persan, où leurs excès leur va-
lurent par la suite une assez triste célébrité, et beaucoup d’anathèmes conciliaires. Mais ce -qui préoccupait le plus les évêques du synode de Séleucie, c’est que les moines visés par eux propageaient, outre la critique du clergé et des gens du monde, une fausse doctrine sur l’Incarnation. Reconnaissons ici les moines . monophysites, qui, depuis le concile de Chalcédoine et même avant, ne cessaient d’agiter les populations de langue syriaque, quelle que fût leur obédience politique. Barsumas, avec ses collègues de l’école d'Edesse, orientés de bonne heure vers la théologie de Théodore de Mopsueste, installés, depuis leur retour en Perse, dans les principaux évêchés du pays, résistaient fort à cette propagande ; mais Philoxène de Maboug, lui aussi origipaire du pays persan, lui aussi pourvu d’une haute situation ecclésiastique, lui aussi passionné dans ses préoccupations doctrinales, n'avait pu se désintéresser de ce qui se passait chez ses compatriotes. On ne peut douter qu’il ne fût derrière les moines dont le zèle incom-
1 Hist. anc. de l'Eglise, t. II, p. 516.
2 Ibid., p. 582.
De A
mode provoquait les manifestations des conciles perses.
Parmi ses meilleurs auxiliaires figurait un religieux ap-
pelé Siméon, disputeur de marque, qui s'était acquis du crédit à la cour arabe de Hira, et circulait avec
une agilité extraordinaire dans tout le pays, prêchant
le dogme monophysite, organisant des groupes schis-
ces publiques. Les marzbans, les mages eux-mêmes,
étaient requis de siéger comme arbitres. Le catholicos OX,
= Babaï prit part à l’un de ces colloques. À en croire les monophysites, leur champion aurait toujours eu le
dessus. Mais il n’est pas aisé de les en croire; le
clergé officiel ne comptait pas que des ignorants. Avec
ie les maîtres et élèves que la fermeture de l’école d’E-
desse avait laissés disponibles, Barsumas avait constitué à Nisibe une école rivale ! qui atteignit bientôt, même à Constantinople, même en Italie, une très grande ré- putation. La direction en fut donnée à Narsès, l’un des édesséniens expulsés, qui se signala par son enseigne-
ment oral et par ses livres. Plus tard, une seconde école de science religieuse s'installa à Séleucie. Dans | celle-ci, comme dans celle de Nisibe, des centaines d’é-
! Sur l'école de Nisibe dont les statuts sont venus jusqu’à
# mous, v. I. Guidi, Gi statuti della scuola di Nisibi, dans le
Journal asiatique italien, t. IV, p. 165; J. B. Chabot, dans le Journal asiatique français, 9e série, t. VIII, p.43; cf. Labourt, Le christianisme dans l'empire perse, p. 288; voir aussi dans les Texts and studies de Cambridge, t. VIII (1909) quatre homélies de Narsès sur les cérémonies de la messe, du baptême et de l’ordination. EUR
É tudiants se RO autour de maîtres exercés. res peut croire qu'avec une telle formation les clercs de + VEglise de Perse n'étaient guère en peine de se dé
fendre contre les controversistes monophysites. Ce disputes ne se nent pas HOT PACHQUEUSS
pas attaquer sans rendre les coups. Les monophys
portèrent leurs plaintes jusqu'à l’empereur Anastase,
qui, dans un moment de paix entre les deux empires,
entre ses sujets chrétiens. Ceci était aussi difficile en Perse que dans l’empire. Le roi, cependant, finit par prêter main-forte à la hiérarchie établie. Il fit arrêter
les évêques des monophysites, au nombre de sept.
Parmi eux figurait Siméon, pour qui ses coréligion-
naires avaient organisé un évêché à Beit-Arsam, village
des environs de Séleucie. Incarcérés à. Nisibe, ils y restèrent plusieurs années, jusqu’à ce que l’interven-
tion du négus d’Abyssinie mît fin à leur captivité ?.
Vers la fin de sa carrière, Siméon se voua à une
apologie d’un tout autre genre. Ses adversaires préten-
‘! La vie de Siméon de Beit-Arsam a été écrite par Jean
d'Asie (De Beatis orient., X) qui l’aurait connu à CP dans les derniers mois avant sa mort, On a de lui deux-lettres, l’une sur les martyrs Homérites. (Guidi, dans les mémoires de l’Académie des Lincei, 1881, La lettera di Simeone, etc.; c’est la meilleure édition) ; l’autre (Assemani, Bibl. or., t. I, p. 436) sur
la propagation du monophysisme dans le royaume de Perse.
De ces documents, comme aussi des récits de Jean d'Asie, on
ne peut se servir qu'avec beaucoup de réserve. Jean et Sade
sont deux fanatiques qui ne reculent devant aucune exagération.
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daient que leur dogme était celui de toutes les églises en dehors de la Perse‘; il résolut de montrer que c'était le contraire et que la confession monophysite était de beaucoup la plus représentée. À cet effet, il entreprit de longs voyages, d’où il comptait rapporter toute une collection de confessions de foi émanées de souverains et de patriarches. On était aux environs de l’année 530. A ce moment, Siméon put recueillir en Egypte l'adhésion de Sévère et de Timothée IV: l'Ethiopie et le royaume des Homérites (Yémen), pays où le christianisme venait de s’organiser sous Vin fluence de missionnaires monophysites, lui en fournirent d’autres; il en obtint aussi en Arménie, en Ibérie et en Albanie, où le monophysisme avait de sérieuses racines. C’était tout; l'empire byzantin, duquel on aurait pu $e réclamer au temps d'Anastase, était maintenant hostile aux monophysites: la signature de Justinien ne figurait sûrement pas dans la collection de l’évêque de Beit Arsam; mais il ne faudrait pas jurer qu’il ne fût pas parvenu à obtenir celle de Théodora.
Quant à la prétention de ses adversaires, elle manquait de fondement, si on la prenait à la rigueur : la doctrine que nous appelons nestorienne n’était représentée officiellement par personne en dehors du royaume de Perse. Toutefois, comme les monophysites
! De ceci on peut conclure que l’église de Perse se regardait, en dépit de ses déclarations christologiques, comme unie
à l’église byzantine et rentrant ainsi dans l’ensemble de la catholicité.
Pers SE L'ÉGLISE EN PERSE | 313 traitaient sans cesse de nestoriens tous ceux qui professaient le dogme des deux natures et que les Persans ni ne s’affichaient comme disciple de Nestorius, ni ne maudissaient le concile de Chalcédoine, on s’explique qu’ils aient pu se réclamer de l’empire de Justi- nien, de ses patriarches officiels, et même de la loin- & taine mais imposante église de Rome. Il est sûr que ni Rome ni Constantinople ne voulaient de monophysi- me tes: c’est aux frais de ceux-ci que la réconciliation de l'Orient et de l'Occident venait (519) de s’opé- À
rer ; ils étaient même assez durement pourchassés par Le
l’empereur dans les provinces voisines du royaume persan. TE C’est vers le temps de ces persécutions que nous ren-
controns en Palestine, à Alexandrie, à Constantinople
surtout, divers représentants du clergé perse. Les évê-
ques étaient quelquefois envoyés en ambassade auprès de l’empereur romain; le catholicos Acace vint ainsi à Constantinople vers 487, et !, si l’on en croit les chroniqueurs, il eut quelques difficultés à obtenir la communion du patriarche, son homonyme. On était alors aux premiers temps de l’Hénotique, le vent n’était pas favorable aux « nestoriens ». À partir de 519, les relations devinrent plus faciles. La capitale byzantine contenait encore des éléments très hostiles au monophysisme et portés à incliner vers le parti opposé. Sans
parler des personnes isolées ou des petits groupes, les
1 Lettre de Barsumas, Synod. or., p. 538.
moines Acémètes, très influents sur le populaire et par la vogue de leurs éxercices et par le nombre de leurs
couvents, se signalaient par leur ardeur contre la théo- logie cyrillienne et contre les moines de Sévère. Entre $ des gens ainsi disposés et les voyageurs venus de la = Perse chrétienne le fossé n'était pas bien large: les uns ne condamnaient Nestorius que du bout des lèvres,
les autres ne le condamnaient pas du tout et l’auraient
même célébré; en tout cas, on pouvait se dispenser d’en
parler. Le même silence sur le terme de Théotocos
faisait évanouir une autre difficulté. En somme, les Persans pouvaient s’arranger, sinon avec tout le monde, car ils n'auraient été tolérés ni par les monophysites, maintenant dissidents, ni par les moines scythes, tou-
3 Jours en défiance ‘contre tout ce qui sentait le nestoria-
nisme, au moins avec certains cercles orthodoxes et
même avec le clergé officiel. C’est ce que firent des
gens comme Paul le Persan, Mar Aba et Thomas
d'Edesse. :
Paul, dit le Persan, se trouvait depuis longtemps à Constantinople, quand, en 527, «les empereurs» Justin et Justinien le chargèrent de discuter avec un docteur manichéen, appelé Photin, lequel, en vertu d’une loi
récente * attendait en prison le moment de son exécu-
tion. Le colloque eut lieu en présence du préfet de Constantinople Théodore: il dura plusieurs jours; nous
? Cod. Just. I, V: 12. À la rigueur, Ferrostaton de Photin pourrait avoir DÉAced la promulgation de la loi. Sur ce dialogue, v. Mercati, Studi e testi, t. V, p. 180.
L'ÉGLISE EN PERSE 315 en avons encore le procès-verbal !. C’est un document peu banal. Photin discute, chargé de chaînes et bien conscient de la malveillance de l'autorité, avec un interlocuteur que les très orthodoxes empereurs ont commissionné, sans paraître remarquer qu’il relève d’une
église fortement suspecte de nestorianisme. Paul le
Perse devait sa formation théologique à l’école de Ni
sibe; à Constantinople, il enseignait publiquement et commentait les saintes Ecritures. Il avait apporté de Nisibe un petit traité de la Religion chrétienne, une sorte de manuel à l’usage des débutants en théologie. Ce ie
manuel fut, vers 551, traduit du grec? en latin parun
haut fonctionnaire, le questeur Junilius, à la demande de l'évêque africain Primasius d'Hadrumète *. Par cette traduction, le manuel « nestorien » de l’école de Nisibe trouva le chemin de l'Occident, où il jouit, pendant | tout le moyen âge, de la plus grande considération, très souvent reproduit par les copistes, abondamment et honorablement cité par les docteurs scolastiques. Aba (Mar Aba) était un ancien fonctionnaire converti du mazdéisme, puis formé, lui aussi, à l’école de Nisibe. Profitant, comme tant d’autres des facilités nouvelles, il entreprit un long voyage dans l'empire byzantin. A Edesse, il vit Serge de Resaina et se lia
1 Mai, Nova PP. bibl. t. IV?, p. 80-90; P. G., t. LXXX VIII, p. 529-552. 2 Le texte grec était lui-même, évidemment, une version du syriaque.
8 Sur Paul le Persan et sa littérature, v. Kihn, Theodor von Mopsuesti und Junilius Africanus, 1880.
d'amitié avec un certain Thomas, qui le suivit dans ses pérégrinations. Ensemble, ils s’acheminèrent vers les saints Lieux, puis passèrent en Egypte, où ils séjournèrent assez longtemps. Ils avaient appris le grec; Aba parut à son avantage dans le milieu lettré d’Alexandrie ; c’est là qu’il rencontra Cosmas, un ancien marchand que les intérêts de son commerce avaient induit en voyages lontains, jusque dans l’Inde citérieure, c’est à dire jusqu’à Aden et Adoulis; il avait aperçu de loin l’île de Socotora (Dioscoride). Les récits d’autres voya-
geurs, sans doute aussi des renseignements fournis par
Mar Aba, lui permirent d'apprendre quelque chose sur la situation des églises à Socotora; à Ceylan et en d’autres contrées de l’Inde « ultérieure ». De tout cela et surtout de considérations bibliques dans lesquelles il engagea la responsabilité de l’illustre persan, il déduisit une lamentable cosmographie. Répudiant comme antichrétien le système de Ptolémée, d’après lequel la terre est sphérique, Cosmas entend qu’elle soit plate et rectangulaire. Ce singulier personnage ! d’abord mar-
Chand alexandrin, puis moine au Sinaï, sortait d’un
milieu plus ou moins monophysite; quand il écrivit, il savait très bien que Mar Aba était devenu catholicos de l’église perse: cependant il n’a que de la vénération pour lui; pas la moindre allusion n’est faite à la différence de confession.
! Cosmas, Topographia christiana, I, 2(P.G., t. LXXX VIII, p. #3). Il désigne Mar Aba par le nom de Tlarpixios, équivalent grec du syriaque Aba.
Par Corinthe et Athènes, Aba et Thomas parvinrent |
à Constantinople; Thomas y mourut; Aba n’y passa guère qu’une année et revint en Perse !. Paul en fit autant: il était destiné à monter sur le siège métropolHitain de Nisibe; quant à son compagnon, il allait devenir le plus illustre des chefs suprêmes de l'église
persane. Celle-ci venait de traverser une nouvelle pé-
riode de conflits et de scandales. Après les patriarches
Babaï (497-502) et Sila (503-528), celui-ci très diffamé par ses mœurs, on s'était déchiré pour sa succession, les uns soutenant le médecin Elisée, beau-père de Sila, et digne de lui par sa conduite, les autres un certain Narsès. L'un et l’autre ordonnèrent des évêques pour les mêmes localités, et le schisme se répandit partout. C’est seulement au bout de quinze ans (539) que le clergé finit par s'entendre pour les éliminer tous les deux et acclamer un vieux candidat, appelé Paul, bien vu du nouveau roi Chosroës; il dura peu. En 540, on le remplaça par Mar Aba (février 540). Il eût été impossible de faire un meiïlleur choix”, et un bon choix
1 Un chroniqueur postérieur (Mare, Liber Turris, p. 44) affirme que les deux syriens furent requis de condamner Théodore de Mopsueste et autres docteurs nestoriens ; sur leur refus, ils faillirent être mis à mort et n’échappèrent qu’en rentrant en Perse. Ceci est plus que douteux. D'abord, Thomas ne rentra pas en Perse, puisqu'il mourut (Cosmas, Z. c.) à CP. D’autre part, au temps de leur voyage, nulle condamnation officielle
ne pesait sur Théodore et les autres; la question des Trois Chapitres n’était pas encore ouverte.
2 Sur l’épiscopat de Mar Aba, v. le recueil d’actes formé.
par lui en 544 (Synod. or., p. 318-351 et 540-561) et sa vie, éditée en syriaque par P. Bedjan, Vie de Jabalaha, de trois
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