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verse. Après lui, Dadischo, puis Babaï le Grand, continuèrent les traditions du maître. La plupart des notabilités ecclésiastiques, du temps de Chosroës IT et bien longtemps après, avaient reçu leur formation au Grand Monastère, comme on disait.
Le Mont Izala était partagé en deux par la frontière romaine. Les monastères «nestoriens» se trouvaient en territoire persan; mais il y avait des monophysites des deux côtés.
Du reste, ce n’est pas seulement aux monophysites que l’église du catholicos avait affaire. Dans le sein même du diphysisme il se produisit un conflit doctrinal
qui faillit avoir de très graves eonséquences. L'église
persane avait eu beau rompre tout rapport ordinaire
avec les patriarches byzantins, et affecter d’ignorer les
grands conciles d'Ephèse et de Chalcédoine, ses fron-
tières étaient trop perméables pour arrêter l'écho des agitations dogmatiques. Celles du V° siècle se ravivaient dans la lutte contre les monophysites ; il fallut se préoc-
cuper aussi de celles, plus récentes, qui avaient abouti .
aux décrets doctrinaux de Justinien etau concile de 533!, À la vérité, elles n’intéressaient guère les Jacobites ; aussi n'est-ce pas par eux que l’on en eut connaissance. Mais les savants de Nisibe, qui avaient charge d’enseigner, n’avaient pu laisser passer, sans y réfléchir, des
événements de cette importance. Le docteur Henana,
l Il est question de Sévère d’Antioche, de sa condamnation
et de son exil, dans un des symboles de Jésuyab, en 585 (Synod. or., p. 455).
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chef de la célèbre école, avait été frappé des dites ï
dirigées’ contre Théodore de Mopsueste, considéré autour
de lui comme l’oracle de l’exégèse. Sans doute, il n'avait pas à son égard la haine vigoureuse des monophysites, . mais il lui préférait, pour l'explication des textes sacrés, les commentaires plus sages de saint Jean Chrysostome: |
il défendait le livre de Job contre les attaques de Théodore; il professait, sur le libre arbitre et le péché
originel, des idées beaucoup plus voisines du dogme
catholique que de la théologie de Mopsueste ; enfin,
ses adversaires lui reprochaient certaines opinions ori-
énistes, sur l'influence des astres et la résurrection Ù
. des corps ”
En somme, l’enseignement de Henana paraît représenter une tentative de rapprochement avec certaines écoles byzantines. Le docteur de Nisibe se serait peutêtre entendu avec Askidas, ennemi de Théodore de Mopsueste, et partisan d’Origène.
Cette apparition est très remarquable. À vivre isolée du reste de la chrétienté, l’église de Perse courait le danger de trop cultiver son individualité et de voir
ainsi s’élargir progressivement le fossé qui la séparait
de ses voisines. Ce danger, des gens comme Henana en avaient conscience. Ils avaient conscience également de la nécessité de s'appuyer sur l’église byzantine pour résister à la poussée jacobite qui, de tous les côtés,
encerclait le particularisme persan. Au nord, l’église
1 Les livres de Henana ne se sont pas conservés; on n’a donc, pour le juger, que les dires de ses adversaires.
F, d'Arménie ; au sud, celles que les missionnaires égyptiens organisaient dans le Yémen, en Nubie, en Ethiopie, étaient toutes des églises monophysites. A l’intérieur, on constatait chaque jour les progrès de la propagande | hérétique. Le chartrier de Siméon dé Beit Arsam cor- respondait, en somme, à une idée juste. Les chrétiens
de Perse étaient seuls de leur avis. Le gouvernement
mazdéen était fondé à les soupçonner d’hérésie. Déjà, on les qualifiait de nestoriens.
Combien n'eût-il pas été utile de se rattacher à
lPéglise de l'empire romain, à l'Eglise universelle! Avec : elle, on n'avait aucune relation officielle; mais c'était __ toute la dissidence, car aucun anathème n'avait été lancé ni d’un côté, ni de l’autre. Pre ve Henana avait donc raison, sinon de poursuivre ouvertement, car il ne semble pas qu’il l'ait fait, au moins
de préparer, sur le terrain doctrinal, un rapprochement si nécessaire. Toutefois il ne tenait pas compte de l’un des plus graves éléments de la question. Les rois de
Perse pouvaient plaisanter leurs sujets chrétiens sur
leur orthodoxie; si on les avait pris au mot, si l’on avait renoué les rapports théologiques et autres avec l’église byzantine, c’est pour le coup qu'ils se fâûssent inquiétés et à bon droit. Toute leur politique envers les chrétiens consistait à n’avoir chez eux que des hérétiques. Que la dissidence fût d’un sens ou d’un autre,
peu leur importait: leurs sujets arméniens étaient monophysites, leurs sujets araméens étaient nestoriens; ni
les uns ni les autres ne s’accordaient avec les sujets
ne $ s’entendaient pas . eux: double Re
Dans son synode de l’année 585!, le catholicos Jésuyab fit insérer une protestation très vive en faveur de Théodore de Mopsueste, attaqué par certaines per-
sonnes qu’il ne nomme pas; cette protestation fut re-. S nouvelée aux conciles de 596 et de 605, par les patriarches Sabarjésus et Grégoire ?. On prit aussi des mesures locales. La situation de Henana, avec ses huit cents étudiants, était très forte. L'évêque Simon,
et après lui son successeur Gabriel, le soutenaient énergiquement. Gabriel fut déposé pour crime d’astrologie;
à sa pie on envoya un autre évêque, Grégoire de.
Kaskar, qui mena une très vive campagne contre tous les dissidents, Henaniens, Messaliens, Monophysites. Son. ardeur excessive finit par le brouiller avec le catholicos Sabarjésus et aussi avec ses diocésains, très attachés à Henana: ils obtinrent du roi qu’il éloignât Grégoire *. 8. Toutefois, l’agitation henanienne s’apaisa peu à peu et finit par s’éteindre tout à fait.
Il n’en fut pas de même de la propagande mono-
physite: au contraire, les circonstances vinrent bientôt ; la favoriser d’une manière inattendue.
Le règne d'Hormizd s'était terminé, en 590, par une : insurrection. Le commandant des provinces du nord, É % Bahram Sobin, marcha sur Ctésiphon, pour détrôner
Canon 2°, Synod. or., p. 398.
Synod. or., p. 459, 474.
Anon. de Guidi, p. 16-17.
co
le roi des rois, dont il était fort mécontent, d'accord
en cela avec les chefs de la noblesse persane. Comme d’autre part on n'avait aucune inclination pour Bahram Sobin, les opposants prirent le parti de détrôner Hor-. mizd et de le remplacer par Chosroës IT, surnommé Parwèz, son fils. De là, une guerre intérieure et des
scènes tragiques, notamment l'assassinat du malheureux
Hormizd. Chosroës, vaincu par Bahram, s'enfuit en ter-
ritoire romain. Par Callinique sur l’'Euphrate, il attei-
gnit, peu accompagné, Hiérapolis (Maboug) et de là, envoya solliciter le secours de l’empereur Maurice. Celui-ci accueillit la demande: ses troupes, jointes à celles des partisans de Chosroës, eurent raison de l'in-
surrection., Par les armes de l’empire M roi
sassanide recouvra le trône de ses ancêtres Pendant son séjour dans les provinces orientales de l'empire, Chosroës était entré en rapports avec cer-
tains membres du haut clergé byzantin, comme le pa-
triarche d’Antioche, Grégoire, et surtout le métropolitain de Mélitène, Domitien, parent et homme de confiance de l’empereur. Il leur causait quelquefois de graves embarras: il avait si peu de respect pour les
églises, qu’il prétendait y entrer à cheval; il fallut que Domitien se fâchât pour l’en empêcher. En revanche,
il conçut une haute idée du pouvoir miraculeux de saint Serge, dont le sanctuaire, à Resapha, dans le désert de l’Euphrate, était alors en grande réputation. Saint Serge l'avait, à son estimation, sauvé d’un grand danger militaire: mais ce qui paraît l’avoir plus touché
Le”
£ encore, C c'est que le saint avait mis un terme à "R Pre) lité de la reine favorite, Sirine, On montra longtemps dans le sanctuaire de Resapha, des croix d’or et des vases sacrés envoyés par le roi de Perse, avec ss lettres d’une teneur fort curieuse !
Si le nouveau roi était en bons termes avec le clergé byzantin, en revanche, il n’était guère bien avec son ù patriarche. Le catholicos Jésuyab n'avait pas voulu fuir avec lui, le privant ainsi de la recommandation qu’eût été sa présence, aux yeux de l’empereur chrétien. Jésuyab, apparemment, ne sachant encore qui l’'emporterait, louvoyait entre les deux.partis. Quand Chosroès 5 il sentit que cette attitude, exploitée contre lui
emis qu'il avait à la cour, ne lui serait pas
mn. J et partit pour Hîra où il comptait trouver de ù et Cp Il y mourut: la reine Hind, qui était chrétienne, le fit enterrer magnifiquement. |
Sirine aussi, l'épouse de Chosroës, était chrétienne. Elle fit donner le siège catholical à Sabarjésus, évêque de Lasom, célèbre par ses vertus et ses miracles. Un
jour qu’il partait en guerre, le roi avait vu un vieillard vénérable lui apparaître; frappé de cette vision, «il en avait parlé à $Sirine; elle lui assura que c'était | l’évêque de Lasom. 16% = Appuyé sur la faveur royale, Sabarjésus s’employa avec zèle? à la réforme de son église, surtout des mo- 1 Théophylacte Simocatte, V, 13, 14, en reproduit le texte.
2? Voir son synode de 596 et les pièces annexes (Synod. or, . + 456). S
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nastères, à la lutte contre les Messaliens, les Henaniens
-et les Jacobites. Ceux-ci, sous la conduite de Samuel __et de Maruta, déployaient une incessante activité. Mais, ce qui devait les avantager par dessus tout, ils étaient en train de se concilier la faveur royale.
= Dans les pays d'Orient, gouvernés despotiquement, — les médecins ont toujours eu beaucoup d'influence . auprès des souverains. Ils sont le plus souvent recrutés dans les classes inférieures, la noblesse étant habituée à faire fi de la science et à considérer de telles fonc- | tions comme indignes d’elle. Un certain Gabriel, né à : Singar, dans un milieu monophysite, mais bientôt con- verti à l’église officielle, était médecin de la reine Si- rine. Son habileté lui valut un crédit qui ne où à passer au service de l’église monophysite à laquelle il s'était de nouveau rallié. On dit qu'ayant répudié sa première femme, il l’avait remplacée par deux autres, -“mazdéennes de religion, sur quoi le patriarche Sabar- jésus n'avait pas hésité à l’excommunier. Chosroës
intervint dans cette affaire et ordonna au catholicos
de lever son excommunication: celui-ci résista et mourut peu après (604).
| Les gens de bien eussent souhaité que Sabarjésus, fût remplacé par Grégoire de Kaskar, dépossédé de son
évêché de Nisibe et retiré du monde. Pour le parti monophysite, l’élection d’un homme aussi énergique eût été un vrai désastre. Gabriel intervint et Sirine avec | Jui. Le roi fit nonfmer un des maîtres de l’école de Sé-
__ leucie, appelé, lui aussi, Grégoire. Celui-ci tint concile,
comme ses prédécesseurs (605); mais son RAREURRES tion, Fu d’avarice, laissa de mauvais souvenirs.
l'hostilité de ns le re de son dés e En 605, il avait empêché la nomination d’un patriarche sérieux; en 609, il réussit à empêcher toute nomination. re À ce moment, les armées perses inondaient l'Orient romain et, à travers l'Asie Mineure, poussaient jusqu’au Bosphore. Ces succès, en éliminant d'Orient le gouvernement byzantin, si hostile aux monophysites, avançait en terre impériale, les affaires de ceux-ci, et cet avantage profitait à leurs coreligionnaires de l’état voisin. Tant que vécut Chosroës IT, c’est à dire pendant vingt ans encore, il n’y eut point de catholicos ; la série des successeurs de saint Maris ne reprit qu’en 628, après que que Chosroës et les Perses eurent été évincés de l'empire romain.
En 612 cependant, les évêques tentèrent un effort. Ils députèrent au roi; celui-ci, à l’instigation de Gabriel et de Sirine, se déclara peu rassuré sur l’orthodoxie des requérants, et les pria de s'expliquer sur ‘trois points : Leur foi était-elle celle des Apôtres ? Marie de …était-elle mère de Dieu ou mère de l’homme? Nestorius n'est-il pas le premier qui ait parlé de deux natures et de deux hypostases ? Les meilleurs théologiens de la députation étaient le métropolitain de Garamée, Soubhale-Maran, et surtout Georges ', savant moine du mo-
1 Voir sa vie, par Babaï le Grand, dans G. Hoffmann, Ausrtige aus ue Akten persischer Märtyrer, Leipzig, 1880,
Der CHAPITRE IX.
Le L FR nastère d’Izala. Nous avons encore les apologies qu'ils présentèrent à cette occasion. Chosroës différa sa décision et emmena avec lui les avocats des deux partis.
En Médie, ils se querellèrent à propos d’un monastère
de saint Serge, donné naguère au patriarche Sabarjésus
par la reine Sirine. Ce conflit gâta tout à fait les Le choses. Georges, qui était un fonctionnaire converti, fut reconnu pour tel, emprisonné et bientôt crucifié sur une place de Séleucie.
Les évêques, renonçant désormais à obtenir un catholicos, organisèrent autrement la direction des af- faires ecclésiastiques. Dans le nord, elle fut confiée à Babaï, supérieur du grand couvent d’Izala, homme savant et zélé, que les siens qualifient de Babaï le À ù Grand ‘. | À Le roi des rois cependant marchait de triomphe L en triomphe; les chrétiens de Perse voyaient affluer les troupes de prisonniers, pour la plupart de confession monophysite, utile renfort pour ceux de leur secte ; puis
__ vinrent les gens de Jérusalem, avec leur patriarche Za-
charie, puis l’auguste trophée de la Vraie Croix. Les monophysites indigènes, profitant de la faveur de Si-
p. 91; c’est une pièce sérieuse et remplie d'intérêt. C’est sans doute de ce colloque que parle Sébéos (c. 83, p. 113-116 de la traduction Macler); mais son récit est légendaire et inexact.
! On a de lui un traité « de l’Union », encore manuscrit,
sur lequel on peut se renseigner par les extraits qu’en donne Labourt, p.278 et suiv.
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